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Full text of "Dahomey et dépendances : historique général, organisation, administration, ethnographie, productions, agriculture, commerce"

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EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1900. — LES COLONIES FRANÇAISES 

Dahomey 

et Dépendances 

HISTORIQUE GÉNÉRAL ORGANISATION ADMINISTRATION 

ETHNOGRAPHIE PRODUCTIONS AGRICULTURE COMMERCE 

PAR 

L. BRUNET, 

Délégué du Dahomey et dépendances à l'Exposition Universelle de 1900. 

ET 

Louis GIETHLEN 




PARIS 

Augustin GHALLAMEL, Éditeur 

17, Rue J.vcon, 17 

1900 



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EXPOSITION UNIVERSELLE DE lîMIO 



COLONIES ET PAYS DE PROTECTORAT 



M. CHAULES-ROUX 

Ancien Député, 

Délégué des Ministères des Affaires Etrangères et des ("olonies 

à TExposition de 1900. 

M. Marcel SALNT-GERMAIN 

Sénateur, 
Directeur, Adjoint au Délégué. 



M. Ivan BROLSSAIS 

Sous-Directeur 

de rr].\position Coloniale 

de 1900. 



M. \ iGTou MURKL 

Secrétaire Général 

de rii^xposition (Coloniale 

de 1900. 



M. FnÉDKiuc BASSET 
Chef de Cabinet du 06162116. 



COMMISSARIAT SPECIAL DU DAHOMEY 
ET DÉPEND.VNCES 



M. M. BERAUD 

Commissaire. 

M. L. SIFFEBT 
Architecte. 



M. L. BRU NET 

Commissaire-adjoint. 

M. L. GIETIILEN 

Secrétaire. 



Docteur E. BINET 
Médecin. 



LE DAHOMEY 



MAÇON. !'RL>TAT 1 lîKHKS. IMPRIMKl'RS. 



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Dahomey 

et Dépendances , 

HISTOIUQUE GÉNÉRAL ORGANISATION ADMINISTRATION 

ETHN0(;RAPHIE productions A(iRICULTURE COMMERCE 

P A R 

L. BRUNET/'" 

Délégué du Dahomey et dépendances à l'Exposition Laiiversclle de 1900. 

ET 

Louis GIETHLEN 



V 




PARIS 

Augustin CHALLAMEL, Editeur 

17, Rue Jacob, 17 

19 00 



WANT-PROPOS 



Quoique la conquête da Dnhomei/ ne date que de quelque.^ 
années^ ce pays fij)ris depuis l occupa/ ion française un develop- 
penient et une vitalité extraordinaires. 

Ces résultats niervei/leu.c sont non seulement dus aux 
richesses naturelles du sol^ mais aussi à Vintellicfente adminis- 
trât ioii des pays placés sous notre jn'otectorat et surtout à 
r/tahileté et à V activité de leur éminent (kjuverneur. 

N^ous avons donc pensé que le Daltomey méritait une large 
part dans les ouvrages publiés à l'occasion de l'Exposition 
Universelle^ et nous nous sommes efforcés, dans les payes r/ui 
vont suivre, d'intéresser le public à notre nouvelle Colonie et 
de faire apprécier à nos compatriotes tous les éléments de for- 
tune de ces contrées nouvellement ouvertes à notre commerce. 

Les mœurs et coutumes bizarres, j)arfois mè/ne barJjares, 
des diverses peuplades qui les habitent, ont été relatées avec un 
soin tout particulier, car sous V influence de notre civilisation 
elles ne tendront qu'à se modifier de plus en plus pour bien- 
tôt disqiaraitre. 

Pour notre rédaction, nous avons compulsé attentivement 
tous les documents publiés jusqu'ici sur le Dahomey , tant par 
nos missionnaires et nos explorateurs que pai' nos officiers et 



VIII AVAM-PKOPOS 

nos nciiociunts ; nous avons utUisô Hussi les j^cnsc'Kjncmcnts offi- 
ciels mis à noire disposition par M. le (jouverneur Victor 
Ballot. Ce travail servira, nous V espérons, les intérêts de 
la colonisation en attirant sur les riches territoires décntsde 
nombreux et entreprenants colons, de même qu'il enr/af/era le 
comînerce français à s'occuper davantar/e de notre belle colonie 
du Dahomcji. 




M. Victor LIOTARD 



Gouverneur du Dahomey et Dépendances. 




[Pltol. E. Pi, 



Le "20 septeml)re 1900 M. Liolard a été désigné pour le j^ouver- 
nemeiit du Dahomey et dépendances. 

Après les périodes de conquête, de pacification et d'organisation, 
brillamment dirigées par le général Dodds et M. Ballot, rimportanle 
tâche d'assurer le développement économique de la Colonie est 
confiée à un homme qui a fait ses preuves en maintes circonstances. 

.Le champ d'action qui s'ouvre à l'activité du nouveau gouver- 



X LE DAHOMEY 

neiir est considérable; l'établissement cle la voie ferrée exigera 
la mise en ^•aleu^ dimmenses territoires et créera un très <;ran(l 
mouvement d'all'aires qu'il faudra diriger. 

Le palmier à huile donnera toujours sa prodigieuse production, 
mais il sera nécessaire de faire autre chose. 

M. Liotard connaît à merveille les cultures qui conviennent au 
Dahomey, et, sous son administration, le caoutchouc notamment, 
deviendra la seconde richesse de la Colonie. 

Explorateur énergique, excellent administrateur et diplomate 
habile, M. Liotard a montré qu'il était tout cela depuis qu'il est 
entré dans la carrière coloniale ; le passé répond de l'avenir. 
L'œuvre accomplie par M. Liotard, en Afrique, est connue de tous; 
nous ne ferons que résumer les services du nouveau gouverneur 
du Dahomey. 

M. Liotard, \'ictor-Théophile, est un enfant de nos colonies, né 
à Ghandernagor, le 17 juillet 1858. 

En 1883, après de brillantes études, il débute comme pharmacien 
de la Marine et fait, en cette qualité, des séjours successifs à la 
(luadeloupe, à la Guyane, au Soudan français et au Gabon. 

M. Liotard devint ensuite un des principaux collaborateurs de 
]\L de Brazza qui l'envoya, en 1891, en mission d'exploration sur 
rOubangui. 

Cette mission, en dehors de son but primitif, a surtout consisté 
à établir l'influence française fortement combattue par les belges 
({ui avaient envahi nos territoires au nord du M'Bomou. Le résultat 
])olitique de la mission fut le traité du 1 i août, réglant définitive- 
ment nos frontières au cours du ^LBomou, jusqu'à ses sources. 

La même année, ^L Liotard est nommé Commissaire du Gouver- 
nement sur rOubangui, puis Gouverneur de 4*^' classe et chargé 
d'occuper eifectivement les territoires situés au nord du 
M'Bonou. 

L'Oubangui organisé, ^L Liotard put songer à mettre à exécution 
le grand projet qu'il avait conçu depuis longtemps : de l'Atlantique 
à la Mer Bouge. 

Il se mil courageusement à l'icuvre j:)Our en assurer la réussile et 

préparer la marche des français vers le Bar-el-Ghazal et le NiL 

dans le but de relier noire colonie du Congo à la côte de Somalis. 

Prenant le M'Bonou comme base, AL Liotard enlre dans le l^ar- 



LE DAHOMEY XI 

el-Ghazal, presque seul, employant les moyens les plus paciliques 
et, grâce à son éneri^ie et à sa patience, parvient à s'installer à 
Dem-Ziber, à 1.500 kilomètres de BanL;ui et à 700 kilomètres seule- 
ment de Fachoda. 

A Dem-Ziber, M. Liotard, par son seul ascendant moral, con- 
quiert et s'attache les Dinkas, considérés jusqu'alors comme irré- 
ductibles ; il ^ag-ne rapidement les sympathies des sultans, ses voi- 
sins, et son influence s'étend sur toutes les régions environnantes. 
Le moment est venu de continuer la marche en avant, mais le Com- 
missaire du Gouvernement dans le Haut-Oubangui ne dispose que 
de très modestes ressources, et de plus forts eirectit's sont néces- 
saires pour mener k bien l'exécution de son projet. C'est seulement 
en 1896 qu'il obtient un renfort de deux cents tirailleurs', comman- 
dés par le capitaine Marchand. 

Avant l'arrivée de la colonne Marchand, destinée à franchir l'es- 
pace qui sépare Dem-Ziber du Nil, M. Liotard, aidé de l'Adminis- 
trateur Bobichon, son dévoué collaborateur, réunit à Bangui près 
de quatre mille charges, une llottille de deux cents pirogues et de 
très nombreux porteurs. 

Quand Marchand le rejoint, en 1897, M. Liotard le fait partir 
par les voies fluviales jusqu'à Tamboura, sur le Soueh. 

C'est dans ce poste, créé en 1896 par M. Liotard, qu'il fait |)arve- 
nir, par M. Bobichon, et remet définitivement à Marchand les 
innombrables charges de la colonne, sa flottille, composée de cha- 
lands et du (( Faidherbe ». 

Marchand se met alors en route et, après les péri[)éties que l'on 
connaît, arrive à Fachoda le 10 juillet 1898. 

M. Liotard qui voit le succès de sa mission et la réussite de son 
projet assurés, se décide alors à rentrer en France après un séjour 
de cinq ans dans l'Oubangui. 

M. Liotard est Couverneur de 3^ classe et Ofïlcier de la Légion 
d'honneur depuis 1898. 



LE DAHOMEY 



CHAPITRE PREMIER 

GÉOGRAPHIE DU DAHOMEY 



S03I3IAIRE 



La Côte des Esclaves et le Dahomey. — Situation géographique du 
Dahomey et limites. — Aspect de la côte. — La barre. — Passage de 
la barre. — Le wharf de Kotonou. — Physionomie générale du pays. 

— Les lagunes et leur formation. — Hydrographie. — Orographie. 

— Géologie. — Routes et voies de communication. — Chemins de 
fer. — Lignes télégraphiques. — Climatologie. — Saisons. — Tempé- 
rature. — Pluies. — Vents. — L'harmattan. — Tornades. — Maladies 
du pays. — Le ver de Guinée. — La puce chique. — Population. 

— Villes principales du Dahomey. — Postes militaires. 



La Côte des Esclaves et le Dahomey. 

Le littoral de la Guinée a reçu des premiers voyageurs 
européens diverses dénominations qui le divisent en quatre 
parties distinctes, et il prend, tour à tour, depuis la frontière 
sud-est de la Colonie anglaise de Sierra-Leone, les noms de : 
Cote des graines (ou du Poivre ou de Malaguetée), jusqu'au 
cap des Palmes; de Cote d'Ivoire (ou des Dents), jusqu'à la 
rivière de Grand-Bassam; de Côte de VOr (ou Côte d^Jr), jus- 
te Dahomey. 1 



2 I.I-: j).\iinMi;v 

qu'au cap Sainl-Paul. et de dnfr des A'.vc/rvrr.v juscjuau ^olfe 
(le Ik'nin proprement dit. 

Cette Cote des Ksela\ es esl trislenieiil célèhi'e par le Iralie 
iutanie des nèjJM-es ([ue l'on v prali(piai( jadis ; e'esl là (pu> les 
marchands d'escla\es allaient s'approvisionner de préférence^ 
d'où son nom sinistre. 

C'est cette côte cpii forme la limite méridionale de nos pos- 
sessions du Dahomey ; elle est haig^née j)ar la parlie de l'Océan 
Atlanti(pie dénommée Golfe de Guinée ou de lîénin. 

Situation géographique du Dahomey et limites. 

La colonie française du Dahomey et dépendances se Irouve 
à cheval sur le méridien de Paris, entre ()"• 41 ouest et II" 2(1 de 
long'itude est. 

Elle se présente tout d'abord, jusqu'au 1)'" degré de latitude 
nord, sous la forme d\in vaste rectangle de 125 kilomètres de 
largeur et dont les petits côtés font face au nord et au sud ; elh' 
est limitée à l'est par la colonie anglaise de Lagos, et à l'ouest 
par la colonie allemande du Togo. A partir du 9" degié, le 
territoire du Dahomey s'élargit à droite, il s'étend à l'est jus- 
c[u'à la rive droite du Niger, et à l'ouest il se relie, ])ar le 
Gourma et le Mossi. à nos possessions du Soudan et du 
Sénégal. 

Sa frontière orientale a été tixée, entre la mer et le 9'' degré, 
par l'arrangement franco-anglais du 11 août 1889 et la déli^ 
mitation de 1895; la convention du 14 juin 1898 a tracé la 
limite entiv le 9'' degré et le Niger [i\ 1 () kilomètres en amont 
de Guirisj ; sa frontière occidentale a été définitivement établie 
par la convention franco-allemande du 27 juillet 1897, entre la 
mer et le 11*^ degré, qui sépare (du sud de Pâma à la ^'olla 
Noire) les possessions françaises des territoires allemands du 
Togo et des territoires anglais de la Côte d'Or. 



GE( Mi 15 A PII II-: IJI DAHOMEY d 

Les régùons soudanaises du Dahomey ont été rattachées au 
g-ouvernement général de l'Afrique occidentale à Saint-Louis, 
p;ir décret du 17 oclobre 1899. 

BAS-MGER 

En outre, par Tarticle VIII de la convention de 1898, la 
France a pris à bail, moyennant une rente annuelle de i fr. 
à payer à TAng-leterre, deux terrains d'une superficie de 10 à 
30 hectares situés sur le Niger, l'un près de Badjibo, l'autre 
sui' l'une des embouchui'es. 

Ges concessions serviront au transbordement des nuirclum- 
dises transitant par le Niger. 

Aspect de la Côte. 




A C(Me des Esclaves offre une physionomie 
particulière. 

Vue du large, elle est d'une désespérante 
monotonie ; c'est une longue bande de sabk^ 
jaunâtre, sans la moindre découjiure, et 
dont la direction est presque rectiligne. 

La côte est partout basse et plate ; l'œil 
n'aperçoit dans le lointain aucune trace de 
colline. Seuls quelques palétuviers rabougris et de maigres 
bouquets de cocotiers se détachent yà et là sur le fond jaune 
de la rive. 

L'Océan capricieux, qui la ronge constamment sur certains 
points, y amoncelle parfois sur d'autres des étendues considé- 
rables de sables. 

L'accumulation et l'entraînement de ces sables sont dus à 
la violence des vents, à la quantité des pluies et à une foule 



4 LE DAHOMEY 

d'autres causes, mais surtout à la force des deux grands cou- 
rants qui existent dans le golfe de Guinée. 

Le premier, dit équatoj^ial, vient des Antilles, et, après 
avoir suivi les côtes du Sénégal, va se briser dans le fond du 
golfe à Fernando-Pô. 

Il est superficiel et dure toute Tannée ; sa vitesse est variable 
suivant les saisons. Il longe la côte du Dahomey, allant de 
l'ouest à l'est d'une façon continue, et rend ainsi impraticable 
aux voiliers le louvovag-e de l'est à l'ouest pour remonter cette 
côte. 

Le second courant est sous-marin et se nomme le contre- 
équaiorial. Il arrive du Pacifique par le détroit de Magellan et 
le sud du Brésil, et, coupant l'Atlantique, rencontre le conti- 
nent africain à la hauteur d'Angola. Cet obstacle le fait dévier, 
et, remontant vers le nord, en sens inverse de VéquatoriaU il 
quitte la côte au cap des Palmes peur reprendre le large. 

Ces deux courants longent la Côte des Esclaves pour 
suivre, l'un dessus l'autre dessous, une direction contraire. 
Pendant les mois de juillet-août-septembre et octobre, le 
contre-équatorial l'emporte sur Yéquatorial^ et Ion voit alors 
le courant descendre est- ouest. 

La forme rectiligne du littoral dahoméen est due à linfluence 
du courant équatorial qui, agissant à peu près toute l'année et 
avec force dans la même direction de l'ouest à l'est, comble 
les enfoncements, efface les promontoires et tend constam- 
ment à égaliser cette interminable plage de sable fin. c{ui offre 
une si faible résistance à l'action perpétuelle des flots. 

A peu de distance de la terre, une ligne blanche et écumeuse 
indique la situation de la barre qui bruit sans discontinuer. 



GÉOGRAPHIE DU DAHOMEY 



La barre. 



La côte du Dahomey est loin d'être facile à atteindre; la 
mer, toujours ag-itée, se précipite sur la plage avec plus ou 
moins de violence et y forme une succession de vag-ues qu'on 
a surnommée la barre. 

G est un phénomMie assez commun sur toute la côte 
d'Afrique, mais il est redoutable seulement sur le littoral de 
Guinée, 

Le passag-e de la barre est toujours périlleux, mêiTie pour 
les indigènes les plus expérimentés, mais il est surtout difficile 
pour les navires qui veulent pénétrer dans les rivières ; il 
exige un beau temps, un vent favorable et des sondages conti- 
nuels. 

Les causes directes de la barre sont difficiles à préciser ; les 
courants et les vents ont évidemment une grande influence sur 
sa formation et sa violence. La preuve, c'est qu'aux débouchés 
des fleuves dans la mer, leurs eaux se précipitant avec vio- 
lence éloignent les courants de la côte ou les coupent à leurs 
embouchures. 

De même, lorsque les eaux sont refoulées dans le lit des 
fleuves par la marée montante, la barre reparaît peu après 
pour devenir aussi mauvaise que sur le reste du littoral. 

G'est pendant les mois de juillet-août-septembre, lorsque le 
courant contre-équatorial entraîne les eaux vers l'ouest, que 
la barre est le plus dangereuse. 

Les vents agissent aussi fortement sur la barre; elle aug- 
mente ou diminue selon l'impétuosité avec laquelle ils 
soufflent. Le vent de terre ou vent du nord la fait tomber, et 
c'est quand il règ'ne qu'elle se franchit le plus facilement. 

Le phénomène de la barre est curieux à ol^server. 



(3 Li: DAIIO.MKV 

LorscjuOn voit de terre ses va<^iies. seiiiblahles à des iiioii- 
tai»'nes d'eau, s'avancer calmes et 'majestueuses vers la côte, 
l'idée (ju'év()(jue alors la barre est celle de l'Océan (jui va 
déborder pour tout enj^loutir sur le rivage. Le spectacle est 
grandiose et imposant à contempler et ne s'oublie jamais. 

Voici l'origine que Ton s'accorde à donner à la formation de 
la barre. 

Les vents du sud-ouest qui régnent pendant neuf mois de 
l'année dans le golfe de Guinée y seraient attirés par la raré- 
faction de l'air, due à l'influence des rayons solaires répercutés 
j)ar les sables brûlants du vaste continent africain. 

Sous leur action incessante, l'Océan se creuse en longues 
ondulations qui grossissent peu à peu en se dirigeant vers la 
cote, et cette grande houle de l'Atlantique, n'ayant pas ren- 
contré d'obstacles depuis les terres australes, vient se heurter 
j)erpendiculairement à la côte sablonneuse dont la déclivité 
vers la haute mer est presque insensible. 

Les lames gigantesques, dont quek[ues-unes atteignent 40 
il .jO pieds de hauteur, sont arrêtées bruscpiement à leur base 
par le peu de profondeur de la mer, tandis que leur partie 
supérieure, obéissant à l'impulsion l'ecue et continuant sans 
obstacle sa course furieuse, se roule en énormes volutes 
<pii viennent déferler sur la plage avec un bruit terrible. Les 
Ilots se brisent et retombent en bouillonnant avec fracas, éta- 
hmt sur le sable une eau écumeuse ([ui se retire avec une rapi- 
<lité inouïe. Le choc a lieu avec d'autant plus de violence que 
le ressac vient se joindre à l'obstacle formé par la côte pour 
interrompre l'élan des lames. 

Les vagues forment ainsi, en rc^bondissant, trois lignes de 
brisants, à peu près également espacées, et dont la première 
est à 300 mètres environ du rivage; elles se poursuivent les 
unes les aulres, et souvent les vagues de l'arrière passent par- 
ilessus les ])remières, lellement leur élan est irrésistible. 



(;K(i(,liM'lin; M liUliiMKV 

Los tn.is lignes .le brisants ainsi formées s,.nl séparées par 
des vallées ondulées peuplées de recpiins. 

1 a .lislance entre les lames est de 61» à 80 mètres, et 1 mler- 
valle de temps (p.i s'éeoule entre larnvée des groupes de trois 
va-ues varie <le 10 à 2o seeondes, selon la forée du vent : ou 
le m.mme cmhcUic. Les vaf,n,es. à leur iormation. ont .le .. a 
L'i mètres de hauteur, selon r.Hat .le la barre. 

C'est sur la e.'.te du Dahomey que h. barre est la plus ,lan- 
-ereuse. Elle s'atténue sur les autres points .lu golte. et 
Tliminue au fur et à mesure que Fou se dirige s.Mt ;. Test, s.ut 

^i l'ouest. , 

Dans le silence clés nuils tropicales, la barre s entend 

comme mi roulement lomtain et continu de tonnerre jusqu a 

plusieurs lieues dans rintérieur. 
Tel est le phénomène en lui-même. 

Passage de la barre. 

Le nK>uilla^e des navires sur la Cote des Esclaves est assez 
sûr. A la sortie de la barre, on trouve des fonds de sable de 
.S à la mètres: les vapeurs mouillent ordinairement à 
200 mètres du troisième brisant, et les voiliers un peu plus au 



a rire 



Mais les grosbàlimenls ne peuvent i'rancbir les brisants, et 
ils eommuniquent avec la côte au moyen d'embarcations spé- 
ciales (surf-boats) montées par de vi-oureux rameurs indi- 
gènes, nageurs émérites et piroguiers expérimentés, ([ue 1 on 
recrute à la Côte d'Ivoire (Accra ou Cape-Coast) et à la Côte 
(le Krou, près du cap des Palmes. 

Ce sont habituellement des Minas, qui, pour un modeste 
rsalaire, risquent journellement leur vie dans ce dangereux 
.métier. 



8 LE DAHOMEY 

Les Européens qui font le commerce de la Côte les engag-ent 
à Tannée, car les Dahoméens et les Porto-Noviens ont peur 
de la barre et n'ont aucune notion de navigation, même sur 
les lagunes de leur pays. 

Les Minas sont groupés par équipes ou compar/nies: chaque 
équipe laisse son cuisinier et son féticheur à terre. 

On alloue à chaque homme 30 francs par mois, plus la 
ration de riz. On leur distribue, en outre, du tafîa de traite, 
une bouteille par homme et par jour, une bouteille par voyage 
pour tout le monde et une gratification d'une bouteille par 
trois voyag-es efïectués sans accident, c'est-à-dire lorsque 
aucun colis n'est tombé à la mer. 

Seize voyages sont le maximum qu on puisse atteindre en 
une journée de barre belle. 

Les Minas sont généralement peu vêtus; leur chevelure, 
enduite de gomme, est relevée au moyen de ficelles, en plu- 
sieurs mèches raides qui, avec leurs dents lilanches, leurs 
gencives rouges et leur face d'él)ène, leur donnent un aspect 
diabolique . 

Les siirf-boats sont des sortes de grandes baleinières ren- 
forcées par des couples en fer. Leur équipage se compose de 
12 à IG hommes, plus l'homme de barre qui est armé d'un 
aviron de queue (godille) en guise de gouvernail. 

Ces hommes sont assis en amazone sur le bord de leur 
em])arcation, et, munis de courtes pagayes à trois pointes, ils 
nagent en cadence avec un ensemble parfait. 

Chaque fois qu'ils plongent la palette dans les flots, ils font 
une profonde inspiration, et, en se relevant, ils expirent ' 
bruyamment et en mesure, en faisant passer l'air entre leurs 
dents entr'ouvertes, et produisent ainsi un sifllemeni ju-olongé. 

Dans les moments périlK'ux, ils s excitent muiuelhMnent en 
poussant de grands cris. 



geo(;hapihk du Dahomey 



9 



Le passade de la barre étant toujours dang^ereux, ils obéissent 
ponctuellement au moindre sig-ne du pilote qui se tient deboul 



sur l'arrière et dirige la manœuAre, 



Entre le navire et la première volute, tout marche à peu 
près bien, si Ton a Testomac solide; le barreur, l'œil fixé sur 







m 



HBH 



(Phol. (le M. rAdiniinsIrnteur lienrdcleii). 

Passage de la barre. 



les signaux que lui fait de terre le féticheur, personnage insé- 
parable des équipes de Minas, se maintient debout à la lame, 
prend son temps et avertit brusquement, par un cri guttural, 
ses pagayeurs qu'il est temps de franchir la volute; le surf-boat 
part alors avec la vitesse d'un boulet de canon, monte sur le 
dos de la lame, fait un plongeon de 3 ou 4 mètres, et, si les 



10 



LE DAHOMEY 



dispositions ont élé bien prises, l'embarcalioii se trouve eoni- 
plètement inondée mais intacte dans un espace relativenieni 



canne 



C'est g-énéralement après ce premier rouleau de houle cpie 
les Minas profitent de relïarement de leurs passagers pour les 
rançonner en leur laissant entrevoir que, faute par eux de 
donner de bonne grâce un petit cadeau, la pirogue pourrait 
bien chavirer à la prochaine lame. 

Cette perspective est, d'ailleurs, rendue peu rassurante par 
i apparition, çà et là, de nageoires dorsales triangulaires (pii 
ne disent rien de bon; les passagers s'exécutent donc assez 
facilement: seuls, cpielques gens à Tesprit mal fait, pourraient 
présenter en guise d'argent le canon de leur revolver et faire 
comprendre au patron de la pirogue de quelle monnaie il sei-a 
payé à la moindre velléité de naufrage. 

La deuxième volute franchie sans accident, on aborde aus- 
sitôt la troisième, et, au moment d'atterrir, les derniers rouleaux 
poussent l'embarcation avec une rapidité vertigineuse sur 
la plage. 

Dès que la quille de la pirogue touche le sable, toutes les 
pagayes sont vivement lancées à terre, les noirs se jettent à 
Teau, poussent l'embarcation au sec, si elle n"a pas fait panache 
en abordant, et, saisissant rapidement dans leurs bras huileux 
les passagers par la ceintui-e, les déposent avec déférence à 
terre, mouillés, moulus et contents d'en avoir fini avec une 
traversée si mouvementée. Il arrive souvent, surtout dans la 
mauvaise saison, qu'une lame vient balayer la pirogue et 
tremper entièrement les malheureux passagers. Mais peu 
nnporte, on leur donne une pièce de monnaie et tout le numde 
se trouve heureux. 

Généralement l'obstacle est plus facile à franchir lors(p,'on 
vient de terre cpie lorstpie l'on veut débarcpier. 



(ii;<Kii{ Ai'iiii; 1)1 i»Aii(»Mi;v I I 

(^iiaiid les iioii-s vculenl [)assiM' la barre, ils l'ouleiit leur 
}3irog'ue sur le sable jus([u'aii bord de l'eau, la placent sur le 
revers de la dune, droite à la vai^'ue, el la toni entrei' dans la 
mer par secousses successives, profitant chacjue lois de l'ar- 
rivée de lames c|ui s'étendent sur la pla^'e en formant une 
écume Ijouillonnante. 

Kntin, la pirogue est misi' à l'eau, el l'écpiipag-e s'eml)arc{ue 
prestement, pendanl (jue le féticheur, del^oid sm^ le rivage, 
cherche à calmer le démon de la barre par des gestes et des 
invocations. Il suit la pirogue des yeux tout en poussant des 
hurlements et lançant des imprécations aux génies de la mer. 
()uand le danger est écarté, ce brave ivrogne se couche à 
coté de ses idoles et arrose de tatia les morceaux de bois et 
de fer iichés dans le sable, barbouillés de sang de coc[ et d'huile 
<le palme, qui figurent les emblèmes des Xeptunes dahoméens. 

Mais revenons à notre pilote qui, immobile, attend l'em- 
bellie. Il guette l'instant propice pour sortir de la barre avec 
les meilleures chances ; aussi la [)ir()gue reste-t-elle souvent 
stationnaire pendant ([uel([ues minutes en dedans de la barre, 
laissant j)asser les lames sous sa ([in lie, à mesiu'e ([u'elles se 
présentent. Piùs tout à coup, à ini indice j)arliculier, le [)ilote, 
reconnaissant un moment favorable, pousse un cri et toutes 
les pagayes frap[)ent violemment les ondes furieuses. Les 
noirs, animés par leurs exclamations inarticulées, font des 
i'Iforls si vigoureux (pi ils j)araisseid sui'humains. Pendant ce 
temps, le pilote, debout et l'egardant la haute luer, donne des 
ordres, en même tenq)s (ju'il fait des gestes de la main droite, 
comme pour calmer lui aussi les vagues frémissantes. Dès que 
la barre est passée, les noii's h'vent leurs ])agayes en l'air, 
puis se mettent à ramer de la fac-on ti'an(pnlle et cadencée cpn 
leur est habituelle. 

Le j)éril naturel (ju'olfrent les éléments est conq)liqué [)ar 
la présence d'une tpuudité considérable de recpiins. 



12 LE DAHOMEY 

Ces terribles squales pullulent dans la barre, et, en cas 
d'accident, on risque fort d'être leur proie. Si une piroo-ue 
prête le flanc dans une fausse manœuvre, si elle chavire, si 
elle prend Teau, les noirs qui la montent se sauvent à la nao^e, 
mais il en manque presque toujovn^s un à Tappel en arrivant 
à terre ; s'il en réchappe, il reste horriblement mutilé par les 
requins voraces. 

Ces requins se tiendraient, parait-il, dans une espèce de 
canal creusé dans le sous-marin par les rouleaux de la barre, 
canal très rapproché de la plage et la suivant parallèlement. 

Certains capitaines de navire distribuent à chaque pirog-ue 
des cartouches de dynamite qui, en éclatant, effraient ou 
blessent les requins. 

C'est donc un dangereux métier que celui de passeur de 
l)arre, et il est impressionnant de voir les nègres se jouer, dans 
leurs frêles embarcations, des colères de la nature et en triom- 
pher à force de courage et d'adresse. 

Mais, malgré toutes les précautions prises et Texpérience 
de leurs équipages, les pirogues chavirent fréquemment tel- 
lement les lames sont violentes. 

Les factoreries évaluent à 5 ^/o du total de l'envoi les pertes 
causées en marchandises par le passage de la barre. 

A ces pertes, il faut ajouter celle des navires naufragés qui, 
jetés dans les brisants, sont irrévocablement perdus et mis en 
pièces en un clin d'cril lorsqu'ils sont entraînés par la ])arre. 
Un vapeur même ne peut se sauver que s il est sous pression. 

Lorsqu'après plusieurs tentatives, une barque a chaviré, et 
si les noirs refusent de charger, le navire n'a plus que la res- 
vsource de communiquer avec la côte au moyen de signaux (un 
jeu de pavillons pendant le jour, des fusées darliiice pen- 
dant la nuit). 

Depuis quehpies années, ces diflicullés daHerrissîige ont 



GÉOCRAl'IlIE DU DAHOMEY 13 

été surmontées par la construction d un wharf à Kotonou, 
point de débarquement habituel de notre colonie. 

Le wharf de Kotonou. 

Pour éviter les difficultés du débarquement en pirog-ues, 
l'Administration des Colonies a fait entreprendre à Kotonou, 
au mois de décembre 1891, la construction d'un wharf. 




(Phot. de M. le Capitaine Giirrin). 
La barre et le wharf de Kotonou. 



C'est un magnifique appontement en fer, d'une longueur 
totale de 280 mètres ; il s'avance dans la mer jusqu'à 212 mètres 
de la cote et arrive, par conséquent, en avant de la barre. 



W ij; i)\ii(>Aji:v 

(Tosl une solide JoUh' sur Ijkjiu'IIc la uwv a pvu de prise: 
lorscinOn la j)are()iirl on voit passeï' sous ses pieds (rimnieiises 
volutes d'eau salée ((ui se brisent avee éclat eiiti'e les j)iliei's 
de rai)ponleiuenl. 

MM. Daydé et Pillé, ingénieurs-constructeurs à C^reil (Oise), 
se sont chargés de Texécution de ce wharf gij;antes(|ue. 

Il a fallu six mois aux ouvriei's de l'entreprise pour mettre 
à terre leurs matériaux et installer cet ouvrai^e hardi sur des 
sables roulés pai' des vagues constamment en mouvement. 

Les diverses pièces de fer, fixées à des flotteui-s insubmer- 
sibles, étaient halées du navire à la plage à laide d amarres 
disposées en va-et-vient. Huit cents tonnes de matériel furent 
ainsi débarquées sans accident. 

Le wharf se divise en deux parties : la passerelle, de 236 
mètres de longiieui' sur 5 m. 30 de largeur, et le débarcadère 
mesurant 41 mètres de longueur sur 12 mètres de largeur. 

Pour supporter la section de la passerelle la plus proche de 
la cote (136 mètres de longueur) on s'est contenté de palées 
simples formées de deux pieux, distants de 8 mètres les uns 
des autres; mais, à partir de cet endroit, on a dû employer un 
système de palées doubles, rappelant les piles de ponts métal- 
liques, formées de quatre pieux entrelacés ; ces piles sont 
espacées de 16 mètres. 

Le plancher de la passerelle supporte deux voies de chemin 
de fer de 80 centimètres d'écartement ; celui du débarcadère a 
quatre voies et est desservi par (juatre grues tournantes. 

Les pieux que Ton a enq)loyés pour la fondation de Touvrage 
sont en acier plein de 14 centimètres de diamètre ; ils sont 
munis à leur extrémité inférieure d'une large vis en fonte de 
fer. Au moyen d'une bigue s'appuyant sur la partie du travail 
déjà faite, on présentait le pieu en place, et, pour le visser, 
on gai-nissait sa tète d'un tambour horizontal. Autour de ce 



GÉOGRAPIiiF. Di: DAIlOMKV 15 

tambour s'enroulait une corde qu'il sutTisail de tirer à l'aide 
de treuils pour faire pivoter le pieu «ur lui-même et le visser 
jus([u*au refus dans le sable compact et les bancs de ccu-aux 
qui forment le fond de la mer en cet endroit. Une fois ces pieux 
placés, on les réunissait par des entretoises et un système de 
contreventement. 

Destiné surtout au commerce, le wharf a été inauguré par 
la Guerre; le personnel et le matériel ont passé sans encombre 
par cette base d'opérations d'un nouveau genre. 

La construction du wharf a coûté 900.000 francs environ. 

G est une société française qui l'exploite ; son siège social 
est à Kotonou. 

Les capitaux ont été entièrement fournis par elle, la 
(Colonie n'ayant à sa charge qu'une garantie éventuelle d'inté- 
rêts de 50.000 francs. 

L'Etat n'a donc pas eu un centime à débourser dans la 
construction du Avharf. 

Le wharf a été ouvert au commerce le 7 mars 1803. 

Kotonou n'étant pas une rade, les bateaux y roulent toute 
l'année bord sur bord, soulevés par de fortes lames de fond. 

(]'est pour cette raison que la houle empêche les navires 
d'accoster le wharf; les passag-ers et les marchandises sont 
toujours transbordés du navire sur les embarcations légères 
des Minas, que remor(|uent parlois une chaloupe à vapeur. 
Mais ces embarcations vont débarquer leur chargement sur le 
wharf et y sont hissées elles-mêmes le soir au moyen de grues 
et de porte-manteaux installés sur l'appontement. 

Pour débarquer, les gens aventureux et avides d'émotion 
aiment toujours le passage de la barre ; mais lorsqu'au 
moment de quitter le bord on les revêt, par précaution, d'une 
ceinture de sauvetage, les plus résolus réfléchissent et préfèrent 
souvent prendre le chemin du wharf. 



l(j LE DAHOMEY 

Les embarcations du bord conduisent alors les passagers au 
pied d'un escalier métallique, s'y cramponnent comme elles 
le peuvent au moyen de leurs gaffes, montent et descendent 
avec la houle, et, si les voyageurs savent bien choisir leur 
moment pour s'élancer, si la chance les favorise, ils peuvent 
espérer arriver sur la plateforme du wharf sans avoir pris plus 
d'un demi-bain. 

Cet escalier, tout casse-cou qu'il soit, est malheureusement 
inabordable les trois quarts du temps, et les passagers en so: t 
réduits à grimper comme ils peuvent le long d'une corde à 
nœuds ou d'une échelle de corde pour se hisser sur le tablier. 

Les dames et les infirmes ont, comme dernière ressource, le 
panier qui sert alternativement au débarquement des vivres 
et du charbon, moyen plus facile, mais qui les expose, dans 
les premiers moments de leur ascension, à des contacts aussi 
brutaux qu'inattendus avec le bordage de l'embarcation soule- 
vée par la lame. 

Malgré ces légers inconvénients, le wharf de Kotonou a 
déjà rendu d'appréciables services; les débarquements, autre- 
fois lents et dangereux, sont aujourd'hui plus faciles et rapides. 




GEOGRAPHIE DU DAHOMEY 



17 



Physionomie générale du pays. 

La config-uratioii g-énérale du terrain du Dahomey est celle 
d'un g-ig-antesque plan incliné vers la mer, mesurant entre le 
littoral et le 9*^ degré 50.000 kilomètres carrés. 




Les bords de FOuémé. 



Avec son arrière-pays, la superficie totale de la colonie est 
d'environ oOO.OOO kilomètres carrés. 

On subdivise le territoire en quatre zones très distinctes 
les unes des autres, allant du sud au nord. 



Le Dahomc 



IS \A: DAIIOMHV 

La première zone est formée par cette bande de sable mou- 
vant qui court parallèlement à la côte, et dont la larg-eur 
entiv les lacunes qu'elle borde d'un coté et l'Océan qui la 
baigne de l'autre varie entre oO mètres et 5 kilomètres. Sa 
végétation est rare, rabougrie, son aspect désolé. C'est celle 
cpie l'on aperçoit du large lorsqu'on se trouve très rapproché 
de la côte. 

La deuxième zone oll're un aspect beaucoup plus riant. 
C'est la terre ferme proprement dite. Le terrain argileux a 
remplacé les sables, et, à des plaines de verdure, entremêlées 
de végétation par l)ou(piets, succèdent à perte de vue des 
lorêts de palmiers à huile et de roniers. 

Le voisinage des cours d'eau et des lagunes est bordé de 
marécages qui dégagent pendant la saison sèche des émana- 
tions putrides provenant de matières végétales en décomposi- 
tion, mais que l'harmattan vient heureusement chasser alors, 
en purifiant 1 atmosphère. 

Cette région s'étend sur une étendue de 35 à 40 kilomètres. 

Dans la troisième zone, qui a une étendue à peu près sem- 
blable, se montrent les premiers accidents de terrain; les 
marécages et les prairies naturelles sont remplacés par des 
collines et des mamelons couverts d'une haute végétation. 
C'est au nord de cette région que l'on entre dans les grandes 
forêts. 

La quatrième zone comprend les premières ramifications 
des montagnes de Kong, la région des plateaux et des forêts 
vierges, peuplée encore de grands fauves. 

Ces hauts plateaux du partage des eaux du Niger sont pier- 
reux et recouverts d'une her])e maigre, avec, yà et là, (piel([ues 
bouquets d'arbustes rabougris, ce qui leur donne pendant la 
saison sèche un aspect désolé. 

C'est dans ces régions extrêmes de la colonie que se trouve 



GÉOGRAPHIE DC DAIIOMr:Y 19 

le Gourma, contrée fertile, absolument délaissée pai' ses habi- 
tants, encore primilifs et sauvag-es, qui ne font pas de com- 
merce et se contentent de cultiver tout juste ce qui est néces- 
saire à leur subsistance. 

Les lagunes et leur formation. 

La mer, qui bat incessamment le littoral, franchit parfois 
le bourrelet de sable formant cote dont l'épaisseur est, en cer- 
tains endroits, très faible, et avec l'aide de cours d'eau venus 
de l'intérieur, forme des lagunes qui, du \'oUa au Niger, 
courent parallèlement au rivage sur de très grandes longueurs. 

Cette longue ligne de lagunes est navigable pour les petits 
vapeurs ; leurs bords sont en général inaccessibles. 

Les principales lagunes du Dahomey sont : 

La lagune de Porto-Novo (long. 20 kilom.), prolongement 
de la lagune de Lagos, communiquant, par le canal de Toché, 
avec le lac Nokoué ou Denham (long. 21 kilom.), qui se 
déverse dans la mer parle canal de Kotonou. 

Au delà d'un isthme de G kilomètres, lagune de ^^ lijdah 
(long. 40 kilom.) et lagune de Grand-Popo (15 kilom.), se 
réunissant aux lagunes du Togoland. 

Ces lagunes s'élargissent en certains endroits pour former 
de vastes nappes d'eau dont quelques-unes, par leur étendue 
de plusieurs kilomètres, ont mérité le nom de lacs. 

La largeur moyenne des lagunes du Bénin varie entre 30 et 
200 mètres. En face de Porto-Xovo, elle est de 1 .720 [mètres ; 
c'est sa jdIus grande largeur en dehors des lacs. Sa plus 
grande profondeur est de 6 mètres et sa plus petite de 1 mètre. 
Le moment des plus hautes eaux est tin septembre ; celui des 
plus basses, fin mars. 

Par endroits, de nombreuses îles flottantes rendent précaire 



20 LE DAHOMEY 

la navigation dans les passes étroites , mais des corvées, four- 
nies par les villag-es lacustres voisins, sont constamment occu- 
pées à les dégager. 

Les lagunes reçoivent tous les cours d'eau qui descendent 
de l'intérieur vers la mer. 

La plupart des villes commerciales sont situées sur les 
lagunes ou ont un débouché sur elles. 

La formation de ces lagunes résulte de l'empiétement con- 
tinuel du continent sur l'Océan dont les vagues ont accumulé 
du sable sur les bancs de madrépores, base du sous-sol de la 
côte actuelle ; ainsi s'est formée à la longue cette bande de 
terrain très étroite qui constitue aujourd'hui le littoral. 

Dès que cette bande exista, les eaux des rivières n'eurent 
plus d'écoulement vers la mer et inondèrent les plaines basses 
qui formaient F ancienne côte. Peu à peu les charriages de ces 
mêmes rivières apportèrent un commencement de végétation ; 
les marécages et les lagunes en furent la conséquence. 

Le travail des rivières continue toujours. Tous les ans, 
quand les pluies ont grossi leurs eaux, elles soulèvent le sol 
sur la rive, dans les contrées de l'intérieur, en détachent des 
parties plus ou moins considérables et les charrient vers la 
côte. On voit alors des masses d'herbes et d'arbustes descendre 
le cours de la lagune, sous forme d'îles flottantes, et aller 
s'ajouter aux autres herbes qui forment ainsi de vastes plaines 
marécageuses. 

Autrefois la lagune se continuait partout sans interruption, 
mais aujourd'hui, par suite de charriages et d'atterrissements 
successifs, il y a solution de continuité à Godomé (6 kilom.) 
et à Kotonovi (500 mètres). Ce dernier barrage, qui empêche 
les eaux du lac Denham de rejoindre l'Océan, s'est ouvert en 
1887 sous la pression considérable de l'énorme masse d'eau du 
lac, et à un tel point que l'Emeraude, petite canonnière fran- 



GÉOGRAPlltE DU DAHOMEY 21 

çaise, pénétra par cette passe dans la lag-une de Porto-Novo, 
au grand désappointement des féticheurs dahoméens. 

Sous Faction des sables accumulés par le ressac, Touverture 
s'est refermée trois mois après. Mais en novembre 1893, elle 
s'ouvrit de nouveau d'elle-même sous la poussée des eaux 
subitement grossies à la suite de pluies exceptionnelles, puis 
se referma peu après. 

Le niveau des lagunes est plus élevé que celui de la mer ; 
pendant la saison des pluies, la ditférence est de 1 mètre à 
1 mètre 50 ; elle est seulement de 00 centimètres pendant la 
saison sèche. II en résulte, à la marée basse, deux courants 
coulant en sens inverse l'un de l'autre, avec une vitesse 
moyenne de deux à trois milles à l'heure. Le j)remier, qui se 
dirige vers l'est, est sensiblement diminué et disparaît même 
entièrement lorsque la bouche de Kotonou est accidentelle- 
ment ouverte. 

L'aspect des rives de la lagune varie suivant la région tra- 
versée : du côté de Lagos, ce sont d'immenses forêts de pal- 
miers, tandis que, depuis Porto-Novo jusqu'à Porto-Segouro 
(Togoland), on ne voit que hautes herbes, papyrus et palé- 
tuviers. 

L'eau de la lagune du Bénin est potable si la bande de ter- 
rain qui la sépare de la mer a assez de largeur; dans le cas 
contraire, les infiltrations d'eau salée la rendent saumàtre. Il 
en est de même à toutes les bouches faisant communiquer la 
lagune avec la mer ; la marée montante arrête son courant et 
permet ainsi aux eaux du golfe de s'y mélanger. 

Hydrographie. 

Les principaux cours d'eau qui arrosent le Dahomey sont, 
de l'est à l'ouest : 



22 r.i-: daiiomev 

LWdjanf. ((iii se jette dans la lai^une de Porto-Novo et 
sépare le rovaiime de Porto-Xovo des possessions an^^laises ; 

\jOiiéini\ cjui traverse tout le nord du Dahomey et qui 
constitue la seule voie commerciale et stratéjj-ique pour péné- 
trer dans l'intérieur du pays ; les grandes pirogues le remontent 
jusqu'au S*' degré pendant les hautes eaux. Il reçoit à gauche 
YOcpara ou Nanou et se partage en amont cV Affame pour 
former le Zounié ou rivière de Sa. Ce cours d'eau se jette dans 
le lac Xokoué ; il reçoit du nord le Han alimenté par une 
foule de petits affluents dont le Koto a été l'un des premiers 
connus. L'Ouémé reçoit sur sa rive droite le Zou, accessible 
aux canonnières, et qui reçoit lui-même, à gauche, VAghado. 
Plus au nord, l'Ouémé reçoit aussi à droite ÏOdoiio et le Térou : 

Le KoiïffOj qui prend sa source dans les montagnes des 
Mahis et qui forme le lac Ahcmc: 

Le Mono, navigable jusqu'au barrage de Togodo, à 80 kilo- 
mètres dans l'intérieur, et (h>nt le cours supérieur appartient 
au Togo allenuind. 

L'Ouémé et le Kouff'o servent de déversoirs à un immense 
marais appelé Lama ou Co, qui ne mesure pas moins de 
40 kilomètres de longueur de l'ouest à l'est, sur une largeur 
de 10 à Lj kilomètres du nord au sud. Pendant huit mois de 
l'année, ce marais est complètement à sec. 

Ces rivières ne sont navigables ([ue sur une fail)le partie de 
leur cours ; toutes se déversent chms les lagunes, ainsi qu'une 
foule de grands et petits ruisseaux. 

Le rivage formant une digue aux eaux venues de l'intérieur 
ne laisse aux rivières dahoméennes que (piatre issues vers 
l'Océan; Tune située à l'est de Grand-Po|)o, à un endroit 
appelé la Bouche-du-Roi : la seconde à Lagos; la troisième à 
l'est de Léké (Bénini. et (piehpiefois à Kotonou. 

Outre ces grands déboucliés. les lagunes communi(juent 



fiKOGHAlMIIi; IJI DAIIO.MKV 23 

avec la mer ])ar de noml)reux petits cours d'eau tjui se tVavent 
un passa<>e à travers les basses terres au moment des lia ides 
eaux. 

Il existe aussi à Tintérieur du pavs de j)e(ils lacs ou marais 
qui g-rossissenl au mouient des pluies et trouvent des dél)ou- 
chés pour venir i^rossii' le cours de la lag'une. Sans la lég'ère 
inclinaison du terrain, il serait malsain d'hahiler la contrée. 

Les rivières du Daliomev, torrentueuses à leui' source, oui 
à leur embouchure un coui'anl très faible, ce (pii exj)li(pie la 
formation des la jaunes. 

Comme le débit des eaux de Tintérieur nesl pas consiaul, 
on ne peut espéi-er ])ouvoir creuser dans la la^uue im port 
capable d'abriter des navires d'un certain lomiaj^e, ainsi (pic 
Tout fait les Anglais à Lajjos. 

Les orandes étendues d'eau (pii se Irouvenl daus le Dahouiey 
produisent dans leur voisinaL>e des inliltrations souteriaines 
qui s'étendent fort îtvant dans les teri-es. 

Dans l'intérieur du pavs il v a de noud^reuses sources natu- 
relles. 

Les indigènes oblienuenl leur eau en creusanl des j)uils ii 
deux mètres dans la ])remière zone, à cpialre ou six mètres 
dans la seconde el à douze ou (piiuze mètres dans la troi- 
sième. 

L'eau se rencontre ])artoul, mais à des pi-ofoudeiu's vaiiables, 
suivant les couches du lerraiu, el elle ivpose toujours sur un 
banc rocheux. 

Malgré leur pente très faibU', les cours d'eau du Dahomey 
seraient d'excellentes voies de communication, s'ils n'étaient 
coupés, à la saison sèche, par des seuils sablouneux daus le 
sud, rocheux dans le nord ; uiais l'euiploi des dragues et des 
explosifs améliorera certaiuemenl leur navigabilité. 



24 LE DAHOMEY 

Orographie. 

L'orographie de nos possessions du Dahomey n'est pas 
compliquée. Elle ne comporte que quelques plateaux peu 
élevés situés dans l'intérieur (Allada, Savé) et des monts isolés 
comme le pic Cantoulou, les monts Managboua, Ag-uigadji, 
Ghaovité, Zoglobo, etc.. dont l'altitude ne dépasse pas 
600 mètres. 

En dehors de ces monticules, le sol, sablonneux ou maréca- 
g-eux, est entièrement plat. C'est seulement à partir de Cana 
que le terrain se relève, devient onduleux, puis montagneux. 

Au nord du plateau d'Abomey (105 mètres d'altitude), le 
pays s'ondule sensiblement et l'on trouve des mamelons d'une 
certaine élévation, dans la rég-ion des forêts. La plaine se 
relève alors par une succession de gradins jusqu'au pied de la 
dent duFita, des fines dentelures des montagnes des Dhassas, 
des monts d'Agbassa ou Delcassé, et des masses plus impo- 
santes des monts de l'Atacora dans le pays des Mahis, der- 
nière ramification des montagnes de Kong, qui constituent en 
cette région le rebord du plateau central de l'Afrique et qui 
forment la ligne de partage des eaux entre le bassin du moyen 
Niger et les cours d'eau qui vont se jeter dans le golfe du 
Bénin. 

En résumé, on ne rencontre au Dahomey d'élévation impor- 
tante que vers le S*' degré 

Géologie. 

La géologie du Dahomey n'est encore guère connue, car il 
était difficile de faire des recherches sous l'administration 
indigène. Son véritable littoral ne se rencontre qu'au pied des 




{Phot. de M. V Adminislraleur Beurdeley). 
Paysage de la banlieue de Porlo-Novo. 



ciÉoc.RAiMiii; [)i i)\ii(>.Mi:v 27 

liauteurs de (^ana ; au sud, ce sont des cordons successifs i\v 
dunes accumulées j)ai- le venl el la luvv. ivcouvertes plus 
tard dune couche d'iunnus el djins lescjuelles on ne renconti-e 
pendant <S0 kilomètres ni une pierre, ni un gravier; le sahle 
d'orip^ine péla<i;-ienne et lari^ile fortement colorée en rouge pai* 
des sels de fer constituent le sol (capitaine Fonssagrives). 

Le pays se divise en deux réi^ions : le l^as-Dahomey ei K' 
Haut-Dahomey. 

Le Bas-Dahomey est le Dahomey maritime, c'est le pays des 
palmiers à huile et il s'étend jus(pi'aux environs d'Ahomey. 

Tous les territoires au-dessus du î)*" de<j;ré forment le Haut- 
Dahomey. 

Le sol du Bas-Dahomey j^eul se diviser en deux zones. 

La première zone est couverte d une couche de sable de 
près de 2 mètres d'épaisseur sous lequel on trouve de l'humus 
végétal. Sur les hords des lagunes et des cours d'eau, le sal)le 
est mélangé à des alluvions de dilTérente com[)osition. suivant 
les endroits. 

Le sahle n'existe j)lus dans la deuxième zone et est remplacé 
]jar de l'argile jusqu à une profondeur de 'l à ti mètres, dette 
couche durcit tellement au moment des fortes chaleurs cpie 
les végétaux indigènes seuls arrivent à la ])ercer ; au-dessous 
de cette argile se trouve de l'humus gras très propre à l'agri- 
culture. Le hord des fleuves est toujours ti'ès limoneux et par 
suite très fertile. Dans la couche inférieiuv on ti'ouve encore de 
la terre végétale mélangée de sable, de cocpiillages et de 
calcaires décom})osés, mais on ne trouve ni une |)ieri'e, ni im 
gravier dans cette zone. 

La terre glaise ne se trouve plus dans le Haut-Dahomey, mais 
la déc()mj)osition des feuilles d'arbres produit l'humus cjui \ 
forme la couche suj)erticielle ; en dessous on trouve encore du 
sable et des calcaires, et. en troisième lieu, des roches sédi- 



28 I.1-: DAHOMEY 

meiitaires argileuses avec traces de porphyre, de quartz, de 
marne, de grès rouge, de granit, de schiste, de conglomérats 
ferrugineux, etc., qui y affleurent par place. 

Telle est la composition des vallées au nord d'Abomey. 

Les terres de cette région sont généralement riches en 
potasse, mais peu favorisées en chaux et en acide phos- 
phorique. 

Les cailloux se rencontrent seulement à près de 100 kilo- 
mètres du littoral. 

Un sondage assez profond du sous-sol a été opéré en 1892 
à Goho, près d'Abomey, sous la direction de M. le capitaine 
Fonssagrives ; ce sondage a fait découvrir d'abord un banc 
épais d'argile rouge, puis une couche de sable très micacé de 
couleur pourpre, puis un gisement important de kaolin pur et 
enfin un autre lit de sable violet très meuble. 

(A)mme ressources minières, le Dahomey doit posséder les 
mêmes richesses minérales que les pays voisins dont il a la 
même configuration. 

Plusieurs voyageurs croient à Texistence de mines de 
houille au Dahomey ; de minerais de fer dans le nord et à Tor 
d'alluvions dans le sable des rivières. 

L'avenir nous confirmera le fait. 

On trouve au Dahomey une pierre météorique que les indi- 
gènes appellent Oc hou mare (pierre du ciel), et avec laquelle 
ils font des bijoux. 

Routes et voies de communication. 

La (pieslion des voies de communication a été envisagée 
d'une manière toute spéciale, sur l'initiative de l'administra- 
tion locale, par les pouvoirs publics. 



GÉOGRAPHIE DU DAHOMEY 29 

Il existe une route bien aménag-ée de Whvdah à Nikki par 
Carnotville ; elle passe par Savi, Tori, Allada, Ouagbo, Zobo- 
domé, Gana, Goho, Abomey, etc. Elle se bifurque à Goho, 
en avant d' Abomey, pour Gotopa, Dohoué, Allag-ba, et Kpomé ; 
elle se dirig-e aussi d' Abomey par Locossou, Allahé jusqu'à la 
rivière Zou. 

Dans toutes les autres régions du pays des chemins routiers 
fort nombreux sillonnent la colonie et sont entretenus par les 
indigènes des villages ; leur largeur qui est loin d'être uniforme 
dépasse rarement 2 mètres. 

Les transactions entre la côte et Fintérieur se font par des 
pirogues circulant sur les vastes réseaux de lagunes et les 
nombreux cours d'eau. 

G'est pour cette raison qu'il est question de faire communi- 
quer la lagune de Whydah avec celle de Porto-Novo. 

Gomme il n'y a au Dahomey ni voitures, ni bêtes de somme, 
les indigènes opèrent seuls tous les transports sur leur tête, 
lentement, péniblement ; leur charge moyenne est de 25 kilog. 

Lorsque les Européens et les gros personnages dahoméens 
veulent se déplacer, ils se font porter en hamac par les membres 
d'une corporation spéciale appelés « hamacaires ». 

Des services réguliers de paquebots assurent la communi- 
cation avec la France deux fois par mois, et avec les colonies 
anglaises voisines, une fois par semaine. 

Chemins de fer. 

Un chemin de fer de pénétration projeté entre Kotonou 
et le Niger français est en voie de construction. 

Une mission dirigée par le commandant du génie Guvon a 
été chargée du tracé de ce chemin de fer. 

La ligne suivra l'itinéraire suivant : Allada, Toll'o, Gana, 



30 l^K DAIIOMKV 

Alchéi'ibé, Paoïiignau, Savé, Kiliho, Tcliaourou, Parakoii, 
Xikki, Doiiukassa, Kandi et Madécali, où elle atteindra le 
Xi^i>er. 

La voie ferrée aura nue lou^^ueur totale de 700 kilomètres, 
de la cote au Nig'er. 

Le tracé définitif est étudié sur un parcours de 180 kilo- 
mètres jusqu'à Atchéribé, et la reconnaissance du terrain a 
été faite jusqu'à Tchaourou. 

Whydah sera relié à la ligne principale par un embranche- 
ment de Li kilomètres de long-ueur. 

Les travaux sur place doivent commencer le 1^*" mai 1900 ; 
leur durée sera d environ dix ans. 

Le tracé ne comportant que des terrassements très faibles 
et des ouvrages d'art de peu d'importance dans ce pays plat 
dont la pente est de 1 ''/oo jusqu'à Abomey, la plate-forme du 
chemin de fer sera rapidement prête. 

Les terrassements seront exécutés par des corvées rétri- 
buées, fournies par les chefs indigènes et dirigées par les offi- 
ciers, sous-officiers et sapeurs du Génie. On estime à 2.200 le 
nombre de noirs qui sera employé à l'entreprise. 

Cette première amorce du chemin de fer de pénétration 
(180 kilomètres) sera construite par la Colonie sur ses propres 
ressources, sans contracter d'emprunt, sans rien demander à 
la métropole que son appui moral. 

On a estimé le prix de revient de la ligne à Go. 000 francs 
par kilomètre, ce ({ui, pour la longueur totale, fera une 
dépense de 45 millions environ. 

C'est à M. Ballot, Gouverneur, que le Dahomey devra 
l'établissement de sa première voie ferrée, qui permettra à 
hivi délai à la Colonie de décuj)ler sa production agricole. 

Outre que le chemin de fer sera très utile pour re\ph)itati()n 
du Haut Dahomey, il le sera aussi pour les Kuropéens anémiés 



GÉOGRAPHIE Di; DAHOMEY 31 

qui, en quelques heures, pourront aller se reniellre de leurs 
fatigues dans les régions salubres du nord, dépourvues de 
fîèvre_, et s'épargner ainsi un retour onéreux en Evu'ope. 

Lignes télégraphiques. 

Une ligne télégraphique terrestre relie tous les postes de la 
colonie ( de Kotonou par Porto-No vo à Abomey, Ouessé, Gar- 
notville, Djougou, Kouandé, Konkobiri, Diapaga, Pâma, 
Matiacouali, Fada X'Gourma, Diapaga, Botou et Say ) et 
met le Dahomey, par le Soudan, en relation avec Bammako et 
le Sénégal. 

Des cables télégraphiques sous-marins relient la colonie par 
Kotonou à Accra (Côte d'Or) et à Sao-Thomé et Libreville 
(Gabon). 

C'est le P'*' novembre 1886 que le West African Telegraph 
C*^ a installé le cable de Kotonou. 




Climatologie. 

Le climat du Dahomey, quoique chaud et humide, est assez 
supportable pour l'Européen, à la condition toutefois (ju'il 
observe rigoureusement les précautions d'hygiène indispen- 
sables dans toute contrée tropicale. Non pas que la chaleur y 



32 



LE DAHOMEY 



soit excessive, mais elle est constante et impressionne forte- 
ment l'organisme ; de plus, Fatmosphère est constamment 
charg"ée d électricité. 

Les mois les plus chauds de l'année sont : décembre, janvier 
et février. 

Chaque nuit il tombe une rosée abondante, qui se transforme 
parfois en une pluie fine. 

En arrivant sur un sol surchauffé dans la journée par les 
rayons d'un soleil tropical, cette humidité se vaporise en une 
buée visible le matin au lever du soleil; l'air est alors opaque, 
et l'on disting-ue difficilement les objets, même à une faible 
distance devant soi. 

Mais ce brouillard est de courte durée, car le vent du nord 
ou harmattan vient peu après le dissiper pour rendre aux 
couches d'air une transparence qui augmente encore la chaleur. 

Saisons. 

De même que la plupart des contrées équatoriales et tropi- 
cales de l'Afrique, la Guinée est soumise à deux saisons prin- 
cipales : la saison sèche et la saison des pluies. 

Cependant il existe entre chacune d'elles deux saisons inter- 
médiaires que l'on appelle : petite saison sèche <^i petite saison 
(les pluies. 

Au point de vue des saisons, l'année peut se diviser ainsi : 



Petite saison des 
pluies. 



Du 15 Septembre au 

commencement de 

Décembre. 



Petites pluies fines 
fréquentes. — Rares 
orae:es. 



Grande saison sèche. 



Commencement de 

Décembre au l'i 

Mars. 



Fortes chaleurs. — 
Basses eaux, — Mer 
calme. — Harmattan. 
— Belles barres. 



GEOGRAPHIE DU DAHOMEY 



33 



Grande saison des 
pluies. 



Du 15 Mars au 15 
Juillet. 



Chaleurs. — Barres dif- 
ficiles. — Pluies tor- 
rentielles. — Torna- 
des. — Débordement 
des rivières. 



Petite saison sèche. 



Du 15 Juillet au 1 
Septembre. 



Pluies iines et fréquen- 
tes. — Hautes eaux. 
Barres assez bonnes. 



La saison la plus favorable à la santé est la grande saison 
sèche, car Fharmattan refroidit et purifie alors F atmosphère. 

L'état sanitaire est mauvais au commencement de la saison 
des pluies, très mauvais après les o^randes pluies, 

En Guinée l'équinoxe y est perpétuel; pendant toute Tannée 
les jours n'ont entre eux aucune différence notable. Il fait jour 
de 5 heures et demie du matin à G heures du soir; la transi- 
tion du jour à la nuit est brusque et sans crépuscule. 

Pendant les mois d'octobre, novembre et décembre on 
remarque sur le ciel de nombreux bolides. 

En somme, six mois de pluies et six mois de sécheresse, 
heureusement répartis en deux périodes alternantes; disposi- 
tion éminemment favorable pour les travaux ag-ricoles, car elle 
permet de faire deux récoltes par an. Mais en tout temps, 
les travaux pénibles au dehors sont impraticables pour la race 
blanche, qui doit employer des travailleurs nèg-res. 

Température. 

La moyenne de la température est de 26 à 28^ ; le thermo- 
mètre oscille entre 18 et 35^; pendant la journée, la chaleur 
est supportable, grâce aux brises de la mer qui, durant neuf 
mois de Tannée, viennent de la partie sud-ouest. Quand elles 
manquent on étouffe. 

Les écarts de température entre la nuit et le jour ne sont 

Le Dahomey. 3 



3i- i.i: i)Aii(»Mi;v 

habituelleinent que de 3 à 4"; (juaiid riiarnuillan souinc ils 
atteignent de 8 à 9" centigrades; 

Pendant les trois autres mois (déeend^re, janvier et l"é\ rier) 
la température est accablante. Pendant riiarmatlan, le tlier- 
niomètre monte jusqu'à i-\". 

En tous temps, la nuit, on respire l'air de terre, mais il 
est mauvais parce que, })assant sur les luarais, il emporte avec 
lui les miasmes putrides qui s'en exhalent. 

Les nuits sont toujours traiches. 

Pluies. 

Pendant la saison s^clie, le ciel est sans nuage; en temps 
ordinaire, la sécheresse du sol est tempérée le matin par 
d'abondantes rosées. 

Dans la petite saison des pluies, on compte mensuellement 
une moyenne de dix à quinze pluies, d'une durée de trois à 
quatre lieures ; le ciel est alors peu couvert et les nuag-es dis- 
paraissent instantanément. 

La tin de cette saison est parfois marquée piir ([uehpies 
orag-es. 

Durant la g"rosse saison des pluies, le soleil n'aj)parait par- 
fois que quelques courts instants dans une semaine. 

Les pluies durent souvent plusieurs jours sans discontinuer; 
le ciel est alors gris d'ardoise, Tatmosphère humide, la terre 
détrempée. 

On remarque, pendant la grosse saison des pluies, cpie la 
lune est maintes fois entourée d'un halo. 

La hauteur d'eau de pluie annuelle est de m. IM). 

Pendant l'hiver la g-réle tombe aussi ([uel({uefois. mais elle 
fond aussitôt qu'elle a louché terre. 




Types krowmen. 



GÉOGRAPHIE DU DAHOMEY 37 

Vents. 

Les vents qui soufflent sur la côte des Esclaves sont dési- 
g-nés sous le nom de brise de terre et brise du large. 

Pendant la saison sèche, Tune et l'autre soufïlent alternati- 
vement pendant une durée égale. 

La brise de terre qui vient du nord, et parfois du nord- 
ouest, apparaît vers minuit et dure jusqu'à neuf heures du 
matin. Elle est chaude et humide et accompagnée ordinaire- 
ment de myriades de moustiques. 

La brise du large, qui vient le plus souvent du sud-ouest, 
souffle pendant une moyenne de sept heures par jour, pendant 
les mois d'avril, mai, juin et juillet; elle cesse dans le cours 
de l'après-midi. 

En août, septembre, octobre et novembre, ce vent dure 
quelquefois toute la nuit. En décembre, janvier, février et 
une partie de mars, il fait place, du lever du soleil à midi, à 
V harmattan ou vent qui sèche. 

Gomme il y a entre les deux vents une différence de 8 à 9*^ 
centigrades, la transition est fort brusque et la fin des nuits 
toujours froide. 

L'harmattan . 

C'est un vent mi-froid, mi-chaud, qui souffle surtout en 
décembre, janvier et février. Il va du nord-est au sud-ouest. 

Pendant l'époque où il souffle, il alterne avec la brise de 
terre. 

L'harmattan apparaît généralement de très grand matin et 
disparaît vers le milieu de la journée; il persiste souvent de 
deux à six jours. 

Desséché par les sables du Sahara, puis refroidi par l'humi- 



'i(S Li: DAIIOMHV 

dite ambiante de certaines eonii^ées du Xig'cr, il chasse devant 
lui des tourbillons de sable. 

Son approche est annoncée par un épais brouillard de pous- 
sière qui, jusqu'à \i) ou 11 heures, cache les rayons du soleil. 

Sous son intluence, les lagunes se dessèchent et baissent 
avec une rapidité remarquable, les eaux stagnantes dispa- 
raissent complètement, car, sauf quelques orages, il ne pleut 
jamais à l'époque de riiarmattan. 

Dans 1 intérieur des maisons, Ton entend craquer les portes, 
les fenêtres et les bambous; les feuilles des arbres se crisj)ent 
et tombent comme grillées ; les lèvres se dessèchent ainsi (pie 
la bouche et la gorge. Une soif intolérable tourmente sans 
cesse, la peau se gerce, et pourtant c'est la meilleure saison 
pour l'Européen. 

Pendant l' hivernasse, l'harmattan est chargé de brumes 
malsaines, mais, dès que les pluies ont cessé, il devient si sec 
et si froid que la température descend en quekpies lunii-es 
de 26 à 17«. 

I/harmattan est chassé par des brises de sud-ouest, dont \i\ 
fraîcheur est d'autant ])lus sensible que le corps, étant des- 
séché, en est devenu bien plus impressionnable. 

Par suite de ces variations du vent, on a vu des nègres 
grelotter par 2o^ au-dessus de zéro. 

Tornades. 

l\Midant h» saison des grandes pluies, en avril et en mai 
surtout, on a les j)lus mauvaises bari-es et aussi ces ouragans 
terribles api)elés tornades. 

(]e nom indicpie sulïisamment le mouAcment giratoire du 
M'ut v\ des nuages, qui, dans leur fureur, reviennent souvent 
;» leur i)oint de départ, ajuvs avoir fait un tour conq)U't de 
1 lioii/.<tn. 



(lÉOdHAI'MIE 1)1 r)AM()>[EV '^0 

Avant l'orage, Tair est lourd, la chaleur accablante; le ciel 
est pur, mais vers le nord-est un point noir apparaît. Il j^ros- 
sit rapidement en tournant, le vent se déchaîne avec violence, 
la pluie tombe à torrents, accompagnée de coups de tonnerre, 
et de nombreux éclairs sillonnent Tespace. 

liien ne résiste à la fureur de Touragan ; des toitures de 
maisons sont emportées à plusieurs centaines de mètres; des 
arbres séculaires sont abalius par la force du vent; les forêts 
frémissent sous la lem[)ète, et, par places, il se creuse de pro- 
fonds ravins. Bref, c'est un bouleversement complet de la 
nature. Heureusement que la durée de la tornade n'est que de 
quelques minutes à peine, car autrement les dégâts seraient 
incalculables. 

Quand un calme ré})araleur vient succéder à la toui'mente, 
le ciel est plus clair, Tair plus frais et plus agréable, on res- 
pire plus à Taise ; enlin, on goûte un repos dont on avait grand 
besoin. 

Ces terribles phénomènes de la nature produisent toujours 
sur les populations superstitieuses du Dahomey une inq^res- 
sion profonde. 

Maladies du pays. 

r 1 A dote des Esclaves est un [)eu jilus salubre 

que ses voisines; c'est celle où l'iùn-opéen 
l'ésiste plus facilement aux atteintes du 
clinud, mais les mêmes soins sont néces- 
saires anssi bien i\ Poito-Xovo (pi'à (îiand- 
/ ^^ ^^<^ v^ i^ liassam 

Le paludisme est la grande maladie des 
luu'opéens; les lièvres y régnent à létat endémique, surtout 
à la c(Me, dans le voisinage des lagunes, (a^s alfections pré- 
sentent généralement un caractère assez bénin, mais à la 




40 LE DAHOMEY 

longue elles peuvent se transformer en fièvres bilieuses ou 
fièvres hématuriques bilieuses, d'un caractère très pernicieux. 

Dans le premier cas, une hvg"iène rig-oureuse et des soins 
attentifs suffisent; dans le second, le seul remède est le renvoi 
du malade en Europe. 

Les Européens sont, du reste, contraints devenir demander 
de temps en temps à Tair natal la réparation de leurs forces 
épuisées, car, au bout de quelques années de séjour, leur sang 
s'est appauvri et l'anémie les consume. Le teint jaunâtre que 
prend l'Européen révèle son état anémique ; son estomac 
s'affaiblit, son caractère s'aig-rit, toutefois il résiste. 

La fièvre paludéenne se combat généralement comme la 
fièvre intermittente, au moyen du sulfate de quinine. Dans le 
Haut-Dahomey, où l'atmosphère n'est plus chargée d'humidité, 
la fièvre paludéenne devient rare. 

Dans les jjostes français, on trouve facilement les médica- 
ments nécessaires à combattre les maladies ordinaires de la 
contrée. 

Les cas de dysenterie sont rares, mais ils présentent un 
caractère de gravité exceptionnel ; l'anémie, provenant de 
l'inertie digestive, de l'influence climatérique ou des pertes 
sudorales, est le mal auquel tous les Européens sont en proie. 

L'insolation fait aussi quelques victimes, mais dans ce pays 
de forêîs ce cas est généralement le l'ésultat d'une imprudence. 

Les refroidissements sont à craindre, quoique rares, mais 
ils sont difficiles à guérir complètement. 

La phtisie fait de nombreuses victimes chez les indigènes 
qui font un usage immodéré de l'alcool. 

Le grand degré hygrométrique de l'atmosphère prédispose 
aux rhumatismes. C'est une affection très fréquente aussi 
bien chez les blancs cpie chez les noirs. 

La petite vérole fait, de temps en tenq)s, son apparition 



GÉOGHAPIIIE DU DAHOMEY 41 

parmi les indig-ènes; mais elle est assez bénigne, malgré le 
peu de précautions prises pour éviter sa propagation; elle 
n'est du reste pas très contagieuse pour le blanc. 

Les ulcères ne sont pas rares, surtout aux membres infé- 
rieurs; Téléphantiasis est très commun, surtout aux chevilles. 

Les maladies les plus communes sont celles de la peau : le 
psoriasis, l'eczéma, l'herpès circiné, se montrent fréquem- 
ment; les bourbouilles sont constantes. 

La gale atteint indigènes et Européens ; la transmission se 
produit parle contact, mais au lieu d'envahir le corps entier, 
la maladie se localise presque toujours sur le pied, la main, 
les bras, les jambes et rarement le tronc. 

La lèpre est également assez commune chez les noirs, qui 
ont des remèdes spéciaux pour la guérir; seulement après 
guérison les endroits attaqués restent roses, la peau ne s'y 
colorant plus. 

Il y a aussi en Guinée la maladie du sommeil, qui provient 
de l'inflammation de Tenveloppe cérébrale. Le patient est sous 
le poids d'une somnolence que rien ne dissipe; il répond 
quand on l'appelle, mais sans sortir de sa torpeur. L'issue est 
toujours fatale. 

Dans les pays chauds, beaucoup de blessures, même 
lég-ères, sont accompagnées du tétanos et suivies de mort ; 
aussi faut-il prendre beaucoup de précautions et se servir 
d'antiseptiques pour le lavage des plaies. 

Le ver de Guinée et la puce chique. 

Parmi les parasites qui indisposent fortement les habitants 
du Dahome}^ il faut citer le ver de Guinée et la puce chique. 

Le ver de Guinée. 

Ce nématoïde appelé drafjonneau, fîlaire de Médine et ver 



42 IJ-; DAIIO.MKV 

de Guinée, Taisait, il y a ([iielques années, de grands rava^'es 
dans la pn]:)ulati()n de la ( ^Me : son f^-ernie se trouve dans 1 eau. 
mais rusai>e de filtics le lait dis])araitre. (À' ver est plat, sa 
loni;-ueur est d'environ I ni. .'iO, sa lar^-eur de ri'"/"^ et son épais- 
seur de 1'" '". 

Il peut se dévidopper sur toutes les parties du cor])s, mais 
il préfère surtout les jambes. Quelquefois il est solitaire, mais 
souvent on est altacpié par j)lusieurs vers à la fois. 

Leur présence cause de vives soutfrances, et si Ton né^^lif^e 
les soins la gangrène peut s'en suivre. 

On admet que ce parasite existe dans la lagune et qu'il 
pénètre à travers la peau nue des membres inférieurs des noirs 
qui traversent leau. 

Pour s'en débarrasser, on le tire avec précaution pour ne pas 
le briser et on l'enroule peu à peu sur une baguette en bois 
qui reste à Textérieur de la plaie. 

Les noirs a})pliquent aussi sur la plaie un mélange de verre 
et de charbon piles, ou bien de l'huile de palme et quelcpies 
herbes causticpies, ou encore un onguent avec du savon, de 
Thuile de palme et diverses feuilles que leur indiquent leurs 
médecins indigènes. 

La puce chique. 

La maladie spéciale occasionnée par hi jjiicc c/ti(/uc débute 
})ar 1 entlure des mains, des pieds et des jambes. 

Cet insecte, (jui a élé inq^orté depuis peu au Daliomev, est 
originaire du Brésil ; il est gros comme une puce ordinaire, il 
se tient dans les hautes herbes et s'implante dans la peau, de 
])référence sous l'ongle des orteils. Il traverse les étoiles, sur- 
tout les coulures, mais ne pénètre pas à travers les chaussures 
de cuir. 

Dès (ju'une légère démangeaison indicpie sa j)résence dans 



(IKlMiUAPHIP: 1)1' DMIOMKY 



43 



les pieds, il faut aiissitôl saisir la j)uce et renlever sans larder, 
car elle ii a encore (jue les mandibules introduites sous la 
])eau. 

Si l'exl l'action n est j)lus [)()ssible. le chatouillement lait 
place à une douleur aiguë et la présence de Finsecte ne se décèle 
plus que par un point oblong et noirâtre. Il faut alors prati- 
quer récJiiqiKKjc^ si l'on ne veut riscpier des désordres qui 
amènent souvent des érvsipèles et parfois même la i>'aniJ;Tène 
et le tétanos. 

Les indii^ènes sont fort habiles dans cette opération qui se 
fait au moyen d'une aii^uille : on pique la peau à côté du point 
noirâtre, on ])asse la pointe de rai<^uille sous linsecte qu'on 
enlève sans brusquerie, en une seule fois autant que j)ossible. 
On panse ensuite la ])laie avec un peu d alcool camphré. 

Mais si l'insecte est une femelle, le cas est plus f>'rave, car 
il se renferme dans une poche où il pondra, au bout de deux 
jours, une luoyenne de 1 .")() à 200 <eufs. 

Au bout de cin([ jours l'abdomen de la puce a atteint la gros- 
seur d'un ])elit pois. Les o'ufs éclosent après le dixième jour 
et l'on a alors deux cents insectes (pii vous dévorent la chair 
des pieds. Pour les extirpei'. il faut avoii' recours au bistouri et 
au nitrate d'argent i pierre infei'nale ). 

Les chiques attaquent non seulement l'homme mais aussi 
les animaux domesti(pu's. 




LE DAHOMEY 



Population. 



Le Dahomey est habité par plusieurs races autochtones et 
une race étrangère conquérante; toutes sont du type nèg-re. 

Les races conquises sont : 

1« Les Yoroubas, comprenant les Egbas, les Eyos ou Ohios, 
les Hollis, les Décamiens et quelques autres ; on les appelle 
également Nagos, du nom de la langue qui leur est commune. 
C'est une population dense, paisible, commerçante, dont le 
principal centre est Porto-Novo ; 

2*^ Les Minas, étaljlis sur la côte à Agoué et à AMiydah ; ils 
sont depuis longtemps en contact avec les Européens, et leur 
civilisation est plus avancée que celle de leurs voisins ; 

3° Les Ouatchis, entre Whydah et Allada, les Eoués, entre 
Allada et Abomey et les Djédjis au nord de Kotonou; 

4^ Les Mahis, les Dhassas, les Schabé, les Gambaris, les 
Zougou, les Baribas, les Kodokolis et les Bokos qui peuplent 
le Haut-Dahomey. 

A cette population si variée, il faut ajouter aussi des 
groupes de Peulhs pasteurs et des confédérations de marchands 
haoussas qui séjournent au nord, dans l'Ouangara et sur les 
bords du Niger. 

Les Fons ou Dahoméens, de nature belliqueuse, forment le 
peuple conquérant qui a englobé toutes les peuplades voisines, 
tout en évitant de se mélanger avec les vaincus. 

Il n'a pas encore été possible d'évaluer exactement le chiiVre 
de la popuk\tion des divers Etats placés sous notre protectorat, 
dans le golfe du Bénin. 

Les derniers recensements ont donné 150.000 hal)itants pour 
le royaume de Porto-Novo et ses dépendances, TJLOOO habi- 
tants pour les Popos, et iOO.OOO hal)itants pour le Dahomey 
pr()])renuMit dit. 



GÉOGRAPHIE DU DAHOMEY 4o 

La population des territoires du Haut-Dahomey, du 9^^ au 14*^ 
deg-ré de latitude nord, est d'environ 300.000 habitants. 



Villes principales du Dahomey. 

Le point de débarquement au Dahomey est Kotonou (ou 
lag-une morte). C'est un villag-e noir d'environ 1.000 habitants, 
assis sur la plag-e sablonneuse qui a remplacé le chenal par 
lequel le Denham (grand lac) communiquait avec la mer. Il 
sert simplement de port à Porto-Novo ; ce n'est qu'un point de 
transit où l'on ne trouve que les entrepôts des maisons euro- 
j)éennes établies à Porto-Novo, quelques baraquements, 
l'hôtel de la Compagnie du câble, un blockhauss en maçon- 
nerie et de nombreuses masures européennes habitées par 
l'Administration et les agents des factoreries. 

Dix-huit milles séparent Kotonou de Porto-Novo. On s'y 
rend par la lagune en passant entre divers villages lacustres 
tels que Avansori (L500 habitants), Afotonou (3.000 habi- 
tants), Ganvi et So (4 à 500 habitants) habités par des pêcheurs 
qui sont venus s'y réfugier pour éviter les poursuites des sol- 
dats dahoméens auxquels les fétiches défendent de passer Teau 
pour guerroyer. 

On laisse à droite le village de Kotonou^ village assez com- 
merçant, et, après une traversée d'une dizaine de kilomètres 
sur les eaux tranquilles du lac Denham (du nom d'un marin 
anglais qui en a établi la carte en 1845), on débouche par les 
passes du Zoumé, de Toché et d'Aguégué dans la lagune de 
Porto-Novo, qui fait communiquer l'Ouémé avec la bouche 
de Lagos. 

Le trajet en pirogue ne dure que de cinq à six heures. 

Porto-Novo (Port-Neuf des Portugais ou Assen, ou Adjaché 



iG IJ-: DAIIOMKV 

des Xoirs) est le cliel-lieu de la Colonie du Dahomev el dépen- 
dances. Sa population est de 50.1)00 habiUints. (Test une \ ille 
qui s'est ])ien dévek)ppée sous linlluence européenne el ({iii 
dispute à Lai.;os le eoninierce avec les districts de Tintérieur. 

Elle est bâtie en amphithéâtre, à une altitude de 20 mètres 
au-dessus du niveau de la mer. Son étendue est longue et 
étroite. 

Dans le quartier européen on remarque T hôtel du gouver- 
neur, le palais du roi Tolîa dont c'est la capitale, les factoreries 
Régis, Voig-t and C", llolt et Welsh. Kcenigsdorf, la mission 
catholique, la maison des Sœurs, les casernements de la troupe, 
l'hôpital militaire, les hôtels du Secrétariat général, de la 
Direction des AU'aires politiques et de la Douane. 

Les palmiers, les fromagers, les manguiers, les bananiers, 
les tlamboyants y forment d'épais bosquets, et les maisons 
l^lanches des Européens s'y détachent d'une façon ravissante 
sur le fond sombre de la verdure, le rouge brique du sol et le 
bleu du ciel et de l'eau. 

Le quartier indigène n'a rien de remarquable avec ses huttes 
en terre. 

De l'autre côté de lala^'une, se trouvent les cases du \illaije 
de Oiiéla cachées dans l'ombre de hauts palmiers. 

A l'ouest de Kotonou, à une distance de ou 10 kilomètres, 
on trouve Godonici/-plaf/c ou Jakin. De là une route en mau- 
vais état mène à Godonieij -ville distant de 7 kilomètres au 
nord. Sa population est de 5.000 habitants et son altitude de 
5 mètres au-dessus du niveau de la mer. La ville communi((ue 
avec le lac Nokoué par un chenal tpii est à sec pendant ime 
partie de Tannée. 

Godomey-plage est encore un entrepôt de marchandises des 
nuiisons Eabre et Hégis. 



(lÉdGUAl'IlIi: 1)1 I)Alin.Mi;Y 47 

Si dv Godoniey à \Miv(lah ron suit la plaide, on rciRonlre, 
api\'s avoir paivourii une dizaine de kilomètres lia moitié de 
la dislance), la ville (rAvrékété (.").000 liahitanisi |)uison arrive 
à \Vhv(lali. 

]\'Itj/clcih ou JlkIh. Ajuda ou Glélioué 1 maison des champs), 
20.000 habitants, est la deuxième ville du Dahomey. La ville 
proprement dite est à 5 kilomètres de la mer. Pour y arriver on 
traverse le village de Zoumbodji et la laj^une. La distance 
d'Abomey est d'environ KiO kilomètres. 

M'hydali-])la<>e comporte les trois forts an<^lais, portugais 
et français, (^est le port le plus important de la colonie ; son 
mouillage' à six cents mètres de la barre est assez sûr. 

De ^^hydah à Grand-Popo (Pla en indigène) le voyag^e se 
fait en j^ii'og-ue par la lag'une ; la distance est d'environ 3."] kilo- 
mètres. Une partie de la bourg-ade est située sur la mer, l'autre 
appelée Salt-Pound-Havy est sur la lagune. 2.000 habitants) ; 
rade sûre pour les navires. 

De là, on se rend à Afjouc ou AJi</o dont la distance est 
de 22 kilomètres (o.OOO habitants). Mission catholique. 

Les autres villes importantes situées dans l'intérieur, sont, 
au nord de Godomey, Abomey-Calavi, la troisième ville du 
Dahomey par son importance; elle est presque située sur le 
lac Denham, à une altitude de 22 mètres. 

A 15 kilomètres au nord de Whydali, sur la route d'Abo- 
mey, Savi^ l'ancienne capitale du royaume de Juda. C'est une 
ville bien déchue dont la population n'est plus que de 4.000 
habitants. 

Allada (10.000 habitants) est la capitale du royaume de ce 



48 



LE DAHOMEY 



nom OU d'Ardres. C'est une ville jieu prospère, remarquable 
seulement par ses plantations de palmiers. 

Toffo, sur ini mag-nifique plateau. 

Agrimey ^ au delà du marais de Go. 




Quartier des factoreries à Porto-Novo. 

Cana, ou Calmina, la ville sainte du Dahomey, qui renferme 
les tombeaux des rois. C'est un bourg- peu important de 10.000 
habitants. Trois lieues seulement le séparent dVVbomey, la 
capitale du royaume, à la([uelle le relie une route très belle. 

AJjoincy, ou Agbomé, la capitale actuelle du royaume (iO.OOO 
habitants) est située sur un plateau à iOO mètres au-dessus 



GÉOGRAPHIE DU DAHOMEY 49 

du niveau de la mer. Une immense enceinte de terre l'entoure ; 
le seul monument digne d'attention est le palais du roi qui a 
environ 3 kilomètres de périmètre. 

La population d'Abomey est très variable, suivant que le roi 
l'habite ou qu'il va résider à Agony^ ville de 20.000 habitants, 
située sur l'Ouémé, à 2o kilomètres au nord-estd'Abomev. 

Les autres centres importants de la colonie sont : 

Sakété, au nord de Kotonou ; 
Toune, sur la frontière du To£j;'o ; 
Djalloukou, au nord d'x\bomey ; 
Savaloii, au nord de Djalloukou ; 
Zagnanado, près de FOuémé, à hauteur d'Abomey; 
Kétou, sur la frontière du Lagos; 
Ouessé^ dans le nord ; 

Parakou, Séméré, Ouangara, Carnotville^ Nikki, Kandy ^ 
Carimaina, Madékaly, Say^Fada N'Goiirma^etc.^ etc. 



Postes militaires. 



Les postes militaires de la colonie sont actuellement ceux 
d'Ag-oué, de Grand-Popo, de Wyhdah, sur la côte ; d'AUada, 
Abomey, Zag-nanado, Kétou, Savalou, Dadjo, Garnotville, 
Bassila, Ouari, Parakou, Ghori, Konkobiri, Botou, Fada, 
Zougou, Kandy, Garimama et Si\\ dans l'intérieur. 

Tous ces postes sont occupés par des détachements de tirail- 
leurs haoussas et de gardes indigènes recrutés dans la colonie. 

Le Dahomey. 4 



50 



LE DAHOMEY 



C'est en mars 1890 que fut or<j^anisée la garde indigène, 
recrutée parmi les Européens et les indigènes résidant sur le 
territoire français du Bénin. 




CHAPITRE II 

HISTOIRE DU DAHOMEY 



SOMMAIRE 



Les origines du Dahomey. — Les rois de Dahomey. — Leur règ'ne. 
— Histoire de Porto-Xovo. — Historique des autres Etats compo- 
sant le Dahomey. — Rehitions du Dahomey ayec la France et 
les puissances européennes. — - Traité du l'"" juillet 1851. — 
Traité du 19 mai 1868. — Traité du 19 ayril 1878. — Les éyé- 
nements de 1890 et les origines de la guerre. 

Les origines du Dahomey. 

L'histoire de nos possessions du Dahomey est encore assez 
obscure. Tout ce qu'on peut dire d'une manière précise, c'est 
qu'au XYi*^ siècle ces contrées étaient diyisées en plusieurs 
Etats, désignés sous les noms de : 

1^ Sur le littoral, les royaumes de Juda (capitale Savi) et de 
Jackin ; 

2^ Le ro\aume d'Ardres ou d'Allada (capitale Allada), 
touchant à la côte par Godomé et Kotonou ; 

3^ Et plus au nord, le pays d'Assem, le royaume de Cana 
ou Calmina, habité par les Fons, le pays des Eyos. 

Ces divers Etats étaient limités : à l'ouest, par le petit pays 
des Popos, les royaumes des Fantis et des Achantis; k l'est, 
par les Eyos et la partie orientale du royaume d'.Vrdres, le 
royaume de Badagry, etc. 

Tous ces minuscules Etats disparurent absorbés peu à peu 



5i \A-: DMIO.MKV 

])ar les c()n(|uêtes du ])otit ])eiiple i>iierri«'i' voisin, les Vous ou 
Dahoméens, 

Il est fort (litïieile de rétablir 1 histoire séj)arée de ees pavs, 
sur les(|uels on ne possède aueun doeinuent ; il faut s'en tenir 
aux indications données par les anciens de la taniille rovale. 
gardiens-nés de hi tradition. 

Les Fons ou Foys. ou h'ouins ou Dahoméens, venus du 
Noi'd, croit-on, foi'maient, au commencement du xvn*' siècle, 
un peuple guerrier et discipliné qui était l'edouté de tous ses 
voisins. Il rentrait toujours de ses ex[)éditions avec de nom- 
breux prisonniers et un riche butin. Des négriers espagnols ou 
portugais lui donnèrent ([uehjues notions darl militairi' (pii lui 
facilitè!*ent l'annexion de toutes les poj)ula lions du littoral ou 
de Tintérieur, incapables de lui l'ésister et terrorisées à 
ravance. 

En 1610, le roi des Fons s'appelait Dan; sous son adminis- 
tration le pays était devenu ^iche et tlorissant. 

A cette époque, Koppon. le dernier roi d'Ardres ou d'AUada, 
mourut, laissant trois iils. Chacun voulant recueillir la succes- 
sion de son père, il en résulta une guerre acharnée d'où le frère 
cadet, Méji, sortit victorieux et l'esta seul maître du royaume. 

Le plus jeune, Atéagbalin. se réfugia, après sa défaite, sur 
Tautre rive de FOuémé. et fonda avec ses partisans Ajaché. 
baptisé aussi Grand-Ardres, et, plus tard, Porto-Xovo ])ar les 
Portugais. 

L'aîné, Aho Tacodonou. ti'avcrsa le Lama pour allei" 
demander asile au roi de (]ana. nommé Dan. (pii lui })ermit 
de s'installer au nord de sa capitale, où il fonda Agbo-mé, 
mot à mot : dans lenceinlc. Ce fut le berceau du Dahomey 
proprement dit. 

Aho vécut d'abord en très bonne intelligence avec les Fons, 
mais, remuant, and)itieu\, il exigeait fré(juemment des 
agrandissements de terrain du roi de (lana. Il faut diie (pi'une 



nisionioi !•: dl' Dahomey 5a 

nombreuse population était venue peu à peu se grouper autour 
de lui. 

A la lîn, fatig-ué de cet insatiable solliciteur. Dan lui tit 
demander « s'il allait faire construire des cases jusque sur 
son ventre ». Vexé de cette boutade, Aho refoula sur le 
moment ses rancunes, car il n'était pas encore assez fort pour 
l'exécution des projets qu'il avait conyus, et pour la réalisa- 
tion desquels il s'allia secrètement avec tous les Fons (pii 
étaient mécontents de leur roi. 

Quand il se crut sûr de vaincre, il rassembla ses guerriers 
et tomba à l'improviste sur son bienfaiteur qui, malgré des 
prodiges de valeur, fut battu et fait prisonnier. 

Amené à Agbo-mé, Din fui décapité et son corps jeté dans 
les fondations du palais que le nouveau chef des Fons se fai- 
sait alors construire. 

Ce palais fut appelé DanJwnii\ mot à mot : vc/i/re de Dan. 

Par la suite, la contrée entière prit cette dénomination, et 
l'usage modifia à la longue la prononciation des noms primi- 
tifs dont on fit Abomey et Dahomey. 

Après ces exploits, Aho fut reconnu roi des Fons sous le 
titre de Dako. 

Il fut le chef de la dvnaslie dahoméenne. 




56 LE DAH03IEY 

Les rois de Dahomey. — Leur règne. 

Dako Tacodonou (1620-1640). 

Continuellement en lutte avec ses voisins, il fait de ses 
sujets un peuple qui convoite toutes les richesses des peuples 
voisins. 

Il enseigne à ses guerriers des ruses peu honnêtes pour 
suppléer à Finfériorité du nombre; l'attaque nocturne, par la 
surprise, permettant de faire des prisonniers sans coup férir ; 
l'incendie qui jette le désordre et chasse les habitants, enfin 
le pillage qui rapporte plus de butin qu'une victoire par .les 
armes. 

11 eut pour successeur son fils 

Ouébadjia ou Adahounzo (1640-1655), qui établit les 
abominables coutumes des sacrifices humains, seule trace sail- 
lante de son règne. 

Puis vinrent successivement : 

Aho ou Ad an zou l"' (1655-1679). 

11 continue la politique belliqueuse de ses prédécesseurs 
et annexe à son territoire plusieurs petits Etats indépendants 
ou tributaires des royaumes d'Ardres et de Cana qui bor- 
daient le pays des Fons. 

En 1661_, il fait la conquête du royaume de Cana ou Cal- 
mina. 

Dans toutes ces expéditions, les prisonniers étaient impi- 
toyablement mis à mort s'ils refusaient d'opter pour le vain- 
queur et de grossir son armée. 

A la mort d'Aho, le pays des Fons avait triplé son territoire, 
qui était alors limitrophe du royaume d'Ardres. 

Le règne de son fils, Akaba ou Ouihcga ou encore Viha(/ee 
(1679-1708], fut nul comme ^^rogrès de territoire. C'était un 




i.c pnnce Ivoudokoue 
Ancien ministi-e des finances de Béhanzin 



iTisTOiuori-: dl datiomey 50 

monarque indolent et apathique, qui se borna à conserver 
intact le royaume que lui avaient léi»'ué ses ancêtres. 

Le seul événement marquant de cette époque fut l'ex- 
pédition tentée par le roi de Juda, secondé par les 
Français du fort de Juda, contre les Popos, mais ces derniers 
battirent leurs aj^resseurs et nos conq^atrlotes furent contraints 
de se retirer ( l()05). 

Akaba mourut empoisonné par un de ses serviteurs, et fut 
remplacé par Agadjui, neveu d'Aho. 

Dossou Af/adjia ou Goudja-T rondo ou Af/hnjfi (1708- 
1729). 

Ce fut un ^rand roi et un i;rand conquérant dont le règne 
fut répo(|ue la plus brillante du Dahomey. Ses nombreuses 
conquêtes le font surnommer IWlexandre Noir; il étendit son 
autorité jusc{u'à la mer et commença les g-uerres contre les 
Nag-os. 

Après ({uekjues années passées en pi^'paratifs de canq^agne, 
les Fons envahirent le royaume d'Ardres (1723), qui était 
riche et puissant. La lutte dura longtemps et fut meurtrière 
de part et d'autre, mais l'avantage resta aux Dahoméens qui 
s'annexèrent le territoire, Allada et Agaché (Porto-Novo) 
étaient prises. 

Deux ans se passèrent à réorganiser l'armée qui était gros- 
sie de tous les nouveaux effectifs. 

Devenu voisin du royaume de Juda, le roi Agadjia le 
convoita. 

Le pays était très prospère, et les négociants européens y 
possédaient des forts qui étaient en même tenq)s des comptoirs 
ti'ès commerçants. 

Fn 1727, il exigea, du roi de Juda, une redevance annuelle 
considérable ainsi i\uv le libi-e passage pour aller traticpuM'à la 
côte. 



60 LE DAH03JEY 

Refusant d'être son tributaire, le roi de Juda retourna, en 
g-uise de réponse, à son aimable voisin, la tête seule de son 
émissaire. 

Pour venger cet éclatant outrage, Agadjia fît envahir le 
territoire de Juda qu'il transforma sous peu en un monceau de 
ruines fumantes. Le roi, les principaux chefs et 4.000 habitants 
sont passés par les armes, après avoir subi de cruelles tortures. 
Les villes de Savi et de Juda sont saccagées et brûlées (1727). 

Les comptoirs evu^opéens ne sont pas épargnés, et les blancs 
doivent chercher un refuge dans les forts en terre de la plage. 

Le Dahomey est borné maintenant au sud par la mer. 

Pour échapper aux désastres d'une guerre, le j^etit royaume 
de Jacquin, qui est menacé par le Dahomey, se hâte de se 
soumettre ; néanmoins la ville est brûlée et ses habitants sont 
massacrés (1729). 

Le cruel Agadjia meurt au moment où il songeait à conqué- 
rir les Popos. 

Toghouessou ou Bossa-Ahadi (1729-1732). 

Roi nul. On prétend qu'il avait l'habitude de faire couper 
le nez de ses ennemis. 

Mpengla ou Kpingoula (1732-1737). 

Rien ne signale son règne. 

Il tenta sans résultat une expédition contre les montagnards 
Mahis, au nord du Dahomey. 

Agonglou ou Hadée-Ganglo ou Angongoulo dit Anizo- 
Sédozo (1737-1774). 

Petit-fils d'Agadjia, il était paresseux et nonchalant, ce qui 
lui valut le surnom de Fatigue. Aussi est-ce sous sa domina- 
lion (jue le Dahomey se vit infliger sa première défaite. 

Va\ 1738, les x\yos ou Eyos firent irruption au Dahomey. 
Rien ne put leur résister. Le peuple dahoméen entier lutta 
contre l'envahisseur et fit une résistance désespérée. 



HISTOPJQLE DU DAHOMEY 61 

Les Eyos furent repoussés deux fois, mais leur nombre aug- 
mentait sans cesse, malg-ré les pertes considérables qu'ils 
avaient éprouvées. 

Devant leur impuissance à arrêter la marche de Fennemi et 
pour éviter de laisser des prisonniers entre ses mains, les 
Dahoméens battirent nuitamment en retraite, pour se réfugier 
dans des retraites inconnues des Evos. 

x\près avoir brûlé Abomey, Galmina et d'autres villes 
encore, ceux-ci se retirèrent pour revenir l'année suivante 
recommencer leurs déprédations. 

Las de combattre, Agonglou dut entrer en arrangement 
avec l'ennemi, et le Dahomey s'engagea à lui payer annuelle- 
ment un tribut considérable. 

A peine débarrassé des Eyos, et quoique vaincu, le roi 
Agonglou voulut soumettre le pays des Mahis à son influence 
en le faisant gouverner par un de ses favoris. 

Mais les Mahis, voulant rester indépendants, refusèrent et 
la guerre éclata. Elle fut sanglante et longue et dura vingt ans. 
La victoire, longtemps indécise, resta pourtant au Dahomey, 
mais il ne put annexer le territoire des Mahis au sien, son 
triomphe n'étant pas suffisant. Les deux ennemis conclurent 
ensemble, en 1772, un traité de paix qui dura de longues 
années. 

Tout en poursuivant ses luttes avec les Mahis, Agonglou 
eut encore à combattre maintes fois les habitants de Juda 
révoltés par sa cruauté et son injustice, et auxquels étaient 
venus se joindre ceux des Popos. 

Cette révolte commune occasionna peu de mal aux Daho- 
méens et prit fin en 1743. Les rebelles prisonniers subirent 
de cruelles représailles qui assurèrent pour longtemps la tran- 
quillité du pays. 

Les Popos, battus également et ayant perdu tout espoir, 



62 LI-: DAHOMEY 

signèrent en 1772, avec le Dahomey, une paix qui ne lut 
jamais rompue. 

Aij;'<)ni;Iou mourut le 17 mai I77i. et eut comme successeur : 

Adanzou II ( I77i-178î)). 

Dès son avènement, ce roi reconstitua son armée, cai* il 
était résolu à s'alFranchir du tribut imposé par les Eyos. Pour 
se venger des dégâts qu'ils avaient commis quelques années 
auparavant au Dahomey, il envahit su]:)itement leur territoire. 
Nullement préparés, les Eyos furent l^attus dans chaque ren- 
contre et demandèrent à traiter. Le tribut annuel payé depuis 
vingt-sept ans par le Dahomey fut supprimé, et la paix 
conclue en 1777. 

Ce fut le seul service qu'Adanzou II rendit à son pays. 

Vinoiihiou et E ho mi régnèrent de 1789 à 1803, mais rien ne 
signala leur passage au pouvoir. 

A (lo no za n o\i Adandosan (1803-1818), fut le premier roi 
qui assista lui-même aux batailles livrées par ses peuples. 

Ce fut un prince cruel, voluptueux et sanguinaire. 

Les Dahoméens rougissent de le compter au nombre de 
leurs rois, car le sang qu'il lit verser inutilement marque son 
règne d'une tache indélébile. 

Il était constamment ivre et gouvernait très mal ses 
sujets. 

Les sacrifices humains absorbaient tous les captifs de la 
guerre, et les négriers, n'y trouvant plus leur compte, la traite 
devenait presque impossible. 

Fatigué des cruautés de son roi, le peuple se souleva en 
1818, et proclama à sa place son frère Ghézo, surnommé Dada, 
c'est-à-dire le Bon. 

(^e dernier s'était lié d'amitié avec un métis brésilien, trafi- 
quant d'esclaves, nommé Francisco Félix da Sou/.a, dont il 
fit son conseil dès ((u'il fut au pouvoir. 



iiisroiîini !•: Di i)Aii(>.Mi:v 



()3 



A la siiile de son abdication forcée, Adono/.an se l'elira dans 
un pays voisin avec sss femmes, ses enfants et ses serviteurs. 

(ihczn ou Ghczoïi ( lSiS-1858). 

Ce roi fut très populaire et son rè<>ne fut prospère pour le 
Dahomey. Il encourag-ea les traitants étrani^ers et leur facilita 
leur commerce. 

La rade de Juda (Gléhoué) qui, depuis, s'est appelée Whydah, 
était fréquentée par des navires de tous les pavillons, et bien- 
tôt la ville devint, en même temps qu'un f^rand centre com- 
mercial, la deuxième capitale du Dahomey. Un g-rand nombre 
de Brésiliens étaient venus s'y établir, et le roi reconnaissant 
envers son favori et conseiller Francisco da Souza, le nomma 
vice-roi de Whvdah, c'est-à-dire vevo"an ou chef des blancs, 
qu'il gouverna aux lieu et place des autorités indigènes. 

Ses compatriotes l'appelèrent le Chriclia, nom qui fut trans- 
mis à ses successeurs. 

Grâce à son pouvoir illimité, Francisco da Souza acquit 
rapidement une belle fortune. Ses bonnes relations avec le roi 
durèrent de longues années, mais, à la lin, Ghézo, jaloux de la 
puissance de son ami, le ruina presque entièrement en lui 
empruntant des fonds et lui retirant le privilège d'être l'inter- 
médiaire entre lui et les commerçants. 

Le chacha fut tellement affecté de sa disgrâce qu'il en 
mourut en 18i9. On prétend même qu'il aurait été empoi- 
sonné. 

Le principal événement du règne de Ghézo, fut la création 
du corps des Amazones, milice féminine qui devait lui 
servir de garde du corps, mais qui combattit plus tard avec 
le reste des troupes. 

Voulant devenir un grand conquérant comme son illustre 
ancêtre Agadjia, il attaqua, vers 1830, la peuplade guerrière 
des Acharitis, ses voisins à l'ouest, mais ses troupes furent 
piteusement battues et ne renouvelèrent plus leur tentative. 



()4 LE DAIIOMKY 

Sous le règ-ne de Ghézo, les relations avec la France, inter- 
rompues depuis 1797, furent reprises. En 18ol, il conclut avec 
nous un traité de commerce et d'amitié ( l'^" juillet). 

Vers la fin de la même année, il déclara la g-uerre aux Egbas 
(habitants du territoire d'Abéokouta, dans le Yorouba) et, à 
la tête de 30.000 g-uerriers, dont 8.000 Amazones, l'armée 
dahoméenne arriva aj^rès quelques succès sous les murs 
d'Abéokouta dont elle fit le siège. L'assaut était donné, et déjà 
les Egbas pliaient de toutes parts, lorsque honteux de se voir 
battus par des femmes, ils se ruèrent dans un effort désespéré 
à une nouvelle attaque contre l'ennemi, qu'ils réussirent à 
obliger à une prompte retraite, qui se transforma en une désas- 
treuse déroute (1852). 

En 1854, Ghézo marche contre les Mahis, encore insoumis 
en partie, et leur enlève un grand territoire situé au nord 
d'Abomev. Leurs habitants se réfu«;nent à Ai^^oué, au delà de 
la lag-une. 

Ainsi que ses prédécesseurs l'avaient fait depuis deux siècles, 
le roi envoyait chaque année piller les contrées voisines, pour 
se procurer les prisonniers nécessaires à la traite et aux cou- 
tumes, cérémonies annuelles pendant lesquelles on massacrait 
tous les captifs. 

Ces petites expéditions avaient ordinairement lieu de février 
à avril, lorsque les basses eaux permettent la traversée à gué 
des cours d'eau, car la tradition interdit aux Dahoméens de 
franchir l'eau pour guerroyer. 

A la mort de Francisco da Souza, son fils aîné Isidoro fut 
nommé chacha de Whj'dah. Il remplit ses fonctions avec 
beaucoup d'autorité et de prestige, malgré le peu de fortune qui 
lui restait. 

C'est lui qui, rêvant de faire de Wliydah une possession 
portugaise, invita le gouverneur portugais des îles San-Thomé 



HISTORIQUE DU DAHOMFA' 65 

et du Prince à venir passer un mois à terre. A son départ de 
Whydah, le gouverneur José Marquez fit réoccuper militaire- 
ment le fort portugais depuis longtemps abandonné, et le cha- 
cha fut nommé gouverneur du fort, avec le grade honoraire de 
lieutenant-colonel d'infanterie de marine. 

Peu après, il renforça la garnison du fort par une milice 
composée de noirs brésiliens et d'indigènes et équipée par ses 
soins. 

Sa mort fut aussi subite que celle de son père (1858). 

Ghézo mourut la même année, pendant une épidémie de 
petite vérole, au moment où il venait d'abdiquer en faveur de 
son fils, le prince Badohoun ou Badou qui monta sur le trône 
sous le nom de Glé-Glé. 

Ce dernier, qui avait un culte particulier pour la mémoire 
de son père, lui fit faire des funérailles splendides, où ni le 
sang humain, ni les richesses ne furent épargnés; des milliers 
de prisonniers furent sacrifiés en l'honneur du roi défunt, tel- 
lement est aveugle le respect du peuple dahoméen envers ses 
souverains 

Glé-Glé ou Glélé, dit Kini-Kini, le lion des lions (1858-1889). 

Glé-Glé fut un homme supérieur qui témoignait toujours du 
désir de s'instruire. Fort de sa valeur, il se laissa, beaucoup 
moins que son père, dominer par le troisième chacha qu'il 
venait de nommer à Whydah. 

Avant Glé-Glé, le chacha traitait toujours seul avec les 
blancs, sans passer par les chefs indigènes, mais quelques 
Européens ayant refusé de s'incliner devant son autorité 
parce qu'il était mulâtre, s'adressèrent directement au roi. 
Celui-ci, qui ne se dérangeait pas pour si peu, renvoyait les 
blancs à ses cabécères (chefs). Par la suite, les autorités 
nègres prirent de plus en plus d'influence au détriment des 
chachas ; mais tous s'accordaient bien pour harceler les négo- 
ciants de la côte. 

Le Dahomey. 5 



66 LK IJAIIOMKV 

Sous Glé-Glé, le rôle poiiticjue des vice-rois de Wliydali fut 
donc bien amoindri, néanmoins les chachas menèrent encore 
de nombreuses intrigues. 

La première entreprise de Glé-Glé fut de chercher à venger 
l'échec éprouvé par son père à Abéokouta, dans le pays des 
Egbas, six ans auparavant. Pour cette campagne qu'il voulait 
rendre décisive, il se prépara secrètement pendant plusieurs 
années. Il fut prêt en janvier 1860. 

Il marcha d'abord sur Ichatra, petit pays voisin (jui s'était 
tourné contre son père lors de la retraite de son armée. La ven- 
geance fut cruelle. Le roi et tous les habitants furent faits pri- 
sonniers et vendus à prix d'or à une caravane de négriers en 
quête d'esclaves; aucun d'eux ne revit jamais le pays. Les 
villages furent détruits, les récoltes brûlées, les palmiers 
coupés. 

Après cette première victoire, le vain({ueur retourna au 
Dahomey pour poursuivre ses préparatifs de guerre contre 
Abéokouta. 

En 1863, Glé-Glé, à la tète d'une armée formidable, reprend 
la marche sur cette capitale; après avoir tout ravagé sur son 
passage, il arrive sous les murs de la ville. Ayant vainement 
attendu dans la plaine ratta([ue de ses ennemis c[u'il défiait 
journellement, et la famine décimant son armée, il tenta las- 
saut ([ui fut repoussé avec perte. 

l^our attirer leurs ennemis hors de la ville, les Dahoméens 
feignirent alors une retraite précipitée. Les Egbas se mireni à 
leur poursuite, mais, arrivés dans un endroit propice, les 
fuyards tirent volte-face et infligèrent aux Egbas des j)ertes 
nondjreuses. (Cependant la victoire ne fut pour aucun parti, et 
les agj'esseurs durent battre en retraite, en abandonnant 
3.000 prisonniers entre les mains des b]gbas. 

Prcs(pie tous ces captifs furent rachetés et i-amenés au 



mSTOlUQL'E DU DAHOMKY 67 

Dahomey peu après. Dans ce but, Glé-Glé, outre les res- 
sources pécuniaires de son royaume, avait même emprunté de 
Targ-ent aux Européens, auxquels il le remboursa intégrale- 
ment dans la suite. 

Depuis quelques années, la Côte des Esclaves était de plus 
en plus visitée par les Européens. Le roi recevait souvent des 
ofïîciers, des voyag'eurs et des commerçants; en échauffe des 
gros présents qvi'ils lui apportaient, Glé-Glé les retenait sou- 
vent dans sa capitale plus long-temps qu'ils n'auraient désiré, 
et comme distraction les invitait à assister à quek[ues sacrifices 
humains. 

En 1808, le roi de Dahomey signe avec la France un traité 
par lequel il lui concède le territoire de Kotonou. 

Malgré son dédain i)our les blancs, le roi Glé-Glé vécut 
longtemps en bonne harmonie avec les puissances euro- 
péennes ; gonflé d'orgueil et ignorant de leurs forces, il considé- 
rait leurs souverains comme des égaux heureux d'entretenir 
des relations avec le noble descendant dv la dynastie daho- 
méenne. 

Mais en I87(). un premiei' contlit échita entre le Dahomey 
et l'Angleterre. 

Un Brésilien, .lacinlo da (]osta Santos. avait rendu comnu^ 
cabécère de grands services ii la maison anglaise Swansea and 
G"; en récompense, celle-ci l'avait aidé à se l'aire une belle 
fortune elle protégeait. Jaloux de sa situation, tous les négo- 
ciants ainsi que la famille du chacha selï'orcèrent de le noircir 
dans Tesprit du roi, sous j)rétexte (juil tenait des j)rop()s insul- 
tants à son adresse. 

Accusé d'avoir refusé de vemlre au prince héritier Kondo 
une qualité spéciale de tissu ({u'il ne possédait même pas, il 
vit ses marchandises contiscpiées au nom du roi et une amende 
de deux mille francs de notre monnaie lui fut infligée. 



68 LE DAHOMEY 

M. ïunbool, agent de M. M,. Swansea, s'interposa vaine- 
ment auprès des cabécères en déclarant que Jacinto n'était 
qu'un commissionnaire et que toutes les marchandises dépo- 
sées chez lui appartenaient à la maison qu'il représentait. 
Mais les autorités dahoméennes ne voulurent rien restituer, 
et, comme M. Tunbool les menaçait de faire intervenir le 
Commodore commandant la station navale de l'Atlantique 
sud, il fut lui-même insulté et arrêté. 

Comprenant un peu tard qu'ils avaient commis une mala- 
dresse, les cabécères le relâchèrent aussitôt en lui faisant des 
excuses. 

Mais une plainte avait déjà été adressée par M. Tunbool au 
gouvernement britannique, et, quelques jours après, le 
9 octobre 1876, un cuirassé anglais mouillait en rade de 
Whydah. 

Un officier supérieur descendit à terre pour faire une 
enquête sur place, et tous les négociants certifièrent par leur 
signature la véracité des faits rapportés par M. Tunbool. Il 
signifia ensuite aux autorités indigènes qu'en raison de l'in- 
sulte grave faite à un sujet anglais, le commodore Hutte infli- 
geait au roi de Dahomey une amende de 300 punchons 
d'huile de palme (gros fûts de 600 litres). Comme le roi refusa 
de payer, l'Angleterre ordonna le blocus de la côte, jusqu'au 
paiement intégral de l'amende. 

Ce blocus dura sept mois et fut très préjudiciable aux mai- 
sons de commerce qui envoyèrent message sur message au roi, 
mais sans résultat. « Si les Européens soufTrent de ce qui se 
passe, disait-il, c'est à eux à vider la question .» 

Le blocus ne fut levé que le jour où, las d'attendre l'inter- 
vention du gouvernement français qu'ils avaient en vain sol- 
licitée, les commerçants français de Whydah curent avancé 
eux-mêmes, au nom du roi, 200 punchons d'huile (mai 1877). 



IIISTOHIQLE DU DAHOMEY 69 

Mais cette huile n'arriva jamais en Ang^leterre, car au larg-e 
du cap des Palmes le navire sombra dans un ouragan. 

Aussitôt après le départ des Anglais, Glé-Glé se souvint 
qu'il avait à se venger des négociants qui avaient signé le 
procès-verbal du commodore. Tous furent condamnés à la pri- 
son ou à l'amende. 

En 1878, le roi du Dahomey ratifia avec la France le traité 
de 1851 ; une clause y fut ajoutée, dispensant les Européens 
de se rendre chaque année dans la capitale, au moment des 
coutumes, pour assister au spectacle écœurant des sacrifices 
humains. 

En 1883, mourait le quatrième chacha qui fut remplacé par 
Julian Félix da Souza ; malgré sa moralité plus que douteuse, 
ce dernier parvint néanmoins à gagner la confiance du roi. 

Avec lui, le commerce des esclaves prospéra comme par le 
passé, et, dans un but d'intérêt, il s'occupa fort des affaires 
des maisons européennes. 

Par son habileté, il regagna peu à peu l'influence que ses 
prédécesseurs avaient perdue, et, sur ses pressantes instances, 
Glé-Glé oublia l'indépendance qui lui était si chère pour 
accepter le protectorat du Portugal. 

Le traité fut signé en 1885. 

Mais, avant de pousser plus loin l'histoire du royaume' du 
Dahomey, il importe de remonter à l'origine du royaume voi- 
sin de Porto-Novo. 




70 i-i; hAii(KMi;\ 



Histoire de Porto-Novo. 



La ville de Porto-Novo. capitale du petit l^tat nèj^re chi 
même nom, s'appelait Ajaché au xvii'' siècle, mais on l'appe- 
lait aussi Grand-Ardres, pour la distin<>uer d'Allada ou Petit- 
Ardres, qui n'eut, du reste, jamais son importance. 

Les rois d'Ardres habitaient à Allada, nuiis après l'annexion 
<le leur royaume à celui des Fons, en 1724. les membres de 
la famille rt^g-nante ne furent plus cpie les princes-j^ouver- 
neurs d'xVllada. 

Entourés de <^ens dévoués au Dahomey et constanmient 
surveillés, les princes d'Allada durent renoncer à toute tenta- 
tive de rébellion envers leurs suzerains et ne purent jamais 
recouvrer leur indépendance. 

De même, les rois de Porto-Novo, ([uoique chefs souverains 
lie ce royaume, restèrent, à cause de leur ori<^ine connnunc 
et de leur parenté avec les monartpies dahoméens, sid)<)rdonnés 
à eux par une sorte de lien de vassalité. 

Aussi l'histoire du royaume de Porto-Novo est-elle confon- 
<lue avec celle du Dahomey juscpie vei's ISid, épo([ue ;» 
laquelle le pays chercha à s'alîVanchir du jou<;" dahoméen. 

N'étant \ms assez forts pour se révolter ouvertement, les 
princes d'Allada devaient chercher un appui solide parmi leurs 
voisins pour arriver à l'indépendance, mais ce moyen ne leur 
souriait (pie médiocrement, car ils riscjuaient fort de ne chan- 
ger c[ue de maîtres, dans le cas où les Dahoméens auraient été 
défaits, par des voisins puissants, comme les Yoroubas, par 
exemple. 

Le seul moyen (pii leur parut j)rali(pie l'ut donc de deuian- 
<ler le j)rotectoiat dune puissance européenne. 

De cette favon. ils assuraie.it l'indéj^endance de leur jiays 



HISTORIQUE Di: DAHOMEY 71 

vis-à-vis des peuplades indi<i^ènes voisines, et ils avaient tout 
bénéfice à commercer avec les blancs. 

Mais ils restaient indécis sur le choix de la puissance à 
laquelle ils se conlîeraient. 

Comme les Portugais ambitionnaient fortement alors le 
protectorat du Dahomey. Porto-Xovo serait retombé sous 
l'autorité des rois d'Abomey, en cas de réussite. 

Il ne restait donc à choisirqu entre h» France et l'Angleterre, 
les seules nations connues sur la côte. 

Mais l'opinion des différents rois de Porto-Novo était très 
partag"ée à ce sujet. 

En 1843, le roi Méji, séduit par les propositions alléchantes 
de TAng-leterre, demande son protectorat, mais il meurt en 
1846, avant que rien n'ait pu être conclu. 

Son successeur Sodji ( 184()-18(J4) est, au contraire, hostile 
aux Anglais et sollicite à plusieurs reprises le protectorat de 
la l'rance. Mais notre g-ouvernement ne fit pas grand cas des 
désirs de ce prince et Sodji attencbt longtemps une réponse à 
ses demandes. 

En 1801, les Anglais, après avoir acheté au roi Docimo la 
ville de Lagos, à l'embouchure de l'Ogoun, essayèrent de 
s'emparer de la même façon de Porto-Novo, mais, furieux de 
la résistance que faisait Sodji à leurs propositions, ils bom- 
bardent sa capitale le 23 avril 1861. 

Pour se prémunir dans l'avenir contre les Anglais, Sodji 
fait un nouvel appel à la France qui consent enfin à lui accor- 
der son pi'otectorat (février 1863). 

C'est M. Hrossard de Corbigny, capitaine de vaisseau, qui 
régla la question en mai 1864. Les Anglais cessent immédra- 
tement leur polit i(]ue d'annexion et tout rentre dans l'ordre. 

Mais le successeur de Sodji, le roi Mecpon (1864-1872) est 
favorable aux Anglais, et, à force de protester contre nous et 



72 LE DAHOMEY 

de réclamer son indépendance, il finit par obtenir dn gouver- 
nement français l'annulation de son protectorat. 

Après bien des ennuis et des tracasseries, Tamiral Laffont 
de Ladébat reçoit Tordre d'abandonner Porto-Novo le 23 
décembre 1864 ; la France [ne voyait pas encore dans l'avenir 
de gros avantag-es à posséder ce point . 

En 1865 et 1867, les Ang-lais poursuivent leurs tentatives 
sur Porto-Novo, où ils cherchent à s'imposer par la peur ou 
par tout autre moyen. Cette fois ce n'est plus le roi, mais la 
population entière qui s'oppose énergiquement à leur venue. 
Ce n'est qu'enl868 qu'ils cessent enfin d'inquiéter Porto-Novo. 

Le roi Mésé (1872-1875) succède à Mecpon. 

Il est remplacé en 1875 sur le trône par Toffa Houenon 
Baba Dassy, dit le Doux, fds de Sodji qui, comme son père, 
demande à maintes reprises et en vain le protectorat de la 
France. 

Par un décret du Président de la République, rendu le 14 
avril 1882, et proclamé à Porto-Novo le 25 juillet 1883, la 
France établit définitivement son protectorat sur ce royaume 
nèg're. 

En 1885, pour donner au roi Toffa quelque prestig-e, la 
France accrédite un représentant officiel auprès de lui. 

Pendant ces alternatives de protectorat anglais et français, 
les rois du Dahomey observaient avec calme toutes ces petites 
tentatives de leurs vassaux de Porto-Novo, qu'ils ne considé- 
raient pas encore comme dangereuses. 

Mais, fort de notre protection, Toffa cherche querelle sur 
querelle à son cousin Glé-Glé, le roi d'Al^omey. 

C(;lui-ci, sous prétexte que le roi de Porto-Novo négligeait 
de lui payer les redevances en bétail, récoltes, esclaves et pro- 
duits du pays qu'il lui devait annuellement, ordonne, en imi- 



HISTORIQUE DU DAHOMEY 



78 



tation de ses prédécesseurs, de fréquentes incursions sur le 
territoire porto-novien. 

De 1830 à 1889, quatorze expéditions furent ainsi dirigées 
contre le royaume de Porto-Novo ; soixante villes ou villages 




Ago-li-Ag-bo TofTa Gi-Gla 

Roi d'Abomev. Roi de Porto-Novo. Roi d'Allada. 



furent incendiés et pillés ; environ 2.700 habitants moururent en 
combattant et 7.300 furent emmenés en captivité et réduits 
en esclavage. 

Ces attaques répétées contre notre protégé furent, en grande 
partie, cause de notre intervention armée, ainsi que nous le 
verrons plus loin. 



m: dahomi-v 




Historique des autres États composant le Dahomey. 

L'historique des autres petits Etats ou royaumes composant 
le Dahomey actuel est peu connu et ne mérite pas de mention 
particulière, sauf cependant pour la petite république d'Agoué 
(Ajig-o, en langue du pays). 

La fondation d'Agoué remonte seulement à l'année 1821. 

A cette époque, un certain Comlagan, chef de Petit -Popo, 
fut chassé de son pays par les habitants révoltés ; il vint s'éta- 
blir avec ses partisans sur la langue de terre qui sépare la 
mer de la lagune, à l'endroit où se trouve Agoué, et fonda un 
petit Etat qui a soutenu plusieurs fois son indépendance les 
armes à la main. 

Les divers cabécères qui se sont succédé dans le gouver- 
nement d'Agoué, sont, après Comlagan, son tils Catraé. j^uis 
Agounou, cousin de Comlagan. 

Sous le règne de Toyi (1835-18i4) l'événement le ])lus 
notable est l'arrivée, en 1835, d'esclaves libérés venus du 
Brésil avec des habitudes chrétiennes. 

D'autres vinrent encore plus tard. 

Kodjo-Dahoménou succède au précédent de ISii à ISiO. 

Après lui, vinrent : 

llauto-Tona (1846-1 858) <; 



mSTOlUQUE DU DAII03IEY 75 

Coiimin-Aguidi (1858-1873 ; et 

Atahounlé. 

Le règne de Couniin-Ag'uidi, le cabécère d Agoiié, est le 
plus mémorable. 

L'avènement de ce chef froissa l'amoiir-propre de Pédro- 
Godjo, nègre influent qui avait acquis une assez belle fortune 
au Brésil. 

Très ambitieux, il comptait régnera Agoué, mais, lorsqu'il 
se vit déçu dans ses espérances, il s'enferma chez lui et ouvrit 
le feu sur la ville dans le but de détrôner le cabécère élu. 

Il ne put réussir dans son audacieux projet et se réfugia à 
Petit-Popo, d'où il dirigea contre Agoué des attaques multi- 
pliées à l'aide de bandes mercenaires. 

Agoué résista avec avantage derrière ses remparts de cactus. 
Une fois elle fut brûlée, mais elle se releva aussitôt et ne quitta 
pas la défensive. 

Grâce à la généreuse intervention de M. Borghéro, premier 
supérieur et fondateur de la mission catholique à la Gôte des 
Ksclaves, les hostilités entre les deux pays prirent fin en 
février 1863. Elles ne se renouvelèrent pas depuis. 

La population d' Agoué fut décimée en 1873 par la variole ; 
sur 6.000 habitants, 1.500 furent victimes du fléau. 

Déjà en janvier 1852, la ville fut éprouvée par le feu. Toutes 
les cases furent détruites moins trois. On a conservé à ce 
désastre le nom d'incendie de Marcellina, nom d'une femme 
chez qui le sinistre s'est déclaré. 

Le port d' Agoué est un des meilleurs mouillages de la côte ; 
le commerce et l'agriculture sont les sources de la richesse 
du pays. 

Agoué est le siège d'une mission catholique qui y possède 
une belle église. 

La population se compose, en grande partie de Nagos, de 



70 LE DAHOMEY 



Malais ou Musulmans et de Mahis, débris d'une peuplade 
vaincue par les Dahoméens* et dont les survivants vinrent 
chercher asile à Agoué. Leurs fétiches et leurs féticheurs y ont 
depuis droit de cité. 

Ces diverses races occupent des quartiers spéciaux. 

Sous Fautorité d'un chef qui se donne le titre de roi, Agoué 
est une véritable république, où chacun a sa part d'influence 
dans les affaires. 

Les délibérations importantes d'intérêt général ont lieu sur la 
place publique, devant l'assemblée du peuple (abbé Pierre 
Bouche). 




Relations du Dahomey avec la France et les 
puissances européennes. 

Les relations de commerce des Européens avec les peuples 
du Bénin remontent à une époque assez reculée. 

Dàs le xiv" siècle, les Dieppois, les Génois et les Portugais 
naviguèrent dans les parages de la Côte des Esclaves et y 
installèrent des factoreries. 

En 1()7(), d'Elbée, commissaire de la marine française, vint 
rendre visite au roi d'Ardres : c'était à l'époque où les Daho- 
méens ou Fons avaient déjà commencé la conquête du pays. 
Néanmoins le roi d'Ardres lit à l'envové du roi de France une 



HISTORIQUE Di: DAII03IEY 77 

brillante réception, et, à son retovir en Europe, crElbée est 
accompagné par un ambassadeur, Mattéo Lopez, cabécère, qui 
fut reçu k Versailles, le 16 décembre 1670, en audience solen- 
nelle. 

Notre commerce était alors représenté par la Compagnie 
des Indes occidentales, qui avait été créée par un édit de 
Louis XIII, du 31 octobre 1626. Elle dura jusqu'à la fin du 
xvui*^ siècle, fut remplacée par la Compagnie du Sénégal et, 
plus tard, par les maisons Régis et Fabre,de Marseille. 

Au nom du roi son maître, Matteo Lopez promit à la Com- 
pagnie des Indes aide et protection pour les Français, auxquels 
il assurait dans son pays la prééminence commerciale. 

En principe, les Français s'établirent à Savi, mais dans la 
suite, pour être à proximité de la mer, ils occupèrent et bâtirent 
un fort à Whjdah (Gléhoué). 

Les Anglais et les Portugais ne vinrent que longtemps 
après eux sur la côte et chaque puissance v éleva également 
un fort. 

Les trois forts étaient situés très près l'un de l'autre, à trois 
milles du rivage et entre deux lagunes et l'intérieur du pays. 

Ces forts étaient destinés à protéger les Européens et leur 
commerce contre les tentatives de pillage des noirs. 

Autour d'eux vinrent bientôt s'établir des indigènes attirés 
surtout par le trafic des esclaves que l'on échangeait contre des 
marchandises d'Europe. 

Il en résulta que chaque fort devint le centre d'un quartier 
distinct appelé Salam ; les noirs qui les habitent encore 
aujourd'hui descendent en grande partie des anciens esclaves 
de chaque comptoir respectif. 

Les fondations du fort français de Whydah furent jetées en 
1671 par le commissaire d'Elbée sur l'ordre de Colbert ; il fut 
Laptisé fort royal Saint-Louis de Grégoy. 



78 LE DAHOMEY 

Il se composait de quatre bastions reliés par des courtines 
sans chemin couvert ; un ouvrage en demi-lune protégeait la 
porte devant laquelle était jeté un pont-levis. Un fossé pro- 
fond entourait le tout. L'armement du fort était d'une quaran- 
taine de canons ; sa garnison de vingt soldats européens et d'une 
trentaine d'esclaves bambaras exercés au maniement des 
armes. 

Quatre corps de bâtiments construits en bric[ues formaient à 
l'intérieur une grande place d'armes carrée et comprenaient 
les logements pour les officiers de la Compagnie des Indes et la 
garnison, les magasins à esclaves et à marchandises. Au centre 
de la cour intérieure se dressait une chapelle surmontée d'un 
beff'roi avec sa cloche. 

Le directeur du fort français tenait le premier rang dans les 
cérémonies officielles et marchait avant ses collègues anglais 
et portugais. 

Le gouvernement français entretint des troupes jusqu'en 
1797 dans le fort, époque à laquelle il fut évacué pour des rai- 
sons d'économie. Sa garnison était alors de 207 noirs, sans 
compter ceux du Salam. 

Mais le drapeau français ne cessa jamais d'y flotter, et sa 
garde en fut confiée à quelques indigènes dont l'un d'eux prit 
le titre de commandant du fort français. Ce titre fut transmis 
à ses descendants qui le conservèrent jus([u'en 1841, et qui 
toujours prirent leur rôle au sérieux. 

A partir de cette date, et pour mieux consacrer ses droits, la 
France prit le soin de confier les fonctions consulaires à l'un 
de ses commerçants résidant à Whydah. 

Le gros trafic était alors représenté sur la cote par hi maison 
Victor llégis, de Marseille; plus tard, la maison Cyprien Fabn^ 
vint également s'établir au Dahomey. 

Ces deux maisons créèrent l'industrie des huiles de palme. 



HISTOHIQUE Dl DAHOMEY 79 

Leurs agents de commerce remplirent successivement les fonc- 
tions d'ag-ent consulaire de France ; aussi devaient-ils jouer 
plus tard un rôle important dans les événements qui ont amené 
la con{[uète du pavs. 

En 1842, le fort français de Whydali fut cédé à la maison 
Régis pour son commerce, à la condition qu'elle l'entretien- 
drait et qu'elle le rendrait à Tl^ltat s'il en avait besoin un jour. 
Le dernier de ses commandants indigènes, Titi, fut par suite 
relégué au rôle de gardien. 

Ce fort conserve encore l'aspect qu'il avait autrefois. 

Le fort anglais fut vendu à une maison allemande qui s'em- 
pressa de combler les fossés, de détruire les bastions et d'ap- 
proprier ses diverses constructions à son commerce. 

C'est aujourd'hui la factorerie Goedelt, de Hambourg. 

Du fort portugais il n'en reste plus que des traces. 

Les négociants français de la côte entretinrent toujours les 
meilleurs rapports avec les rois d'Abomey. 

C'est grâce à l'entremise de M. Lartigues, agent de la mai- 
son Régis, qui était l'ami intime du roi, que la consécration de 
nos droits sur le territoire de ^^hydah fut solennellement 
reconnue le J'^" juillet 1851, par le traité d'amitié et de com- 
merce suivant, conclu entre la France et le Dahomey. 

CONVENTION lîNTUK LE l'IlÉSIDENT DE EA UÉl'L'BEIQUE FRANÇAISE ET LE 
KOI DE DAHOMEY (!''' )llillct 1851). 

lùili'c M. Bouet, lieutenant de vaisseau, einoyé du gouvernement 
français près le roi de Dahomey, agissant au nom du Président de 
la République française, dune part ; 

EtGhézo, roi du Dahomey, d'autre part, 

11 a été convenu ce qui suit : 

Sa Majesté, le roi de Dahomey, voulant resserrer les liens d'ami- 
tié qui unissent depuis des siècles sa nation à la nation française, a 



80 LE DAHOMEY 

conclu le traité qui suit avec lotlicier char<;é des pleins pouvoirs de 
M. le Président de la République française. 

Art. l^^ — Moyennant les droits et coutumes usités jusqu'à ce 
jour et stipulés dans l'article ci-après, le roi de Dahomey assure 
toute protection et liberté de commerce aux Français qui viendront 
s'établir dans son royaume ; les Français, de leur côté, se confor- 
meront aux usagées établis dans le pays. 

Art. 2. — Tout navire débarquant une cargaison entière payera 
comme droit d'ancrage, savoir : 

Quarante piastres de cauris blancs ; 

Vingt-huit pièces de marchandises ; 

Cinq fusils ; 

Cinq barils de poudre; 

Soixante gallons d'eau-de-vie; 

S'il ne décharge que moitié, il ne payera que moitié ; s'il ne 
décharge rien, il ne payera rien, même en prenant à terre un char- 
gement complet de marchandises du pays. 

Art. 3. — Si une autre nation obtenait, par un traité particulier, 
une diminution de droits quelconque, le roi accorderait sur le 
champ les mêmes faveurs aux Français. 

Art. 4. — Désirant prouver au gouvernement français toute sa 
bonne volonté pour ouvrir aux négociants étrangers de nouvelles 
branches de commerce, le roi promet sa protection toute particu- 
lière au trafic de Thuile de palme, des arachides et autres produits 
des contrées placées sous ses ordres. 

Art. 5. — En cas de naufrage d'un navire français sur les côtes 
du Dahomey, le roi fera porter tous les soins possibles au sauve- 
tage des hommes, du navire et de la cargaison ; une indemnité 
conforme aux usages du pays sera payée aux sauveteurs. 

Art. 6. — Les gens dits du Salam français de \\'hydah, prétendant 
avoir seuls droit aux travaux des factoreries françaises, leurs salaires 
seront fixés par une convention spéciale, quelle que soit la nature 
de ces travaux; par réciprocité, le roi fera punir sévèrement tout 
homme du Salam qui refuserait de travailler sans prétexte valable. 

Art. 7. — Le roi s'engage à réprimer avec sévérité la fraude de 
l'huile de palme, laquelle fraude peut porter un préjudice notable 
à cette industrie naissante. 

Art. <S. — Il ne sera plus permis à des agents subalternes, tels que 



HISTOIRE DU DAHOMEY 81 

les déciméros ' crarrèter la traite de riiuile de palme, comme ils Tont 
fait parfois sous le moindre prétexte. Le roi juf,^era seul si elle doit 
l'être, ou au moins le gouverneur ou yavoj^han de Whydah, et, 
conformément aux anciens usag^es, les traitants seront prévenus des 
motifs de cette défense. 

Art. 9. — Pour conserver l'intégrité du territoire appartenant au 
fort français, tous les murs ou bâtiments construits en dedans de la 
distance réservée (13 brasses à partir du revers extérieur des fossés 
d'enceinte) seront abattus immédiatement et il sera fait défense par 
le roi d'en construire de nouveaux. 

Art. 10 — Le roi prend rengaf,'"ement de donner toute sa protec- 
tion aux missionnaires français qui viendraient s'établir dans ses 
Etats, de leur laisser l'entière liberté de leur culte et de favoriser 
leurs efforts pour l'instruction de ses sujets. 

M. le Président de la République française, voulant reconnaître 
de son côté les bons offices et la protection accordée aux Français 
parSa Majesté le roi de Dahomey, saisira toutes les occasions de lui 
en prouver sa satisfaction en lui adressant le plus souvent possible 
des officiers investis de sa confiance. 

Fait double à Abomey, le 1'''" juillet 1851. 

Pour le Président : 
L officier français en mission, 
Signé : A. Boukt. 

(S. M. le roi de Dahomey ne sachant 
pas signer a fait une croix^ 

Jusqu'en 1861, aucun incident ne survint au Dahomey. A 
cette époque, File de Lag-os venait d'être cédée à l'Angleterre 
qui la convoitait depuis long-temps. Mais, non contents de 
cette cession, les An^^lais cherchent encore à acheter Porto- 
No vo au roi Soudji. Ce dernier répond à leurs propositions en 
élevant des prétentions sur Radagry. 

1. Douaniers indig-ènes chargés de percevoir un droit du dixième sur 
la valeur des marchandises achetées. 

Le Dahomey. Q 



82 LE DAHOMEY 

Aussitôt des navires de guerre anglais viennent sendjosser 
à hauteur de Porto-Novo et bombardent la ville le 23 avril 
1861, ainsi qu'il est dit plus haut. 

Soudji effrayé, réclame la protection de la France qui lui 
fut accordée en février 18G3, et, le 7 mai de l'année suivante 




(l'Iiol. (le M. rA<linii;isln,h'iir Ih-uiulclcy.) 
Gi-Gla, roi (TAllada. 

le Dialfuafh, entrant en lagune, aHait mouilhM* en face du lor- 
rain concédé par le roi pour TinstaHation du protectorat. 

Notre protection s'étendait sur un territoire de 45 kilo- 
mètres environ de superhcie, limité à Test par les établisse- 
nu'uts anglais de Lagos ; à Touest, par le royaume du 
Dahomey, el, au nord, par phisieurs petits États plus ou 
moins indépendants de cette dernière contrée. 



histohioijE du DAno:\jEY 83 

Mais les comnieryauts anglais de Lagos, voyant (jue, par le 
fait de notre occupation de Porto-Novo, une partie du com- 
merce de la région allait leur écha])per, se plaignirent si vive- 
ment que le commandant de la division navale britanni(|ue, 
sans s'inquiéter des traités déjà conclus, vint l)lo(pier la ville; 
et la menaça d'un second bond^ardement. 

11 voulait ainsi empêcher les communications avec Koto^ 
nou, et obliger le commerce français à passer par Lagos. 

Nous avions alors heureusement, à Porto-Novo, un agent 
consulaire fort énergique, M. Béraud, dont les piolesta- 
tions troublèrent le commodore anglais. Ses bâtiments se reti- 
rèrent, et des indemnités furent accordées à divers négociants 
français qui avaient été lésés. 

Napoléon III, voulant sans doute se concilier le cabinet de 
Saint-James, céda à la colonie de Lagos la bande littorale ({ui 
s'étendait de la rivière Addo à la lagune de Gorodou. 

Mais, en décembre 1864, laissé sans organisation, sans res- 
sources, notre protectorat de Porto-Novo cessa bientôt de 
fonctionner, et le contre-amiral Laffont de Ladébat crut ah:)rs 
devoir faire évacuer le pays. 

Quelques mois auparavant, en 18()4, le roi du Dahomey 
nous avait cédé, en échange de la protecîion que nous lui 
accordions, le village de Kotonou, avec une bande de plage de 
6 kilomètres de profondeur. C'était le seul point pouvant ser- 
vir de port à nos établissements de Porto-Novo. 

Mais cette cession avait été faite verbalement, au cours 
d'une visite que firent à Abomey le capitaine de vaisseau 
Devaux, chef d'état-major du contre-amiral Laffont de Ladébat, 
et M. Daumas, vice-consul de France à Porto-Novo. Il était 
important de la ratifier par un traité écrit régulier. 
Il fut passé à Whydah, le 19 mai 18()8. 
En voici la teneur : 



84 LE DAHOMEY 

TRAITÉ DU 19 MAI 1868 

Cession à la France du territoire de Kotonou. 

L'an mil huit cent soixante-huit, le dix-neuf du mois de mai, les 
soussignés Jean-Baptiste Bonnaud, agent vice-consul de France au 
Dahomey et à Porto-Novo, assisté de Pierre Delay, négociant fran- 
çais à A\'hydah, et de Daba, yavoghan-g-ouverneur de AMiydah, 
agissant au nom et par les ordres du roi de Dahomey, assisté de 
Chautadon, grand cabécère de ^^'hydah, en présence de tous leurs 
moces^des envoyés ordinaires et extraordinaires du roi de Dahomey 
et des moces des grands cabécères du royaume absents de Whydah, 
se sont réunis dans la maison du Yavoghan, siège du gouvernement 
du roi de Dahomey à Whydah, à l'effet de convenir de ce qui suit : 

Le Yavoghan ayant pris la parole s'est exprimé ainsi : 

« Le roi de Dahomey, dans son désir de donner une preuve 
d'amitié à S. M. l'empereur des Français, et reconnaître les rela- 
tions amicales qui ont existé de tout temps entre la France et le 
Dahomey, avait, vers la fin de l'année 1864, fait cession à la France 
de la plage de Kotonou. Le 9 mars dernier, il a envoyé à Whydah 
un messager spécial nommé Kokopé, porteur de son bâton royal, à 
l'effet de renouveler cette cession entre les mains du vice-consul de 
France, avec toute la solennité en usage dans le Dahomey. 

« Dans ces circonstances, il a élé jugé nécessaire tant par le roi 
de Dahomey que par le vice-consul de France, qu'un acte écrit 
constatât la confirmation de la cession faite antérieurement par le 
roi de Dahomey de la plage de Kotonou et l'acceptation par la 
France de cette cession. 

« L'agent vice-consul a répondu au nom du gouvernement de 
l'Hlmpereur, en exprimimt toute sa gratitude au roi de Dahomey 
pour cette nouvelle preuve d'amitié. 

(( 11 a ajouté qu'il acceptait cette cession dans la pensée qu'elle 
favoriserait l'extension des relations commerciales existant entre les 
deux pays et serait ainsi profitable à tous les deux; mais que et 
quel que fut le (L'sir du roi de Dahomey de voir Kotonou occupé 
niilitaircmientpar la France, le gouvernement de rFmpereur n'avait 

1. Domesllfjuos de confiance. 



IIISTOKIOLE DU DAHOMEY 85 

pas cru devoir, jusqu'à préseat, réaliser cette occupation et qu'il ne 
Ja réaliserait qu'autant que cela conviendrait à ses intérêts; que, 
jusqu'à ce moment, rien ne devait être chanj^é à l'état de choses 
actuel, en ce qui concerne les indigènes du pays et la perception 
des droits de douane. 

Le yavoghan, les grands cabécères, les envoyés du roi de Daho- 
mey et les moces présents de tous les grands cabécères du 
royaume, ayant manifesté leur adhésion aux paroles prononcées 
par M. l'Agent vice-consul, les articles suivants ont été rédigés d'un 
commun accord entre toutes les parties contractantes. 

Art. 1 . — Le roi de Dahomey, en confirmation de la cession faite 
antérieurement, déclare céder gratuitement à S. M. l'Empereur des 
Français le territoire de Kotonou avec tous les droits qui lui appar- 
tiennent sur ce territoire, sans aucune exception ni réserve et sui- 
vant les limites qui vont être déterminées : 

Au sud, par la mer; à Test, par la limite naturelle des deux 
royaumes de Dahomey et de Porto-Novo ; à l'ouest, à une distance 
de 6 kilomètres de la factorerie Régis aîné, sise à Kotonou, sur le 
bord de la mer ; au nord, à une distance de kilomètres de la mer, 
mesurés perpendiculairement à la direction du rivage. 

Art. 2. — Les autorités établies par le roi de Dahomey à Kotonou 
continueront d'administrer le territoire actuellement cédé, jusqu'à 
ce que la France en ait pris elfectivement possession. 

Rien ne sera changé à l'état des choses existant actuellement ; les 
impôts et les droits de douane continueront comme par le passé à 
être perçus au profit du roi de Dahomey. 

Art. 3. — Le présent traité sera soumis à l'approbation du gou- 
vernement de S. M. l'empereur des Français, mais la cession du 
territoire de Kotonou est considérée d'ores et déjà comme définitive 
et irrévocable, sauf la non ratification du présent traité par l'Empe- 
reur des Français. 

Fait et signé par les parties contractantes à ^^ hydah, les jour, 
mois et an que dessus. 

Ont signé : BONNAUD, agent consulaire 
de France à Whydah. 

DABA, yévoghan. 



86 LK DAll()3IEY 

Pendant qnc nous traitions avec le Dahoniev, notre influence 
s^étendait aussi sur divers eoniploirs de la (^ùte des Esclaves; 
c'est ainsi (jue nous acquérions successivement Grand-Popo 
(Pia) que les Minas nous vendent en ISoT ; Petit-Popo en 
1864; A^oué (Ajig'o) et Porto-Seguro en 1868. 

Mais de ces possessions nous ne conservâmes que Grand- 
Popo et Agoué, sur lesquelles la France affirma officiellement 
son protectorat le 19 juillet 1883. 

Petit-Popo et Porto-Seguro furent, le 24 décembre suivant, 
cédées à l'AUemag-ne, en échange de quelques points du litto- 
ral sur les Rivières du Sud. 

A la suite du conflit survenu entre' le Dahomey et l'Angle- 
terre (voir : règ-ne deGlé-Glé) et qui avait provoqué une inter- 
vention de notre part, M. Paul Serval, capitaine de frégate, 
et chef d'état-major de l'amiral commandant en chef de la 
division navale de l'Atlantique sud, reçut mission de négocier 
un nouveau traité avec le Dahomey. Par suite des grands 
sacrifices que les négociants français s'étaient -imposés pour 
tirer le roi de sa fâcheuse situation, Glé-Glé accueillit favora- 
blement la demande de la France et consentit à une nouvelle 
convention aux termes de laquelle il renonçait aux droits de 
douane sur Kotonou. 

Ce fut le traité du 19 avril 1878. 

TRAITÉ PASSÉ ENTRE LA FRANCE ET LE DAHOMEY 

Cession de Kolonou. 

Au nom de la RépubHque française. 

Entre le capitaine de frét^^ate Paul Serval, chef d'état-major du 
contre-amiral Allemand, commandant en chef de la division navale 
de l'Atlantique sud, au nom du Président de la République fran- 
çaise, d'une part ; 

Et le yavo«,dian de ^^'hydah et le cabécère Chautadon, au nom de 



IIlSTOI'.IOrE DU DAHOMEY tS7 

Sa MajesLé Glé-Glé, roi de Dahomey, lequel a [)réalal)lenienl |)ris 
connaissance du projet de traité et lui a donné son approbation, 
d'autre part, 

11 a été convenu ce qui suit : 

Art. I . — La paix et l'amitié qui rè{j;"nent et n'ont cessé de ré<;ner 
entre la F'rance et le Dahomey, depuis le traité de 1868, sont conlir- 
mées par la présente convention, qui a pour objet d'élargir les bases 
de l'accord entre les deux pays. 

Art. 2. — Les sujets français auront plein droit de s'établii* dans 
tous les ports et villes faisant partie des possessions de S. M. Glé- 
Glé, et d'y commercer librement, d'y occuper et posséder des pro- 
priétés, maisons et magasins pour l'exercice de leur industrie ; ils 
jouiront d^ la plus entière et de la plus complète sécurité de la part 
du roi du Dahomey, de ses agents et de son peuple. 

Art. 3. — Les sujets français, résidant ou commerçant dans le 
Dahomey, recevront une protection spéciale pour l'exercice plein et 
entier de leurs diverses occupations, de la part de tous les sujets de 
S. M. Glé-Glé et des étrangers résidant an Dahomey. 

Il leur sera permis d'arborer sur leurs maisons et factoreries le 
drapeau du Dahomey seul ou associé au pavillon français, et le roi 
Glé-Glé s'engage à faire connaître à ses sujets et à tous les étrangers 
qui habitent ses domaines, qu'ils aient à respecter les personnes et 
les propriétés des Français, sous peine d'un sévère châtiment. 

,\rt. 4, — Les sujets français jouiront, pour l'admission et la cir- 
culation des marchandises et produits introduits par eux el |)ar 
leurs soins au Dahomey, du traitement de la nation la plus favo- 
risée. 

Art. 5. — Aucun sujet français ne pourra désormais être tenu 
d'assister ta aucune coutume du royaume de Dahomey où seraient 
faits des sacritices humains. 

Art. 6. — Toutes les servitudes imposées aux Français résidant 
au Dahomey, et particulièrement aux habitants de W'hydah, sont 
et demeurent supprimées. 

ArL 7. — - En confirmation de la cession faite antérieurement, 
S. M. le roi Glé-Glé abandonne en toute souveraineté à la France 
le territoire de Kotonou avec tons les droits qui lui appartiennent. 



88 LE DAHOMEY 

sans aucune exccplion ni réserve et suivant les limites déterminées: 

Au sud, par la mer; 

A Test, par la limite actuelle des deux royaumes de Porto-Xovo et 
de Dahomey ; 

A l'ouest, à une distance de 6 kilomètres de la factorerie Régis 
aîné, sise à Kotonou sur le bord de la mer; 

Au nord, à une distance de 6 kilomètres de la mer, mesurée per- 
pendiculairement à la direction du rivage. 

Fait à Whydah, en double expédition, le 19 avril 1878. 

Signé : P. Serval. 

Suivent les marques du yévoghan de Whydah et du cabécère 
Chautadon et les signatures des témoins : 

B. GoLONNA DE Lecca, agcut en chef 

de Régis aîné et C'^" 
Francisco F. Souza (chacha\ 
G. Ferrât, lieutenant de vaisseau, 
commandant le Bruat. 

Pendant une dizaine d'années, aucun incident ne trouble le 
pays et aucune difficulté ne surgit quant à Tapplication des 
clauses de ce document. 

C'est sans op2)osition, cju'en septembre 1885, on mettait une 
petite garnison à Kotonou, en même temps que Ton installait 
quelques miliciens à Porto-Novo, pour protéger notre rési- 
dent, M. le colonel d'infanterie de marine Disnematin-Dorat, 
ainsi que nos nationaux. 

Cette prise de possession des j^ays soumis à notre protecto- 
rat était la conséquence de Pacte général de Bei'lin du 
26 février 1885 c[ui, dans son article 35, stipulait l'occupation 
effective des établissements de la côte d'Afrique. 

Nos droits sur la Côte des Esclaves ne furent contestés 
qu'en 18()5 par les Anglais à Porto-Novo et en 1885 par les 
Portugais. 




Chef de village de la banlieue de Porto-Novo. 



HISIOIUQL1-: DU DAHOMEY 91 

Après que Glé-Glé eut aeeepté le proleeloral du Porlui^al, 
le pavillon de cette nation fut hissé sur les points principaux 
du littoral, ^^ liydah, Godonié et Kolonou. La garnison du 
fort portugais de Whydah fut renforcée, et, comme son pre- 
mier prédécesseur, le chaclia en fut nommé lieutenant-colonel 
gouverneur. 

Mais le 10 septembre 1885, M. Uoget, lieutenant d'infan- 
terie de marine, notre résident à Porto-Novo, proteste éner- 
giquement contre le déploiement du pavillon portugais à Koto- 
nou, en invoquant la teneur des traités de 1868 et 1878. 

Pour sa justification, le Portugal prétexte n'avoir pas 
connaissance de ces traités et (|ue le territoire de Kotonou se 
trouvait bien compris sur sa convention avec le Dahomey. 
Mais Falfaire s'arrangea vite, les Portugais se retirèrent et le 
pavillon français fut hissé pour la première fois à Kotonou le 
14 septembre 1885, car nous avions négligé de le faire après 
la signature du premier traité. 

A partir de ce moment, toutes les nations s'accordèrent à 
reconnaître notre suzeraineté sur toute la côte, entre Lagos et 
les établissements allemands du Togo. 

Mais la convention que le roi de Dahomey avait signée avec 
le Portug-al devait donner lieu à bien des désaccords. Ce 
traité, extorqué au roi par le chacha qui trompa adroitement 
en cette circonstance les deux parties contractantes, donnait 
aux Portugais des droits importants sur le Dahomey ; il leur 
accordait l'administration des villes du littoral et une foule de 
concessions au désavantage de Glé-Glé. 

Les fonctions d'interprète otliciel du chacha ainsi (pie d'in- 
termédiaire pour la signature du traité, lui permirent de trom- 
per les uns sur le conq)te des autres. Il sut persuader aux Por- 
tugais que le roi consentait aux moindres détails contenus dans 
le traité, et il fît croire à Glé-Glé que le pavillon portugais 
arboré sur la côte n'était qu'un insigne de commerce. 



92 LE DAHOMEY 

Il espérait bien avoir le temps de mettre sa personne et ses 
biens à Tabri du danger, avant^que les Portugais réclamassent 
l'exécution des clauses épineuses de leur traité. Le traité fut 
donc conclu et le chacha toucha, pour son habile intervention, 
une forte commission. 

Tout alla bien entre le Dahomey et le Portugal jusqu'en 
1887, époque à laquelle le gouverneur général de San-Thomé 
vint solliciter une entrevue avec le roi afin de régler avec lui 
des points importants du traité. Mais Glé-Glé ne daigna pas 
le recevoir et le lit attendre près de trois mois à ^Vhydah. 

Pour excuser son maître, Julian da Souza prétextait tou- 
jours que le roi était malade ou à la guerre, chaque fois que le 
^•ouverneur de San-Thomé demandait une audience. 

De son côté, Glé-Glé crut ce que le chacha voulait bien lui 
raconter au sujet de la visite inattendue du gouverneur portu- 
gais. 

Ce fonctionnaire partit fort mécontent, et alla rendre compte 
à Lisbonne de Taccueil qu'il avait reçu au Dahomey. 

En mars 1887, une mission portugaise vint demander à 
Abomey des explications au roi sur sa conduite. 

Retenu à Whydah par ordre du roi, le chacha ne put rac- 
compagner et c'est ainsi que sa duperie fut découverte. 

Le roi, qui a^ait ses projets, ajourna sa réponse au Portugal, 
et congédia la mission qui s'éloigna assez satisfaite de son 
entrevue. Glé-Glé méditait une punition sévère pour son 
conseiller, qu'après un assez long intervalle et pour un motif 
futile il fit demander à Abomey, comme cela lui arrivait fré- 
quemment. 

Croyant avoir endormi la méfiance du roi, le chacha partit 
très confiant, en grande pompe, mais il ne reparut plus jamais 
à Whydah et personne ne sut jamais ce qu'il devint, même 
les Portugais qui le réclamèrent au titre de lieutenant-colonel 



HISÏOKIQLE DU DAHOMEY 93 

honoraire de leur infanterie de marine. On suppose qu'il mou- 
rut empoisonné dans sa prison. 

Il en fut de même de tous les membres de sa famille, qui 
furent peu à peu attirés dans la capitale par de prétendus 
messages de Julian et qui disparurent ég-alement. Tous les 
biens de cette famille furent confisqués par le roi, leurs amis 
ou protég-és tombèrent en disgrâce, et c'est ainsi que finit le 
cinquième et dernier des chachas de Whydah. 

Dès que le roi se fut vengé, il avisa le gouvernement por- 
tugais que son représentant à Whydah l'avait trompé d'une 
façon indigne, et que jamais il n'avait accepté ni accepterait 
le protectorat d'aucune nation européenne. 

Il reconnaissait bien aux Européens le droit de déployer 
leur drapeau sur le littoral, en vue de leur commerce, mais si 
le traité qu'on lui avait fait signer en 1885 contenait autre 
chose, il le considérait comme nul. Il ajoutait que le chacha 
avait été sévèrement puni pour avoir osé outrepasser ses 
droits. 

Comprenant un peu tard qu'il avait été joué, et les frais de 
garnison et de protectorat étant une charge inutile pour la colo- 
nie de San-Thomé, le cabinet de Lisbonne notifia à la fin de la 
même année (1887) aux puissances européennes, que le Por- 
tugal retirait son protectorat des côtes du Dahomey. 

Après l'Angleterre et le Portugal, ce fut la France qui eut 
maille k partir avec le roi Glé-Glé. 

Sous l'influence de notre protectorat de 1882 qui peu à peu 
se changea en colonie, Porto-Novo prenait de plus en plus 
d'importance ; son roi Tolfa, très dévoué k notre cause, favo- 
risait de son mieux nos intérêts. 

Malheureusement nos résidents manquèrent toujours de 
moyens; nos établissements de Porto-Novo et de Kotonou, 
rattachés depuis le i mai 1879 k l'administration du Gabon, 



9i i.i: i>\ii(>Mi:v 

confiée elle-même à un capitaine de l'réj^-ale, furent ensuite 
réunis le 1() juin ISiSO à la colonie du Sénég-al. et confondus 
avec les Rivières du Sud, dont le lieutenant-gouverneur l'ési- 
dait à Gorée, sous le nom de Senef/a.! el (lépendnnces. 

Le Sénéi-al naida pas plus Porto-Novo que le Gabon ; le 
décret du l'^' août 1889 sépara nos étaldissements du Bénin 
du Sénégal, et ce ne fut guère qu'à partir de celte date que 
notre petite colonie commença à se développer. 

Le L'"' janvier 1890, les Hivières du Sud et les établisse- 
ments de la (]nte de Guinée formèrent un groupe de colonies 
possédant une certaine autonomie et placées sous Tautorité 
d un lieutenant-o-ouverneur. 

Plus tard, enfin, le 10 mars LS93, un décret sépara le 
Dahomey de la Guinée française proprement dite, pour lui 
donner une autonomie complète. 

Entre 1880 et 1889, Porto-Novo eut de fréquentes querelles 
avec les Anglais qui violaient les traités, 'pour occuper sur 
son territoire une foule de points dans le but de ruiner son 
commerce. 

Porto-Novo se trouva peu à peu bloqué par les Anglais 
qui avaient même Tintentiond y imposer des droits. Quelques 
coups de feu furent échangés parfois entre nos tirailleurs 
sénégalais et les haoussas anglais, mais la situation ne 
se modifia point pendant fort longtemps, malgré les nom- 
breuses protestations de nos résidents aux gouverneurs de 
Lagos. 

L'ordre ne fut définitivement rétabli entre les Anglais et 
nous que par la convention signée en janvier 1890, et par 
laquelle nous renoncions à toute tentative sur le territoire 
voisin d'Abéokouta; de son coté, l'Angleterre s'engageait à ne 
pas entraver notre intervention au Dahomev. 



IIISTOIRI': DU DAHOMEY 



95 



Mais, avant cet aiTangement avec les Anglais, le royaume de 
Porto-Novo devait avoir la sriierre avec le Dahomev. 




Femmes allaiil à la corvée cVeau. 



Les événements de 1890 et les origines de la guerre. 



Au début de Tannée 1889, il fut question à Porto-Xovo 
d'établir des droits d'importation à Kotonou et en échang-e de 
ces droits perçus jusque là par le roi de Dahomey, le g-ouver- 



96 LE DAHOMEY 

nement français songeait à lui servir une rente à titre dindem- 
nité. 

Après des explications non satisfaisantes reçues parle roi de 
M. Bontemps, agent consulaire de France à Whydah, Glé-Glé 
fît savoir k M. le baron de Beeckman, alors résident par inté- 
rim à Porto-Novo, qu'il s'opposait à l'imposition par la Franc? 
de droits à Kotonou, qu'il refusait d'accepter quoi que ce fût 
en échange ; il menaçait de fermer les factoreries, d'arrêter le 
commerce si on ne lui donnait pas satisfaction ; finalement, il 
ne reconnaissait pas la validité du traité de 1878 et nous som- 
mait d'avoir à renoncer, non seulement à l'occupation de Koto- 
nou, mais encore à notre protectorat sur le royaume de Porto- 
Novo. 

Aucune réponse ne fut faite à cette lettre. 

Considérant, sans doute, notre silence comme une faiblesse, 
le roi du Dahomey réitéra ses sommations et ses menaces en 
mars 1889; puis, pour les appuyer, réunit son armée et mar- 
cha sur le Nord du royaume de Porto-Novo dont il détruisit 
les villages de Dano et d'Ida. 

Pressé par les circonstances et surtout par les commerçants 
affolés à l'idée que l'armée dahoméenne pouvait venir attaquer 
Porto-Novo, notre résident se décida, le 4 avril, à demander 
du secours à l'amiral Brown de Colstoun, commandant en 
chef de la division navale de l'Atlantique. Une compagnie de 
débarquement fournie par VArcfhuse et le Sane\ descend à 
Porto-Novo et la tranquillité fut facilement rétablie. 

Les Dahoméens s'étaient repliés sur l'Ouémé peu après 
leur incursion. 

Pendant que leurs bandes dévastaient le Nord du territoire de 
Porto-Novo. le représentant de Glé-Glé, à Kotonou, mandait à 
la cour de justice (Gore) les gérants des factoreries et le chef de 
la station télégraphique. Il les y faisait rester debout, tête nue. 




{Phot. de M. lAdm. Beurdeleij.) 



Le Dahomeij 



Princesse Bodjia 
Fille du Roi d'Abomey 



IliSIOUlnl I:; DU DAIIU.MKV 1)9 

(levant la populace menaçante, les sommait de reconnaître l'au- 
torité du roi et de payer les droits de douane comme })ar le 
passé, sous peine de voir leurs maisons fermées et d'être 
chassés du territoire de Kotonou. 

De son coté, Glé-Glé faisait fermer les factoreries françaises 
de Whydali et annonçait à notre administrateur de Porto- 
Novo que ceux qui avaient sig-né le traité de 1878 avaient 
payé de leur tête cet acte de rébellion contre Fautorité royale, 
mais il n'en était rien. 

Au mois de septembre 1889, les religieuses françaises de 
Whydah furent expulsées par les autorités dahoméennes, et 
durent se réfugier chez le résident de France à Agoué. Un 
missionnaire, le Père Dorgère, subit le même sort, tandis 
qu'un Hollandais qui se trouvait avec notre compatriote, et 
que les Dahoméens prenaient pour un Allemand, ne fut pas 
inquiété. Cela démontra bien que c'était à la nationalité et 
non à la religion des expulsés que l'on en voulait. 

Ces religieux purent rentrer à Whydah vers la fin d octobre. 

M. de Beeckman venait d'être remplacé par le docteur Tau- 
tain, qui ne réussit pas plus que son prédécesseur à changer 
le triste état politique de la colonie ; seulement il sut imposer 
sa volonté à TolTa, qui perdit de sa puissance. 

Sur ces entrefaites, Glé-Glé avait écrit une lettre de protes- 
tation au Président de la Répul)li({ue, en même temps qu'il 
sollicitait Tintervention du Portugal. Mais cette puissance ne 
daigna même pas lui répondre. 

Enfin en novembre, M. Bayol, lieutenant-gouverneur des 
Rivières du Sud, fut envoyé en mission à Abomey par 
M. Etienne, sous-secrétaire d'Etat des colonies. Il était chargé 
de demander des explications au roi du Dahomey sur ses actes 
déloyaux et l'entretenir au sujet de Kotonou. Il se mit en 
route le i() novembre, et arriva à Abomev le 21. Son secré- 



100 LE DAHOMEY 

taire, M. Angot, et M. X. Béraiid, interprète, raccompagnaient, 
ainsi qu'une ambassade envoyée au devant de lui par Glé-Glé. 

Les instructions données à M. Bayol étaient toutes paci- 
fiques, et, malgré la gravité des attentats commis par le 
monarque noir, notre ambassadeur était porteur de nombreux 
cadeaux pour Glé-Glé. Il espérait que Tappât dune forte 
rente déciderait le roi à reconnaître les traités conclus en 
1868 et 1878 ; mais il n'en fut rien. 

Le roi Glé-Glé et son fils, le prince héritier Kondo, ne 
consentirent à aucune des propositions du représentant de la 
France, et, tout en lui rendant beaucoup d'honneurs ainsi qu'à 
ses compagnons, ils eurent plutôt l'air de se moquer d'eux. 
Dans leurs réponses violentes et insolentes, ils demandaient 
sans cesse la tête du roi TofTa et Tévacuation de Kotonou. 

A toutes les propositions de M. Bayol, ils opposèrent un 
refus catégorique, et nos compatriotes craignirent bien souvent 
d'être retenus prisonniers par leurs entêtés adversaires. 

C'était l'époque des fêtes annuelles qui devaient inaugurer 
les grandes coutumes du Dahomey. 

Sachant combien les cruautés répugnent aux Européens, 
Glé-Glé força plusieurs fois M. Bayol à assister à des sacrifices 
humains. Pour nous narguer plus complètement, c'étaient pré- 
cisément des gens de Porto-Novo, faits prisonniers dans la 
dernière campagne, que l'on immolait devant lui. 

Écœuré de ce spectacle, M. Bayol tomba gravement malade 
le 6 décembre et resta alité pendant quinze jours. 

Gomme Glé-Glé était malade aussi à ce moment et, qu'en 
raison de son âge (75 ans), un dénouement fatal était possible, 
M. Bayol, dans la crainte que la superstition du peuple ne 
vienne à accuser les blancs de cette mort et pour éviter que 
les jours des membres de la mission ne soient en danger, 
jugea j)rudent de hâter les négociations qu'il continua avec le 
prince héritier. 



HISTORIQUE DU DAII03IEY 101 

Mais pour pouvoir quitter Abomey, il lui fallait auparavant 
apposer sa signature au bas des volontés que lui dicterait le roi 
dans une lettre au Président de la République. Il était dit 
dans ce document que les chefs de Porto-Novo sont vassaux 
du Dahomey, que les navires français ne devaient pas circuler 
dans les eaux de TOuémé, que la France, était gouvernée par 
des jeunes gens et qu'elle devait abolir la République. Tout 
ce qui s'était passé de mal entre les deux pays venait du 
manque d'un roi sur le trône de France, et que son père enga- 
geait fortement les Français à rappeler un descendant de leurs 
anciens souverains, afin que les deux nations puissent bien 
vivre d'accord. 

M. Bayol apposa sa signature au bas de cette singulière 
pièce, et, dès le lendemain, il s'empressait de quitter Abomey ; 
il était temps, car deux jours après, Glé-Glé mourait après 
trente et un ans de règne (décembre 1889). Les gens indulgents 
attribuèrent sa mort à l'alcoolisme, mais ceux plus au courant 
des secrets de la cour d' Abomey prétendirent qu'elle fut le 
résultat des soins que son fils lui prodiguait Ce dernier n'a du 
reste jamais protesté contre cette accusation. 

Après une marche rapide, la mission rentrait saine et sauve 
à Kotonou, le 31 décembre au soir. 

Le prince Kondo succéda à son père sur le trône du Daho- 
mey, sous le nom de Gbedâssé (Behanzin) dit le requin. 

5e/iaAi:;m (1889-1893). 

Dès son arrivée au pouvoir, Behanzin se prépara à une 
action énergique contre nous, en réunissant de nombreux 
contingents et en faisant maltraiter nos tirailleurs par les 
autorités de Kotonou. 

Il était urgent de prendre une décision immédiate. M. Bayol 
adressa au sous-secrétaire d'Etat aux colonies un rapport 
énergique sur les incidents de sa mission et sur ces nouveaux 



102 LK DAllOMEV 

faits, et, puis(|u'il était inipovssible de conserver nos traités par 
la persuasion, il proposait au gouvernement de les défendre 
par la force. 

L'expédition fut décidée, mais par suite de l'hostilité mar- 
quée du Parlement pour les expéditions coloniales, le minis- 
tère n'obtint que le vote d'une somme insutïisante. On ne vou- 
lait qu'une petite expédition peu coûteuse, et toute idée d'of- 
fensive devait être repoussée de notre part. 

On devait se borner à assurer la protection des établisse- 
ments européens tant sur la côte que dans l'intérieur. 

Mais M. Bayol ne pouvant répondre de la sécurité de nos pos- 
sessions avec les troupes dont il disposait, il lui fut envoyé des 
renforts du Sénégal. Deux compagnies de tirailleurs sénégalais 
et quatre canons de 4 de montagne arrivèrent dans le courant 
de janvier 1890 et commencement de février. 

Le chef de bataillon Terrillon fut désigné pour prendre le 
commandement du corps expéditionnaire^ et vint se mettre à 
la disposition du lieutenant-gouverneur. 

Les bâtiments de la flotte devaient appuyer les opérations 
des troupes de terre, mais en évitant strictement tout débar- 
quement de marins, en raison de leur faible effectif. 

On estimait que la campagne ne devait durer qu'un mois au 
plus et que les frais de l'expédition pourraient être couverts 
par les revenus des douanes du littoral, ainsi que par la contri- 
bution de guerre dont on frapperait le Dahomey. 

L'objectif de l'expédition était d'abord l'occupation défini- 
tive de Kotonou, puis l'enlèvement de \Miydah, Avrékété, 
Godomev et iVbomev-Calavi. 



Telles sont les causes de la guerre que nous dûmes entre- 
prendre avec le Dahomey pour le contraindre au respect de 



IIISTOKini i; l>l DAIIOMKY 



103 



!ios traités et de nos nationaux; elJe se termina en 1803 par la 
conquête du pays et la déchéance du roi Bélianzin. 

Le chapitre suivant résume les faits militaires de la période 
de conquête. 




Général DODDS ( Alfred -Amédée) 



INSPECTEUR GENERAL DE L INFANTERIE r>E MARINE 



né à Saint -Louis -du -Sénégal, le 6 février 1842, 



Grades et Commandements successifs. — Sorti de Saint-Cyr en 1864 
dans l'arme de Tinfanterie de marine. — Lieutenant en 1867. — Capitaine 
en 1869. — Chef de bataillon en 1878. — Lieutenant-colonel en 1883. — 
Colonel en 1887. — Commandant supérieur des troupes du Sénégal 
de 1888 à 1891. — Commandant du corps expéditionnaire du Dahomey 
en 1892-1893-1894. — Général de brigade en 1892. — Commandant en 
Chef des troupes du Tonkin en 1896-1897. — Commandant de la 
2'' brigade d'infanterie de marine à Brest en 1898. — Général de Division 
le 12 août 1899. 

Campagnes, Citations et Blessures. — Ile de la Réunion : Blessé et 
cité à l'ordre du jour lors des troubles de 1869. — Guerre contre 
l'Allemagne (1870-1871) : Armées du Rhin, de la Loire et de l'Est. — 
Au Sénégal (1883). — Expédition du Cayor. — Au Tonkin de 1886 à 
1887. — Au Sénégal (1891). — Expédition du Fouta-Djallon. — Conquête 
du Dahomey (1892-1893-1894). — Au Tonkin (1896-1897). 

Légion dlionneur. — Chevalier en 1870. — OfTicier en 1883. — 
Commandeur en 1891. — Grand-Officier de la Légion d'honneur le 
14 décembre 1892. 



LE CONQUÉRANT DU DAHOMEY 




{Pliol. Bruun, Clthnenl el C'-", Paris.) 
M. le Général A. Dodds. 



CHAPITRE III 

LA CONQUÊTE DU DAHOMEY 



SOMMAIRE 



L'armée dalioméenne. — V^ expédition du Dahomey (1890). — - 
Arrang-ement du 3 octobre 1890(1892). — 2^ expédition du Daho- 
mey (1892). — Prise d'Abomey. — - 3'' expédition du Dahomey 
(1893 à 1894). — Capture de Béhanzin. 



L'armée dahoméenne. 

De tous temps le Dahomey a passé pour avoir une organi- 
sation militaire remarquable, quand ce n'était en réalité qu'un 
peuple d'audacieux pillards, habitués au vol et au l^rigandage. 

Cette réputation guerrière lui vient surtout des négriers qui 
étaient enchantés de trouver rapidement, sur les divers points 
de la cote, les milliers d'esclaves nécessaires à la traite et qu'ils 
chargeaient à destination de FAmérique. Ces malheureux 
provenaient des prisonniers faits annuellement dans les ra/./.ia 
c{u'au moment des saisons sèches le roi faisait exécuter régu- 
lièrement parmi les populations voisines, paisibles et inoll'en- 
sives, quoique braves et fortes. Mais dès que les eaux remon- 
taient dans les fleuves, les bandits s'empressaient de regagner 
leur territoire, protégé naturellement par ces mêmes cours 
d'eau. 



108 LE DAHOMEY 

Au Dahomey, 1" armée proprement dite se composait des 
troupes régulières permanentes et des contingents de réserve^ 
réunis seulement au moment et selon les besoins des expédi- 
tions projetées. 

Ces troupes étaient recrutées aussi bien chez les femmes 
que parmi les hommes. 

1° ARMÉE RÉGULIÈRE 

Dans l'armée régulière qui servait en temps de paix, les 
hommes portaient le nom de sofîimatas et les femmes d ama- 
zones. Ces corps formaient la g-arde du roi, et on y incorporait 
les esclaves du roi, les prisonniers de guerre, les volon- 
taires et les pires sujets de la population du royaume. Aussi 
possédaient-ils tout ce qu'il fallait pour réussir dans le bri- 
gandage. 

Les amazones étaient recrutées parmi les filles de la nation, 
les prisonnières faites à la guerre, les femmes coupables d'adul- 
tère ou d'autres crimes. On les habituait au maniement des 
armes et aux plus fatigants exercices ; elles étaient vouées au 
célibat sous les peines les plus sévères, et le roi seul pouvait, 
exceptionnellement, les donner en mariage à ses guerriers les 
plus méritants. 

Leur beauté est loin d'être ce que dit la légende ; avec leur 
aspect hommasse, ce n'étaient que de noires viragos très féroces 
et dune bravoure sans égale. Par l'éducation toute virile qui 
leur était donnée, elles formaient l'élite de l'armée daho- 
méenne. 

Les soldats obéissaient par petits groupes à des cabécères 
qui dépendaient eux-mêmes des grands cabécères commandant 
l'armée; ils avaient^ en outre, en sous-ordre de petits gradés 
correspondant à nos sous-ofTiciers et caporaux. 



LA CONQUÊTE DU DAHOMEY 109 

Les chefs des amazones étaient choisies parmi les femmes 
les plus âgées ou les plus vaillantes à la g-uerre. 

Contrairement à ce que Ton pourrait croire, les amazones 
combattaient à pied, le cheval étant presque inconnu au Daho- 
mey, et elles n'étaient pas obligées de se brûler le sein droit, 
comme on Texigeait de leurs sœurs dans l'antiquité. 

Les troupes régulières étaient maintenues dans un état 
d'entraînement continuel, fanatisées qu'elles étaient par le roi 
et les féticheurs. 

Elles restaient toujours groujîées autour de la capitale, et 
leurs chefs les tenaient constamment prêtes à entrer en 
campagne. 

2^ ARMÉE DE RÉSERVE 

Les contingents de réserve étaient constitués par tous les 
hommes et femmes valides qui, sur un simple appel du roi, 
quittaient leurs villages pour prendre les armes. 

Le service était obligatoire ; tout homme qui pouvait tenir 
un fusil était soldat, et toute femme de seconde ligne était 
employée au transport des vivres et des munitions, quand 
elle ne prenait j^as part au combat. 

Il ne restait dans les villages déserts que les vieillards 
exemptés du service militaire par leur âge. 

Ces troupes de réserve étaient encadrées dans les troupes 
régulières qu'elles étaient loin de valoir. 

Leur concentration avait entièrement lieu à Abomey, où 
elles se livraient pendant plusieurs jours à des exercices pré- 
paratoires de combat. 

En temps de paix, les bandes dahoméennes portaient un 
semblant d'uniforme ; en temps de guerre la levée en masse 



110 LE DAIIOJKV 

était vêtue à sa ^-iiise. Les guerriers étaient couvi'rts (rainu- 
lettes pour se préserver des balles ennemies. 

Les amazones avaient pour costume un pantalon bleu court 
arrivant aux genoux, et une petite jupe qui le couvrait en 
grande partie. Un morceau d'étofre bleu ou gris leur couvrait 
les épaules et la poitrine; il était maintenu à la taille par une 
cartouchière tenant lieu de ceinture. 

La tacticpie dahoméenne a toujours été basée sur l'instinct 
du pillage qui domine chez le Dahoméen ; elle consiste à s'as- 
surer le succès par surprise et avec le moins de danger pos- 
sible. Quand la surprise était éventée et qu'il fallait combattre 
en rase campagne, ces bandes de brigands montraient cepen- 
dant un courage féroce. 

Les guerres avaient lieu sans déclaration préalable. Dès que 
les rois avaient besoin d'argent ou de prisonniers et que le 
moment des basses eaux était proche, ils donnaient l'ordre de 
mobilisation au Mingan ou ministre de la guerre qui le trans- 
mettait au moyen de messagers dans toutes les parties du 
royaume. En peu de jours les hordes dahoméennes étaient sur 
pied; elles tombaient alors à Fimproviste sur leurs malheureux 
voisins, inconscients de l'attaque et du danger; elles razziaient 
les villes et les villages sans défense, incendiaient les cases 
en se retirant, emmenaient en esclavage les prisonniers l()nd)és 
en leur pouvoir, et qui servaient à hi traite ou de ^ ictimes poui' 
les grandes coutumes d'.Vbomey. 

De retour dans la capitale, le rt)i distril)uait à ses chefs et à 
ses soldats des cadeaux pris sur le butin pour réconq)enser 
leur courage et leur bravoure. Puis, k>s gueri'iers se livraient 
à des pantomimes et à des danses acconq)agnées de chants pour 
célébrer leur victoire. 

Au moment de notre guerre avec le Dahomey, Tannéi' axcc- 
sa réserve était forte d'environ 1:^.000 à L'i. 0(1(1 n'uerriers. 



LA CONQLÊTE DT DAHOMEY 1 l l 

Les hommes formaient li régiments d'un eflectif de 800 
soldats chaque, et les amazones étaient divisées en 3 brig^ades 
de 1.01)0 combattantes chacune. 

Gluuiue l)rig'ade comportait des espingolières, des chasse- 
resses d'éléphants armées de couteaux, des coupeuses de têtes 
munies de g-ig^antesques rasoirs, des archères armées d'arcs et 
de flèches empoisonnées, mais surtout des mousquetaires 
munies de fusils k pierre. 

Les femmes de la réserve portaient une petite massue des- 
tinée à frapper Fennemi aux jambes pour Fempêcher de fuir; 
elles étaient, en outre, munies de cordelettes pour garrotter les 
captifs, et de sacs pour rapporter les têtes coupées sur le 
champ de bataille et pour lesquelles le roi leur allouait une 
prime. 

Ces rég-iments possédaient des drapeaux immenses et en 
grande quantité. Ils étaient ordinairement à fond blanc et 
portaient en application des armes, des animaux et des sujets 
macabres; quelques-uns étaient ornés de mâchoires humaines 
clitpietant au vent. 

Les chefs ou cabécères portaient la hache, insig-ne du com- 
mandement. 

L'armement de l'infanterie était très varié et parcourait 
toute la série des armes portatives, depuis le fusil à pierre 
jus([u"aux systèmes les plus récents et les plus perfectionnés : 
Snider, Winchester, Ghassepot, Spencer, Werndl, Peabody, 
Malinncher, Martini, etc.. 

L'artillerie était traînée à la bricole; elle se composait de 
pièces de différents modèles très modernes. 

Le service des ambulances fonctionnait également : seule- 
ment au lieu de brancardiers, on traînailles blessés sur le sol, 
jusqu'à ce qu'ils fussent en sûreté. Inutile de dire que la plu- 
part moururent des suites du voyage fait en des conditions si 
peu conforta])les. 



112 LE DAHOMEY 

On jii<>e par les renseignements qui précèdent que nos adver- 
saires n'étaient pas à méprisa ; ils possédaient des fusils à tir 
rapide et étaient décidés à combattre jusqu'à la mort, pour 
laquelle ils témoig-naient un profond dédain. Leur nombre 
était, déplus, supérieur au chifTre des forces françaises envoyées 
au Bénin. 

Une autre difficulté aussi de la campagne, était que nous 
ignorions complètement la topographie de l'intérieur du pays, 
en dehors des villes du littoral et des bords de l'Ouémé. 




Première expédition du Dahomey 1890). 

Gomj^osition de la colonne expéditionnaire. 

Ainsi qu'il a été dit au chapitre j^récédent, \e Sane arrive le 
13 février à Kotonou avec 80 tirailleurs gabonais; VAriè(/e 
débarque, le 20, le commandant Terrillon, deux compagnies 
de tirailleurs sénégalais et un détachement d'artillerie. 

A la date de ce jour, l'elfectif de la colonne expéditionnaire 
était donc le suivant : 

A ROTOXOU 

Etal-major. — MM. Terrillon, chef de bataillon comman- 
dant la colonne; Septans, capitaine d'état-major ; Collombier, 
lieutenant adjoint; Dodart, médecin de 2^ classe. 



LA CONQUÊTE DU DAII03IEY 



113 



Troupes. — 2^ G'° de tirailleurs sénég-alais : Capitaine 
Lemoine, lieutenant Huillard, sous-lieutenant TiiFon, sous- 
lieutenant indigène, Sulevmann-Diencq. — 9 sous-oiïiciers et 
109 soldats. 




M. V. Ballot. Général Dodds. 

Officiers de la colonne expéditionnaire. 



i^ G'^ de tirailleurs sénégalais : Capitaine Pansier, lieutenant 
Lagaspie, sous-lieutenant Mousset, sous- lieutenant indigène 
Yoro-Cumba. — 10 sous-olHciers et 111 soldats. 

Une section de la 10^ C"' de tirailleurs sénégalais : Sous-lieu- 
tenant Szymanski. — 1 sous-officier et 24 soldats. 

C"' de tirailleurs gabonais : Capitaine Oudard, lieutenant 

Le Dahomey . 8 



1 14 I,i: DAIIO.MKY 

Compérat, sous-lieutenaiil Toumané-Aï-Sta. — (i sous-officiers 
et 60 soldats. 

Vn clétachement des 25*^ et 2&' IxiLteries (rarlillerie de 
marine : I sous-officier, I artificier et 10 artilleurs. 

A POinO-NOVO 

)J sections de la 10'' (V'' de tirailleurs sénégalais : capitaine 
Arnoux, médecin de 2^' classe Uoux. — 5 sous-offîciers et 
121 soldats dont 8 artilleurs et 3 infirmiers. 

A AGOUÉ 

Un détachement de la 10*^ G'^ de tirailleurs sénégalais : Un 
sous-officier et 9 hommes. 

A GRAND-POPO 

Un détachement de la 10^ G'*" de tirailleurs sénégalais : Sous- 
lieutenant Martineau et 12 hommes. 

Soit un effectif total de 19 officiers, 3i sous-offîciers et 
458 soldats européens et indigènes, répartis en 4 postes. 

En rade, croisait le Sané, commandé par le capitaine de 
vaisseau Fournier. 

L'armement des différents postes était le suivant : 

Porlo-Novo. — 4 canons de 4 rayés de montagne, approvi- 
sionnés à 65 coups par pièce, et 56.000 cartouches modèle 
1874. 

Grand-Popo. — 5.000 cartouches modèle 1874-. 

Af/oué. — 4. OOÎ) cartouches modèle 1874. 

Les troupes furent logées à Porto-Xovo, sous les hangars 
et dans les magasins des factoreries Régis et Faljre. Les vivres 
et les munitions étaient, au fur et à mesure de huir mise à 
terre, placés tant bien que mal sous des abris. 



LA CONQUÊTE DU DAH03IEY llo 

On aurait voulu pouvoir tenter une marche sur ^^'hydah, 
mais en raison du faible effectif des forces, on dut se borner 
à garder Kotonou. 



Résumé des opérations militaires. 

^/ février. — Combat de Kotonou. — Les agorigans (gens 
notables) de Kotonou ayant fait des remontrances insolentes 
sur le débarquement de nos troupes et sur 1 inhumation de 
deux soldats français, sont arrêtés et envoyés à Porto-Novo. 
Quelques heures après, une de nos reconnaissances est attaquée 
dans le village indigène et s'en empare. 

Les habitants s'enfuient avec tout ce qu'ils peuvent empor- 
ter. Nous avons o blessés et les Dahoméens nous laissent 
13 cadavres entre les mains. 

^^ février. — Un emplacement est débroussaillé au nord du 
village pour Tédilication d'un fort. 

^S février. — Appuyés j^ar des réguliers dahoméens, les 
gens de Kotonou tentent de reprendre leur village ; ils sont 
repoussés avec de nombreuses pertes et refoulés dans la forêt 
voisine. De notre côté, 3 blessés. 

A la suite de cette attaque, le village est incendié et rasé, 
les factoreries sont mises en état de défense ainsi que le poste 
de Kotonou. 

"24 février. — Pour se venger de la prise de Kotonou, 
Béhanzin fait enlever et conduire, enchaînés joar le cou, à Abo- 
mey, les missionnaires et les négociants français de Whydah 
(MM. Bontemps, agent consulaire; les Pères Dorgère et Van de 
Pavord; Legrand, Chaudoin, Piétri, Denley, Heuzé et Tooris, 
agents de factoreries.) 

A Porto-Novo, le roi Toffa propose de mettre à mort les 
otages dahcméens, mais M. Bayol s'y oppose énergiquement. 



116 LE DAII031EY 

car le massacre des agorig-ans eût impitoyablement entraîné 
celui des blancs. Ceux-ci furent échang-és trois mois après avec 
les Dahoméens. 

Prévoyant que l'ennemi ne se tiendrait pas pour battu et 
estimant ses forces insuffisantes, M. Bayol câblait au g-ouver- 
nement de lui envoyer des renforts. 

En attendant, Kotonou étant particulièrement menacé, le 
commandant Terrillon s'ing-éniait à le mettre à Tabri d'un 
coup de main et à renforcer la garnison. Il fît Aenir de Porto- 
Novo le capitaine Septans avec 4 artilleurs, 2 pièces de 4 
rayées de montag-ne, 22 g-ardes civils armés du fusil modèle 
1874 et 300 auxiliaires du roi TofTa munis de fusils à pierre ; 
ces derniers, couards et paresseux, ne furent jamais d'aucune 
utilité. 

M. Victor Ballot, alors résident de France à Porto-Novo 
(depuis le 16 juin 1887) et l'administrateur Librecht d'Albéca 
arrivèrent en même temps à Kotonou. La direction des ser- 
vices administratifs du corps expéditionnaire fut confiée par le 
résident à M. d'Albéca. 

La construction du fort et les travaux de mise en état de 
défense de la place sont poussés activement ; on accumule 
partout abatis surabatis. 

95 févrie7\ — Le croiseur le Sané et la chaloupe YEmeraudc 
mouillés dans la lag-une, couvrent d'obus les bois situés au 
nord et à l'ouest de Kotonou et où d'importants rassemble- 
ments ennemis se massaient nuitamment. 

1^-^' mars. — Reconnaissance de Zogbo. — Les troupes 
dahoméennes étant signalées comme se concentrant à Abo- 
mey-Calavi, à 2i kilomètres au nord-ouest de Kotonou, une 
reconnaissance, forte de 3 compagnies et appuyée de 3 pièces 
de canon, est envoyée de grand matin au village de Zogbo à 
6 kilomètres de Kotonou, sur le lac Denham. Une grêle de 



LA CONQUÊTE DU DAHOMEY 117 

balles tirées à bout portant siiq^rit l'avant-garde de nos 
troupes à l'entrée du village qui paraissait tout d'al)ord aban- 
donné; deux miliciens furent tués raide.Au bruit de la fusil- 
lade, les tirailleurs sénégalais accourent et luttent presque 
corps à corps, mais, après quelques feux de salve bien ajustés, 
le terrain est nettoyé, le village est enlevé au pas de course 
et l'ennemi rejeté jusqu'à 600 mètres au delà. Mais bientôt il 
tente un retour offensif que nos artilleurs répriment énergi- 
quement. Après un combat terrible où l'ennemi s'est montré 
très acharné, il fuit enfin dans toutes les directions. Il était 
10 heures du matin, et nos troupes se préparaient à manger un 
repas froid lorsque l'ennemi aborde à nouveau les quatre faces 
du carré français. Après une demi-heure de lutte il est repoussé 
définitivement avec 300 hommes hors de coml^at. Grâce à sa 
maladresse, nous n'avons eu que deux tués et deux blessés. Il 
est vrai que nous n'avions encore lutté jusqu'ici qu'avec les 
contingents des villes et villages voisins de la cote. Mais Ijien- 
tôt nous allions avoir à soutenir le choc des réguliers daho- 
méens qui se concentraient à Allada où la présence du roi 
était même signalée. 

^ mars. — Journée calme. — Le Sané en profite pour explo- 
rer rapidement la cote. A Grand-Popo, le commandant Four- 
nier apprend par un espion que l'attaque de Kotonou était 
imminente. Il y revient en toute hâte pour coopérer par mer 
à la défense de la place. 

De son côté, le capitaine Arnoux, commandant le poste de 
Porto-Novo, signalait aussi des mouvements de réguliers à 
40 kilomètres au nord de la ville. 

3 mars. — En raison de sa lâcheté la compagnie mixte, 
formée par les auxiliaires du roi Toffa, est licenciée et désar- 
mée immédiatement. — Les gardes civils seuls conservent 
leurs armes. 



118 l.i: DAHOMI^Y 

4 rjiars. — Attaque de Ivotonou. Dans la iiiiil du .'{ au 
i mars. A-ers o heures du m-din, après une épouvantable tor- 
nade, une attaque furieuse fut dirigée sur Kotonou. — Profi- 
tant de l'orage et des ténèbres, les Dahoméens avaient pu 
s'avancer sous bois et parvenir jusqu'auprès de nos lignes 
qu'ils espéraient bien surprendre, mais le lieutenant Compérat 
veillait avec une section, dans un fortin inachevé situé à l'ex- 
trémité nord de Kotonou. Dès qu'il perçut des bruits suspects 
et qu'il vit des ombres ramper au pied de la palissade, à 
quelques mMres de lui, il fait aussitôt exécuter un feu de 
salve nourri qui balaie les abords du poste. Vne foule hurlante 
lui riposte par un feu roulant et se lance à l'assaut du fortin. 
C'est le signal de l'attaque générale. L'ennemi, fort d'environ 
6.000 hommes, attaque tous les postes à la fois. L'un d'eux est 
même surpris et enlevé, plusieurs de ses défenseurs sont 
tués et décapités\ Guerriers et amazones s'élancent de tous 
côtés sur Kotonou, écartent les palanques et, à travers les 
interstices, engagent les canons de leurs fusils pour tirer j^lus 
sAron^nt. Ils se font tuer à coups de baïonnette, le sang 
ruisselle, et les cadavres s'entassent sur les cadavres. 

Le lieutenant Compérat. quoique atteint de trois l)lessures, 
est sublime de sang-froid et d'énergie. — ■ Il a déjà 3 tués et 
8 blessés sur les 19 hommes de son poste, lorsque heureuse- 
ment les compagnies placées en réserve viennent le dégager 
et rejeter l'ennemi sous les feux du S^inc. 

Pendant quatre heures, l'armée dahoméenne renouvelle ainsi 
ses attaques infructueuses. Nos pièces d'artillerie vomissent la 
mitraille, trouant sans cesse les masses profondes des régu- 
liers. 

A h. l '2 seulement l'ennemi (lis[)araît en laissant 
127 cadavres dans Kotonou, dont 7 amazones, et en couvrant 
la plaine et les bois voisins de ses morts. Ses pertes s'élevaient 



LA (.n^Ol KIK 1)1 DAIKtMKV 1 P.^ 

H ()UU morts, duul lu colonelle des annizones, l'apolo^aii 
d'Allada, et au moins 1 .200 blessés. De notre coté nous avions 
8 Uiés et 26 blessés plus ou moins grièvement. 

La journée avait été chaude et dégoûta les Dahoméens de 
toute tentative ultérieure sur Kotonou. Après sa défaite^ 
Béhanzin se retira dans les marais de la Lama avec ses ama- 
zones, en laissant le reste de son armée à Godomey (piil for- 
titia. 

A partir de ce moment, les Dahoméens renoncèrent à la 
lutte en terrain découvert pour reprendre la guerre d'embus- 
cade dont ils étaient coutumiers, et que favorisaient si bien la 
végétation inextrical)le du pays et leur parfaite connaissance 
des lieux. 

Du 5 au 15 mars les travaux de défense de Kotonou furent 
mieux org-anisés. Jusqu'à l'arrivée de nouveaux renforts 
demandés au Sénégal pai- M. Bayol, la vie fut des plus 
pénibles pour les 220 hommes de la garnison; surtout que le 
tiers de l'effectif était de garde la nuit. De nouvelles lignes 
d'abatis et des réseaux de fils de fer sont placés en avant 
du front de défense ; des fougasses sont installées en plu- 
sieurs endroits, mais l'ennemi n'osa plus renouveler son 
attaque. 

6 mars. — La 10'' compagnie de tirailleurs sénégalais quitte 
Kotonou pour aller renforcer la garnison de Porto-Novo 
menacée par 2.000 Dahoméens campés à Badao. 

La chaloupe-canonnière VEmeraude va mouiller dans le lac 
Denham devant Abomey-Calavi et le bombarde. Quelques 
cases sont brûlées. 

7 mars. — V^ers les 3 heures du matin, le Sané couvre 
d'obus les bois situés à l'est de Kotonou où des rassemble- 
ments ennemis avaient été signalés la veille par nos espions. 

iO îiiars. - — M. Bayol reçoit les instructions suivantes de 
M. Etienne, sous-secrétaire d'Etat aux colonies : 



120 LE DAHOMEY 

« Gonientez-^ous d" occuper Whvdah, de faire le blocus de 
« la cote jusqu'à la signature 'd'un traité de paix reconnaissant 
(( nos droits sur le territoire de Kotonou et le protectorat de 
« Porto -Novo, et contenant une clause par laquelle le roi 
(( renoncerait formellement aux sacrifices humains. Evitez 
(( tout entraînement pouvant amener une expédition sérieuse 
« qui serait difficilement acceptée par le Parlement et par 
« l'opinion publique. » 

M. Bayol répond : Qu'avec les renforts attendus on pou- 
vait forcer le Dahomey à traiter; que, sans s'avancer dans 
l'intérieur, il était possible d'occuper Whydah et d'isoler le 
Dahomey par le blocus ; que le commandant Terrillon 
admettait cette solution, mais qu'il serait préférable de 
détruire Abomey, pour arriver à un prompt résultat. 

// mars. — Le croiseur Kerguelcn arrive du Gabon en rade 
de Kotonou. 

13 mars. — Nouveau bombardement d'Abomey-Galavi par 
VEmeraude. 

Nouvelle dépêche de l'Administration des Golonies disant 
que le gouAcrnement s'était formellement prononcé contre 
une marche sur Abomey et contre toute autre opération 
engageant une expédition. On devait se borner à l'occupation 
de Whydah et à la conclusion aussi prompte que possible 
d'un traité confirmant nos droits antérieurs, avec indemnités 
pour nos nationaux et pour les étrangers qui auraient subi des 
préjudices par suite des hostilités. 

16 mars. — Arrivée de Y Ardent^ aviso venant du Sénégal 
avec 100 hommes de la 29*^ compagnie d'infanterie de marine, 
commandés par MM. Tourai, capitaine, et Tassard, lieutenant. 

17 mars. — Nouveaux essais de bombardement sur Abomey- 
Galavi. 

L attaque de Porto-Novo étant jugée imminente, la 2'' com- 
pagnie de tirailleurs (capitaine Lemoine) y est envoyée. 



LA COKQLÈTE DU DAHOMEY 



121 



19 mars, — Une armée ennemie étant signalée comme se 
concentrant à Godomé, le Sané arrive sur rade et envoie 
quelques obus sur Godomé-Ville ; une quinzaine d'habitants 
sont tués. 

Retour à Kotonou de la compag-nie Lemoine, devenue inu- 
tile kPorto-Novo, par suite du retrait des forces dahoméennes 
sur AUada. 




(Phot. de M. l'Admin. Bcurdeley.) 



En Hamac. 



W mars. — Arrivée à Kotonou de Taviso Le Brandon ame- 
nant aussi des renforts du Sénégal. 

21 mars. — Pour donner de l'air à la Place et recueillir 
des indications sur le terrain et sur la position de l'en- 



122 Li: DAIKtMKV 

nemi, le commandant Teriillun l'ail exécuter par une partie de 
la g^arnison de Kotonou une reconnaissance sur le chemin de 
Godomey-Ville. Cette reconnaissance est soutenue par l"a\ iso 
Ardent qui envoie quelques projectiles de liotchkiss sur des 
rassemblements postés en avant de Godomey-Plage. Mais dès 
les premiers coups, ces groupes se dispersent et la reconnais- 
sance effectue son retour sans autre incident. 

'^S mars. — Nouvelle reconnaissance sans résultat sur 
Godomey-Ville ; elle est appuyée par la chaloupe YEmcraude 
qui doit s'embosser devant le village de ZoJ^bo. 

Une violente tornade surprend la petite colonne, mais l'ab- 
sence de l'ennemi est constatée dans un rayon de 8 kilomètres 
au moins autour de Kotonou, 

25 mars. — Le résident de France ayant signalé que l'en- 
nemi se serait rapproché de nos positions pour occuper forte- 
ment la ligne Avansouri-Zobbo-Godomey-Yille-Godomey- 
Plage, une reconnaissance importante est ordonnée sur ce 
dernier point. Le croiseur Kcrgiiclcn doit Tappuyer. en se 
tenant à une faible distance de la cote. 

L'avant-garde surprend, en arrivant aux factoreries Régis et 
Fabre, c{uelques soldats dahoméens qui les occupent. L'un 
d'eux est fait prisonnier; interrogé, il déclare qu'il n'y a 
aucun ennemi dans les environs. 

Après une grande halte de deux heures, le commandant 
Terrillon dirige une partie de la reconnaissance sur le chemin 
de Godomey-Ville. AL Piétri, de la maison Régis, lui sert de 
guide. A un kilomètre environ au nord de Godomey-Plage. 
nos éclaireurs signalent un campement de 300 à 400 Daho- 
méens. La marche est reprise avec prudence, de temps à autre 
des leux de salve sont exécutés (huis les fourrés l)()r(hint le 
chemin suivi. 

Vers les 2 heures de l'après-mich. on traverse une lagune et 



LA CONnrÈTK Dr DAIIO.MKY 123 

une clairière, pour seiigag-er sous l^ois. L'avant-g-arde était 
passée sans rien si^i-naler, lorsqu'une vive fusillade, partie d'un 
fourré épais situé sur la droite, arrive sur le gros de la 
colonne, presque à bout portant. Nos troupes forment aussi- 
tôt le carré dans la clairière, et ripostent énergiquement par 
des salves répétées au feu de l'ennemi end)usqué dans les bois 
voisins. 

Après une demi-heure d'attente, l'adversaire n'ayant fait 
aucun retour offensif, la reconnaissance se retire sur Godo- 
mey-Plage. De là son artillerie lança quel([ues obus dans la 
direction de la ville, et, à 4 heures du soir, la colonne reprenait 
la route de Kotonou. 

Dans ce court engag-ement avec un millier de g'uerriers 
dahoméens formant les avant-postes de l'armée réunie à 
AUada, nous avons eu 2 officiers blessés grièvement 
(MM. Tilïon et Birama-Ndam, sous-lieutenants), 3 tués et 
9 blessés, dont 2 moururent des suites de leurs blessures. 

L'ennemi avait eu 72 hommes hors de combat. 

^26 mars. — Par suite des succès de nos armes, les craintes 
des Européens restés à Whydah ne firent qu'augmenter, et 
ils réclamaient avec insistance l'occupation du fort de Why- 
dah par nos troupes. C'était bien ce que voulait tenter le com- 
mandant Terrillon. Mais pour donner le change à l'ennemi et 
pour attirer une partie de ses forces dans le Décamey, pays 
situé au nord-ouest de Porto-Novo, il simula une attaque par 
l'Ouémé. A cet effet il envoya à Porto-Novo le peloton de 
tirailleurs gabonais, la 4^ compagnie de tirailleurs sénégalais 
et un peloton de la 2^ avec une section de 4 de montagne, 

^8 mai^s. — Cette colonne, augmentée d'une partie de la 
garnison de Porto-Novo, se met en marche le 28, remorquée 
par V lùncnnidc. Trois heures après elle débarque à Késonou, 
et par la rive gauche (k' l'Ouémé marche sur les villages du 



12i LE DAIIO:\]EY 

Décamey pour y attaquer rennemi qui s'y est retranché. On 
s'avance avec prudence dans un pays extrêmement difficile, 
coupé de clairières et de fourrés marécageux. 

Les endroits douteux sont fouillés par des feux de salve. 

On traverse Modo-Topa et l'on arrive à Dangbo. Deux vil- 
lages ennemis sont signalés à 1.200 mètres plus au nord, on 
les bombarde pendant quelques instants, puis Ton marche 
avec précaution sur l'un d'eux en sondant chaque broussaille; 
quelques coups de feu accueillent Tavant-garde ; plusieurs 
villages sont ainsi traversés, mais ils paraissent tous aban- 
donnés. L'ennemi est partout invisible. Pour le débusquer, le 
commandant Terrillon fait incendier les cases en ordonnant 
aux troupes de se replier au fur et à mesure. Une vive fusil- 
lade part alors de tous côtés, l'ennemi est partout : sur les 
arbres, dans les fourrés et dans les maisons. 

En traversant Mitro, le capitaine Oudard, des Gabonais, 
qui veut pénétrer dans une case cpii lui paraît inhabitée, est 
frappé à mort d'une balle au ventre. 

Des feux de salve sont d'abord envoyés dans toutes les 
directions, et nos soldats délogent l'ennemi à la baïonnette; 
secondés par l'artillerie, ils ont vite contraint les Dahoméens 
à la fuite. Tous les villages ne formant plus maintenant que 
d'immenses brasiers, la retraite est ordonnée. 

La chaleur est suffocante, le sous-lieutenant Mousset tombe 
foudroyé par une insolation. A midi la colonne atteignait 
Dangbo, sans avoir revu l'ennemi ; le soir elle s'installait au 
bivouac à Késonou. 

h'Emeraude dans l'après-midi avait bombardé les villages 
de Gléony et de Doncauly, habités par les gens du chef de 
Décamey, l'un des généraux de Béhanzin. 

'^f) mai's. — A 4 heures du matin, la reconnaissance 
embarque dans des pirogues remorquées par YEnicraiule, et 



LA CONQUÊTE DU DAH03IEY 125 

remonte l'Ouémé ; elle traverse le village de Dannou et s'ar- 
rête à 1 kilomètre en amont du village de Gobbo pour tenir 
en respect ses habitants hostiles. 

Pendant ce temps l'artillerie avec son soutien allait prendre 
position à 1.800 mètres du village d'Azouicé, au nord-est de 
Gobbo. Ce villag-e était défendu par 1.200 guerriers solide- 
ment retranchés derrière un marigot vaseux. Après vingt- 
cinq minutes d'un feu violent sur les positions adverses, l'en- 
nemi affolé fuit dans toutes les directions sans même chercher 
à se défendre. La petite colonne rallia ensuite Dannou, et, 
dans l'après-midi, VEnieraudc remorqua les troupes pour le 
retour. En route la 10*^ compagnie est jetée à terre pour châ- 
tier successivement les villages rebelles de Doncauly et de 
Gléony qui sont incendiés. 

A 10 heures du soir, les troupes rentraient à Porto-Novo. 

Cette reconnaissance eut pour résultat d'inspirer une ter- 
reur salutaire aux «-eus du Décamev, et de fortifier la confiance 
des fidèles du roi TofTa. Quelques jours après l'armée daho- 
méenne se retira plus au nord, et les indigènes de plusieurs 
villages viarent faire leur soumission. En les renvoyant dans 
leurs foyers, le commandant du corps expéditionnaire leur 
annonça que bientôt les Français allaient pousser plus loin 
encore leurs excursions, jusqu'au delà de Fanvié. Telles 
n'étaient pas alors ses intentions, mais il espérait ainsi 
attirer les forces dahoméennes sur l'Ouémé afin de dégager 
Whydah. 

SI mars. — Le vapeur Ville-de-Maranhao, des Chargeurs- 
Réunis, débarque à Kotonou la 30^ compagnie du 2^ régiment 
d'infanterie de marine (50 hommes) commandée par le lieute- 
nant Grand, et 75 disciplinaires blancs des colonies avec 5 ofti- 
ciers (capitaine Pérez). 

L'effectif total du corps expéditionnaire se trouve ainsi 



I2() Li: d\ii(».ml:v 

porté, morts cl blessés dtHluits, à li olïiciers l)laiK's et 1» olli- 
ciers indij^'ènes encadrant iOl) tirailleurs sénéi^alais. '2\)l') soldats 
d'infanterie de marine, et H) artilleurs, avec i pièces de ï 
rayées de montagne. 

Sur rade croisent le San', le Ker</urlcn et l'aviso ï Ardent. 

Le 31 mars au soir, le commandant Terrillon rentre à Koto- 
nou avec toutes les troupes disponibles pour préparer sa 
marche sur Whjdah. 

Le même jour une dépêche lui annonçait sa nomination au 
grade de lieutenant-colonel, mais, en raison des dilficultés 
survenues entre lui et le lieutenant-gouverneur dans la direc- 
tion des opérations, on le remplaçait à la tête du corps expé- 
ditionnaire par le lieutenant-colonel Klipfel. 

Avril 1890. — Les opérations sur Whydah sont activement 
préparées dans les premiers jours d'avril. Les fortifications de 
Kotonou furent complétées; un nouveau fort, le fort Compé- 
rat, y fut élevé. 

4 avril. — Une nouvelle démonstration est opérée sur 
rOuémé par VEmeraude^ et un détachement d'infanterie de 
marine. Quelques villages sont encore bombardés et les 
habitants viennent offrir leur soumission au roi Toffa. 

5 avril. — M. le lieutenant-gouverneur Bayol est rappelé 
au Sénégal, et M. le capitaine de vaisseau Fournier, comman- 
dant le *Sa/îe, est investi proAdsoirement de tous ses pouvoirs. 

Le lieutenant-colonel Terrillon est maintenu à la tête du 
corps expéditionnaire. 

La marche sur Whydah est contremandée, mais le blocus 
de la cote est décidé, afin d'empêcher les Allemands, ([ui exci- 
taient secrètement le Dahomey, à lui procurer des armes et des 
munitions. 

Le blocus est signifié aux puissances et la croisière est ren- 
forcée de la Naïade, portant pavillon de l'amiral C.avelier 



I.A CONOLÈrE I)L DAIIOMHV 127 

de Cuverville, du croiseur le Roland et de l'aviso la Mé- 
sange. 

Les nouvelles instructions du (louvernenient se l)ornent à 
Toccupation solide de Kotonou et Porto-Novo sans s'eng-ager 
dans une lutte à Tintérieur. 

Le lieutenant-colonel Terrillon, d'accord avec le comman- 
dant Fournier, arrêtait les mesures à prendre pour répondre 
aux vues nouvelles du Ministre de la Marine, et demandait 
un nouveau renfort ainsi qu'un supplément de munitions. 

8 avril. — Le lieutenant-colonel Terrillon est frappé d'in- 
solation et est en sérieux dang-er de mort, mais, grâce à sa 
robuste constitution, il est sur pied quelques jours après et 
reprend la direction des opérations de terre. 

Bientôt un renfort de 150 hommes de la 29*^ compagnie 
d'infanterie de marine débarque. L'artillerie est également 
renforcée; son effectif est alors d'un ofïîcier, 30 hommes et 
42 pièces de montagne. 

La saison des pluies est commencée, et le nombre des offi- 
ciers et soldats européens malades aug-mente de jour en jour. 

Il ne faut donc plus songer pour le moment à une expédition 
sérieuse dans l'intérieur du Dahomey. 

Cependant Béhanzin est loin de vouloir renoncer à la lutte, 
car les mouvements de ses contingents sont signalés sur plu- 
sieurs points à la fois. Afin de maintenir le contact, des recon- 
naissances sont jugées nécessaires. 

10 avril. — 57 Gabonais commandés par le sous-lieu 
tenant indigène Toumané-Aïssa, s'embarquent sur V Aricgc 
pour aller renforcer le poste de Grand-Popo, menacé par 
1200 Dahoméens. Des munitions et des armes sont envovées 
au sous-lieutenant Martineau, commandant le poste, pour 
armer tous les Européens civils. 

15 avril. — h'Emeraudc, avant à son bord le chef d'état- 



128 LE DAHOMEY 

major Septans, se rend dans le lac Denham pour bombarder 
Abomey-Calavi et Zobbo, reconstruits et occupés par les 
avant-postes ennemis. 

16 avril. — Un mouvement en avant des Dahoméens cam- 
pés dans la lagune de Badao étant sig-nalé par le résident de 
France, VEmeraude repart avec un détachement de 100 tirail- 
leurs pour remonter FOuémé et bombarder Dogla dont les 
habitants viennent de faire défection ; elle devait pousser 
ensuite à Dannou, point extrême de la navigation pendant la 
saison sèche. 

Le soir même, la reconnaissance faisait retour à Kotonou, 
rapportant des nouvelles assez graves. 

Béhanzin accusait TofTa de tout ce qui était arrivé; il lui 
faut Porto-Novo et la tête de son roi. Toute l'armée daho- 
méenne est sur pied, et une partie s'avance sur Porto-Novo 
dont la défense n'est pas organisée et qui n'a qu'une faible gar- 
nison. 

Heureusement que le roi Toifa a de nombreux espions qui 
le renseignent jour par jour sur ce qui se passe dans les envi- 
rons. Il peut ainsi tenir le résident au courant. 

Le 16 avril, les Dahoméens avaient franchi FOuémé et se 
trouvaient à environ 30 kilomètres de Porto-Novo ; bientôt 
ils seront dans la ville même. 

Le lieutenant-colonel Terrillon prend alors ses dispositions 
pour dégager la capitale de notre allié. 

Il arrive lui-même à Porto-Novo avec la i*" compagnie de 
tirailleurs, un peloton de la 2*^, et 73 disciplinaires qu'il joint 
àla garnison. Il fait activer les travaux de défense de la place. 
luÉrneraucle fait sans cesse la navette entre les deux postes 
pour le transport des troupes et du matériel. 

i9 avril. — Un poste de 20 gardes civils, établi à 20 kilo- 
mètres au nord-est de Porto-Novo, est attaqué et doit se 
replier avec quelques pertes. 



LA C.ONQl ETE OU DAHOMEY 129 

La situation s'ag-^rave d'iieure en heure; l'armée du Daho- 
mey ne se trouve plus qu'à 12 kilomètres du vilkige de Bedji, 
ou Héhanzin est venu la rejoindre avec son corps d'amazones. 

Dans la matinée, le capitaine Arnoux, commandant h' poste, 
avait reconnu les positions de l'ennemi occupées par des forces 
considérables. 

Le doute n était plus permis, les Dahoméens cernaient l)ien 
Porto-Novo après avoir passé le fleuve en amont de Fan\ ié. 

Le temps pressait et il fallait à tout prix arrêter hi marche 
de Fennemi. L'action fut décidée pour k^ lendemain. 

M. Ballot, résident de France, qui montrait dans toutes les 
circonstances <j;'raves une fermeté inébranlable et un grand 
courage personnel, mita la disposition de la colonne 'kjO guer- 
riers du roi Tolfa, armés de fusils à pierre, afin de l'éclairer 
dans sa marche. 

':20 avril. — Combat d'Atchoupa. La colonne, forte de 
350 soldats réguliers avec 4 canons, se met en marche vers les 
6 heures du matin dans la direction d'Adjagan, vers l'ouest ; 
elle est commandée par le lieutenant-colonel Terrillon en per- 
sonne, ayant à ses côtés M. Victor Ballot, résident de France. 

Le recrutement des porteurs avait été diiricultueux, car les 
Porto-No viens pris de panique s'étaient enfuis, les Daho- 
méens étant venus dans la nuit à 4 kilomètres de Porto-Xovo, 
où ils avaient brûlé des fermes et massacré quelques habi- 
tants. 

En cours de route, on apprend que le roi du Dahomey mar- 
chait sur Porto-Novo avec G. 000 guerriers et 2.000 amazones. 
La rencontre des deux armées devait donc avoir lieu à 
quelques kilomètres de la ville. 

Après deux heures de marche, la colonne arrive au marché 
d'Adjagan, où elle trouve quelques cadavres de Porto-Noviens 
fraîchement décapités; l'ennemi n'est donc pas loin. 

Le DaliODieij. 9 



130 LE DAHOMEY 

A ce point, elle est rejointe par les guerriers du roi TofTa, 
escortés de leurs féticheurs, qui la dépassent bientôt pour 
éclairer sa marche. 

On s'avance avec grande précaution ; bientôt les TolFanis 
reçoivent des coups de fusil, mais ils s'enfuient dans toutes les 
directions. La compagnie Arnoux arrête l'ennemi par des 
salves bien ajustées, pendant que le gros de la colonne forme 
le carré, les auxiliaires au centre et les canons aux angles. 

Pendant deux heures, les quatre faces du carré sont attaquées 
par des nuées de Dahoméens qui s'avancent jusqu'à 200 mètres 
de nos soldats, malgré les feux de salve des Lebel et la 
mitraille qui font de larges éclaircies dans les rangs ennemis. 

Plusieurs mouvements tournants sont repoussés avec succès. 

Cependant le temps s'écoule, les munitions s'épuisent et 
l'ardeur des Dahoméens ne se ralentit j)as. De plus, la chaleur 
était forte et l'ennemi tentait de couper notre ligne de retraite 
sur Porto-Xovo qui, d'après les derniers renseignements 
reçus, était menacé par un corps de 2.000 guerriers. 

Le lieutenant-colonel Terrillon se retira donc lentement en 
conservant la formation en carré. Mais l'ennemi poursuit cette 
poignée d'hommes avec acharnement, et la marche continue 
au milieu d'une grêle de balles ; les amazones montrent le plus 
de furie et plusieurs viennent se faire tuer sur les baïonnettes. 

Nos soldats sont superbes d'entrain et de sang-froid, ils 
font quelques pas et s'arrêtent pour exécuter leurs feux. 

Les auxiliaires indigènes dont on voulait se servir pour 
protéger les flancs, tirent sans viser, poussent de grands cris 
et se débandent dans le plus grand désordre. 

Arrivée en vue du marché d'Adjagan, la colonne s'arrête; 
les pièces sont mises en batterie et tirent sans relâche sur 
l'adversaire, (jui ne tarde pas à se retirer ainsi cpie le corps 
de diversion (pii occupait Adjagan. 



LA CONQUÊTE DU DAHOMEY 



131 



A 10 heures, les derniers coups de feu étaient tirés^ et peu 
après les divers détachements de la colonne reprenaient leurs 
postes de combat à Porto-Novo. 

Grâce à sa discipline et aussi à son armement, une petite 
troupe de 350 hommes lutta sans trêve pendant plusieurs 




Pliot. de M. l'Admin. Beurdeleij.) 
Tam-tam devant le fort français à Whvdah. 



heures contre 12.000 Dahoméens, chiffre donné par les pri- 
sonniers. 

Nos pertes étaient sérieuses : nous avions 8 auxiliaires 
tués et 37 blessés dont 20 guerriers de Toffa ; le capitaine 
Arnoux et le sous-lieutenant Szvmanski avaient été lés-ère- 



132 LE DAHOMEY 

ment aUeints, et M. le résident Ballot eut son casque traversé 
par une Italie. Les Dalioméens ne comptaient pas moins de 
I .")()() à 2.000 morts et autant de blessés, et le corps des ama- 
zones avait particulièrement soutîert. 

Béhanzin, qui dirigeait la lutte, fut plusieurs fois obliii^é de 
chant^-er de place à cause du i^rand noml^re de balles qui sif- 
llaient autour de lui. 

Le combat d'Atchoupa fut le dernier de cette courte mais 
pénible campagne ; il en fut aussi le plus glorieux. 

L'ennemi démoralisé se retira au nord de Bedgi, en ne lais- 
sant devant Porto-Novo que des avant-postes. 

Quelques jours après, la garnison lit une nouvelle sortie 
dans la direction de l'ennemi, mais il ne donna pas signe de 
vie. Peu après, l'armée dahoméenne avait repassé TOuémé. 

21 avril. — 30 hommes d'infanterie de marine débarquent 
à Kotonou. 

Gomme, en raison de la saison des pluies, la campagne contre 
Béhanzin ne pouvait être continuée, on organisa sérieusement 
la défense de Porto-Novo. Une ceinture de forts remplaça les 
murailles tombant en ruines par suite de Tincurie du roi 
Tolfa. Mais pour tout le monde l'expédition contre le Daho- 
mey restait inachevée. 

A la suite du combat d'Atchoupa, le commandant Fournier 
demanda de nouveaux renforts au Ministre de la Marine, non 
pour l'offensive mais pour la défensive. Nous avions perdu en 
quinze jours lecinquième de l'elfectif du corps expéditionnaire. 
Il ajoutait que pour obtenir la paix, il était indispensa])le de 
marcher sur Abomey, après avoir occupé au préalable Why- 
dah-Plage et Whydah-A'ille. 

Le commandant supérieur estimait cpi'il lui faudrait L'iOO 
tirailleurs sénégalais et l.")00 lionimos de troupes blanches, 
avec de l'artillerie, des moyens de transport oi de nond)reux 



LA CONQUÊTE DU DAII03II<:y 1 33 

porteurs noirs. Il 'était nécessaire aussi d'envoyer un trans- 
port-hôpital à Kotonou, et un transport-aviso qui serait atta- 
ché à la division navale. 

Pour permettre au cor])s d'occupation de se défeiuh-e avec 
certitude, le ministre envoya 100 tirailleurs par le Roland , 
50 disciplinaires par la Mésange qUiï armer un transport pour 
porter une compagnie de fusiliers marins, des approvision- 
nements et des munitions. Il autorisait aussi la Naïade à 
mettre sa compagnie de débarquement à terre. 

^8 avril. — Pour montrer au roi Béhan/in que nous 
étions toujours prêts à combattre, le commandant Foui'nier 
fait tirer quelques obus sur Whydah. 

L'effet de cette menace fut prompt; dès le lendemain les 
autorités de la ville dépêchaient des messagers à Béhanzin 
pour les sauver du bombardement, et faisaient parvenir au 
commandant supérieur des lettres promettant de s'employer 
à la conclusion de la paix. 

/"' mai. — Le lieutenant-colonel Terrillon est relevé de 
son commandement pour cause de santé et remplacé par le 
lieutenant-colonel Klipfel. 

,> mai. — On apprend que les otages français retenus à 
Abomey sont mis en liberté sous la menace du bond^ardement 
de Whydah. 

5 mai. — Ils sont de retour à ^^^hydah, et le 8 ils arrivent 
à Kotonou. A part les souffrances de la route, causées par les. 
chaînes qui les liaient, ils furent assez bien traités pendant 
leur captivité. 

Quelques jours après, les agorigans de Kotonou sont éga- 
lement mis en liberté. 

Quoique les hostilités fussent suspendues en fait, les pour- 
parlers pour la conclusion d'un traité de paix n'aboutissaient 
pas. Les émissaires que le commandant Fournier avait en- 



134 LE DAIIOMEV 

voyés pour faire connaître ses propositions à Béhanzin étaient 
retenus à Abomey comme otag-es. 

// mai. — Pendant la nuit, une faible attaque des Daho- 
méens est tentée contre les retranchements de Kotonou. Mais 
la garnison, secondée par les projections électriques dxiBoland 
et de la Naiacle^ repousse rapidement Tennemi. 

L'amiral de Cuverville, revenu à Kotonou avec 4o0 soldats 
et marins, pour aboutir le plus tôt possible à une solution 
pacifique de l'incident du Dahomey, insiste auprès du Goviver- 
nement pour roccujDation de Whydah et la marche sur Abo- 
mey. 

Il ajoutait que Béhanzin continuait ses massacres d'esclaves 
et venait d'enlever un millier d'habitants à Abéokouta pour 
les sacrifices humains. 

Le 2 juillet, l'amiral se plaignit au Ministre de la Marine de 
la mauvaise foi du roi de Dahomey qui proclamait que la 
France lui a demandé pardon, et qui cherchait uniquement à 
gagner du temps pour reformer son armée et s'approvisionner 
d'armes et de poudre. 

Tout en continuant les négociations qui lui étaient imposées 
parle Gouvernement, l'amiral prenait néanmoins des mesures, 
en vue d'une prochaine reprise des hostilités, en s'assurant le 
concours de 2.000 guerriers egbas. 

Une détente en faveur de la paix s'étant produite dans l'en- 
tourage royal, le P. Dorgère qui, pendant sa captivité, s'était 
créé des relations avec les autorités dahoméennes, fut à la 
fin d'août chargé d'aller réclamer à Abomey la mise en 
liberté des envoyés du commandant Fournier et de négocier 
avec Béhanzin. 

Les 3o envoyés du commandant Fournier furent bien déli- 
vrés, mais Béhanzin demandait une indemnité de l.oOO livres 
sterling pour Kotonou et refusait de reconnaître notre protec- 
torat sur Kotonou. 



LA CONQUETE DU DAHOMEY 135 

Le blocus de la cote avait été levé, mais comme les négo- 
ciations traînaient toujours en longueur, le commandant en 
chef va s'embosser devant Whydah avec la Xaïade et donne 
vingt-quatre heures aux Dahoméens pour signer un arran- 
gement sous peine de bombardement. 

L'elFet de cette menace fut des plus heureux, car le 
3 octobre l'arrangement suivant était signé : 

ARRANGEMENT CONCLU ENTRE LA FRANCE ET LE DAHOMEY 

le 3 octobre 1890, 

Eq vue de prévenir les malentendus qui ont amené entre la 
France et le Dahomey un état d'hostilité préjudiciable aux intérêts 
des deux pays, 

Nous, soussignés : 

Aladaka Do-de-dji, messag^er du roi, 

Assisté de : 

Cussug-an, faisant fonctions de yévoghan, 

Zizidoque, Zonouhoucon, cabécères, Ainadou, trésorier de la 
Gore, 

Désignés par S. M. le roi Béhanzin Ahy Djeri, 

Et le capitaine de vaisseau de Montesquiou Fezensac, comman- 
dant le croiseur le Roland ; 

Le capitaine d'artillerie Decœur, 

Désignés par le contre-amiral Gavelier de Cuverville, commandant 
en chef les forces de terre et de mer, faisant fonctions de gouver- 
neur dans le golfe de Bénin, agissant au nom du gouvernement 
français. 

Avons arrêté, d'un commun accord, l'arrangement suivant, qui 
laisse intacts tous les traités ou conventions antérieurement conclus 
entre la France et le Dahomey : 

Art. l^"". — Le roi de Dahomey s'engage à respecter le protecto- 
rat français du royaume de Porto-Novo et à s'abstenir de toute 
incursion sur les territoires faisant partie de ce protectorat. 

Il reconnaît à la France le droit d'occuper indéfiniment Kotonou. 



1.':{G l.i: DAIIOMKV 

Arl. '2. — I.a France exercera son action auprès du roi di' Porto- 
Novo pour qu'aucune cause lé^'-ilinie de plainle ne soit donnée à 
l'avenir au roi de Dahomey. 

A titre de compensation pour l'occupation de Kotonou. il sera 
versé annuellement par la France une somme qui ne pourra, en 
aucun cas, dépasser 20.000 francs (or ou arg-ent). 

Le blocus sera levé et le présent arrang-ement entrera en vigueur 
à compter du jour de l'échange des signatures. Toutefois, cet arran- 
gement ne deviendra définitif qu'après avoir été soumis à la ratilica- 
tion du gouvernement français. 

Fait {\ Whydah, le 3 octobre 1S90. 

Signé : Aladaka Do-de-Dji, Gussugan, 
Zizidoque, Zonouhoucon, Ainadou. 

Zc.s' f cm oins : 
Signé : Candido Rodrigue/., 
Alexandre. 

Signé : H. Decœur, capitaine d'artillerie, 

Y. de Montesquiou, capitaine de vaisseau, commandant le 
croiseur le Roland , 

Les témoins : 
Signé : d'Ambrières, aspirant de P'' classe, 

Dorgère, supérieur de la mission catholique de \Miydah. 

Xn : 
Le Contre-Amiral commandant en chef les forces de terre et de 
mer, faisant fonctions de gouverneur, 
Signé : Gavelier de Cuverville. 

Ce traité qui ne fut signé qu'à contre-cœur par l'amiral de 
Cuverville, donna lieu à de sérieuses critiques par ses nom- 
breuses défectuosités. En elfet. il permettait à Béhan/in de 
répandre partout que la France lui avait demandé pardon, lui 
payait un tribut, et de se procurer avec notre ari>ent, armes 
et munitions pour la guerre prochaine. 

Pour être valable, il fallait à ce traité la ratification de la 
Chambre, qui discuta la question dans sa séance du 



LA CONOLÈTi: DU DAIJU.AIEY 137 

28 novembre 18ÎM. Gomme le Dahomey aurait dû nous indem- 
niser au lieu de tirer avantag-e de l'expédition, la Chambre 
refusa de ratifier le traité, en laissant au Conseil des ministres 
le soin de lui donner la sanction la plus conforme à nos inté- 
rêts dans le i^olfe du Bénin. 

Il était impossible qu'une nation comme la France traitât 
dans de pareilles conditions avec des nègres qui nous avaient 
toujours provoqués. 

Par les 20.000 francs qui devaient annuellement être payés 
à Béhanzin pour l'occupation de Kotonou, cette clause consti- 
tuait aussi un recul sur le traité du lî) avril 1878 qui nous 
donnait ce port en toute jjropriété. 

Si encore il avait été exécuté loyalement, mais en le signant 
Béhanzin avait la résolution bien arrêtée de ne pas l'obser- 
ver ; son but était de gagner du temps pour compléter son 
approvisionnement en armes et munitions, avec l'aide d'un 
certain nombre de maisons de commerce de Whydah, qui 
avaient fait des commandes en Europe. 

L'arrangement de 1890 fut violé comme celui de 1878 et la 
France mise en demeure de le faire respecter. 

C'est ainsi que fut amenée la deuxième expédition du Daho- 
meven 1892. 




138 LE DAHOMEY 

Deuxième expédition du Dahomey (1892) 

Dès que le roi du Dahomey eut touché sa première annuité, 
il s'empressa de revenir piller et saccag-er les territoires du 
roi de Porto-Novo, notre allié. 

En septembre 1891, ses troupes envahirent les villages 
Ouatchis des environs dVVthiémé, et, en mars 1892, les villages 
de rOuémé dépendant de Porto-Novo. 

Mars, avril et mai se passèrent en alertes continuelles, 
chaque jour on s'attendait à Tirruption de Béhanzin sur la 
capitale. Le commandant Riou fît des prodiges d'activité pour 
la mise en état de défense de la colonie. 

M. Victor Ballot avait définitivement succédé à M. Bayol 
comme lieutenant-gouverneur des Etablissements du Bénin, 
depuis le 23 décembre 1891. Actif, dévoué, ferme et conciliant 
à la fois, il avait su conquérir les sympathies et Taffection 
de tous pendant la première campagne. 

Le 27 mars, M. Ballot s'embarqua sur la canonnière La 
Topaze avec le chef de bataillon Riou, commandant des 
troupes, pour aller se rendre compte par lui-même de ce qui 
se passait dans le Bas-Ouémé, où trois villages venaient d'être 
détruits sur les bords du fleuve par les guerriers de Béhanzin. 
Accueilli près de Donkoli par le feu de 400 Dahoméens armés 
de fusils à tir rapide, il fut obligé de se défendre ; cette agres- 
sion constituait un casus Lelli à la suite duquel il n'y avait 
plus qu'à agir. 

Le colonel Dodds, de l'infanterie de marine, fut mis à la 
tête de la 2^" expédition chargée de punir celui qui, ne se conten- 
tant pas de la violation des traités, y avait ajouté des lettres 
insolentes à l'adresse de la France. Le commandement supérieur 
des Etal^lissements français du l^énin lui fut coniié, avec pleins 
pouvoirs civils et militaires. 



LA CONQUÊTE DU DAII03IEY 



39 



Le colonel Dodds débarqua à Kotonou le 28 mai 1892, et 
le lendemain, M. Ballay, g"ouverneur de Konakry, dont dépen- 
dait antériem^ement le Bénin, lui fit la remise de ses pouvoirs. 



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Poste de douanes d'Adjara. 
Pi'ès la frontière anglaise de Lagos, 



Les forces disponibles que le colonel trouva au Bénin se 
composaient de 780 hommes de troupes noires, deux compa- 
gnies de tirailleurs haoussas, trois compag-nies de sénégalais 
et d'un détachement d'artillerie. 



140 Li: D.MIOMKV 

Ces forces furent successivement aug-mentées par renvoi 
dune compagnie de marche d'infanterie de marine, dune 
batterie d'artillerie, d'une compagnie de tirailleurs et de trois 
compagnies de volontaires sénégalais. 

Une flottille composée des canonnières Emeraude et Topazi^ 
se tenait dans la lagune de Kotonou, et en rade stationnaient 
deux avisos [Héron et Brandon) et deux croiseurs (le Sanc et 
le Talisman). 

Ces forces étaient suffisantes pour la défense des points 
occupés par nous, mais étaient trop faibles pour permettre une 
action sérieuse à distance. 

L'ennemi disposait, de son côté, d'environ iri.OOO guerriers 
dont 8.000 armés de fusils à tir rapide ; ils étaient répartis en 
plusieurs groupes à Godomey et à Zobbo, en face de Kotonou, 
à AUada, à Cana où se tenait le roi avec le gros des troupes 
rég"ulières, et dans le Décamé d'où les Dahoméens menaçaient 
Porto-Novo et maintenaient les tributaires de ce royaume. 

Béhanzin semait partout le bruit qu'il se préparait à mar- 
cher contre les Il^adans, population musulmane à l'est d'Abéo- 
kouta : le 5 juin, il envoyait à Porto-Novo, au colonel, une 
lettre datée de Whvdah, et contenant des réclamaticuis insis^ni- 
liantes. Les porteurs de cette récade avouèrent très naïvement 
qu'ils étaient venus surtout pour espionner. Ils furent arrêtés 
et échangés peu après contre les agents français de la maison 
Fabre, à Whvdah. que Béhanzin retenait comme otages. 

Quinze jours après, le roi, jetant le masque, déclare (pie le 
Décamé lui appartient et que c est j)our cela ([u il a concentré 
des troupes à Zobbo, à Dogba et ailleurs. 

Le colonel se contente de lui répondre qu'il soumettra cette 
façon de voir au gouvernement, constitue son service de ren- 
seignements et noue des relations avec les hUats voisins du 
Dahomev. 



LA CONOrKTE T»! DAIIOMKV 141 

Comme Béhauziu multipliait ses messai>-es, et prolonj^eait 
les pourparlers uniquement dans le but de retarder les opéra- 
lions et d'attendre l'arrivée des ai'mes et des munitions qu'il 
avait commandées en luu'ope, on résolut d'en linir et les opé- 
rations commencèrent. 

15 Juin. — La division navale, renl'orcée de l'aviso Wirdenf, 
Jjloque la cote du Dahomey. 

^6 juin. — Les Dahoméens ripostent en attaquant sur le lac 
Denham une pirogue montée par des miliciens. 

^9 et SO juin. — Ils [)illent le villag-e de (iomé, d'où ils 
emmènent en captivité 10 hommes et 5 femmes. 

4 juillcl . — Kn représailles, notre Ilot tille bond)arde dans 
le Décamé cjuelques viHaj^es situés sur l'Ouémé et occupés 
parles Dahoméens. 

A la suite de ces escarmouches, la marche surAbomey fut 
décidée et des renforts demandés en ce but. C'était le seul 
moyen pour arriver à soumettre l'arrogant roi nègre, et le 
o'ouvernement l'approuva. 

Informé par la presse locale de Lagos et par certains négo- 
ciants allemands de Petit-Popo, avant même le lieutenant- 
gouverneur de Porto-Xovo, des préparatifs faits contre lui et 
•du vote d\in crédit de 3 millions, Béhanzin essaye de négo- 
cier pour gagner du temps, mais en se refusant à donner 
aucune satisfaction et en occupant Dogba. 

On lui avait demandé aussi de rendre les prisonniers porto- 
noviens faits par le roi du Décamé, Kékédé, et de nous livrer 
ce dernier qui venait de nous faire défection, mais ce fut en 
vain. 

En attendant l'arrivée des renforts annoncés, le colonel 
voulut donner de Tair à la garnison de Kotonou, et, en même 
temps, entretenir Béhanzin dans son idée que notre objectif 
était Whydah, afin dV attirer le plus possible de forces daho- 
méennes. 



1 i2 LE DAII03IEV 

Une fois rennemi expulsé du territoire de Porto-Novo, ou 
marcherait sur le Décamé pour le purger de même des bandes 
dahoméennes qui l'infestaient. Ces opérations secondaires 
devaient préparer et faciliterTopération principale. 

9 août. — Les bâtiments de mer, moins le Sané en route 
pour la France, bombardent Whvdah et toutes les positions 
ennemies du littoral. 

La flottille, sous les ordres du lieutenant de vaisseau de 
Fesig-nj, renforcée de deux canonnières, \ Opale et le Corail 
qu'on vient d'acheter, canonne les villages du lac Denham, et 
notre artillerie de Kotonou couvre de projectiles le camp 
dahoméen établi devant nos lignes. 

En même temps, deux compagnies et demi de tirailleurs, 
sous les ordres du commandant Stéfani, sortent de Kotonou et 
se dirigent sur Zobbo. La reconnaissance, égarée sous bois, finit 
par se trouver en face des forces ennemies établies à Godomey ; 
harcelée par une série d'embuscades, la petite colonne n'en 
persiste pas moins à gagner Zobbo, où elle arrive avec neuf 
heures de retard. Le village est brûlé, le camp ennemi est 
détruit et la reconnaissance rentre le lendemain matin à Koto- 
nou après avoir fait subir à l'ennemi de grosses pertes, tandis 
qu'elle n'avait que 2 sous-ofQciers tués et 13 hommes blessés. 

Après avoir ainsi déblayé les abords de Kotonou, toutes les 
troupes disponibles de la garnison sont dirigées sur Porto- 
Novo, pour constituer la colonne destinée à agir dans le 
Décamé, afin de dégager nos vassaux de Porto-Novo et tendre 
la main au millier de guerriers egbas qui nous avaient promis 
leur concours. 

70 Ibadans répondirent seuls à l'appel, et, en raison de leur 
paresse et de leur couardise, il fallut, dès le commencement 
des hostilités, les remercier de leurs mauvais et déloyaux 
services. 



LA CONQUÊTE DU DAIIOI\JEY 143 

La colonne, formée d'une compag-nie blanche, de six compa- 
gnies noires, avec six pièces de 80 '"/'", deux ambulances, 
une réserve d'outils et 551) porteurs, quitte Porto-Novo le 
17 août avec un convoi de cinq jours de vivres. 

On marche péniblement dans une rég-ion insalubre, dépour- 
vue de routes, hérissée de forêts et couverte d'une brousse 
impénétrable, jDropice aux embuscades. Nos soldats avancent 
lentement, le fusil d'une main et le coupe-coupe de l'autre. 

19 août. — La colonne franchit la rivière Adjara, arrive 
à Kouti et, après une courte canonnade, elle renverse les bar- 
ricades du bois de Takou et s'empare du villag-e. 

W août. — Le colonel avec une fraction de la colonne se 
porte sur Sakété, point important, afin de décider les indig"ènes 
à nous appuyer. 

Les commandants Riou et Lasserre, restés à Takou, sont 
attaqués le même jour par quelques rôdeurs et blessés tous 
les deux. 

^1 août. — Reconnaissance au nord d'Akita, occupé par 
l'ennemi. 

^2 août. — Leeolonel apprend la blessure des chefs des deux 
groupes qu'il a laissés en arrière, et revient immédiatement à 
Takou. Chemin faisant il est attaqué à son tour, mais les feux 
de salve et quelques obus à mitraille l'ont rapidement dég-ag-é. 

Le capitaine Bellamy est criblé de g-renaille de fer; le ser- 
gent Chiirin reçoit dix projectiles et 7 autres hommes sont 
plus ou moins g-rièvement blessés. 

25 août. — Les troupes sont rassemblées à Katag-on, dont 
le roi du Décamé a fui pour aller se réfug-ier à Békandji, avec 
le gros de ses forces. Dans sa fuite sur Lagos, il tombe malade 
et meurt au village de Koddé. 

Une partie de nos troupes se rabat vers l'ouest, sur l'Ouémé, 
que doivent remonter les canonnières et dont on suit la rive 



144 



LE DAHOMEY 



gauche jusqu'à Dogba, afin de couper les coinniunicatious du 
Décanié avec le Dahomey. Ce mouvement détermine la retraite 
de rennemi qui se retire dans le nord, l.a soumission du 
Décamé paraissant assurée, la marche sur Al:)omey peut main- 
tenant être entreprise. 

*24 août. — Le Mijtlio et le San Nicolas arrivent avec 80(1 
hommes de la légion étrangère, deux escadrons de spahis 
sénégalais, un détachement du génie et des mulets. En outre, 
une 3*^ compagnie de tirailleurs haoussas doit être créée à laide 
des ressources locales. 

L'effectif des présents au Bénin se montait alors à 3.3ol 
'hommes, tout compris. La nécessité de garder les points de la 
côte réduisit à 2.088 hommes, dont 030 indigènes et 76 offi- 
ciers, le nombre de ceux qui devaient prendre part à la colonne ; 
comme moyens de transport on avait : les 230 chevaux de la 
caA^alerie, 132 mulets et 2.230 porteurs sujets du roi Toffa, 
réunis à grand'peine, grâce à l'énergie de M. l^allot. 

La défense de la base d'opérations est assurée par les garni- 
sons de Porto-Novo, de Kotonou et de Grand-Popo, où une 
colonne mobile, forte de deux compagnies indigènes, avec une 
pièce et sous les ordres du commandant Audéoud, est chargée 
de nettoyer la région du Mono et de créer une diversion dans 
l'ouest pour inquiéter Béhanzin. 




LA CO.NOIKIE 1)1 DAIIOMKY 145 

Marche sur Abomey 

Pour se rendre de Kotonou ou de Porto-Xovo à Abomey, 
deux routes s'offraient à la colonne. 

Celle, plus directe, qui passe au milieu de grandes IbrèLs. 
traverse AUada et toutes les contrées marécageuses de la 
Lama: c'est par cette route que les Dahoméens espéraient 
voir arriver nos troupes. 

Mais le colonel Dodds préféra remonter la rive gauche de 
rOuémé, franclîir ce fleuve au gué de Tohoué et de ce point 
se diriger vers le nord-ouest sur (lana. 

En s'appuyant au fleuve, les transports d'artillerie, de vivres 
et de matériel étaient sing-ulièrement facilités; en outre, le 
pays à traverser, quoique coupé encore de bas-fonds maréca- 
geux, était moins insalubre que la région paludéenne à atl'ron- 
ter de l'autre côté. 

L'évacuation des malades devait aussi s'efl'ectuer dans les 
meilleures conditions : il était préféral^le de substituer la dou- 
ceui- d'un trajet fait par eau aux cahots et aux fatigues d'une 
marche dans un pîiys dépourvu de bonnes communications. 

// sepletnhrc. — Départ de Porto-Xovo du colonel et de 
son état-major, dont le commandant (ronard est le chef. Ils 
rejoignent la colonne à Kesossa. 

14 septembre, — La colonne, sauf la cavalerie, est concentrée 
à Dogba. au confluent de l'Ouémé et de la lagune de Badao. 

(^e point est choisi pour y construire un fort d'appui. 

Les dei*niers renforts arrivés ont remonté le Meuve en 
})irogues remorquées parles canonnières, ou ont suivi la voie 
de terre en longeant la rive gauche du fleuve. 

L'infanterie est alors divisée en trois groupes, confiés aux 
C(uumandants Uiou, Faurax et Lasserre. Les services auxi- 

Le Dnlionifij. 10 



J46 LE DAHOMEY 

liaires se composent d'un parc d'artillerie, d'une ambulance, 
d'un convoi de vivres et d'une flottille formée par ÏOpale, le 
Corail, la Topaze et Y Emeraiide. 

La colonne était constituée de la façon suivante : 

CONSTITUTION DE LA COLONNE 

Etat-3L4jor : Lieutenant-colonel Grégoire, commandant en 
second ; commandant Gonard, chef d'état-major ; capitaine 
Marmet, ofïicier d'ordonnance du commandant supérieur; 
capitaines Trinité-Schillemans, Roget, Lombard; lieutenants 
Vuillemot et Ferra dini. 

/*^^' groupe. — Commandant Riou ; adjudant-major lieute- 
nant Toulouze ; L"^ compagnie de légion étrangère, capitaine 
Battréau, lieutenants KiefTer et Vivier ; S'^ compagnie de tirail- 
leurs sénégalais, capitaine Rilba, lieutenants Gelas et Fautrat ; 
1^"^ compagnie de Haoussas, capitaine Sauvage, lieutenants 
Ayrolles et Merienne-Lucas ; L*^ section d'artillerie, capitaine 
Delestre, lieutenant Maron ; ambulance, médecin-major 
Barthélémy. 

5^ (jroupe. — Commandant Faurax ; adjudant-major, capi- 
taine Demartinecourt; 3^ compagnie de légion étrangère, capi- 
taine Drude, lieutenants Farge de Filley, Courtois, Cornetto ; 
2^ compagnie de légion étrangère, capitaine Jouvelet, lieute- 
nants Varennes, Jacquot et Morin ; o^' compagnie de tirailleurs 
sénégalais, capitaine Gallenon, lieutenant Lahache et Combes ; 
2« section d'artillerie, capitaine Montané, lieutenant Michel; 
médecins-majors, Vallois, Piedpremier. 

S"" groupe. — Commandant Lasserre; adjudant-major, capi- 
taine Ma net ; i*' compagnie de légion étrangère, capitaine 
Poivre, lieutenants Farail, Morandy, Amelot ; D*^ compagnie 
de tirailleurs sénégalais, capitaine Robard, lieutenants Doué 



LA CONQUETE DU DAHOMEY 



147 



et Marceau ; S*^ section d'artillerie, lieutenants Jac([uin et 
Merlin; ambulance, médecin-major Thomas. 

Troupes hors groupes : aumônier, aljbé Yathelet ; parc de 
réserve, capitaine Vallerey ; ambulance principale, médecins- 
majors Rouch et Carrière; convoi administratif, lieutenant 




Béhanzin à la Martinique. 

Valabrègue; vétérinaire Surjus ; services administratifs, sous- 
commissaire Nog-uès; compagnie d'infanterie de marine, capi- 
taine RouUand, lieutenants Genest et Badaire. 

Cavalerie. — Un escadron de sjDahis réguliers, capitaine de 
Fitz-James; un escadron de volontaires, capitaine Grémieu- 
Foa; sous le commandement supérieur du chef d'escadron 
Villiers. 

Génie. — capitaine Roques et lieutenant Mounevres. 



148 LE DAHOMEY 






18 septembre. — Reconnaissance sur Oiié, en remontant la 
rive droite du fleuve. Le reste de la colonne doit suivre le len- 
demain. L'ennemi reste invisible. 

i9 septembre. — Arrivée de la reconnaissance à Zounou, à 
J5 kilomètres de Dog-ba. 

^0 septembre. — Combat de Dogba. — A 5 heures du 
matin, le camp que Tennemi croyait faiblement gardé est 
attaqué par 4.000 Dahoméens, sous le commandement du 
Big"o, généralissime des troupes de Béhanzin. Malgré la sou- 
daineté de l'attaque, l'élan de l'ennemi est arrêté à vingt pas 
de nos tranchées par le feu de l'infanterie de marine et celui 
de nos canonnières. En faisant renforcer une des faces du 
carré par ses légionnaires, le commandant Faurax est mor- 
tellement frappé d'une balle au ventre. 

A 8 heures, après un mouvement en avant de notre part, h^ 
feu cesse entièrement et ï Opale couvre de ses projectiles de 
Hotschkiss la ligne de retraite des ennemis. 

Les Dahoméens laissent 130 morts sur le terrain. aj)rè^ 
avoir emporté un grand nombre de tués et de blessés. 

Avec le commandant Faurax, nous avions p^rdu aussi le 
lieutenant Badaire, de l'infanterie de marine, tué au début de 
l'action, 3 soldats européens tués et 27 blessés dont 7 indi- 
gènes, parmi lesquels plusieurs moururent des suites de 
leurs blessures. 

Dans la journée, faute de pouvoir enterrer les nombreux 
cadavres dahoméens, on les traîna sur d'inmienses bûchers, 
puis on y mit le feu. 



LA CONQUÊTE DU DAHOMEY 149 

^3 septembre. — La cavalerie rejoint la colonne, et la 
marche en avant est reprise le long du fleuve. 

97 sepfenihre. — Arrivée de la colonne à Aouandjitomé. 

98 septembre. — Le Corail et YOpale remontent recon- 
naître le fleuve jusc[u'à Tohoué, ayant chacune à hord un 
peloton de lég-ionnaires. En face de Gbédé, les canonnières 
sont accueillies par une forte canonnade et une violente 
mousqueterie des fantassins ennemis solidement établis sur la 
rive droite. Au retour de la reconnaissance, nos ];âtiments 
sont de nouveau criblés d'une grêle de balles. 

30 septembre. — Airivée de la colonne à Gbédé. Dans la 
nuit le bivouac est bombardé par les Dahoméens, mais sans 
résultat ; on ne leur répond même pas. 

/•^'^ octobre. — Les gués de Tohoué et d'Agony se trou- 
A^ant fortement défendus, le colonel Dodds renonce à forcer 
le passage du fleuve, en ces points. Néanmoins des recon- 
naissances sont envoyées le long du fleuve pour entre- 
tenir Fennemi dans Tidée que le passage du gué aura lieu. 

9 octobre. — A la faveur d'un brouillard intense, une par- 
tie des troupes franchit sans encombre rOuémé à hauteur de 
Gbédé. Cette fraction s'établit sur la rive droite pour proté- 
ger le passage du reste du corps expéditionnaire. 

Dans l'après-midi, une reconnaissance pousse vers Poguessa 
-au nord; elle trouve les Dahoméens en force à 1.500 mètres 
en amont du point de passage de la colonne. 

Une patrouille de spahis, conduite par le maréchal-des- 
logis indigène Samba M'Diaye, pénètre dans le camp daho- 
méen malgré l'ordre de demeurer sous bois. Le sous-ofLi- 
€ier est tué et son corps reste aux mains des amazones. 

4 octobre. — Combats de Poguessa. — Après avoir créé 
une tète d'étapes de guerre à Gbédé, le corps expéditionnaire 
se met en route sur deux colonnes parallèles ; l'une suit le 



150 LE DAHOMEY 

long- du fleuve, et est protégée par le Corail et V Opale qui 
éclairent la marche ; l'autre passe par un sentier découvert et 
amélioré la veille. En tète de chaque colonne, un groupe de 
Toffanis dirigés par des soldats du génie, manœuvre le coupe- 
coupe et fraie un passage à l'artillerie. Après avoir marché 

2 kilomètres, nos troupes rencontrent Tennemi sur le terrain 
où la reconnaissance du 2 avait combattu. Brusquement, à 
20 mètres, un coup de fusil part, suivi d'une fusillade intense; 
nos soldais se déploient instantanément et ripostent par des 
feux de salve. Après un violent combat d'environ deux heures, 
auquel prennent part les canonnières, les 10.000 Dahoméens 
commandés par Béhanzin disparaissent. A 5 heures du soir la 
colonne l^ivouaque près d'Adégon, au confluent du Zou et de 
rOuémé. Nous perdions dans cette affaire 8 tués, dont 2 offi- 
ciers (capitaine Bellamy et lieutenant Amelot), et 36 blessés 
dont 3 officiers (commandant I^asserre, lieutenants Ferradini 
et Bosano). Morts et blessés sont évacués sur Porto-Novo, où 
plusieurs succombèrent à leurs blessures. 

5 et 6 octobre. — Ces journées sont employées à s'ouvrir 
à travers la brousse un passage vers le Zou. Le G, vers 

3 heures et demie du soir, le commandant Gonard se heurte à 
Adégon, sur le Zouga, aux avant-postes ennemis installés, au 
débouché d'un pont de branchages, dans une triple ligne de 
tranchées-abris. Les corvées et leurs soutiens franchissent la 
rivière au pas de charge sur le pont qui s'effondre, et s'éta- 
blissent sur la rive nord. 

Les Dahoméens disparaissent, laissant une centaine de 
cadavres parmi lesquels plusieurs amazones. Nous avions dans 
cette affaire G tués, dont un officier (lieutenant Doué) et 
32 blessés dont 4 officiers (commaiKhmt Gonard, capitaines 
Drude et Manet, lieutenant Farail). 

7 ocloJ)re. — Le reste de la colonne rejoint le groupe du 



LA CONQUÊTE DU DAÎI03IEY 151 

commandant Gonard et s'installe près d'Adégon, qui cons- 
titua, jusqu'à la fin des opérations, une nouvelle tête d'étapes 
de g-uerre, et oii des magasins de ravitaillement furent établis 
et approvisionnés par la flottille. Celle-ci fut renforcée d'une 
chaloupe à vapeur, la Jeannette^ achetée à la Compagnie 
Fravssinet, et qui prit le nom A^Amhre. 

8 octobre. — Arrivée à Poguessa et reconnaissance sur 
Sabovi où un immense camp dahoméen vient d'être évacué. 

iO octobre. — La colonne quitte les bords de l'Ouémé pour 
s'enfoncer dans l'inconnu. Le pays est couvert d'vme épaisse 
brousse à travers laquelle on se guide à la boussole. Le chemin 
est ouvert à coups de sabre et de coupe-coupe; la marche 
sous un soleil ardent est surtout rendue pénible par le manque 
d'eau. De nombreux fétiches, alignés en rangs serrés, étaient 
disposés par les Dahoméens le long de l'étroit sentier dans 
l'espoir qu'ils nous barreront le passage. On campe à Kos- 
supa . 

// octobre. — On marche sur Oumbouémédi malgré une 
violente tornade qui défonce les chemins, mais qui calme un 
peu la soif dévorant hommes et bêtes depuis trois jours. 

1^2 octobre. — Combat d'Oumbouémédi. — Le contact est 
repris avec l'ennemi. Vers 7 heures du matin, nos troupes qui 
s'avancent sur trois colonnes, sont attaquées par des nuées 
d'ennemis se servant de balles explosibles. La colonne les 
arrête net par quelques feux de salve, et se lance en avant, à 
la baïonnette. Ce combat à l'arme blanche inspire une telle 
frayeur à l'ennemi que, dans l'après-midi, il n'ose plus se rap- 
procher autant des faces du carré; bientôt il abandonne le 
terrain, avec ses morts et ses blessés. Vers 3 heures du soir, 
on bivouaque en arrière d'une clairière, mais sans eau. 

La journée nous a coûté 4 tués et 30 blessés, dont 3 offi- 
ciers, parmi lesquels le lieutenant Cornetto. La colonne avait 
brûlé 75.000 cartouches. 



lo2 i.i: rjAiiuMi;\ 

13 octobre. — Prise du cîuiip d'Akpa. La cavakM'ie va 
chercher des cartouches à Adéj^on et la coh^nue reprcMid sa 
marche. Le feu reprend aussitôt et se continue jusqu au camp 
ennemi qu'on enlève à la haïonnette. Nos pertes sont de 
8 tués et 38 blessés, dont i otliciers (lieutenants KielVer. 
Passaga, Graudmontag-ne et Anoun-13ialo). 

14 octobre. — La colonne marche sur le Koto dont les 
abords sont défendus par trois lignes de retranchements. La 
rivière coule de plus dans un fouillis de lianes difficile 
à franchir. Une attaque de front paraissant impossible, le 
colonel Dodds cherche à tourner la position en passant par 
un gué qui devait se trouver à 3 kilomètres vers le nord. Mais 
l'ennemi s'aperçoit de notre marche de flanc, et ne cesse 
d'entraver le mouvement par un feu terrible. Notre artillerie 
ne peut passer et le gué est du reste introuvable. La colonne 
s'arrête alors dans un fond marécageux, entouré de bois touf- 
fus ; du haut des palmiers les Dahoméens tirent sur le carré 
en visant surtout les officiers. On les repousse et l'on déjeune, 
mais Lennemi ne cesse de couvrir le camp de projecliles 
explosibles. 

Vers 2 heures de l'après-midi, tous les Dahoméens de 
Kotopa. après s'être faufdés à travers le l)ois. réussissent à 
s'approcher jusqu'à une centaine de mètres de nos canons 
sans être signalés. Ils allaient se jeter sur nos troupes en 
repos et sans défiance, quand ils furent découverts par le 
capitaine Montané qui était grimpé sur un arbri». A vingt pas 
on tire sur eux à mitraille, on les crible de feux de salve; ils 
disparaissent sur une face pour venir attaquer les autres taces. 
Le combat dure ainsi trois longues heures; comme la situa- 
tion devenait inlenable, la colonne. |;our ne pas passer la nuit 
dans un entonnoir reporte son bivouac en airière. sur la erete 
(pii domine h' Koto. Nos troupes passent la nuit sur la rive 



I.A CONOLÈT?: DU DAHOMEY lo3 

iJI-auche, ;» (SOO mètres de la rivière et des bois, d'où reniiemi 
emlnisqué continue ses feux. 

Ce fut une des plus rudes journées de la campa<^ne, car nos 
soldats n'avaient pas d'eau et ne s'étaient pas désaltérés depuis 
Oumbouémédi. 

Le capitaine Battréau fut grièvement blessé dans cette 
affaire. 

15 octobre. — Après une nuit épouvantal)le, les spaliis rap- 
portent 34.000 cartouches. Une corvée d'eau, soutenue par la 
compagnie Sauvage des tirailleurs haoussas, est envoyée le 
matin à la rivière du Koto pour puiser de l'eau ; elle est 
accueillie à coups de fusil et les porteurs refluent vers le 
camp en al)andonnant leurs récipients vides. Mais, malgré 
qu'ils soient débordés par les forces dahoméennes, nos 
tirailleurs luttent de 8 h, 1 /2 à midi, sans vouloir reculer, 
et quoique ayant subi des pertes importantes. Pour les rame- 
ner en arrière, il fallut les faire secourir par un peloton de 
légionnaires, qui repoussèrent l'ennemi sous bois en le char- 
geant. 

Dans l'après-midi, les Dahoméens attaquent le convoi qui 
arrivait d'Akpa vers 1 heure. L'artillerie de Kotopa appuie ce 
retour offensif. Un obus éclate au centre du canq), tue 5 ou 
6 porteurs toflanis et aiï'ole les autres. 

Pour dérouter les artilleurs dahoméens qui ont trop bien 
repéré leur tir, la colonne se déplace encore pour rétrograder 
sur le bivouac qu'elle avait le 13 au soir. 

La soif devenait insupportable; depuis la veille à midi, on 
n'avait pas eu une goutte d'eau, même pour le café. Le capi- 
taine de Fit/-James se dévoue pendant la nuit avec ses spahis 
pour aller chercher en arrière, au dernier point d'eau rencon- 
tré, 1.100 bidons d'une eau bourbeuse cpie les hommes se 
disputent avec avidité. Heureusement qu'une tornade, qui 



loi LE DAHOMEY 

menaçait depuis la veille, éclate avec la plus grande intensité, 
et nos soldats purent étancher enfin leur soif remontant à plus 
de quarante-huit heures. Ce fut une or^^ie d'eau. Cette nuit 
inoubliable de privations fit donner le nom de Camp delà Soif 
à ces lieux où le corps expéditionnaire avait tant souffert. 

Les deux journées du 14 et du 15 octobre nous ont coûté : 
9 tués dont le commandant Marmet, et 66 blessés dont 2 offi- 
ciers (commandant Stéfani, lieutenant dUrbal). 

16 octobre. — Epuisés par les fatigues, les combats et les 
privations, nos soldats avaient besoin de repos; les ambu- 
lances étaient bondées, le convoi administratif vide. Aussi le 
colonel ramena ses troupes au bivouac situé à l'est d'Akpa, 
commandant la route d'Abomey et sa propre ligne de ravi- 
taillement. Les blessés et les malades sont évacués sur Adé- 
gon où ils arrivent après deux jours de rudes souffrances : 
13 d'entre eux et un officier moururent en route. 

Du 17 au 19 octobre, repos dans les cantonnements; le 
Génie creuse cinq puits pour approvisionner d'eau la colonne. 

W octobre. — Le colonel Dodds fait reporter le camp un 
peu en arrière, sur un terrain moins humide et moins exposé 
aux coups de l'artillerie. Au moment où le mouvement s'effec- 
tuait, les Dahoméens semèrent avec furie sur le carré, appuyés 
par deux mitrailleuses. Repoussé par des feux de salve, 
l'ennemi se réfugie dans les ruines du village d'Akpa, mais les 
tirailleurs haoussas le délogent et mettent le village en état 
de défense. 2 officiers sont blessés : le commandant ^'illiers et 
le capitaine Crémieu-Foa, des spahis. 

5/ octobre. — L'ennemi^ s'étant rapproché pendant la nuit, 
est repoussé par nos patrouilles et se retire définitivement sur 
Kotopa. 

Ces deux affaires nous avaient coûté 2 officiers tués (lieute- 
nants Michel et Toulouze), 10 hommes tués et 35 blessés. 



LA CONQT'ÈTP: du DAHOMEY d55 

^2*2 octobre. — Le chef de la colonne, avant de tenter de 
vive force le passag-e du Koto, attend l'arrivée de renforts 
qu'il a demandés en même temps qu'il rappelait le comman- 
dant Audéond de Grand-Popo. 

La colonne ne C3mptait plus que 53 officiers et L500 
hommes. 

23 octobre. — Des indig-ènes, porteurs de drapeaux blancs, 
s'avancent jusqu'à 500 mètres des faces du camp pour venir 
solliciter la protection du colonel, mais ils disparaissent peu 
après. 

24 octobre. — Arrivée du commandant Audéoud avec son 
détachement et deux compagnies venant de Dakar. 

L'effectif remonte à 69 officiers et 2.000 hommes. La 
colonne est fractionnée en quatre groupes au lieu de trois, afin 
de faciliter la marche en carré et la formation du l)ivouac. Un 
g-îte d'étapes est créé à Kossoupa, et les services de l'arrière 
sont centralisés entre les mains d'un officier d'état-major. 

Malgré que Béhanzin continue à se fortifier, ses parlemen- 
taires reviennent pour demander la paix. Gomme gage de 
leur sincérité, le colonel exige l'évacuation des lignes du 
Koto. Béhanzin refuse et la marche en avant est reprise 
le 20. 

Les convois et bagages restent à Akpa, sous la garde des 
malingres. Une section d'artillerie est chargée de nettoyer la 
brousse en avant de Kotopa. 

26 octobre. — Après un très court combat, deux lignes de 
tranchées dahoméennes sont enlevées à la baïonnette, et, à 
midi, la colonne entre à Kotopa malgré les attaques répétées 
des réguliers et des amazones. 

La marche est reprise à 2 heures pour tenter le passage de 
la rivière ; à 5 heures le commandant Audéoud la franchit 
avec une fraction de la colonne, chasse les Dahoméens d'un 



I.)() m; i>AiinMi:v 

\ illag-e et s'installe sur un plateau à (]()() mètres au delà du 
cours d'eau. Le lendemain, le restant de la colonne le rejoint. 
On croyait avoir franchi le Koto, mais ce n'était ([ue le Ilan, 
l'un de ses aftluents. 

Le soir une tornade éclate et apporte de l'eau à discrétion 
à nos soldats assoiffés. La journée nous avait coûté 2 tués et 
24 blessés, dont le capitaine Demartinécourt. 

^21 octobre. — Les drapeaux blancs reparaissent et annoncent 
la A'isite d'un ministre pour traiter de la paix. 

Mais le colonel avant peu de confiance dans les promesses 
du roi, prend ses dispositions pour faire repasser le Han et 
franchir le Koto. — Un combat sanglant a lieu au gué d Eve- 
gui, la rivière est forcée et à 4 heures le bivouac est installé à 
proximité de Kotopa. 

Pertes : 2 tués et 12 l^lessés, dont les capitaines Combettes 
et Fonssagrives, de l'infanterie de marine. 

Le convoi est ramené d'Akpa dans la nuit. La colonne est 
maintenant au centre du Dahomey. Gana, la ville sainte, est 
très proche, et Abomey n'est plus qu'à une vingtaine de kilo- 
mètres de la colonne. 

tM\ '29, :)() et SI octn])re. — La colonne est ravitaillée, et 
les blessés sont évacués. Un poste est créé à Kotopa pour 
remplacer celui d'Akpa et assurer la communication avec 
Adégon. 

/^''" noveinJjrc. — Une reconnaissance essaie de découvrir 
le chemin de Gana et revient avec 3 tirailleurs tués. 

2 novcmhi'e. — Gombats d'Ouakon. La marche en avant est 
reprise, et la colonne tourne la position d'Ouakon solidement 
fortifiée par l'ennemi. Après trois heures de lutte, nos troupes 
bivoua(pient sous les murs du j)alais (jue les Dahoméens 
viennent d'abandonner. 

Dans cette journée, nous avons eu i tués (dont le lii'ute- 
nant Mercier) et 22 blessés (dont le lieutenant Gany). 



LA CONQUÊTE DL DAllKMKV 157 

S novembre. — A lu pointe du joui', les Dalioiuéeus se 
jettent sur les i faees du bivouac et pénètrent dans le palais 
d'où on les délo^j-e à la baïonnette. Après quatre heures d'un com- 
bat acharné, l'ennemi s'enfuit et son artillerie seule continue 
un instant à tirer. A 10 heures1/2, le feu avait cessé complè- 
tement de part et d'autre. La journée nous coûtait 7 hommes 
tués et 58 blessés dont le capitaine Roger, le lieutenant 
Jacquot et le docteur Rouch. 

4 novembre. — Béhanzin lance et conduit lui-même les 
débris de son armée royale ; chasseurs d'éléphants, amazones, 
prisonniers extraits la veille des cachots d'Abomey, rivalisent 
de folle énergie pour arrêter la marche de nos troupes ; ils 
tourbillonnent sous nos balles et s'enfuient bientôt de tous les 
côtés. Toute la journée le carré est harcelé par les attaques 
incessantes de l'ennemi, ivre de gin et de fureur. Après une 
grande halte de quelques heures, l'ennemi est délogé à la 
baïonnette du palais de Djokoué, et le corps expéditionnaire 
campe dans les faubourgs de Cana. 

Nos pertes étaient de i tués, dont le lieutenant Ménou, et 
49 blessés, dont les lieutenants Maron, Gay et Mérienne-Lucas. 

5 novembre. — Béhanzin se reconnaît A-aincu, et, comme 
gage de son désir de ^h'e la paix, il olfre l'entrée libre dans 
Cana. 

6* novembre. — La colonne entre triomphalement dans la ville 
sainte et va établir son bivouac devant le palais du roi. Nos 
soldats n'étaient plus qu'à 8 kilomètres d'Abomey. 

Du 6 au 1,1 novembre. — Séjour à Cana, où Béhanzin envoie 
journellement des propositions de paix. Il acceptait le protec- 
torat, nous cédait le littoral et la rive gauche de l'Ouémé 
jusqu'à Agony ; il nous remettait 8 canons et 2.000 fusils à 
tir rapide, abolissait l'esclavage et les sacrifices humains, il 
indemnisait nos négociants et nous donnait 15 millions pour 



158 LE DAH03IEY 

les frais de guerre ; enfin le corps expéditionnaire devait entrer 
dans Abomey où il laisserait un résident. 

En signe de paix il envoyait deux mains en argent qui 
devaient être croisées si le colonel acceptait ses ofïVes. Mais 
ce .dernier, habitué à la mauvaise foi des noirs, remit à plus 
tard cette opération symbolique. 

Le 1 1 novembre, les envoyés du roi se trouvèrent en pré- 
sence de M. Ballot, porteur des instructions du gouvernement : 
'( Nous acceptions tout, mais nous ne devions faire la paix 
qu'à Abomey ». 

(( Je ne puis plus lutter, répondit le roi, venez si vous vou- 
(( lez à Abomey, je ne peux pas vous en empêcher; les portes 
u seront ouvertes, mais j'aurai quitté la ville avec tout mon 
« peuple ». 

Le 13 novembre, une dépêche apporte au colonel sa nomi- 
nation de général et la joie éclate dans le camp français. 

Le 15 novembre, Béhanzin, sommé de rendre ses armes et 
d'opérer le paiement de la moitié de Findemnité de guerre, 
envoie en tout 3 jûièces Krupp, une mitrailleuse, 150 fusils, 
35.000 francs et au lieu de 3 otages désignés nominativement 
parmi ses conseillers, il nous adresse deux inconnus ; suivant 
son habitude, le roi cherchait à nous tromper pour gagner du 
temps. Il évacuait les trésors et les munitions accumulés à 
Abomey. Peut-être préparait-il la défense de la capitale. 

On réexpédie à Béhanzin son envoi en le prévenant que, si 
le 15 au soir, il n'a pas rendu toutes ses armes, les négocia- 
tions seront rompues et l'on marchera immédiatement sur 
Abomey. 

/6 novembre. — Les ambassadeurs n'ayant plus reparu, la 
colonne bien reposée se met en marche à 7 heures du matin, 
en évitant bien soigneusement de suivre la route royale sur 
laquelle les Dahoméens bien armés et bien retranchés atten- 



LA CONQUÊTE DU DAU03IEY loO 

daient nos soldats. On fait un crochet par Djibé et Bécon, et 
à midi on fait la halte sur le revers d'un plateau en vue des 
premières maisons d'Abomey. A 1 heure, on voit la ville en 
feu, ainsi que tous les villages environnants. Béhanzin, avant 
de fuir, a incendié sa capitale avec ses propres palais et les 
maisons des princes et des chefs, afin de les forcer à le suivre. 
Les reconnaissances de cavalerie signalent qu'Abomey brûle 
sur une étendue de 3 kilomètres ; à cause de l'incendie qui 
dure toute la nuit, l'entrée de la ville est renvoyée au lende- 
main, et les troupes bivouaquent sur place. De nombreux 
esclaves échappés à Béhanzin arrivent de tous cotés. 

17 novembre. — La colonne continue sa marche en carré et 
pénètre dans les faubourgs d'Abomey; pas un coup de feu, 
pas un ennemi en vue, tout est désert. 

A 4 heures du soir, le corps expéditionnaire campe dans la 
cour principale du palais royal deSimbodji, sur lequel flottent 
les couleurs de la France. 

Ce palais, seul monument digne d'attention, est enfermé 
dans une enceinte de murs de 3 kilomètres de pourtour, qui 
autrefois étaient couronnés de crânes humains. Restent encore 
en place les tiges de fer qid les soutenaient et quelques débris 
de ces anciens trophées. 

Les ruines fumantes de la ville sont totalement abandonnées. 
Béhanzin a disparu vers le nord à \ endouté ; quelques recon- 
naissances sont lancées, lesjours suivants, à sa poursuite, sans 
pouvoir le retrouver. 

La fuite du roi détermine la soumission de nombreux chefs 
indigènes. 

Le 19 novembre le colonel Grégoire marche sur Yendouté 
avec 400 fusils, mais Béhanzin se retire sur xVtchéribé, à 50 
kilomètres au nord d'Abomey. 

Le 23, une partie de la colonne se porte dans la vallée du 



160 LE DAHOMEY 

KoulTo, OÙ elle détruit une prison royale. L'ennemi reste 
toujours invisible. 

A cause des difficultés du ravitaillement et de la baisse des 
eaux qui aurait rendu impossible l'évacuation par les canon- 
nières si Ton avait tardé encore, le retour fut résolu. Un poste 
fortifié fut étal:)li (ui palais de Goho, à dix minutes d'Abomey ; 
une garnison de 4 compagnies avec 4 pièces de canon y fut 
laissée sous les ordres du lieutenant-colonel Grégoire, com- 
mandant supérieur d'Abomey et des postes de Cana, de Kotopa 
et de Kossoupa. 

Le 26 novembre les troupes rétrogradent sur Adégon, et les 
canonnières les ramènent à Porto-Xovo, où le général arrive 
lui-même le 30 novembre, 

La colonne d'Abomey est dissoute le L'" décembre. 

Dans dix-sept combats, en deux mois, elle avait perdu par le 
feu 1 1 officiers et 70 hommes tués (dont 33 indigènes), 29 offi- 
ciers et 4L1 hommes blessés (dont 216 indigènes). 

Décédés par suite des maladies, 173 Européens, 32 indigènes; 
quant aux TofFanis ils disparurent par milliers. 

La prise d'Abomey eut pour conséquences : l'occupation de 
Whydah qui eut lieu sans résistance le 3 décembre, celle 
d'Abomey-Galavi, de Godomé et de Savi, par la suite. 

Le 14 décembre Allada se soumet, la ville est occupée 
quelques jours après et un grand magasin est créé à Ekpé, 
sur les bords de la Lama. 

Le poste de Goho peut dès lors se ravitailler à Whydah. 

Le même jour, le général Dodds prononce la déchéance de 
Béhan/in. 

Le 27 décembre, une reconnaissance de 80 hommes est atta- 
quée à Lauri, par plusieurs centaines de Dahoméens qui 
essayèrent de lui couper la retraite sur Goho. Après six heures, 
de lutte, très meurtrière pour l'ennemi, la petite troupe rentra 



LA COiNQlÈTE DU DAII031EY 161 

au poste avec un tué et 8 blessés, parmi lesquels le lieutenant 
Vailly, que la lièvre devait enlever un mois plus tard. 

Mais l'œuvre de pacification commence : les routes sont 
améliorées, une nouvelle ligne télégraphique est créée entre 
Kotonou et Wh}dah, la première avait été étal)lie entre 
Porto-Novo et Dogba, dès l'ouverture des hostilités. 

Le calme renaît partout et les indigènes rentrent peu à peu 
dans leurs villes ou villages. 

La guerre proprement dite est finie. 

Des reconnaissances topographiques sillonnent toute la 
région, au nord de la Lama, et lèvent la carte du pays. Après 
avoir assuré la pacification et commencé la préparation des 
opérations ultérieures, dans le cas où Béhanzin ne ferait pas 
sa soumission, le général Dodds remet le commandement par 
intérim au colonel Laml^inet, et rentre en France au commen- 
cement de mai 1893 pour prendre un repos bien mérité. Le 
gouvernement et la population lui firent un accueil des plus 
enthousiastes. 

Par décret du 14 décembre 1892, le ^-énéral Dodds fut élevé 
à la dignité de grand-oflicier de la Légion d'honneur, et le 
7 janvier suivant, M. Victor Ballot fut promu commandeur 
du même ordre. C'était une juste récompense pour sa bril- 
lante collaboration à la conquête du Dahomey. 

Avec le colonel Lambinet continue la destruction des bandes 
de pillards qui tenaient encore la campagne; les environs 
d'Abomey sont nettoyés par le colonel Mauduit, des déta- 
chements fouillent le Décamé; du coté du Gouffo, le comman- 
dant Chmittelin fait la même besogne. Dans une de ces petites 
expéditions, près de Houansouko, le capitaine Maugin et le 
lieutenant Aigrot, du bataillon d'Afrique, sont grièvement 
blessés ; le capitaine meurt des suites de ses l^lessures (2 mai). 

Des postes sont créés à Tori et à Ouagbo. 

Le DahoDieij. 11 



162 LE DAHOMEY 

La région d'Ag-ony reste seule encore insoumise, grâce à 
son chef qui est le beau-frère de Béhanzin. 

Ce dernier s'est réfugié à Atchéribé, sur les bords du Zou ; 
la famine et la variole déciment ses fidèles, dont le nombre est 
réduit à 400, et dont beaucoup ne restent dans son entourage 
que par crainte. 

Désespérant de pouvoir reprendre son trône les armes à la 
main, Tex-roi renonce à la lutte mais non à la diplomatie et à 
la ruse. Il fait courir le bruit que la France va lui restituer son 
royaume et fait appel^ par un manifeste, aux puissances euro- 
péennes. Il offrit la paix à maintes reprises, demanda des entre- 
vues au colonel Lambinet et au colonel Dumas, son successeur, 
mais se garda bien de se trouver au rendez-vous. 

Comme ses émissaires agitaient le pays, il était nécessaire 
de capturer Béhanzin, et une troisième camj^agne fut résolue. 




Troisième expédition du Dahomey 
(1893-1894) 

Après un repos de trois mois, le général Dodds s embarque 
le 12 août 1893 avec les officiers de son état-major pour retour- 
ner au Dahomey. 

En débarquant, son premier soin fut d'organiser solidement 
les services civils afin de pouvoir s'adonner entièrement à la 
tâche militaire. 



LA CONQUÊTE DU DAHOMEY 163 

La plus grande partie du travail de préparation de la nou- 
velle expédition avait été faite par le capitaine Privé, chef 
d'état-major du colonel Dumas; le commandant Taverna, nou- 
veau chef d'état-major, n'eut qu'à moditîer les détails du plan 
de campagne. 

Les troupes furent divisées en quatre groupes placés res- 
pectivement sous les ordres des commandants Drude, Boutin, 
Jacomel de Cauvigny et Ghmittelin. 

Le corps expéditionnaire comprenait en tout 1 .724 combat- 
tants, se répartissant ainsi : 

Général Dodds et son état-major; chef, le commandant 
Taverna, de l'état-major de l'armée, 4 capitaines, 1 lieute- 
nant. 

Colonel Dumas de Vinfanterie de marine. 

i"' groupe. — Commandant Drude du 1<^*" étranger. 

Compagnie Vernier (Légion étrangère). 

— Lemoine (12^ C''^ sénégalaise). 

— Ligier (4'' C'*" haoussas). 

2^ groupe. — Commandant Boutin de l'infanterie de 
marine. 
Compagnie Brundseaux (Légion étrangère). 

— Ditte (Tirailleurs Sénégalais). 

— de Curzon (Tirailleurs Sénéga- 

lais). 

Lieutenant-colonel Mauduit^ du /*''* étranger. 

3^ groupe. — Commandant Jacomel de Cauvigny, de l'in- 
fanterie de marine. 
Compagnie Le Moel. 

— Mounoye . 

— Dessort 



164 LE DAHOMEY 

4^" gTOupe. — Commandant Chmiltelin. 

Compagnie Lamolle (Bataillon d'Afrique) et 
deux compagnies noires 
Service de santé : docteur Henry, médecin de \^- classe. 

Effrayé par le retour de son vain([ueur, Béhanzin céda aux 
sollicitations d'un journaliste noir de Lagos et envoya une 
ambassade à Paris, chargée de demander au président Carnot, 
l'annulation desa déchéance prononcée par le général Dodds. 

Cette démarche lui coûta environ 500.000 francs. Cette 
malheureuse mission ne fut reçue par personne et ses 
membres, transis de froid, revinrent à Lagos où ils restèrent 
jusqu'à la prise de Béhanzin. 

Avant de se lancer à la poursuite de l'ex-roi, il était néces- 
saire de s'assurer si les pays de Décamé et des Ouatchis (entre 
le Mono et le Couffo) étaient suffisamment sûrs pour ne pas 
risquer que la colonne pût être inquiétée sur ses derrières. Ce 
résultat obtenu, la concentration des troupes de la nouvelle 
colonne est effectuée. 

Le 16 septembre, le groupe Drade est à Dogba. Il s'avance 
à l'est jusqu'à Saké té ; comme le pays est tranquille il 
veut franchir l'Onémé pour le remonter jusqu'à hauteur 
d'Agombo, mais le fleuve est débordé et il doit attendre la 
flottille. Les groupes Boulin et de Cauvigny sont concentrés 
à Cotopa. Le groupe Chmittelin constitué par les troupes de 
Goho quitte Abomey le 7 octobre pour s'établir isolément au 
nord à Oumbégamé sur la route d'Atchéribé. 

La flottille renforcée de YOUnda^ du Marmet et de la Mosca, 
amène à Dogba les réserves de vivres et de munitions. 

Ces dispositions étant prises, le général s'embarque le 
13 octobre à Porto-Novo sur VOucmc, pour aller se mettre à 
la tête de l'expédition. 



LA CONOUKTE DL' DAHOMEY 



IG5 



Il prend en passant à Dogba le groupe Drude et débarque à 
Ag-onj, au milieu des manifestations les plus amicales de la 
population. Les groupes des commandants Boutin, Jacomel 
de Cauvigny et Ghmittelin vinrent le rejoindre à travers le 
Zou, après avoir surmonté de g-randes ditlicultés. 

Le 23 octobre, la concentration des trois f^roupes à Zagna- 
nado est terminée, pendant que le groupe Ghmittelin s'est 
avancé jusqu'à Yég'o. 

Béhanzin affolé demande qu'on attende le retour de ses 
envoyés à Paris. Il lui fut répondu de venir d'abord faire sa 
soumission, sans condition, puisqu'il n'est plus roi du Daho- 
mey. Gomme il a préparé sa fuite par le nord-est vers 
Lagos, il est décidé que cette route de retraite lui sera cou- 
pée. A cet elïet, le colonel Dumas, avec le groupe Boutin, 
part le 25 et se porte vers le nord en longeant l'Ouémé ; il se 
dirig-e sur Paouig-nan. Le mouvement en avant est alors pro- 
noncé par le reste de la colonne. 

Le 28 octobre, le groupe Drude, après de nom])reux obstacles, 
s'installe à Begohonou ; il y est rejoint le 3 novembre par le 
groupe de Gauvigny. 

Le même jour, les groupes Drude et Boutin se portent res- 
pectivement sur Bododji et sur la Louto ; le commandant 
Ghmittelin occupe Abodougnanli. 

Le 4 noveml^re, Béhanzin envoie des émissaires au général, 
mais leurs offres ne paraissent pas sérieuses. 

Un des groupes pousse jusqu'à Gounsoué, tandis que le 
colonel Dumas arrive à Paouignan par Zoutenou. 

L'occupation de ce point ferme aux Dahoméens les routes 
vers rOuémé et le territoire de Lagos. 

Les 6, 7 et 8 novembre, les rebelles livrent 476 fusils à tir 
rapide, 4 canons et des munitions. Des princes et des cabé- 
caires doivent venir faire leur soumission, mais deux ministres 



166 LE DAHOMEY 

seulement se présentent; le général Dodds refuse de les 
recevoir. 

Une compag-nie les escorte jusqu'au ruisseau le Paco, à 
deux heures du camp. 

Le 8 novembre, le groupe Drude arrive en ce point, et le 
colonel Dumas se porte de Paouignan sur Gouvelin, à mi-che- 
min d'Atchéribé. 

La population de cette ville étant affolée par l'arrivée pro- 
chaine de la colonne, le général annonce qu'il reprendra sa 
marche en avant si le 9, au matin, la totalité des princes, des 
ministres et des chefs n'a pas opéré sa soumission. 

Elle a lieu le même jour ; 4 ministres, 8 princes et 20 grands 
chefs se présentent au camp, et sont tout surpris de n'être 
pas mis à mort. Le général les rassure et leur dit qu'il ne pro- 
met la vie sauve à Béhanzin que s'il se rend sans condition. 
Mais l'ex-roi n'ose le faire par crainte de perdre la vie, mal- 
gré qu'un de ses frères lui ait été envoyé à plusieurs reprises 
pour l'y décider. 

Il se sauve d'Atchéribé pendant la nuit et échappe au colo- 
nel Dumas qui y arrive quelques heures plus tard, après avoir 
dû jeter un pont sur le Paco. 

A partir de ce moment, Béhanzin est lâché par tout son 
entourage. Ses femmes, ses parents, ses ministres, poussés 
comme un troupeau devant nos colonnes, livrent les armes, les 
cachettes, se livrent les uns les autres pour entrer en grâce 
auprès de nous. L'ex-roi se fait battre de buisson en buisson : 
caché le jour dans la brousse, il voyage la nuit en implorant 
pour vivre la pitié de ses anciens sujets. 

Après sa fuite d'/\.tchéribé, il s'est réfugié près de Hedavo, 
avec une centaine de guerriers armés de fusils à répétition. 11 
se dirige ensuite versSavalou. 

La colonne s'éloignant de plus en plus de son point de 



LA COxNQUÈTE DU DAHOMEY 167 

débarquement, et les difficultés de ravitaillement augmentant 
avec la distance et la perte des mulets du convoi, les troupes 
sont formées en trois colonnes volantes emportant chacune 
huit jours de vivres. Le i^ groupe est chargé de garder le 
convoi et les pièces d'artillerie devenues inutiles. Ces colonnes 
volantes se livrent à une véritable chasse à courre, de jour et 
de nuit, cherchant un ennemi qui se dérobe constamment et 
qui ne s'arrête jamais. 

Le 16 novembre la colonne l^outin se dirige vers Savalou, 
qu'elle espère atteindre avant les fugitifs. Elle est suivie de la 
colonne Drude. Le groupe de Gauvigny, avec le général, 
marche derrière, dans les intervalles, de façon à leur barrer 
les chemins vers l'est. 

On sait que Béhanzin ne cherchera pas à prendre la direction 
de l'ouest, car les populations musulmanes d'Atakpamé lui 
sont hostiles et l'arrêteraient, tandis que le roi de Savalou lui 
paraît plutôt favorable. 

Dès l'arrivée des troupes à Savalou, Béhanzin fait un crochet 
vers l'ouest. 

La colonne de Gauvigny se porte de Zoutenou sur Zoun-wei- 
Hono, Paouignan et Dassa-Togon où elle est le 48 novembre. 

Béhanzin paraissant se diriger sur Abomey, la colonne 
Drude s'attache à sa piste. 

Elle arrive le 21 novembre à Badagba où Béhanzin a passé 
la nuit précédente. Le 24, elle cerne Oumbégamé; le 23, 
après s'être ravitaillée à Goho, elle reprend la direction de la 
région du nord-ouest qu'elle fouille en tous sens. 

La colonne Boutin descendant de Savalou détruit, le 26, un 
campement dahoméen sur les bords du Zou; elle se maintient 
en ce point. 

Le 22 novembre, le général quitte Dassa-Togon avec le 
groupe de Gauvigny en se dirigeant au sud ; il passe succès- 



168 LE DAHOMEY 

sivement à Atchéribé, Cassécroulou, Bolioué pour arriver le 

3 dëceml)re à Oumbégamé. * 

Le commandant du 5^ groupe qui opérait jusqu'alors isolé- 
ment dans la région du Mono, reçoit Tordre de remonter au 
nord afin de se relier avec la colonne principale. 

Le 29 novembre, Béhanzin est signalé dans la région com- 
prise entre Djidja et Goho ; on le serre de près. Tantôt on 
échange des coups de fusil avec son escorte, tantôt on lui 
enlève des gens et des bœufs. Il est sur le point d'être pris le 

4 décembre; le lieutenant Grandmonta^-ne le vovant détaler 
sur son unique cheval, lui tire hors de portée cinq coups de 
revolver. Mais il échappe encore à nos poursuites. 

Le 8 décembre, on apprend qu'il continue k descendre vers 
le sud; nos reconnaissances le suivent el: capturent k diverses 
reprises soit des princes, soit des femmes ou des enfants de 
Glé-Glé ou de Béhanzin. 

Il rebrousse brusquement chemin vers le nord. 

Le 11 décembre, le quartier général se transporte d'Oum- 
bégamé k Goho. 

Du 12 au 20, les trois colonnes légères fouillent sans résul- 
tat les territoires compris entre Abomey, Atchéribé et le 
CoufFo. On apprend seulement que Béhanzin se trouve dans 
le voisinage de Goho, avec une faible escorte. 

L'Ouémé n'étant plus navigable au-dessus de Dogba, Cotopa 
devient tête d'étapes avec Goho comme annexe. Ces deux 
points sont reliés par une ligne télégraphique. 

Le 21 décembre, le groupe Drude remonte vers Dossa pour 
se rabattre ensuite a ers le sud. 

Une autre colonne remonte au nord vers Atchéribé et 
redescend ensuite jusqu'à la ligne Oum])égamé-Tendji. Des 
postes sont établis en divers endroits. 

Le 29 décembre, on trouve la piste de Béhanzin près de 



LA CONQUETE DU DAHOMEY 



169 



Lesseni, se dirigeant vers Dossa. Peu après, il est sur le point 
de quitter Djidja pour se rendre à Touest de Dieul^atté. 

Jusqu'au 15 janvier 1894 on parcourt le pays en tous sens, 
sans pouvoir mettre la main sur le fugitif. On sait qu'il ne 
quitte pas la région entre Abomey et Oumbégamé, où les habi- 
tants de pure race dahoméenne lui sont entièrement dévoués. 

Cette chasse à l'homme qui semblait devoir durer longtemps 
encore fut cependant fructueuse, car nos reconnaissances 
avaient ramené peu à peu tous les membres de la famille 
royale. 

Après avoir reçu la soumission des Maliis et des Dhassas, 
le général revint se fixer à Goho. Il devenait d'ailleurs urgent 
d'organiser le pays pour mettre fin à l'anarchie et au brigandage 
qui commentaient à naître. Comme les frères que Béhanzin 
avait évincés pour usurper le pouvoir ne lui avaient jamais par- 
donné, et qu'ils ne cachaient pas leur haine à son égard, le 
général Dodds songea à profiter de cette circonstance pour 
faire nommer un nouveau roi qui aurait personnellement inté- 
rêt à se défaire de son prédécesseur, ou qui l'obligerait à se 
constituer prisonnier. 

Cette proposition ayant obtenu l'approbation des membres 
de la famille royale, les princes dahoméens entre nos mains 
furent invités k se choisir un nouveau roi. Le prince Goutchili 
héritier légitime de Glé-Glé, évincé par ruse par Béhanzin, fut 
désigné à Tunanimité comme pouvant le mieux tirer le pays de 
la situation où il se trouvait. Son oncle Topa-Mèlé et sa sœur 
Yaya Migausi furent le dénicher dans la brousse où il était 
encore, et l'amenèrent k Goho. 

Accepté par le commandant du corps expéditionnaire, Gout- 
chili est proclamé roi sous le nom d'Agoli-Agbo. 

La cérémonie du couronnement eut lieu le lo janvier 1894, 
sur la place du palais de Simbodji k Abomey, en présence de 



170 LE DAH03IEY 

toutes les troupes formées en carré. Le nouveau monarque 
est présenté au peuple par le général Dodds qui lui adresse 
une chaleureuse improvisation. Il reçoit en signe d'investiture 
un superbe sabre en argent. 

Les couleurs françaises sont alors hissées au son du canon 
et, après un brillant défilé, les troupes regagnèrent leurs can- 
tonnements à Goho. Ce poste fut détruit par un incendie 
quelques jours après. 

Aussitôt couronné, Agoli-Agbo dénonce au général Dodds 
la retraite de Béhanzin. Il n'y a plus qu'à l'envoyer chercher. 

Dans la nuit du 25 au 26 janvier, l'ex-roi se rend sans condi- 
tion au capitaine d'état-major Privé^ dans le village d'Aca- 
chacpa. 

Cette capture terminait une campagne glorieuse pour 
nos armes et qui fait le plus grand honneur au général 
Dodds. 

Renié par toute sa famille, qui l'accablait d'injures et lui 
reprochait avec raison tous les malheurs survenus au Daho- 
mey, Béhanzin fut déporté à la Martinique où il est interné 
depuis au fort Tartenson, à Fort-de-France. Seules quelques- 
unes de ses femmes l'ont accompagné en exil. 

Ses ministres et quelques cabécères les plus compromis 
furent transportés au Gabon. 

Pendant la première période de son règne, Agoli-Agbo gou- 
verna sagement ses sujets, et son administration ne donna lieu 
à aucune réprimande de la part du gouvernement français ; 
mais son arrogance envers nos résidents et ses abus de pou- 
voir sur ses administrés ne firent que croître avec les années, 
à un tel point, qu'au mois de janvier 1900, le gouvernement 
jugea prudent de le destituer. 

Aujourd'hui, le souverain dépossédé est interné au Congo 
où il peut méditer à son aise sur sa royauté éphémère. 



A CONQUETE DU DAHOMEY 



171 



Il ne sera pas remplacé sur le trône et les territoires for- 
mant le royaume d'Abomey sont divisés en cantons indépen- 
dants placés sous Tautorité directe du résident. 




M. BALLOT (MARIE-PAUL-VICTOR) 



GOUA ERNEUR DU DAHOMEV ET DEPENDANCES 



Né le 11 octobre 1855, à Fort-de-France (Martinique), 



Sei'vices successifs : Entré dans l'Administration coloniale en 1877 
comme attaché à la direction des alFaires politiques du Sénégal. — 
Nommé commandant de cercle de 3*^ classe le 17 août 1878. — Passé 
à la '2^ classe le 21 juin 1880; à la 1»"^ classe le 5 janvier 1882. — 
Directeur adjoint des affaires politiques le 7 juillet 1882. — Direc- 
teur titulaire le 27 février 1883. — Nommé commandant particu- 
lier des Etablissements français du Bénin le 16 juin 1887. — 
Résident de France à Porto-Novo le 11 juillet 1888. — Lieute- 
nant-gouverneur le 22 décembre 1891. — Gouverneur de 3^ classe 
le 19 novembre 1892. — Gouverneur de 2^ classe le 18 janvier 
1895. — Gouverneur de P® classe le 6 juillet 1897. 

Campngues de guerre : 

Expédition dans le Haut Sénégal, 1880. 
Expédition du Gayor, 1881. 

Au Sénégal / Expédition du Basséa, 1881. 

Expédition du Gayor, 1882. 
Expédition du Fouta, 1883. 

. ^ , ( Gampa^ne de 1890. 

Au Dahomev \ ^ ' ^ i iqoiiqoo 

j Gampagne de 1892-1893. 

Légion d'honneur : Ghevalier le 28 décembre 1885. — Officier 
le 12 juillet 1891. — Gommandeur le 30 mars 1893. 



LORGANISATEUR DU DAHOMEY 




Phot. L. PciiclU., U Rochelle. 
M. le Gouverneur Victor Ballot. 



CHAPITRE IV 

ORGANISATION DU DAHOMEY 

DIVISIONS ADMINISTRATIVES DU PAYS. — GOUVERNEMENT ET 

ADMINISTRATION. — MISSIONS DEXPLORATION. 

MISSIONS RELIGIEUSES. — MÉDAILLE COMMÉMORATI VE DE 

l'expédition du DAHOMEY. 

MÉDAILLE COLONIALE. l'oRDRE DE l'ÉTOILE NOIRE DU RÉNIN. 



SOMMAIRE 



Organisation du Dahomey et divisions administratives du pays. — 
Gouvernement et administration. — Finances. — Impôts indi- 
gènes. — Service du Trésor. — Douanes. — Postes et télé- 
graphes. — Travaux publics. — Flottille. — Ports et rades. — 
Service de santé. — Justice. — Instruction publique. — Troupes. 

— Garde indigène. — Police. — Imprimerie du gouvernement. 

— Missions d'exploratiou et prise de possession de Thinterland du 
Dahomey : 1''^ Mission du gouverneur Ballot. — Missions du 
commandant Decœur et du lieutenant Baud. — '2^ Mission du 
gouverneur Ballot. — Mission de l'administrateur principal Alby. 

— Mission des lieutenants Baud et Vermeersch. — Mission du 
commandant Toutée. — Missions Bretonnet et Baud. — Soulè- 
vement des Biribas et annexion du royaume de Nikki au Daho- 
mey. — Missions de délimitation du Dahomey : Mission Plé. — 
Mission Grave. — Mission Toutée. — Historique des mis- 
sions religieuses : catholiques, protestantes, musulmanes. — 
Médaille commémorative de l'expédition du Dahomey. — 
Médaille coloniale. — L'ordre de l'Étoile Noire du Bénin. 



176 LE DAHOMEY 

Organisation du Dahomey et divisions administra- 
tives du pays. 

Après la conquête du Dahomey, le général Dodds démem- 
bra les immenses territoires du golfe du Bénin pour les divi- 
ser, au point de vue politique et administratif, en plusieurs 
colonies distinctes sous le nom de Dahomey et dépendances. 
Un décret du 22 juin 1894 confirma cette division. 

Nos possessions actuelles du Bénin se composent de : 

1^ A l'ouest du Gouflo, un pays de protectorat : républiques 
Minahs ou confédérations de républiques des Popos, Adjaas 
et Ouatchis ; 

2^ A l'est de TOuémé, royaume de Kétou formé d'une 'par- 
tie du Dahomey et royaume de Porto-Novo ; 

3^ Entre le Coulîo et TOuémé, les anciens royaumes 
conquis ou simplement tributaires du Dahomey ont été divisés 
en plusieurs zones : 

A. — Territoires annexés de Whydah, Savi et Kotonou ; 

B. — Royaume d'AUada (protectorat) ; 
G. — Royaume d'Abomey (protectorat) ; 

D. — Confédération des Dhassas (protectorat); 

E. — Confédération des Mahis (protectorat), capitale Sava- 
lou; 

F. — Territoires des Eoués et des Nagos. 

4^ Des territoires du Haut-Dahomey, divisé en 4 cercles : 
Cercle du Gourma, cercle de Djougou-Kouandé, cercle du 
Borgou avec Nikki et Parakou, cercle du Moyen-Xiger avec 
Bouay et Kandi. 

Le nouveau roi dWUada fut couronné le i- février 181)4 par le 
général Dodds avec le même cérémonial que celui d Abomey. 
Ce fut le prince Cigla-Dougl^é-Noumaou, descendant de ^léji, 
(pii fut investi de l'autorité royale. 



ORGANISATION DU DAH03IEY 177 

Le 13 février, Odon fut proclamé roi de Kétou. 

Pour parachever Tori^^anisation du pays, le général Dodds 
envoya des missions à Kétou, Sa val ou et jusqu'à Ouessé, 
pour signer des traités avec les diverses confédérations placées 
sous notre protectorat. 

Toutes reçurent un accueil pacifique. 

Le rôle des militaires étant terminé, l'homme le plus à même 
d'obtenir par son énergie, sa connaissance du pays et des 
mœurs des habitants, tous les résultats utiles de notre 
conquête, M. Victor Ballot, fut chargé de continuer l'œuvre si 
])ien commencée. Par décret du 22 juin 189i il fut nommé 
gouverneur du Dahomey et de ses dépendances. 

Sous son intelligente et sévère administration, la colonie 
ne fît depuis que prospérer, à un tel point qu'elle s'est déve- 
loppée jusqu'au Niger et qu'avec les seules ressources de son 
budget elle se suffît depuis longtemps à elle-même. 

La paix ne fut jamais troublée et les indigènes eurent tou- 
jours à se louer de l'intervention française qui a supprimé les 
horribles coutumes dont ils étaient victimes depuis des siècles 
et implanté dans leurs riches pays les bienfaits de notre civi- 
lisation. 



Gouvernement et administration. 

Le gouverneur du Dahomey et dépendances réside à Porto- 
No vo. 

Son action s'étend sur tous les établissements compris 
entre la colonie anglaise du Lagos (^t la colonie allemande de 
Togo, ainsi que sur les territoires de l'intérieur. 

Au point de vue administratif, la colonie est divisée en 
deux régions : le Bas-Dahomey et le Haut-Dahomey. 

Le Dahomey. 12 



178 LE DAH031EY 

Un administrateur exerce, <lans chaque cercle du Bas-Daho- 
mey, au nom du g-ouverneur, les fonctions de résident ; il a 
sous ses ordres les chefs indigènes de cantons et de villages. 

Le Haut-Dahomey est administré directement par un rési- 
dent supérieur qui a autorité sur les administrateurs et rési- 
dents du nord de la colonie. 

CONSEIL d'adAIIMSTRATION 

Le conseil d'administration de la colonie se compose : 

Du g-ouverneur, président, assisté d'un secrétaire général qui 
le remplace en cas d'absence ; 

De trois membres choisis parmi les fonctionnaires désignés 
par le gouverneur ; 

De trois membres choisis parmi les habitants notables, fran- 
çais ou indigènes, désignés par le gouverneur pour une période 
de deux années ; 

Trois habitants notal)les sont en outre désignés par le gou- 
verneur comme membres suppléants pour remplacer, en cas 
d'absence, les trois habitants notables, membres titulaires. 

Ln secrétaire-archiviste est attaché au Conseil. 

Les fonctionnaires membres du conseil d'administration 
sont désignés par le gouverneur dans l'ordre de préférence 
suivant : 

1^ Le secrétaire général; 

2" Le chef du service des douanes ; 

3** Un chef de bureau, magistrat ou administrateur. 

Le chef du service de santé, le chef du service des travaux 
publics et tous autres chefs de service, s'il y a lieu, jDeuvent 
siéger au conseil avec voix consultative ; ils peuvent égale- 
ment remphicer, avec voix délibérative, les meml)res titu- 
laires, en cas d'absence de ceux-ci. 



ORGANISATION DU DAHOMEY 179 

Tels sont encore le commandant des troupes, le chef des 
services administratifs, le chef du service du Trésor, des 
Postes et Télé<j^raphes. 

Le secrétariat du g-ouvernement est divisé en trois sections 
placées sous l'autorité directe du chef du secrétariat : 

1^ Section administrative; 

2^ Section politique ; 

3^ Section militaire. 

Chacune de ces sections est dirig'ée par un chef ou sous- 
chef de bureau assisté de commis titulaires et d'employés 
auxiliaires, dans la limite des besoins du service. 

Pour assurer le bon fonctionnement du service des affaires 
indigènes, des agents auxiliaires sont, en outre, adjoints aux 
administrateurs coloniaux alîn de les seconder. Ils portent le 
titre d'adjoints ou de commis des affaires indigènes. 

DÉLÉGUÉ AU CONSEIL SUPÉRIEUR DES COLONIES 

Le Dahomey est représenté au Conseil supérieur des colo- 
nies par un délégué élu par la colonie. 

Finances. 

Il n'existe au Dahomey qu'un seul budget : le huihjct local ; 
qu'une seule Caisse dans les cercles : la caisse de Varjence 
spéciale. 

Le budget annuel de la colonie comporte environ 3 millions 
de francs de recettes, et l'excédent des recettes sur les dépenses 
a été, pour l'année 1899, de 829.170 francs, qui ont été versés 
à la caisse de réserve. 

Ces ressources sont constituées par le recouvrement des 



180 LE DAHOMEY 

contributions directes ou indirectes, des droits de patente ou 
d'ancrage des navires, des produits de la douane, des droits 
d'enreg-istrement, de grelFe, des produits domaniaux et d'une 
manière générale des taxes publiques de toute nature. 

Parmi ces dernières, il convient de citer particulièrement 
l'impôt indigène et la taxe de capitation personnelle. 

biPOT lA'DiGÈNE. — Par arrêté du 1^^' février 1899 un 
impôt annuel indigène a été établi, à titre d'essai, dans le 
cercle de Savalou comprenant les régions de Savalou, des 
Dhassas, de Paouignan, de Savé et de Garnotville. 

Cet impôt a été fixé, pour l'année 1899, à la globale de 
30.000 francs. Chaque année le résident de Savalou, en fai- 
sant connaître au gouverneur les prévisions du cercle en 
recettes et dépenses pour l'année suivante, doit indiquer en 
même temps la répartition du montant de l'impôt à percevoir 
par région. 

Cet impôt indigène est perçu et centralisé par des chefs de 
région responsables qui viennent en opérer le versement à 
des époques déterminées à l'agence spéciale de Savalou, en 
présence et par l'intermédiaire du résident de ce cercle. 

L'inqoôt indigène peut être perçu selon trois modes diffé- 
rents : l*' argent, 2^ cauris, 3^ i)étail et denrées diverses. 

Les cauris sont comptés actuellement sur le pied de 7 fr. 
par sac de 20.000 cauris, soit : 

fr. 25 pour 700 cauris ; 

fr. 50 pour 1.400 cauris; 

1 fr. 00 pour 2.800 cauris. 

Le bétail est dirigé sur la ferme du service local à Porto- 
Novo dont il sera parlé dans un autre chapitre ; il est vendu 
parles soins de l'agent comptable de cet établissement au pro- 
fit du budget régional de Savalou. 

Les denrées diverses sont cédées à titre de subsistances en 



ORGAMSAÏlON DU DAHOMEY 181 

nature aux gardes indigènes, hamacaires et porteurs, en déduc- 
tion de leur solde journalière. 

Taxe de capitation. — Un arrêté du 28 juin 1899 établit 
dans la colonie, au profit du budget local, une taxe de capita- 
tion personnelle sur chaque habitant indigène. 

Cet impôt est établi sur les l^ases suivantes : 

i*' 2 fr. 25 par homme, femme et enfant âgé de plus de 
dix ans, habitant les villes de Kotonou, Whvdah, Grand- Pojoo, 
Agoué, Porto-Novo et sa banlieue ; 

2" 1 fr. 23 par homme, femme et enfant âgé de plus de 
dix ans habitant les autres localités de la colonie. 

La taxe de capitation est perçue par les chefs de villages 
sous la surveillance des administrateurs, résidents et chefs de 
poste. Elle est acquittée par eux dans les six premiers mois de 
Tannée. Les versements sont eiîectués en argent par les 
chefs eux-mêmes dans les caisses des agents spéciaux sous 
le contrôle des administrateurs et résidents. 

Transitoirement, les populations du cercle de Savalou et 
des territoires placés sous les ordres du résident supérieur du 
Haut-Dahomey auront la faculté d'acquitter la taxe de capi- 
tation en cauris, caoutchouc, bétail et denrées diverses. 

Des demandes de dégrèvement en faveur des indigènes 
indigents seront adressées annuellement au gouverneur par les 
administrateurs et résidents. 

Ces fonctionnaires sont autorisés également en cas de 
sécheresse, de famine, ou pour toute autre cause de force 
majeure, à proposer au chef de la colonie le dégrèvement par- 
tiel ou total de la taxe en faveur d'un ou de plusieurs villages. 

A titre de remise il est alloué : 

1° Aux rois et chefs supérieurs, fr. 25 par habitant des 
villes capitales et fr. 10 par habitant des autres localités de 
ces royaumes ; 

2^ Aux chefs des villages relevant de ces rois, fr. 15 ; 



182 LE DAHOMEY 

3^ Aux chefs des villages indépendants fr. 2o par habi- 
tant. 

Ces remises ne sont pavées aux intéressés qu'après complet 
recouvrement des rôles. 

L'impôt indigène a produit cette année 600.000 fr. : 
450.000 fr. pour le Bas-Dahomey et 150.000 fr. pour le 
Haut-Dahomey et les régions du Niger. 

Le service des finances incombe aux agents du Trésor. 

Service du Trésor 

Un trésorier-payeur assure cet important service. 

Il réside à Porto-Xovo, et comme il n'a pas de préposé 
dans la colonie, il est secondé parles agences spéciales créées 
dans chaque cercle et tenues, généralement par le receveur des 
postes, un interj)rète, ou un garde principal habitant la région. 

Ces agents spéciaux acquittent, au moyen d'une avance du 
Trésor, les dépenses urgentes sur états visés par l'administra- 
teur de leur cercle, et encaissent toutes les recettes des bud- 
gets colonial et local. 

Les opérations du trésorier payeur peuvent être contrôlées 
soit à époque fixe, soit inopinément, par le secrétaire général 
sur l'ordre du gouverneur. 

Les postes pourvus d'agence spéciale sont Porto-Novo, 
Kotonou, Whydah, Grand-Popo, Athiémé, Abomey, Savalou 
et Parakou. 

L'avance faite à ces agences est variable suivant l'impor- 
tance des paiements qu'elles peuvent avoir à effectuer : elle 
est de 6.000 francs à Porto-Novo, de 40.000 francs à Parakou, 
de 20.000 francs à Kotonou, etc. 

L'agence de Porto-Novo n'ac([uitte ([ue les dépenses uni- 
quement urgentes, telles que paiement de porteurs hamacaires, 
de piroguiers, etc. 



ORGANISATION DU DAIIOMKY 



183 



Douanes 



Le premier bureau des douanes fut créé à Porto-Novo en 
avril 1890. Il en existait un k Grand-Popo depuis avril 1887. 




Le Gouvernement à Porto-Novo. 



Les bureaux de douanes établis actuellement dans la colo- 
nie sont par ordre d'importance : 

Kotonou, Porto-Novo, Grand-Popo, Whydah, Agoué, 
Athiémé, Savé, Topli, Apamag-bo, Gouji, Jounouguy, Vodomé, 
Agomé-Séva, Adjara et Nokoué. 

Le chef du service des douanes a sous ses ordres des agents 
du cadre métropolitain et des agents du cadre local, soit 
sédentaires, soit actifs, qui assurent en même temps que la 
perception des taxes, la surveillance des frontières et la véri- 
fication des poids et mesures. 



184 LE DAHOMEY 

Des interprètes indigènes et des canotiers leur sont adjoints. 

Dans la plupart des ports,* la douane assure aussi le service 
de l'agence sanitaire. 

Les droits à acquitter par les navires sont ceux de patente 
et d'ancrag-e. Ils constituèrent les premiers revenus de la colo- 
nie. 

Un arrêté du 22 juin 1899 a fixé au Dahomey le tarif des 
taxes de consommation actuelles, pour les importations dans 
la colonie. 11 n'existe pas de droit à la sortie. 

Afin d'éviter au commerce des avances considérables de 
droits au Trésor, le régime de l'entrepôt fictif fut établi par 
arrêté du 31 juillet 1898 dans les postes de Kotonou, Why- 
dah et Grand-Popo, conformément aux dispositions adoptées 
dans la métropole. Les commerçants peuvent ainsi recevoir 
de très grandes quantités de marchandises qu'ils mettent en 
entrepôt et dont ils n'acquittent les droits qu'au fur et à 
mesure de la vente des produits. 

Auparavant ils étaient tenus d'acquitter ces droits aussitôt 
le débarquement des marchandises. 

Pour éviter l'importation clandestine d'armes par colis pos- 
taux, ces derniers sont remis par le service des postes à celui 
des douanes qui vérifie leur contenu et lui applique les taxes 
réglementaires. 

Le bureau des douanes de Porto-Xovo est chargé de la déli- 
vrance des colis pour le nord de la colonie et celui de Koto- 
nou de celle des colis destinés aux localités du littoral. 




ORGAMSATION DU DAHOMEY 185 

Postes et Télégraphes 

SERVICE POSTAL IMÉRIEUR 

Ce service est parfaitement organisé ; il est assuré par des 
fonctionnaires et agents de la métropole et par des agents 
locaux. Dans les centres où il n'existe pas d'agent des postes, 
c'est le personnel administratif qui y supplée. 

Les bureaux des postes et des télégraphes ouverts au Daho- 
mey sont : 

Sur la cote : Kotonou, Abomey-Calavi, Whydah, Grand- 
Popo, Agoué. 

Dans Vintérieur : en se dirigeant vers le nord, Porto-Novo, 
Dogba, Sagon, Zagnanado, Savalou, Carnotville, Parakou, 
Djougou, Kouandé, Konkobiri, Diapaga, Matiacouali, Fada- 
N'Gourma. 

Deux agences postales existent à Abomey et à Athiémé. 

Un service postal journalier dessert les divers centres du 
littoral, avec départ de Porto-Novo; la durée du trajet est de 
12 heures pour Kotonou, 12 h. 1/2 de Kotonou à Whydah, 
12 heures de Whydah à Grand-Popo, 4 heures de Grand- 
Popo à xVgoué et 1 heure d' Agoué à lUacondji. 

Le bureau d' Abomey-Calavi fait l'échange de sa corres- 
pondance à Godomey, sur la route de Kotonou à Whydah. 

A lUacondji, village frontière, a lieu l'échange des corres- 
pondances avec la colonie allemande du Togo. 

De Porto-Novo à Kotonou et de Whydah à Grand-Popo le 
service se fait par la lagune; le reste du trajet est assuré par 
des piétons. 

La transmission des correspondances postales pour tous les 
points situés entre la capitale et le Haut Dahomey est assurée 
trois fois par semaine par vm service régulier. 



J86 LE DAHOMEY 

De Porto-Xovo à Garnotville le courrier met en moyenne 
9 jours, et 19 jours de Carnotville à Fada-X'Gourma. 

Entre Parakou et le Nig-er le transport des correspondances 
se fait par des cavaliers choisis parmi les troupe?; stationnées 
dans le Haut-Pays. 

Les piroguiers et les piétons employés au service des cour- 
riers sont recrutés dans le voisinage des localités à desservir. 

Il reçoivent une solde mensuelle variable suivant les points. 

SERVICE POSTAL EXTÉRIEUR 

Le service des courriers entre le Dahomey et l'Europe est 
assuré ainsi : 

Au départ. 

l*^Le 2 ou le 3 de chaque mois par la Compagnie des Ghar- 
geurs-Réunis de Bordeaux (arrivée probable k Bordeaux le 20) ; 

2*^ Le 23 ou le 24 de chaque mois par la Gompagnie Frais- 
sinet de Marseille (arrivée probable à Marseille le 14); 

3** Par « Woermann Linie )> Via Plymouth quittant Petit- 
Popo (Togo) le 7 de chaque mois. 

A Vanivée. 

1^ Le 2 ou le 3 de chaque mois par la Gompagnie des Ghar- 
geurs-Réunis (départ de Bordeaux le 15) ; 

2^ Le 15 de chaque mois par la Gompagnie Fraissinet 
(départ de Marseille le 25); 

3^ Du 4 au 6 de chaque mois par la voie allemande du 
Togo. 

Quelques correspondances pour l'Europe partent aussi par 
la voie de Lagos, mais les dates de départ des bateaux de 
cette ligne étant variables suivant l'intérêt du fret, cette voie 
est peu enq^runtée au départ. 



ORGANISATION DU DAHOMEY 187 

Les arrivées « voie Lagos >) sont plus importantes que les 
départs; vme g-rande partie des correspondances à destination 
du Togo arrivent par Lagos et transitent par le Dahomey. 

Le tarif des correspondances postales pour l'intérieur de la 
colonie est le même que dans la métropole. 

Télégraphes. 

Le réseau télégraphique du Dahomey a un développement 
déplus de 1.500 kilomètres. • 

Il s'étend : 1^ de Porto-Novo au Togo par Kotonou, Abo- 
mey-Calavi, Whydah, Grand-Popo, Agoué elle Togo ; 

2^ De Porto-Novo à Fada-N'Gourma où il est relié au 
réseau soudanais. Les bureaux desservis par cette deuxième 
ligne sont : Dogba, Sagon, Zagnanado, Savalou, Garnotville, 
avec prolongement sur Parakou (Borgou), Djougou, Kouandé, 
Konkobiri. Diapaga, Matiacouali et Fada (Gourma). 

3^ Deux lignes, récemment créées, relient Diapaga à Say 
(Niger), Parakou au Niger par Nikki [et Kandi, Savalou à 
Whydah par Abomey et Allada. 

Enfin, pour assurer la transmission des càblogrammes 
transitant parla voie terrestre Soudan-Dahomey, il sera néces- 
saire de doubler la ligne de Fada N*Gourma-Porto-Novo, et 
de relier le chef-lieu à Lagos par une voie aérienne^ de façon 
à faire bénéficier la colonie des taxes de transit de Lagos, 
comme elle profite déjà de celles du Togo allemand. 

Le prix des càblogrammes via Soudan ne sera plus alors 
que de 1 fr. 70 par mot; il varie actuellement entre 7 fr. 61 à 
7 fr. 95 par mot pour le tarif du câble, suivant que Ton emploie 
la voie de Bordeaux, de Barcelone ou de Malte ; il n'y aura 
par suite plus de concurrence possible. 

Actuellement le Dahomey écoule un grand nombre de trans- 
missions par la voie Soudan-Sénégal. 



188 LK DAII03IEY 

La taxe télégraphique est fixée à fr. 10 par mot avec 
minimum de 1 fr. pour les télégrammes circulant au Daho- 
mey. La taxe pour les télégrammes échangés entre le Séné- 
gal, la Guinée française, le Dahomey et la Côte d'Ivoire et réci- 
proquement, est fixée à fr. 20 par mot avec minimum de 1 fr. 

La taxe des télégrammes à destination de Togo est fixée à 
fr. 25 par mot, sans minimum. 

TÉLÉPIIOXES 

Le réseau téléphonique est limité actuellement aux seuls 
bureaux de Porto-Novo, Kotonou, Abomey-Calavi, Whydah, 
Grand-Popo et Sagon. 

La taxe est fixée à fr. SO par 5 minutes de conversation. 

Le réseau téléphonique urbain de la ville de Porto-Novo 
va recevoir un commencement d'exécution; le matériel est en 
partie arrivé dans la colonie. 

LIGNES SOUS-MARINES 

La colonie est reliée par Kotonou à Accra (Côte-d'Or) et à 
Sao-Thomé et Libreville (Gabon) par le cable sous-marin 
appartenant à la West African Télégraph Company. 

Les càblogrammes à destination de Tétranger sont déposés 
et taxés aux bureaux télégraphiques de la colonie qui les font 
parvenir à la station de Kotonou. 

COLIS POSTAUX 

Le service des colis postaux sans déclaration de valeur et 
du poids maximum de 5 kilogrannnes existe entre la colonie 
et l'extérieur. 

La taxe à payer pour raffranchissement est de 'î francs, 
(non compris le droit de timbre). 

La limite des dimensions est de m. (iO; seuls les colis 



OHGAMSATION DU DAHOMEY 189 

fusils peuvent atteindre une longueur maxima de m. 80, 
mais leur volume ne peut excéder la limite imposée aux autres 
colis. 

Cette limite de volume est de 25 décimètres cubes. 

Travaux publics. 

Le service des travaux publics de la colonie est dirigé par 
un conducteur principal, chef de service, secondé par vm 
conducteur de 3*^ classe, trois commis, un comptable et deux 
surveillants. 

Ce personnel est chargé de la construction et de l'entretien 
des bâtiments coloniaux, ainsi que des travaux de voirie 
à effectuer dans le Bas-Dahomej où le terrain est 23lat 
et dépourvu d'accidents. Le chef de service a aussi la haute 
direction de tous les travaux et chantiers de la colonie. 

Au point de vue administratif le service des travaux publics 
est placé dans les attributions du secrétaire général. 

Flottille. 

Le service local de la colonie possède, depuis le l"'" janvier 
1896, une flottille composée de <( VOnyx », canonnière à faible 
tirant d'eau du type Yarrow; de (( V Ambre », petite chaloupe 
à marche rapide, et de la <( Mascotte », ancienne chaloupe de 
la direction d'artillerie de Kotonou. 

Ces chaloupes servent au transport des courriers, des 
troupes, du personnel et du matériel du service local. 

Deux mécaniciens européens sont chargés de la direction et 
de l'entretien courant de ces chaloupes. 

Les grosses réparations sont faites par le service des tra- 
vaux publics. 



190 LE DAHOMEY 

La colonie possède é<^alenieiit trois dragues qui sont cons- 
tamment en service dans le lac Nokoué ou dans les chenaux 
du Toché, d'Awansouri, de Godomey ou d'Abomey-Galavi 
dont elles améliorent les passes. 

Ports et rades. 

La police des ports et rades de la colonie est rég-lementée 
par un arrêté local du 24 août 1894 qui détermine en même 
temps les attributions du lieutenant de port de Kotonou. 

Ce dernier a sous ses ordres les maîtres déport, patrons et 
canotiers, et son autorité s'exerce sur les capitaines, maîtres 
ou patrons des navires du commerce mouillés sur rade. 

11 est le maître absolu du port et des rades et aucune 
manœuvre ne doit s'y faire sans son autorisation. 

Service de Santé. 

Le service de Santé est dirigé au Dahomey par un médecin 
principal des colonies. 

Les établissements hospitaliers sont entièrement à la charge 
du service local, ce sont : 

\^ Lliopital de Porto-Novo ; 

2^ L'ambulance de Kolonou ; 

3** L'ambulance de Parakou, dans le Haut-Dahomev; 

4'^ Les ambulances de Whydah et de Grand-Poj)o. 

Le service est assuré dans ces divers postes par des méde- 
cins coloniaux assistés d'inlirmicrs européens et indigènes. 

L'hôpital de Porto-Novo seul possède des sœurs liospita- 
lières. 

Le prix de la journée d'hôpital est le suivant : 

12 fr. pour les officiers ; 



ORGAMSATlOiX DU DAH031EY 



191 



8 fr. pour les sous-ofticiers ; 

4 fr. pour les soldats. 

Le médecin en chef de Porto-Novo est aussi directeur de la 
Santé ; il assure avec ses adjoints, dans leurs résidences 
respectives, la visite de la patente des navires ainsi que Tob- 
servation des règlements de police sanitaire. 




Le Secrétariat général à Porto-Novo. 



Un comité dhyg-iène existe également dans la colonie afin 
de veiller à l'examen des questions intéressant la salubrité 
publique. 

Dans les ports de Porto-Novo, Kotonou et Grand-Pop o est 
aussi institué un conseil sanitaire composé de fonctionnaires, 
du médecin et d'habitants notables. 



192 LE DAHOMEY 

Dans leurs résidences, les médecins sont charités de la 
vaccination et de la délivrance des médicaments, sauf cepen- 
dant à Porto-Novo où se trouve un pharmacien. 

Chaque poste de la colonie j^pssède une petite pharmacie 
dont les approvisionnements sont fréquemment renouvelés, 
ainsi que des notices résumant les symptômes des principales 
maladies du i^ays et la manière de les traiter. 

Œuvre des tombes. — Le chef du service de Santé est 
aussi président du comité de l'OEuvre des tombes au Daho- 
mey. 

Fondée depuis le 5 décembre 1890, cette œuvre recueille 
les souscriptions et dons volontaires faits dans la colonie pour 
l'entretien des tombes de nos fonctionnaires et soldats, et 
veille à leur judicieux emploi. 

Justice. 

Le service de la Justice a été définitivement organisé dans 
la colonie du Dahomey par le décret en date du 26 juillet 1894, 

Deux justices de paix à compétence étendue sont instituées 
à Porto-Novo et à Whydah. 

Les fonctions de juge de paix, de greffier et d'huissier 
sont remplies par des officiers, fonctionnaires ou agents dési- 
gnés par le gouverneur. 

Les fonctions du ministère public sont remplies par le 
commissaire de police ou, à défaut, par un fonctionnaire dési- 
gné par le gouverneur. 

Les greffiers remplissent, en outre des attributs de leur 
charge, les fonctions de notaire. 

Les tribunaux de paix de Porto-Xovo et de \\ hydidi 
connaissent : 

i" En premier et dernier ressort de toutes les alï'aires attri- 



ORGANISATION DU DAHOMEY 193 

buées aux juges de paix en France, de toutes les actions per- 
sonnelles et immobilières jusqu'à 100 francs de revenu ; 

2^ En premier ressort seulement, et à charge d'appel 
devant le conseil d'appel de toutes les autres ail'aires. 

En matière commerciale, leur compétence est celle des tri- 
bunaux de commerce de la métropole. 

Indépendamment des fonctions départies aux juges de paix 
parle code civil, le code de procédure civile et le code de com- 
merce, les juges de paix de Porto-Novo et de ^^hydah ont les 
attributions dévolues aux présidents des tribunaux de première 
instance. 

Ils surveillent spécialement l'administration des successions 
vacantes. 

L'appel des jugements rendus par les tribunaux de paix du 
Dahomey est porté devant un conseil d'appel siégeant au chef- 
lieu et composé du gouverneur ou de son délégué, président, 
et de deux assesseurs choisis au commencement de chaque 
année, par le gouverneur, parmi les fonctionnaires ou officiers 
en service dans la colonie. 

Ce conseil d'appel, constitué en tribunal criminel, connaît 
des crimes commis sur le territoire de la colonie et de toutes 
les alTaires qui sont déférées en France aux cours d'assises. 

Les juges de paix remplissent alors les fonctions de magis- 
trat instructeur. 

Les décisions du tribunal criminel ne sont pas sujettes à 
appel ; elles sont susceptibles seulement de recours en cassa- 
tion. 

Les administrateurs, résidents et chefs de poste sont officiers 
de police judiciaire, et comme tels ils peuvent procéder à l'ar- 
restation du délinquant en cas de crime ou de flagrant délit 
et se livrer à Finstruction de l'affaire. 

Les juridictions indigènes existant dans la colonie avant 

Le Dahomey. \?, 



194 LE DAn03IEY 

notre occupation sont maintenues, tant pour le jugement des 
affaires civiles entre indigènes que pour la poursuite des 
contraventions et délits commis par ceux-ci envers leurs 
congénères. 

Mais les indigènes peuvent toujours saisir de leurs procès 
les tribunaux français. 

Les fonctions d'officier de l'état civil sont remplies au chef- 
lieu du gouvernement par le secrétaire général, et dans les 
cercles par les administrateurs, résidents ou chefs de poste. 

Des peines disciplinaires peuvent aussi être prononcées par 
les administrateurs contre les indigènes non citoyens français, 
mais elles ne peuvent, en aucun cas, excéder huit jours de 
j)rison et 50 francs d'amende. 

Par décision spéciale du gouverneur, motivée par un rapport 
de l'administrateur, ces peines disciplinaires peuvent être 
portées à quinze jours de prison et 100 francs d'amende au 
maximum. 

Ces amendes sont intégralement versées au Trésor. 

Instruction publique. 

Cette question difficile a été résolue en partie par l'admi- 
nistration locale malgré la superstition et l'inertie des indi- 
gènes qui paraissaient rebelles à l'instruction. 

Des écoles mixtes de garçons et de lilles ont été établies 
dans les centres importants de la colonie, à Porto-Xovo,. 
Kotonou, Whydah, Grand-Popo, Agoué, Abomey-Galavi, 
Kétou, Abomey, Zagnanado, Parakou et Péréré-Nikki. Chaque 
poste de la colonie a en outre une petite école française. 

Des primes sont attribuées aux interprètes en service cU^ns, 
l'intérieur qui parviennent, avec l'appui des administrateurs 



ORGAiMSATlOM DU DAHOMEY 



m\ 



et résidents, à réunir un certain nombre d'élèves dans les 
écoles des postes. 

Quoique depuis lono-temps nos missionnaires et nos sœurs 
fussent établis sur la ccMe des Esclaves, les écoles qu'ils avaient 
fondées étaient peu fréquentées et, par suite, la langue fran- 
çaise peu répandue dans ces contrées. On y parlait seulement 




La Douane à Porto-Novo. 



l'anglais et un peu de portugais. Cependant aujourd'hui les 
écoles religieuses commencent k obtenir des résultats satisfai- 
sants ; il est vrai que l'administration ne cesse de les encou- 
rager par des subventions en argent et des concessions de toutes 
sortes. Le Comité de l'Alliance française présidé par M. Victor 
Ballot, gouverneur, fait fréquemment des dons de livies à 
toutes les écoles de la colonie. 



19() LK DAHOMEY 

Ces écoles sont tenues par les Missions catholiques de Lvon ; 
elles sont bien plus fréquentées que les écoles diri^-ées par 
les missions vesle venues de Londres qui cherchent à leur faire 
concurrence. 

Dans le Nord, au Gourma, les Pères blancs font un vis^ou- 
reux effort pour coml^attre la propagande musulmane et pro- 
pager la langue et l'influence françaises dans toute cette région 
C[ue nous n'occupons que depuis 1897. Quelques écoles ont 
déjà été ouvertes par nos interprètes, et tout fait espérer que 
l'avenir sera fructueux. 

A Porto-NoYO est instituée une Commission permanente de 
l'Instruction publique chargée de l'inspection des écoles et de 
Tétude de toutes les questions pouvant intéresser l'instruction 
publique au Dahomey. 

Troupes. 

Les troupes blanches et noires de la Marine qui avaient pris 
part à la conquête du Dahomey, furent peu à peu rapatriées soit 
au Sénégal, soit en France, et remplacées dans leurs garni- 
sons par des gardes indigènes de la colonie. 

Comme troupes régulières il n'existe actuellement au Daho- 
mey qu'une compagnie de tirailleurs sénégalais, dont le dépôt 
est au Sénégal. 

Cette compagnie comprend 150 liommes placés sous le 
commandement d'un capitaine qui est en même temps rési- 
dent du cercle du Moyen-Niger. Il hal)ite Kandi, chef-lieu de 
la région. 

Il a sous ses ordres deux lieutenants (h)nt l'un rési(h^ à 
Dosso, sur la rive gauche du Niger. 



OHGANlSATlOiN DU DAHOMEY 197 



Garde indigène du Bénin. 

Cette garde, recrutée par voie (rengag-ements volontaires 
ou de rengagements, parmi les Européens et les indigènes 
résidant sur le territoire français du Bénin, est spécialement 
airectée aux services suivants : 

l*' Garde des résidences ; 

2" Garde des postes de douane ; 

3^ Garde des prisons ; 

4^ Garde des édifices publics ; 

5^ Service des courriers officiels ; 

6*^ Service des renseignements politi([ues ; 

7^ Poursuite et arrestation des malfaiteurs ; 

8« Escorte de transports par terre et par eau. 

C'est une force de police essentiellement civile, complètement 
entretenue par la colonie et qui est à la disposition des admi- 
nistrateurs et résidents sous la haute autorité du Gouverneur 
de la colonie. 

En cas de guerre ou de rébellion, la garde indigène peut 
être mobilisée en tout ou partie. Elle passe alors sous les 
ordres de Tautorité militaire. Un arrêté spécial du gouverneur 
fixerait alors les cas et les conditions de cette mobilisation. 

La garde indigène se compose de 4 compagnies, à elfectif 
variable suivant les besoins et les ressources budsrétaires de la 
colonie. 

Ces compagnies sont commandées par des inspecteurs, des 
gardes principaux, des brigadiers et des sous-brigadiers. 

L'uniforme des gardes est copié sur celui des zouaves, sauf 
c{ue les tresses et soutaches sont vertes au lieu d'être rouges. 

La petite tenue comporte une vareuse du modèle de l'infan- 



198 LE DAHOMEY 

terie de marine, un pantalon à la turque en coutil gris et la 
chéchia. 

La garde indigène est armée du fusil modèle 1874 transformé. 

Police. 



La police générale est exercée au Dahomey par un commis- 
saire de police, secondé par quatre adjudants de police euro- 
péens et indigènes, avant sous leurs ordres 6 brigadiers, 
7 sous-brigadiers et 37 gardes de police indigènes. 

Ce i^ersonnel est réparti entre les villes de Porto-Novo, 
Kotonou, Whydah, Grand-Popo et Agoué. 

Il est chargé de la police administrative et judiciaire ; de la 
surveillance des cafés, cabarets, débits de boissons ; de la voirie 
et de tout ce qui intéresse la sécurité publique. 

Le personnel de la police est placé, sous le rapport du 
recrutement, de l'administration et de la discipline, dans les 
attributions du secrétaire général. 

Le commissaire de police qui réside à Porto-Novo exerce 
la police administrative sous les ordres du secrétaire général, 
et la police judiciaire sous les ordres du juge de paix à com- 
pétence étendue. 

Les adjudants de police ont les mêmes attributions que le 
commissaire de police dans les villes où ils exercent ; ils sont 
placés sous l'autorité directe des administrateurs. 

Les gradés portent la tenue du cadre de la garde indigène, 
sauf que le pantalon est bleu foncé ; les gardes revêtent une 
blouse et un pantalon en toile bleue, une calotte rouge. 

Ils sont ai'més d'un sabre-baïonnette avec ceinturon en cuir 
noir. 

Malgré cette fail)Ie force de ])olice, il règne une sécurité 
parfaite au Dahomey, tant au point de vue de la sûreté des 



ORGANISATION DU DAHOMEY 



11)9 



personnes qui est absolue, que des vols qui y soûl relative- 
ment rares. Cet heureux état de choses est dû à l'entente qui 
règne partout entre la police et les chefs indigènes qui lui 
prêtent en toutes circonstances un concours dévoué. 

Imprimerie du Gouvernement. 

Une imprimerie officielle fonctionne à Porto-Novo depuis la 
fin de l'année 1889. En même temps qu'elle assure le tirage 
du Journal Officiel de la Colonie^ dont le premier numéro a 
paru le 1^^ janvier 1890, elle établit tous les imprimés néces- 
saires à l'administration locale et exécute les travaux qui lui 
sont confiés par les particuliers. Un atelier spécial de reliure 
lui est annexé. 

L'imprimerie est dirigée par un chef d'imprimerie de pre- 
mière classe, secondé par un ouvrier typographe européen et 
par divers employés indigènes pris sur place et formés par 
elle. 




200 LE DAHOMEY 

MISSIONS D'EXPLORATION 

ET PRISE DE POSSESSION DE LHINTERLAND 
DU DAHOMEY 



Avant la conquête, le territoire du Dahomey, sauf le littoral, 
était peu connu. Quelques négociants ou officiers européens 
étaient bien montés parfois jusqu'à Abomey, sur l'invitation 
du roi; d'autres avaient essayé de remonter pendant quelques 
mill s le cours de rOuémé, mais la baisse des eaux et l'hosti- 
lité des riverains soumis au Dahomey les obligeaient à rebrous- 
ser chemin, sous peine d'être emmenés en captivité dans la 
capitale. 

Après la défaite de Béhanzin, on ne connaissait du pays 
que les levés topog-raphiques exécutés à la hâte par les offi- 
ciers du corps expéditionnaire. 

A la fin de 1892, le Gouvernement avait song-é à confier au 
capitaine Bing-er la mission d'explorer l 'arrière-pays du Daho- 
mey. M. Bing-er fît à cette occasion un travail préparât cure 
des plus intéressants ; mais il était tout désig^né pour adminis- 
trer la colonie de Grand-Bassam qu'une org-anisation nouvelle 
avait rendu indépendante de la Guinée française. 

Dans le courant de l'année 1893, le commandant Decœur, 
de l'artillerie de marine, avait commencé à parcourir toute la 
rég-ion du Ilaut-Mono jusqu'au pays des Baribas, accompag^né 
du lieutenant Baud, de l'infanterie de marine. ^lais la saison 
étant trop avancée, il dut rentrer en France et remettre à 
Tannée suivante la suite de ses explorations. 

En juillet 1894, quand M. Ballot eut rejoint son poste de 



ORGANISATION DU IJAIIOMEY 201 

gouverneur de la colonie, il résolut de remédier à ce manque 
de renseignements géographiques sur les régions nouvellement 
conquises qu'il avait à administrer. 

D'un autre côté, tout en s 'occupant actiA ement de l'organi- 
sation et de l'administration de la colonie, M. Victor Ballot 
ne voulait pas négliger son expansion territoriale, surtout 
qu'il était urgent de mettre son hinterland sous notre domi- 
nation, afin de le soustraire aux ardentes convoitises de nos 
voisins du Togo et de Lagos qui, à l'époque, préparaient la 
mise en route de deux missions, l'une allemande dirigée par 
le docteur Gruner, l'autre anglaise commandée par le capitaine 
Lugard. 

Nos rivaux avaient tout intérêt à nous devancer sur le Niger 
de façon à nous intercepter toute jonction du Dahomey avec 
le Soudan, et s'ils avaient réussi, le Dahomey n'était plus 
pour nous qu'une simple enclave côtière, puisque aux termes 
des dernières conventions passées avec l'Allemagne et F/Vn- 
gleterre, notre sphère d'influence sur les territoires situés au 
nord du Dahomey devait s'arrêter au 9*' degré. 

Mais Anglais et Allemands, en fomentant leur projet, 
n'avaient pas compté sur la perspicacité du gouverneur. 

Avant son départ de Paris, M. Ballot avait arrêté, d'accord 
avec M. Delcassé, alors ministre des Colonies, le programme 
des explorations à entreprendre. Il reçut comme instruction 
formelle du Ministre de devancer, par tous les moyens pos- 
sibles, nos rivaux qui menaçaient le Gourma et le Borgou, de 
manière à nous réserver, avec la plus grande étendue de ter- 
ritoire, le libre accès au Niger. 

Grâce à l'habileté et à la diligence du gouverneur, la réussite 
du plan dont le ministre lui avait confié l'exécution eut lieu 
avec un entier succès. Dans ce but M. Ballot avait préparé à 
la hâte deux missions, l'une dont il prit le commandement en 



202 lp: daiio.mey 

personne, et l'autre dont il cqnfîa la direction au commandant 
Decœur. 

Les deux missions quittèrent Porto-Xovo ensemble, mais 
nous les suivrons Tune après l'autre dans leurs pérégrinations. 




Première mission du gouverneur Ballot. 
Fondation du poste de Carnotville 

{'26 août au '28 octobre 1894). 

Cette mission se composait de : 

MM. le colonel Nény, de l'infanterie de marine, comman- 
dant supérieur des troupes ; 

Capitaine d'artillerie Mounier, chef du bureau militaire du 
gouvernement ; 

Deville, administrateur colonial ; 

Xavier Béraud, interprète principal. 

L'escorte était composée de 25 gardes indigènes commandés 
par l'inspecteur Achille Béraud, elle convoi de 80 porteurs. 

La mission s'embarquait le 20 août sur une canonnière 
remorquant deux grandes pirogues. 11 en fut de même pour 
la mission du commandant Decœur. 

Les canonnières arrivèrent le soir même à Dogba, le 27 à 



ORGAMSATIOiN DU DAHOMEY 203 

Sag-on et le 28 août elles débarquèrent leur personnel et le 
matériel des deux missions à Ouémétou. 

La mission Ballot se dirigea alors sur Zagnanadoet Abomey 
où elle arriva le 29 août, pendant que la mission Decœur restait 
à Agony. Le 30 elle séjourna dans la capitale, revint le 31 à 
Zagnanado d'où elle partit le 2 septeml^re pour les Dhassas et 
Savé où elle devait se rencontrer avec la mission Decœur le 
7 ou le 8 septembre. 

La mission du gouverneur coucha le même soir à Gahingon, 
elle était le 3 à Kétou, où elle fit séjour le 4 ; le 5 elle arriva 
à Agony-Pao, le 6 à la rivière Ocpala, le 7 à la rivière Bessi, 
le 8 à Savé où elle retrouve le commandant Decœur avec une 
partie de sa mission, le reste ayant été dirigé sur Savalou 
avec le lieutenant Baud pour s'y réapprovisionner. 

Le gouverneur reste le 9 à Savé, passe le 40 à Kaboua, le 
lia Kokoro, le 12 à Ouessé, le 13 à Vossa, le 14 à Dadjo où 
il rejoint de nouveau la mission Decœur. 

Laissant dans ce a illage une partie de son convoi, M. Ballot 
traverse le 15 la rivière Bido et arrive enfin le 16 septembre 
dans le village d'Agbassa. En raison de sa situation remar- 
quable et de sa proximité des routes conduisant aux grands 
centres du Haut-Pays, le gouverneur établit dans ce village 
notre premier poste d'occupation et lui donna le nom de 
Carnotville. 

Le 17 septembre la mission redescend à Dadjo, le 18 elle 
franchit l'Ouémé, le 19 elle atteint Diagbalo après avoir tra- 
versé rOdouo, arrive le 20 à Agoua,le 21 à Kokoboa, le 22 à 
Savalou où M. Mounier, adjoint des affaires indigènes, venait 
de faire construire en quelques jours la résidence dont il fut le 
premier titulaire. 

La mission séjourne dans ce poste le 23 et en profite pour 
reconnaître le cours de l'Agbado. Elle en repart le 24 et va 
coucher sur les bords du Zou. 



204 LK DAI1031EY 

Le 25 septembre, la mission oblique vers l'ouest et se dirige 
sur Djalloukou; elle y arrive le même jour et le roi lui fait 
un cordial accueil. 

Le 26 septembre elle atteint les bords du Kouffo, le 27 elle 
arrive à Djidja et le 28 à Abomey où elle fait séjour jusqu'au 
J^i' octobre inclus. 

Le 2 octobre la mission repart vers l'ouest et arrive à Tado 
où elle séjourne le 4 octobre. Le o elle passe à Toune et campe 
à Ounbénié, le 6 elle est h Topli, où elle fait séjour le len- 
demain. 

Le 8 la mission est à Alfagnon où elle reste un jour, elle 
reprend sa marche le 10 et arrive le \\ à Agoué sur la côte. 

Le gouverneur profite de son séjour pour inspecter les postes 
de douane de la frontière allemande ; le 14 il se rend à Grand- 
Popoet y demeure jusqu'au 19 pour régler dille rentes affaires : 
du 20 au 23 il reste à ^^^hydah, en repart le 24 pour Allada. 
qu'il quitte le 2() pour Al)omey-Calavi. Le 27 la mission cou- 
chait k Godomey et le 28 elle atteignait Kotonou où l'Opale 
l'attendait pour la transporter k Porto-Xovo où elle débar- 
quait le même jour. 

Le but de cette première mission du gouverneur était de 
mettre en route la mission Decœur et de lui assurer sa sub- 
sistance par la concentration d'importants approvisionnements 
de vivres dans les postes de Savalou et de Carnotville. 

En même temps, ce voyage permit au gouverneur de se 
rendre compte de la situation générale des pays nouvellement 
soumis k notre influence dans le nord de la colonie ; il en pro- 
fita pour rassurer les populations noires en leur con(irm;int hi 
chute du tyran d' Abomey, k laquelle personne ne voulait 
encore croire. 



ORGANISATION DU DAHOMEY 205 

Missions du commandant Decœur et du 
lieutenant Baud 

{Du % août 1894 riu W mars 1895). 

La mission du commandant Decœur se composait de : 

MM. Baud, lieutenant d'infanterie de marine, second; docteur 
Danjou, médecin aide-major de 1^*^ classe; Molex, secrétaire; 
de Portzamparc, lieutenant aux tirailleurs haoussas, com- 
mandant l'escorte ; Varg-oz, sous-lieutenant aux tirailleurs séné- 
galais ; d'Auriac, inspecteur de la g-arde indigène. 50 tirail- 
leurs sénégalais, 50 tirailleurs haoussas et 50 gardes indigènes 
formaient l'escorte. 

Le convoi était de 250 porteurs. 

Cette mission se mit en route avec la mission Ballot, qu'elle 
quitta au point de débarquement pour rester à Agonv, et 
qu'elle retrouva successivement à Savé le 8 septembre et à 
Dadjo le 14, comme il a été dit plus haut. 

Pendant son passage à Grand-Popo, au retour de sa mission, 
M. le gouverneur Ballot avait profité de son séjour pour 
rendre visite au gouverneur allemand du Togo. Ce dernier lui 
apprit qu'un officier allemand, M. Polekowski, venait de quit- 
ter Petit-Popo le 1 i octobre pour se rendre à Misahohé et 
Krathyé avec 100 miliciens et un convoi important. Cet offi- 
cier devait attendre dans ce dernier poste l'arrivée du docteur 
Gruner. 

Le but apparent de cette mission était de visiter l'arrière- 
pays de la colonie allemande, mais son but réel était d'at- 
teindre le Niger entre Goml^a et Sav. 

Le gouverneur avait immédiatement informé le commandant 
Decœur de la gravité de la situation en lui prescrivant de se 
hâter. 



206 l.E DAH03IEY 

La mission Decœur était à cette époque (15 octobre) revenue 
aux environs de Garnotville et perdait un temps précieux dans 
les environs de Bédou, Blé et de Manig-ri. C'est avec les chefs 
de ces villages qu'elle conclut des traités inutiles qui par- 
vinrent à M. Ballot le 24 octobre. Depuis cette époque, le 
gouverneur fut longtemps sans recevoir aucune nouvelle de la 
mission. 

De Garnotville la mission se dirigea, par Coda et Alafîa, 
sur Sazon, où elle arriva le 19 octobre. Le commandant vou- 
lait traiter avec le roi du Gambari, capitale Parakou. Le chef 
de Sazon lit bon accueil à la mission et parut d'abord assez 
disposé à signer un traité au nom du roi de Parakou qu'il 
remplaçait, mais le lendemain il fît des objections et voulut 
prolonger inutilement les négociations. Le commandant décida 
de rétrograder vers le sud et de se rendre dans la région de 
Bassila, ville assez importante qu'assiégeait alors Acpaki, roi 
de Parakou; il revint à Carnotville par la même route, traversa 
l'Ouémé et se retrouva le 29 octobre à Manigri. 

De ce village il avait l'intention, au lieu de marcher direc- 
tement sur Nikki, de se diriger sur Kirikri, Aledjo, Séméré 
et, de ce point, de suivre ensuite la route déjà explorée par 
Wolf en 1889 jusqu'à Nikki, en passant par Ouangara, 
Bariéma, Bori, M'Dali, Tébo, Borou, Peréré et Doroukpara. 

Le 4 novembre, le commandant Decœur fut mis en présence 
d' Acpaki et lui proposa de faire un traité de protectorat. Il 
lui conseilla en même temps de faire avec Bassila une paix 
honorable, Acpaki ne voulut pas se prononcer de suite, mais, 
le soir, il alla voirie commandant avec deux de ses conseillers, 
lui déclara qu'il ne pouvait rentrer à Parakou sans avoir pris 
Bassila, et signa avec lui un traité de protectorat ([ui nous 
donnait l'arrière-pays dahoméen jusqu'à 9" 30'. 

Sur ces entrefaites, M. le gouverneur Ballot avait reçu des 



ORGANISATION DU DAHOMEY 207 

renseignements de Lagos, lui signalant la marche vers Nikki 
du capitaine anglais Lugard, qui avait quitté Ibadan le 5 sep- 
tembre, se dirigeant vers le pays des Baribas, afin d'y devan- 
cer la mission française. 

En présence de l'inaction de la mission Decœur, le gouver- 
neur mit immédiatement en route M. Alby, administrateur 
colonial, chef du service des affaires indigènes du Dahomey, 




{Phot. de M. Brot.) 

Baribas travaillant au tracé d'une route 
entre Parakou et Carnotville. 

avec mission de rejoindre par les moyens les plus rapides le 
commandant Decœur, de le tenir au courant des progrès des 
Anglais et des Allemands, et surtout de l'inviter à hâter sa 
marche en avant sur Nikki d'abord, pour y devancer le capitaine 
Lugard, et ensuite sur le Mossi pour y devancer la mission 
Gruner. 



208 LE DAHOMEY 

M. Alby c[uitta Porto-Novo le 7 novembre 189 i et réussit 
h informer par lettre M. Decœur de la marche des Anglais sur 
Nikki. Rejoint à Manigri par le lieutenant Baud, le comman- 
ndant Decœur et toute la mission se mirent en route le 
8 novembre, et passèrent successivement à Kékélé, Pénésoulou, 
Pélala, Tankoni, Parataou, Alédjo et Séméré où ils arrivèrent 
le 13 novem])re, au lieu de marcher directement et précipi- 
tamment sur Nikki, comme Tordre en avait été donné par le 
Gouverneur, par l'intermédiaire de M. Alby. 

Après avoir traité à Séméré, le Commandant passa à Ouan- 
gara, à N'Dali, où il retrouva la toml^e de l'explorateur Wolf 
k laquelle il fît mettre un entourage et une croix, et arriva le 
25 novembre à Nikki. 

Là, il apprenait que des Anglais arrivant du Niger Amenaient 
de séjourner à Nikki ; c'était la mission du capitaine Lugard 
qui avait devancé la sienne de quelques jours. Mais les Anglais, 
heureusement, n'avaient pu voir le roi et s'étaient contentés 
de signer un traité avec l'iman des musulmans. 

Néanmoins le commandant Decœur concluait le 26 novembre 
un traité régulier avec le roi de Nikki ; ce traité plaçait le Bor- 
gou sous le |)rotectorat de la France. 

Au lieu de continuer sa route vers le Niger, le commandant 
Decœur crut devoir encore rétrograder sur Garnotville, sous 
prétexte de réapprovisionner sa colonne. 11 arriva dans ce 
poste le 10 décembre. 

A peine était-il parti de Nikki, qu'il rencontrait, arrivant 
de Porto-Novo et de Garnotville, M. Albj qui venait de par- 
courir 600 kilomètres en 22 jours. Après s'être ravitaillé à 
Garnotville, la mission Decoeur repartit de cette ville le 
19 décembre, pour exécuter la deuxième partie de son pro- 
gramme. 

Elle se dirigea directement sur Ouangara, Knuandé et 
Makka. où elle arriva le 31 décembre. 



ORGAMSATION DL' DAHOMEY 209 

En cours de route, elle éprouva certaines clitlicultés avec 
les chefs des villages de Birni et de Kouandé, qui, trois ans 
auparavant, avaient fermé les chemins au lieutenant allemand 
Kling-, venu de Salaga pour reprendre la suite de la mission 
^^'olf et pour tenter de ramener à la côte le corps de son com- 
patriote inhumé à M'Dali. Quelques conversations dissipèrent 
les appréhensions des chefs, et la mission parvint sans 
encombre à Makka. 

Là elle se divisa en deux parties. Le commandant Decœur 
charjj-ea son second, le lieutenant Baud, de gagner Say sur le 
Niger par le chemin le plus court. M. Baud avait avec lui le 
lieutenant Vargoz, 25 Sénégalais et 75 porteurs, emportant 
60 jours de vivres. Le commandant se dirigea sur Sansanné- 
Mango, accompagné du lieutenant Vermeersch, qui venait de 
remplacer le lieutenant de Portzamparc malade et de M. Molex^ 
en traversant des pays complètement sauvages, où les indi- 
gènes sont entièrement nus. Ils ne trouvèrent sur la route que 
deux agglomérations, Ouavo et Makeri, dont les chefs consen- 
tirent à traiter. 

A Sansanné-Mango, où la mission arrive le G janvier 1895, 
le chef déclare qu'il avait traité, six mois auparavant, avec un 
oiïicier indigène de la colonie anglaise de la Cote d'Or, le capi- 
taine Fergusson. Il montra en effet le texte d'un document auto- 
graphié qui était un simple traité de commerce et d'amitié passé 
au nom du gouvernement de la reine et dans lequel était insérée 
une clause en vertu de laquelle le chef s'interdisait de placer 
son pays sous le protectorat d'aucune puissance européenne. 

Le commandant Decœur resta trois jours à Sansanné-Mango 
qu'il quitta le 9 janvier pour continuer sa route au nord à 
travers le Gourma, en essayant de distancer le second du doc- 
teur Gruner, le lieutenant allemand de Karnap, lancé en avant 
par son chef. Malheureusement il s'éloignait de Sansanné- 

Le Dahoitu'ij. 14 



210 LE DAHOMEY 

Mango sans avoir traité avec le chef. La mission arriva à 
Pélélé, premier village du pays de Gourma, dont la capitale 
Noung-ou ou Fada N 'Gourma est éloignée d'environ 150 kilo- 
mètres au nord. Au moment où la mission quittait le village, 
renvoyant en arrière le docteur Danjou et les malades, on vit 
arriver le lieutenant allemand de Karnap, parti à la hâte de 
Sansanné-Mango, où le docteur Gruner, assisté du docteur 
Dering, était arrivé le soir même du départ du commandant 
Decœur et avait signé avec le chef un traité plaçant la région 
sous le protectorat allemand. 

Le lieutenant de Karnap, après une entrevue très courtoise 
avec les membres de la mission française, partit rapidement 
pour le nord, voulant, grâce à son faible convoi de 20 hommes, 
arriver à distancer notre mission, obligée à une marche plus 
lente à cause de ses approvisionnements. 

Le lieutenant de Karnap allait vers Say et s'arrêta à Pâma, 
où il signa un traité le 14 janvier. Puis apprenant que le chef 
de Pâma n'était pas le vrai roi du Gourma, il continua sa 
route au nord sur Nando, qu'il supposait être la capitale de ce 
pays. Le roi de Nando étant à Kankantchari, il alla ïy trou- 
ver, lui fit signer un traité et attendit dans ce village l'arrivée 
du docteur Gruner. Mais au lieu de son chef, ce fut le com- 
mandant Decœur qu'il vit arriver. 

Ce dernier, arrivé à Pâma quelques heures après le lieute- 
nant de Karnap, reçut du chef du village communication d'un 
papier que l'officier allemand lui avait remis en lui disant de 
le communiquer aux « blancs » qui viendraient après lui. Ce 
papier, écrit en arabe, portait une note écrite en français, 
disant que le lieutenant de Karnap avait j)ris possession de 
Pâma au nom de l'empereur d'Allemagne. Mais le comman- 
dant Decœur apprit du chef de Pâma qu'il n'avait signé ni 
approuvé aucun traité de protectorat, et, de plus, (pi'il n'était 



ORGANISATION DU DAHOMEY 2H 

qu\in chef de village dépendant du roi résidant à Noungou et 
qui commande tout le Gourma. 

Aussi, pendant que Tofficier allemand continuait sa route 
vers Sav, le commandant Decœur, certain que le lieutenant Baud 
arriverait le premier dans cette ville, se dirigea rapidement 
vers Noung-ou ; il parcourut en trois jours les 140 kilomètres 
qui séparent Pâma de Noungou, trouva le roi Bantchandé 
d'autant plus disposé à traiter avec le chef de la mission fran- 
çaise, qu'il était menacé sur ses frontières septentrionales par 
les bandes de notre vieil adversaire Ahmadou, réfugiées dans 
le Libtako, et qu'il n'ignorait pas que c'étaient les Français 
qui avaient chassé Ahmadou deNioro, deSégouet de Macina. 
C'est le 20 janvier 1895 que ce traité fut signé. 
Le commandant Decœur quitta Noungou le 23 janvier pour 
continuer sa route par Nando sur Say. Il continua à traverser 
le pays de Gourma complètement inconnu, et retrouva à Kan- 
kantchari le lieutenant de Karnap qui attendait ses compa- 
gnons venant à petites journées. 

Trois heures après l'arrivée de la mission française, l'officier 
allemand arbora sur la case du chef le pavillon impérial. Le 
commandant Decœur, s'appuyant sur le traité conclu avec le 
roi du Gourma, dont font partie les villages parcourus depuis 
Pélélé par la mission allemande, rédigea une protestation 
qu'il remit personnellement au lieutenant de Karnap. Celui- 
ci, en prenant le document, se borna à répondre que toute 
difficulté serait réglée entre les deux gouvernements. La mis- 
sion française quitta immédiatement Kankantchari et, au vil- 
lage de Boti, situé èi 00 kilomètres au nord-est, le comman- 
dant Decœur trouva chez le chef, qui est de race peuhle et 
complètement indépendant, un traité de protectorat conclu 
c[uelques jours auparavant par le lieutenant Baud. Les deux 
missions se rejoignirent à Say le 31 janvier, soit exactement 



212 LE DAH03IKY 

un mois après leur séparation. Le lieutenant Baud était ins- 
tallé à Say depuis le 25 janvier. 

Ce dernier, en quittant Makka, aurait voulu aller au nord- 
est par la route des caravanes qui aboutit à llo. mais 
ses g-uides le firent monter beaucoup plus au nord, pour abou- 
tir finalement à Boti et à Say. Après avoir passé ses traités 
avec les chefs de Kodjar et Sanssarg-a, villag-es indépendants 
placés sur la frontière orientale du Gourma, il laissa à Kodjar 
le lieutenant Varg-oz avec la plus grande partie du matériel. 

Il est à remarquer que, dans leur marche, les deux missions 
françaises ont complètement enserré la mission du lieutenant 
de Karnap, qui s'est trouvée devancée, au surplus, dans sa 
marche sur le Nig-er. 11 ne faut pas oublier non plus ({ue lal- 
many de Say avait, en 1891, sig^néun traité avec le lieutenant- 
colonel Monteil, traité qui consacrait tous nos droits sur le 
Moyen-Niger et qui fut renouvelé par le lieutenant Baud. 

Le 4 février, toute la mission quitte Say ; le commandant 
Decœur descendit la rive droite du Niger, complètement 
inconnue; le lieutenant Baud alla à Kodjar retrouver le lieute- 
nant Vargoz et le reste de sa mission, avant de rejoindre le 
chef de l'expédition. 

Des traités furent conclus avec tous les chefs des villages 
23euhls qui sont situés entre Say et Bikini. 

Entre Bikini et Gomba, le pays s'appelle Dendi ; il est riche 
et très peuplé. Tous les villages sont fortifiés et habités par 
des populations fétichistes. 

Les indigènes furent tout d'abord très tranquilles, mais ils 
se concentrèrent près du village de Tombouttou, où ils atta- 
quèrent à coups de flèches la mission arrêtée pour prendre son 
repas. En quelques instants, il y eut deux morts et sept 
blessés; la petite troupe était fort heureusement disposée en 
carré ; quehpies feux de salve eurent raison des assaillants, 



ORGANISATION DL' DAHOMEY 



213 



qui prirent la fuite. Le lieutenant J^>au(l, qui passa dans le pays 
quelques jours après, A-it les chefs venir lui faire leur soumis- 
sion et lui demander, par l'intermédiaire de leur roi, résidant 
à Mala, de vouloir bien leur accorder un traité. Le comman- 
dant Decœur traita de même avec le chef de Ilo. 




{Phot. (le M. Brol.) 



Kay. 



La case du Résident. 



De Gomba à Koundji, on retrouve des Peuhls. C'est dans 
ce dernier village que le lieutenant Baud rejoi^j^nit la partie 
principale de la mission (26 février). 

Après Koundji la mission traversa Gébé, puis le pays de 
Boussa ; dans cette ville, la mission apprit le passa^^e récent 
de M. Ballot, gouverneur, venu de Nikki pour reconnaître le 
pays situé entre le Bariba et le Niger. 



214 LE DAHOMEY 

Le commandant Decœiir et ses compa*^nons continuèrent à 
redescendre la rive droite du g-rand fleuve, jusqu'à ce qu'ils 
eussent rencontré une trace de l'occupation an<j^laise. C'est au 
village de Léaba qu'ils constatèrent l'existence d'une facto- 
rerie de la Royal Niger Company, gérée par un noir de Sierra- 
Leone. 

De Léaba, le commandant Decœur revint à Carnotville en 
passant par Kayoma et en suivant, à partir de ce village, un 
itinéraire entièrement nouveau , passant par Beregourou, 
Seroupara et Chaource, dépendants du chef de Parakou. 

Le 20 mars, toute la mission était à Carnotville. Là, confor- 
mément aux instructions venues de Paris, le commandant 
Decœur revint en France, laissant au lieutenant Baud le com- 
mandement de la mission, dont l'escorte fut réduite à oO 
hommes, placés sous le commandement du lieutenant 
Vermeersch. 

Le commandant Decœur s'est embarqué à Kotonou le 13 
avril, après huit mois de voyages ininterrompus, au cours 
desquels il a relevé 1.200 kilomètres d'itinéraires entièrement 
nouveaux, notamment le cours du Niger entre Say et Gomba. 




Deuxième mission du Gouverneur Ballot 
à Nikki et au Niger 

[Du iS janvier au 11 mars 1895). 

Inquiet à juste titre des progrès des Anglais et des Alle- 
mands, désolé de savoir que le commandant Decœur n'était 



ORGANISATION DU DAHOMEY 215 

arrivé à Nikki qu'après le capitaine Liigard, M. Ballot résolut de 
partir lui-même pour le Haut-Pays, afin de suivre de plus près 
la marche des missions et de pouvoir mieux les dirig'er et les 
seconder au besoin. 

Le Bas-Dahomey était tranquille. La création des postes 
permanents de Kétou, Dadjo, Badagba, Ag-oua et Garnotville, 
ainsi que l'installation définitive des résidents de Savalou, de 
Sag-on et d'Athiémé avaient prouvé aux indigènes notre 
intention bien arrêtée d'organiser et de pacifier leur pays. 

Rien ne s'opposait donc au départ du gouverneur pour l'ex- 
trême nord de la colonie. 

M. Ballot partit de Porto-Novo le 27 décembre 1894, et 
après avoir passé par Abomey-Calavi pour y organiser et 
mettre en route la mission Toutée qui arrivait de France, il 
continvia sa route sur Abomey, où il parvint le 1'^'' janvier 1895. 
Il arriva à Savalou le 6 et à Garnotville le 1 1 . Après avoir 
envoyé des instructions aux missions Decœur, Baud et Toutée, 
et organisé la mission Albj^, dont il sera parlé plus loin, le 
gouverneur prépara son départ pour Nikki, capitale du Borgou. 
Il voulait s'assurer par lui-même de l'existence et de la valeur 
des traités passés par la Compagnie Royale du Niger avec les 
chefs des provinces du Niger. Il voulait aussi étudier de près 
le Borgou et le Boussang, pays jusqu'alors inexplorés. 

M. Ballot partit de Garnotville le 13 janvier, accompagné, 
comme lors de son premier voyage, du capitaine Mounier, de 
l'administrateur Deville et de l'interprète principal Xavier 
Béraud. Son escorte se composait de 25 tirailleurs sénégalais, 
commandés par le sous-lieutenant indigène Macodou M' Baye? 
et de 50 gardes civils, sous les ordres de l'inspecteur Achille 
Béraud. Deux cents porteurs, recrutés à Porto-Novo et à Al)o- 
mey , constituaient le convoi. 

Le 14 la mission était à Halafîa, le 15 à Senou, le 16 à Para- 



216 LE DAHOMEY 

koii, le 17 à la rivière Pésida, le 18 à Guinaj^ouroii et k 
Schori, le 19 à Péréré et le 20 à Xikki. 

A Nikki, M. Ballot put constater l'existence du traité signé 
en novembre 1894 par le capitaine Lugard avec Tinian des 
musulmans de cette ville; mais le roi lui affirma que cette con- 
vention avait été passée k son insu et qu'il refusait de la recon- 
naître. Le gouverneur obtint du roi un acte authenticrue désa- 



& 



iqi 



vouant le traité Lugard. 

Le 22 janvier, la mission quittait Nikki pour entrer dans le 
pays inexploré qui de cette ville s'étend jusqu'au Niger. 

Le 23, elle passait k Yassikérah et Bétay, le 25 k Kayoma, 
le 27 k Ouaoua où elle reconnaît le cours de l'Oly, le princi- 
pal affluent de la rive droite du Niger ; le 29 janvier la mission 
arrivait k Boussa. 

Les chefs des villages du Boussanget du Borgou, que la mis- 
sion venait de parcourir, pratiquent en grand l'exploitation des 
caravanes qui osent s'aventurer dans leur pays, et le ran- 
çonnage des voyageurs forme le plus clair de leur commerce 
et de leurs revenus. 

Mais grâce k son escorte et k l'énergie de son chef, la mission 
Ballot put traverser ces pays de bandits, sans avoir été rançon- 
née et sans avoir eu une seule fois k faire usage d*^ ses armes. 

A Boussa, le roi montra k M. Ballot deux traités : l'un du 
10 novembre 188o, pour le compte de la v( National african 
Company limited »; l'autre du 20 janvier 1890, signé par un 
agent de la « Royal Niger Company ». Ce dernier acte assu- 
rait k cette compagnie anglaise le monopole commercial du 
Boussang. 

Après un repos de quelques jours k Boussa, M. Ballot en 
repart le '11 janvier, ensuivant un autre itinéraire qu'k l'aller ; 
il passe k Zali le l*^'" février, k Louma le 2, k Goubli le 3, k 
(ialondji le i, k Yagbassou le 5, k Pagnian et Dékala le G, k 
Péhangou k^, 7, k Sakîimandji et k Nikki le 8. 



ORGANISATION DU DAHOMEY 217 

A partir de ce point, la mission reprend la même route qu'à 
son arrivée; elle passe le 9 à Sia, le 10 à Ourobérou, le 11 et 
le 12 elle fait séjour k Schori, le 13 elle passe à Guina^^ourou, 
le 1 4 k Bégourou pour arriver le 15 février k Parakou. 

A son passag-e k Garnotville, le gouverneur envoya chez les 
Kodokolis le capitaine Mounier, qui signa le 24 février un traité 
avec le chef de ce pays. En même temps, l'administrateur Deville 
reçut l'ordre de pousser jusqu'k Kandi où il conclut, le 8 mars, 
un traité de protectorat avec le chef de cette province du 
Borgou. 

Le 11 mars 1895, le gouverneur rentrait k Porto-Xovo. 

Les documents géographiques et les rapports politiques 
que M. Ballot rapporta de sa mission sur les bords du grand 
fleuve offrirent le plus vif intérêt et furent très appréciés lors 
du règlement du litige pendant, dans la boucle du Niger, 
entre les diverses puissances européennes qui prétendaient 
réserver à leur influence ces régions nouvellement explorées. 

On peut en conclure que M. Ballot est, non seulement un gou- 
verneur d'élite, mais encore un explorateur remarquable et qu'il 
fut l'âme de toutes les explorations françaises de la boucle du 
Niger. 




218 LE DAHOMEY 

Mission de l'administrateur principal Alby 

{Du i 5 janvier i 895 au o1 mars 1895). 

M. Ballot, craignant que la mission Decœur, insuffisam- 
ment renseignée sur la marche des missions anglaise et alle- 
mande, n'obtînt pas assez rapidement tous les résultats que 
l'on espérait, avait résolu de la faire doubler, indépendamment 
du voyage qu'il ferait lui-même au Niger, par l'administrateur 
principal Alby, de retour de Nikki au mois de décembre 1894. 

Ce dernier devait rechercher le commandant Decœur et le 
lieutenant Baud dans la direction de Sansanné-Mango, et 
communiquer au commandant les ordres du Ministre prescri- 
vant son retour à la côte et la remise du commandement de la 
mission au lieutenant Baud. 11 devait ensuite remonter jusqu'à 
Ouagadougou, capitale du Mossi, et passer un traité avec le 
chef de ce pays, de manière à relier le Dahomey au Soudan 
français, en passant parle Kaarga et le Gambakha, et en reve- 
nant, si possible, parla capitale du Gourma. 

M. Alby repartit de Garnotville le 15 janvier; il avait avec 
lui 14 gardes indigènes et 50 porteurs. Il passa par Djougou, 
Ouangara, Birni, Kouandé, où il séjourna du 19 au 21 janvier. 
Le 27, il arrivait à Sansanné-Mango, mais il n'y retrouva pas 
le commandant Decœur qui se dirigeait aussi vite que pos- 
sible sur Say en essayant de distancer le lieutenant de Kar- 
nap. 

Le capitaine Fergusson avait signé avec le chef de Sansanné- 
Mango un traité de commerce et d'amitié en août 1894 pour 
le compte du gouvernement anglais de la Cote d'Or. Dans ce 
traité, le chef s'engageait à ne conclure aucune autre conven- 
tion avec une puissance européenne sans en référer au préa- 
lable au gouverneur anglais. 



ORGAMSATION DU DAHOMEY 



219 



Le commandant Decœur, sur le vu de ce papier, ne crut pas 
devoir conclure de nouvel arrangement. 

Mais la mission allemande qui avait précédé celle de 
M. Alby ne pensa pas de même, et elle passa avec le chef de 
Sansanné-Mang-o un traité de protectorat. Dans ces conditions, 
M. Alby estima qu'il n'y avait pas de motif pour qu'il agît 
autrement et traita lui aussi avec le chef, ce qui fait que 
trois grandes puissances européennes purent prétendre à des 
droits politiques sur Sansanné-Mango, qui compte de 15 à 
20.000 habitants, et qui est un centre commercial important 
dans cette région. Malheureusement, le traité Alby était pos- 
térieur au traité allemand. 

De Sansanné-Mango qu'il quitta le 29 janvier, M. Alby 
essaya de gagner Ouagadougou aussi rapidement que possible, 
par une route directe encore inconnue. 

Il passe par Borgou, Pougno, Djébiga (1'^'" février), Découi, 
Sanka, traverse le Yaviga, le Boussangsi et entre sur le terri- 
toire du Mossi le 4 février. Il continue par les villages de Bani, 
Tingourkou (7 février), Béri, Boussourima (U février) et Kon- 
bitchiri. 

Malheureusement le sultan de Ouagadougou fut prévenu 
de son arrivée et lui interdit l'entrée de cette ville. M. Alby 
dut par suite séjourner pendant treize jours à Boussourima, à 
un jour de marche de la capitale. Il envoya fréquemment des 
messagers au roi, qui les reçut fort bien, mais n'accorda pas 
l'autorisation demandée. Après avoir vainement essayé à plu- 
sieurs reprises de passer outre à cette défense, M. Alby pro- 
fita de son séjour forcé pour explorer le pays et se mettre en 
rapport avec divers chefs du Mossi. 

Il quitte Boussourima le 24 février. 

M. Alby se proposait de redescendre par Noungou (Fada 
N'Gourma) et, en second lieu, de trouver une route directe de 



220 



I.E DAHOMEY 



cette ville à Pâma ou Kouandé, mais il dut renoncer à ce pro- 
jet. Il fut obli^^é, par suite des troubles qui existaient alors 
entre le Mossi et le Gourma, de reprendre son premier itiné- 
raire et de repasser par Tin^^ourkou d'où il j^agna Pâma qu'il 
atteignit le 8 mars. 

Il arriva le 14 à Konkobiri, puis continua sa route par 
Kombogou, Firou, Lambouti, Kouandé, Djougou, Ouari, 
Garnotville (22 mars) et Abomey où il entra le 31 mars. 

M. Alby avait ainsi brillamment accompli sa mission 
en traitant, au sud du Gourma, avec les chefs des petits 
pays qui jalonnent la route allant du Haut-Dahomev au Mossi. 




Mission des lieutenants Baud et Vermeersch. 
du Dahomey à la Côte d'Ivoire par Kong 

{Du% mars 1895 nu I'2jum 1895). 

La mission Decœur fut disloquée à Garnotville le 20 mars 
1895. Sans prendre un repos cependant bien mérité, le lieute- 
nand Baud en repartit le 26 mars, assisté du lieutenant Ver- 
meersch, chef de Pescorte. Gonformément aux instructions 
données par M. Ballot, il allait compléter les explorations de 
la région de l'ouest, et contourner par le nord les territoires 
du Togoland et de la colonie anglaise de la Gôte d'Or, pour 



ORGANISATION DU DAHOMKV 221 

rejoindre par Kong-, Grand Bassani de notre colonie de la Cote 
d'Ivoire. 

Le lieutenant Baud quitta Carnotville avec oO tirailleurs et 
50 porteurs, se diri*i,eant au nord-ouest, vers Sansanné- 
Mango. 

A Kirikri, premier centre important traversé, les deux otTi- 
ciers conclurent avec le chef un traité de protectorat. 

De Kirikri, la mission g'agna Bafîlo j^ar une route qui tra- 
verse une chaîne montagneuse de 1.000 à 1.200 mètrespar un 
col de 800 mètres. La mission arriva à Bafilo le 3 avril. La 
population est de 20.000 habitants. Le chef de Bafilo n'ayant 
traité avec aucun Européen, le lieutenant Baud passa avec lui 
un traité de protectorat. Le chef, comme celui de Kirikri, 
demandait l'installation d'un poste militaire pour tenir en res- 
pect les Catîris, population sauvage habitant la région monta- 
gneuse voisine. 

De Bafilo par le village de Dako, la'mission traversa le pays 
désolé des Cafîris, où Ton trouve difficilement de l'eau. Les 
indigènes tentèrent de s'opposer à la marche du lieutenant 
Baud, mais leurs manifestations restèrent vaines. On passa 
sans encombre, et les cadeaux apaisèrent le courroux des plus 
farouches Cafîris. 

Le 12 avril, la mission parvint à Sansanné-Mango. C'est un 
centre qui ne manque pas d'autorités ; il y en a quatre : le roi, 
qui règne sans gouverner; le daoudou, qui gouverne ; Timan, 
qui conseille, et Tieba, le fils de l'ancien roi, qui contemple 
les trois autres. 

Conformément au traité conclu par l'administrateur Alby, 
avec ces chefs, le lieutenant Baud se mit en mesure de rem- 
plir les promesses faites par ses prédécesseurs. Cela surprit 
considérablement les gens du pays de le voir remplir les 
engagements pris par un autre. Ces chefs n'avaient pas tant de 



222 LE DAHOMEY 

scrupules, car ils avaient traité en août 1894 avec le mulâtre 
Fergusson, agent anglais; en février 1895, avec le lieutenant 
allemand de Karnap, et quel(|ues jours après avec l'adminis- 
trateur français Alby. 

M. Baud ne s'attarda pas à Sansanné-Mango ; le 18 avril, il 
atteignait Gambakka. Continuant aussitôt sa marche, il visi- 
tait successivement Liaba et Oua dans le Gourounsi, Bouna 
dans le royaume de ce nom. Dans cette dernière ville, appre- 
nant que les troupes de Samory interceptaient les communi- 
cations avec le pays de Kong, il résolut de descendre à la 
côte par le Barabo et l'Indénié, en suivant la rive gauche de 
la Gomoé. Il traversa ainsi le Bondoukou et atteignit Nasian le 
15 mai, Kouroupa le 17, Assikasso le 30, Zaranou le 4 juin, 
Bettié le 8, et arriva enfin à Grand-Bassam le 12 juin, après 
avoir parcouru en 77 jours 1.500 kilomètres dans une région 
à peine explorée et avoir signé, avec les chefs des pays tra- 
versés, de nombreux traités nous en assurant le protectorat. 

Les résultats géographiques de ce magnifique voyage furent 
considérables, et la jonction complète entre la colonie du Daho- 
mey, d'une part avec la côte d'Ivoire et de l'autre avec le 
Soudan, fut assurée. 

Aussi la croix de la Légion d'honneur et les galons de capi- 
taine vinrent, peu après son retour, récompenser la vaillante 
et patriotique ardeur du lieutenant Baud. 




ORGANISATION DU DAHOMEY 223 



Mission du commandant Toutée 
(1894-1895). 

M. Toutée avait reçu du Ministère des Affaires étrangères 
pour mission de remonter le Niger en bateau et d'at- 
teindre Tombouctou en traversant les rapides de Boussa. 
Des difficultés d'ordre diplomatique l'ayant empêché de 
remonter le grand fleuve dans la partie de son cours comprise 
dans la sphère d'influence anglaise, il se décida à emprunter 
la voie de terre en passant par le Dahomey. 

Le commandant Toutée partit avec le lieutenant Targe, le 
sous-lieutenant de Pas et l'adjudant Doux à la fin de décembre 
1894. 

Il passe àTchaourou par Zagnanado et Savé. De là, tournant 
droit à l'est, il arriva à Tchaki dans les premiers jours de 
février. 

M. Toutée traita avec le chef et, un peu plus loin, avec 
celui de Kitchi, et il atteint le J5 février Badjibo sur le Niger. 
Ayant constaté que ce point n'avait pas été occupé par les 
Anglais et qu'aucun bateau à vapeur n'y était venu depuis sept 
ans, il y fonda en conséquence un fort auquel il donna le nom 
d'Aremberg, 

Après avoir redescendu le fleuve et s'être assuré que l'oc- 
cupation anglaise ne commençait réellement qu'à Egga (270 
kilomètres au sud de Badjibo) le commandant Toutée se décida 
à remonter le fleuve en pagayant et partit le 25 mars en lais- 
sant un poste à Aremberg. 

Il franchit d'abord les rapides de Boussa, auprès desquels 
se noya Mungo-Park en 1808, après avoir rencontré à Léaba 



224 LE DAHOMEY 

un simple noir, se disant représentant de la Royale Nig-er 
Compagnie, qui voulut lui créer des ditïicultés. 

Puis il atteignit Boussa, Ilo et Say, déjà explorées par les 
missions Ballot et Decœur, et continua son voyage jusqu'à Gao 
dans une embarcation indigène, à peine escortée de quelques 
tirailleurs et laptots. 

Craignant d'être empêché de pousser jusqu'à Tombouctou 
par les bandes de Touareg-s qui parcouraient le pays, et 
dépourvu du reste de ressources, il se décida alors à redes- 
cendre le fleuve. 

En résumé, les missions Ballot, Decœur, Baud, Alby et 
Toutée, par les traités qu'elles ont passé avec les rois de 
Nikki, du Gourma, de Kouandé, Sansanné-Mango, Ouangara, 
Say, Ilo, Bikini, etc., nous ont donné sur nos rivaux des droits 
incontestables. 

Ces actes furent très bien accueillis en France, mais il n'en 
fut pas de même à l'étranger, surtout en Angleterre, où la 
presse se montra fort agressive contre nos explorateurs. 

Anglais et Allemands s'efforcèrent de prouver que nos traités 
n'étaient que de simples chiffons de papier, sans valeur aucune, 
tandis que les leurs, écrits en arabe, étaient les seuls bons. 

Ce qu'ils omettaient de dire, c'est que maintes fois, pour 
vaincre la résistance des autorités indigènes, ils employaient 
les menaces quand, après les promesses et les cadeaux, les 
chefs de villages hésitaient encore à signer des conventions 
dont souvent ils ignoraient la valeur. 

En faisant signer dans de telles conditions par ses missions 
des traités à tous les sultans, rois et chefs de villages rencon- 
trés sur leurs roules, chaque nation put faire une al)ondante 
moisson de ces papiers. 

Rentrées en Europe, les diverses missions étaient d'autant 
plus enchantées du résultat de leur campagne que chacune 



ORGANISATION DU DAII03IEY 



225 



d'elles était persuadée que ses traités seuls étaient valables et 
que ceux de ses rivaux n'avaient aucune valeur. 
' Afin de sauvegarder nos droits, des négociations furent 
engagées avec l'Angleterre vers la fin de 1895 et avec TAUe- 
magne au commencement de 1896 pour arriver à éclaircir les 
droits respectifs des deux nations. 




{Pliol. (h- M. Drot.) 
Un Peuhl des environs de Parakou. 



Les négociations duraient depuis plusieurs mois sans avoir 
encore pu aboutir, par suite des prétentions exagérées de nos 
rivaux, lorsque le bruit courut en Europe que pendant que la 
France négociait loyalement, ses rivaux commençaient à occu- 
per elFectivement les pays contestés de façon à nous placer 
en présence d'un fait accompli, contre lequel toutes nos pro- 
testations ne sauraient prévaloir. 

Le Dahomey. 15 



226 LE DAHOMEY 

L'éveil fut donné en avril 1896 par un télégramme venu de 
Brass signalant que le roi du Borgou maintenait avec fermeté 
le traité qu'il a signé en 1890 avec les Anglais, et qu'il refu- 
sait formellement de conclure des traités avec les missions 
des autres nations. 

Le télégramme ajoutait que la Compagnie royale du Niger 
avait établi des stations militaires sur plusieurs points du 
royaume du Borgou et du pays d'ilorin, à l'ouest du Niger. 

L'opportunité avec laquelle cette dépêche arrivait pour ten- 
ter d'influer sur les négociations actuellement engagées entre la 
France et l'Angleterre, au sujet de la délimitation du Bas- 
Niger, prouvait que la Compagnie du Niger s'efforçait de 
détruire l'œuvre considérable accomplie par les missions fran- 
çaises. 

Quelques mois après, aucune entente n'ayant pu intervenir, 
les négociations étaient interrompues entre les deux nations. 

Missions Bretonne! et Baud (1896-1897). 

Pour défendre nos droits contestés à la fois au Mossi et sur 
le Niger, le gouvernement français conçut le plan d'occuper 
effectivement les territoires que nous revendiquions en faisant 
partir du Dahomey deux missions qui s'avançant vers le nord, 
pour ainsi dire en éventail, iraient, l'une sur le Niger pour s'y 
établir, l'autre dans le Mossi pour prendre contact avec la 
mission des lieutenants Voulet et Chanoine, à nos avant- 
postes du Soudan français. 

Les deux missions furent placées sous la haute direction de 
M. Ballot, gouverneur du Dahomey, et furent confiées par 
lui : 

La première, au lieutenant de vaisseau Bretonne! ; la 
seconde, au capitaine Baud, de l'infanterie de marine. 



ORGANISATION DU DAHOMEY 227 



MISSION BRETON NET 

Parti de Carnotville le 28 décembre 1896. accompa«^né de 
MM. Garron et Garrérot, inspecteurs de la garde indigène, de 
de Bernis, maréchal des logis de spahis, de 50 gardes indigènes 
et 100 tirailleurs auxiliaires sénégalais, le lieutenant de vais- 
seau Bretonnet se rendit d'abord à Kandi. Le 20 janvier il 
arriva à Ilo où il laissa comme résident l'inspecteur Garrérot, 
et le 4 février il parvint à Boussa. 

Dans le courant du mois de mars, avant appris qu'un chef 
compétiteur du roi de Boussa se dirigeait en armes sur cette 
ville, Bretonnet marcha à sa rencontre et le mit en déroute 
près de Zali. 

Quelque temps après, ayant reçu des renforts, il se dirigea 
sur Ouaoua, où étaient concentrées les forces du chef rebelle 
et emporta cette ville d'assaut le 14 avril. La mission revint 
ensuite à Boussa d'où elle remonta vers le nord, laissant 
M. Garron, résident de France à Boussa. 

Au retour, elle eut une deuxième affaire du coté de Kandi 
où s'étaient concentrés les rebelles réunis à Yagbassou, après 
la prise de Ouaoua. 

Le 6 juillet, Bretonnet vint à Ilo; il en repartit le 22 et 
revint à Boussa où M. Garron, serré de près, avait dû livrer 
combat. 

Le roi de Kayoma, menacé par des Baribas révoltés contre 
son autorité, ayant fait demander des secours à M. Bretonnet, 
celui-ci lui envoya MM. Garron et Garrérot qui dégagèrent 
la ville où ce dernier resta comme résident. 

Peu après les Baribas s'étaient de nouveau concentrés dans 
les environs de Yagbassou et menaçaient Kayoma. Bretonnet 
se rendit dans cette ville et après avoir essayé une tentative 



228 LE DAHOMEY 

de conciliation qui ne réussit j)a.s, il se porta rapidement sur 
le village de More, très fortifié, où 1 .oOO hommes se trouvaient 
retranchés. Il donna un assaut qui réussit complètement, mais 
nialheureusement M. Garrérot fut blessé mortellement par une 
flèche empoisonnée. 

Le lendemain la mission livra un nouveau combat à Borou. 
Ce fut le dernier, et les Baribas terrifiés cessèrent dès lors 
toute résistance. 

En résumé, nous étions installés sur toute la rive droite du 
Niger, du pays de Say à Boussa, et sur la ligne Boussa- 
Kayoma-Kissi au 9^ degré. 

Par suite de l'hostilité croissante des Baribas, M. Ballot 
avait dû faire renforcer la mission Bretonnet, et ce fut le 
lieutenant Brot qui fut chargé de lui amener 60 hommes. 

11 quitta Porto-Novo le 24 août 1897 et devait, coûte que 
coûte, rejoindre le commandant Bretonnet, alors sur le Niger. 

En cours de route, à llesha, la petite troupe fut assaillie 
par plusieurs milliers de Baribas provenant des villages voi- 
sins; mais elle supporta vaillamment le choc de l'enneuii 
qu'elle réussit k mettre en déroute après lui avoir infligé de 
grosses pertes. Quinze de ses hommes furent mis hors de 
combat, et, quoique atteint grièvement de trois flèches empoi- 
sonnées, le lieutenant Brot poursuivit son chemin et réussit à 
rejoindre la mission Bretonnet à Kayoma le 2i septembre. 

Nommé chef de poste, M. Brot resta à Kayoma jusqu'au 
45 décembre, date k laquelle la colonne Ricourt vint relever 
la mission Bretonnet. 

3nSSI0N BAUD 

Pour comprendre le but de la mission Baud, il est néces- 
saire de dire ([uc la mission Voulet-Chanoine opérait dans le 



OllGAMSATlOM DU DAIIOMEV 229 

Mossi qu'elle avait reçu l'ordre d'occuper, après la défaite des 
partisans d'Amadou Gheikou à Bandiagara, de manière à faire 
échec aux projets des Anglais et des Allemands sur ce terri- 
toire. Les lieutenants Voulet et Chanoine entrèrent à Ouaga- 
dougou le 1^^' septembre 189G, redescendirent jusqu'à Sati, où 
ils signèrent, le 19 septembre, un traité établissant notre domi- 
nation sur le Gourma ; puis ils rentrèrent à (3uagadougou et de 
là à Bandiagara (Soudan). 

Au moment où M. Ballot, gouverneur du Dahomey, était 
à Carnotville pour mettre en route les missions Baud et Bre- 
tonnet, il apprit qu'un officier allemand, le lieutenant Von 
Sicfried, avait installé un poste à Bafilo, malgré le traité signé 
avec nous par le roi de cette ville et la présence d'une garnison 
française. 

M. Ballot, en compagnie du capitaine Baud^ se rendit aus- 
sitôt à Balîlo. Il fit réunir une assemblée du roi et des notables 
qui reconnurent la fausseté du traité que nous opposaient les 
Allemands et nous assurèrent de leur fidélité ; le roi intima 
l'ordre à la garnison allemande de se retirer et le gouverneur 
installa à Bafilo une nouvelle ijarnison de 23 hommes. 

La mission Baud quitta Bafilo le 6 janvier 1897. 

Après avoir mis MM. Baud et Vermeersch en route vers le 
nord, M. Ballot se rendit à Kirikri où il trouva la même situa- 
tion qu'à Bafilo. Depuis le matin, le lieutenant Gomte de Zech 
y avait établi une garnison d'une quarantaine de miliciens 
allemands, quoiqu'une garnison française y fût installée depuis 
plus de 18 mois. En réponse à une protestation de M. Ballot, 
M. de Zech répondit que cette occupation était fondée sur un 
traité passé depuis longtemps avec le roi de Sogaday, sou- 
verain des chefs de Bafilo et de Kirikri. 

Le gouverneur fît également réunir les chefs qui reconnurent 
que Kirikri et Bafdo sont indépendants et avaient le droit de 



230 



LE DAHOMEY 



sig-ner des traités exclusifs avec la France. Le comte de Zech 
n'en ré^^ondit pas moins qu'if agissait d'après les ordres de 
son gouvernement, et il déclara qu'il allait demander des 
instructions, mais qu'il faisait toutes réserves. 

Pendant ce temps, le capitaine Baud, après avoir installé 
des postes à Dako et à Kountoun, continuait sa route sur Fada 




(P/io/. (le M. Drot.) 
La Place du Marché à Kayoma (Borgou.) 



N'Gourma, résidence du roi Bantchandé, où il arrivait le 
|or février. 

Il commença par aider le roi à réduire des rebelles qui 
s'étaient soulevés à Toucouna, et c'est à cette époque qu'il 
prit contact, à Tibga, avec la mission Voulet-Ghanoine. 

Les deux missions s'aidèrent quelque temps pour mettre de 
l'ordre dans le pays et consolider l'autorité de Bantchandé 



ORGANISATION DU DAHOMEY 



231 



avec lequel xVdama (Tourintouriba) que nous opposaient les 
Allemands, ne put désormais lutter, ni comme puissance ni 
surtout comme prestige. 

Il rejoignit ensuite le lieutenant allemand Thierry à Pâma 
et, en sa présence, reçut du chef du village la déclaration que 
Pâma, comme Matiacouali, dépendait du roi de Fada N'Gourma, 
ce qui annihilait complètement les effets du traité passé à 
Pâma par le lieutenant de Karnap et surtout réduisait à rien 
les prétentions du j^seudo-roi Adama. 

Sur ces entrefaites, la France et F Allemagne nommèrent 
une commission mixte chargée d'examiner les prétentions de 
ces puissances sur Farrière-pays du Dahomey et du Togo, et 
de jeter les bases d'une délimitation. Cette commission com- 
mença ses travaux le 24 mai 1897. 

MM. Lecomte, secrétaire d'ambassade, et Binger, directeur 
des Affaires d Afrique au Ministère des Colonies, qui étaient 
les négociateurs français, réussirent à nous conserver le 
Gourma et à donner à l'Allemagne Sansanné-Mango, Gambaga, 
Bafîlo, Kountoun et Kirikri et la rive droite du Mono. 

Une convention franco-allemande fut signée sur ces bases 
le 23 juillet 1897. 

Soulèvement des Baribas et annexion du royaume 
de Nikki au Dahomey. 

En août 1897, les villages baribas de Schori, Bori, Saoré, 
Bouay et Kandi s'étaient révoltés, et les postes établis sur ces 
points avaient dû se replier sur Parakou. Dans ces mêmes 
parages avait eu lieu l'assassinat de nos compatriotes Forget 
et Carré, ainsi que l'attaque de la mission Fonssagrives. On 
ne pouvait laisser plus longtemps impunis de tels attentats. 

Pour faire face aux difficultés de cette grave situation qui 



232: 



LE DAIIOIMEY 



menaçaient de compromettre les résultats si pénil^lement 
acquis, le g-ouverneur Ballot charj^ea le capitaine ^'ermee^sch 
tout d'abord de dégager Kouandé. Il y arriva le 20 août, 
accompagné de MM. de Bournazel et de la Villéon, ins- 
pecteurs de la garde indigène, Lan, garde principal, et de 
200 gardes indigènes. 

Il décima les rebelles et nomma un nouveau chef. 

Il reçut l'ordre de se replier ensuite sur Parakou où arri- 
vèrent en même temps que lui le capitaine Ganier, qui venait 
du Courma avec 40 hommes ; M. Ballot faisait dirio-er en 
même temps, de la cote sur Parakou, une compagnie de 
tirailleurs auxiliaires sénégalais et une compagnie de tirailleurs 
auxiliaires haoussas. Toutes ces troupes firent leur jonction 
le l'''" novembre, avec une précision de mouvements admirable. 

Le capitaine Ganier reçut du Gouverneur le comman- 
dement de la colonne, forte de 490 fusils, répartis en trois 
groupes commandés par les capitaines Dumoulin, Duhalde et 
Ghambert, et ayant pour chef d'état-major le capitaine Ver- 
me3rscli. L'expédition quitta Parakou le l novembre. A peine 
eut-elle dépassé le village da Bégourou qu'elle fut attaquée 
par une fraction des rebelles conq^osée des gens de Bégourou, 
Bénassi, Guinagourou et Sinagourou. Mais après une rapide 
répression les révoltés s'enfuirent à Schori où ils se concen- 
trèrent. Là s'étaient réunis les o>uerriers de Péréré, de Bornou, 
de Tébo, de Daroupara, de Ouémou et de Bori, soit au total 
environ 8.000 hommes. 

Le 5 novembre , après avoir traversé Bénassi, la colonne passa 
rOkpara et campa à la petite rivière Pésida. Elle traversa 
successivement Sinagourou et plusieurs villages peulhs, et 
Guinagourou, ville bari])a qu'elle trouva évacuée. 

Le 8 novembre^ elle se heurt \ dans la brousse aux rebelles 
partis de Guinagourou en plusieurs colonnes. La rencontre 
eut lieu dans un épais fourré, au delà des ruines de Tiare. 



ORGAMSATION DU DAHOMEY 233 

Après deux heures de combat pendant lesquelles l'ennemi 
chercha en vain à entamer le carré français, il s'enfuit dans 
une déroute complète. 

Le 9 novembre ^ la colonne traversa Schori, puis successi- 
vement Ourobérou, Kénou, Gourou, Péréré, Daroupara et Sia. 

Le 1S novembre, la colonne arrivait à Nikki. La ville était 
évacuée, un seul homme s'y trouvait, un notable musulman, 
que le roi et l'iman avaient laissé avec la mission d'entrer en 
relations avec les Français. 

Le roi de Nikki, Sirré-Torou, faisait dire par son rej^résen- 
tant qu'il était complètement étranger aux crimes que notre 
colonne venait punir, qu'il avait subi la loi de son entourage 
et qu'il désirait se rendre. 

Pendant que l'on installait le poste, le 19, Sirré-Torou venait 
se soumettre. 

Un acte constatant sa soumission et annexant son royaume 
à la colonie du Dahomey fut aussitôt dressé et signé par lui 
et par ses ministres. 

Divers vassaux, les chefs de Schori et de Dounkassa^ imi- 
tèrent son exemple, qui fut bientôt suivi par Sinaouarigui, 
grand chef de guerre, rival du roi de Kayoma, avec lequel la 
mission Bretonnet avait dû soutenir une lutte acharnée. 

Un fort fut construit à Nikki mémej et 200 hommes y prirent 
garnison. 

Le gouverneur arrivait à Nikki le 1*^^" décembre avec le chef 
de bataillon Ricourt, cpi'il nomma commandant supérieur 
des forces du Haut-Dahomey. 

Pendant que M. Ballot revenait à la côte, le commandant 
Ricourt détruisait le repaire de Bétay où les habitants avaient 
massacré le garde principal Carré, occupait Kayoma, et plaçait 
des postes le long et un peu au nord du neuvième degré, que 
les Anglais, quoi qu'on en dise, n'avaient jamais pu franchir. 



234 



LE DAHOMEY 



Ils se contentèrent de placer des postes au sud des nôtres. 
Aucune collision n'eut lieu g-râce aux ordres formels donnés 
par les deux gouvernements. 

Pendant ce temps, l'infatigable capitaine Baud recevait 
l'ordre de laisser le commandement de Fada-N'Gourma à son 
second, l'administrateur Molex, et de se replier sur la rive 




{Phot. de M. Drot.) 
Sur le Niger, entre File de Roufia et Boussa. 



droite du Niger, pour opérer sa jonction avec Bretonnet et 
consolider notre domination de Ilo à Boussa. 

L'œuvre de répression était achevée et le Borgou rentra 
dans l'ordre ; la jonction régulière du Haut-Dahomey avec le 
Moyen-Niger était assurée définitivement. 

De nouvelles négociations ayant été ouvertes entre la France 
et l'Angleterre, elles aboutirent à la signature de la conven- 
tion du 14 juin 1898 qui mit lin aux contestations qui s'étaient 



ORGANISATION DU DAHOMEY JoO 

produites entre les deux puissances pour la répartition des 
territoires du Niger. 

Ainsi se trouva définitivement accomplie par la France, 
l'occupation elfective de la boucle du Niger. 

Honneur à nos vaillants explorateurs ! 

Honneur à Tinfatigable M. Victor Ballot, Féniinent gouver- 
neur du Dahomey ! 

Après avoir été sur la brèche à Theure des combats et du 
danger, il a été l'organisateur de notre nouvelle possession, il 
a su la doter d'une administration simple et d'un budget pros- 
père. 

Quand les difficultés ont surgi avec nos voisins étrangers à 
l'ouest et à l'est, M. Ballot n'a pas hésité à faire lui-même 
œuvre d'explorateur. 

C'est ainsi qu'il a pu fournir au gouvernement métropolitain 
des documents d'une authenticité indiscutable, sur les titres 
que nous avions à opposer aux prétentions anglaises et alle- 
mandes et procéder ensuite, sans tâtonnements, à l'organisa- 
tion du réseau de postes qui nous a rendu ellectivement maîtres 
de la résrion contestée. 

Les dépenses de la mission Toutée ont été supportées inté- 
gralement par le budget local du Dahomey ainsi que celles 
des autres missions d'exploration ou de délimitation qui ont 
opéré dans la boucle du Niger de 1894 à 1900. Malgré ces 
dépenses considérables qui auraient dû rester à la charge du 
budget métropolitain, la caisse de réserve du Dahomey 
possède actuellement (juillet 1900) plus d'un million. 




236 * LE DAHOMEY 

MISSIONS DE DÉLIMITATION DU DAHOMEY 
Mission Plé (1898-1899). 

C'est le commandant James Plé, de l'infanterie de marine, 
qui fut nommé, en 189S, chef de la section française de la 
commission franco-allemande de délimitation du Dahomey 
avec le Togo. 

Il avait comme second le lieutenant de vaisseau Brisson. 

La mission française comprenait, au début, deux membres 
de plus : le médecin de marine Huelle et l'adjoint aux affaires 
indigènes Richaud, qui ont dû être rapatriés pour raisons de 
santé. 

La mission fut soumise à de dures épreuves au cours de ce 
séjour de dix mois dans la brousse, où elle eut, en particulier, 
k subir deux saisons de pluies exceptionnelles ; mais, sauf 
quelques faibles incidents, rien n'a marqué le cours des travaux. 

Les négociations qui avaient été suspendues pendant près de 
quatre mois, par suite d'une divergence d'opinions des deux com- 
missaires, venaient à peine d'être reprises, la question ayant été 
tranchée par les deux gouvernements, k l'avantage de la section 
française, que cette dernière fut de nouveau obligée d'attendre 
pendant six semaines l'arrivée du lieutenant Preil qui venait 
remplacer le docteur Rigler, astronome de la section allemande. 

Les deux sections travaillaient parallèlement depuis deux 
mois environ, lorsque, vers le mois de juillet 1898, survint la 
mort foudroyante du chef de la section allemande, le baron de 
Massow. De ce fait la marche en avant fui retardée jus([u"à la 
mi-septembre. 

A peine la commission avait-elle quitté Séméré, dans le 
Haut-Dahomey, pour poursuivre ses travaux, qu'elle était 



ORGAMSATIOiN Dl' DAHOMEY 237 

attaquée, aux environs de Lama, par les indij^"ènes qui, depuis 
loni^temps, se proposaient de lui l)arrer le passag-e. Les sec- 
tions allemande et française, réunies sous les ordres du com- 
mandant Plé, leur intlij^èrent une dure leçon. 

Après avoir fait à Bulfalo (Tog^o), un arrêt de quelques 
jours, tant pour le repos des hommes que pour l'exécution de 
reconnaissances indispensables en ral)sence de toute carte et 
de guides, les deux sections arrivaient le 20 septembre à 
Soumba, centre considérable, constitué non pas par un village 
compact, mais par une série de véritables bastions, sortes de 
blockhauss du plus curieux elfet. 

A l'approche de la commission, une partie des indigènes 
avait gag. lé la l)rousse, chassant .devant elle de magnifiques 
troupeaux. L'autre partie veillait, à portée du vilUige. 

Toute tentative d'entrée en relations fut inutile et, au bout 
de quelques jours de pourparlers, la marche en avant fut 
reprise, le 2i septembre. 

Dans deux combats acliarnés livrés à cette date, les rebelles 
perdirent plus de 250 morts laissés sur le terrain. 

Les pertes de la commission ont été insignifiantes. Les 
armes des indigènes étaient Tare et la flèche empoisonnée. 

Après quelques nouveaux combats sans importance, la marche 
en avant put enfin de nouveau se faire en toute sécurité à 
travers des régions peuplées d'indigènes al)solument inof- 
fensifs. 

Malheureusement, un autre ennemi ne tarda pas à se pré- 
senter ; car, pour se rapprocher autant que possible de lu ligne 
fictive qui, du 10'' parallèle aboutit entre Djé et Gandou, la 
commission fut obligée de traverser des zones absolument 
marécageuses où hommes et chevaux restèrent eml)ourbés des 
heures entières. 

Dans les premiei's jours d'octobre, Sansanné-Mango est 



238 LE DAII03IEY 

atteint. Cinq ou six jours après commencent les étapes avant 
pour but de fixer exactement le sentier Sansanné-Mangou- 
Borogou-Pélélé-Kolomanga (Malou^ou)-Pama, base de la 
frontière à partir de Gandou, puisque cette frontière doit lui 
être parallèle et en être distante de 30 kilomètres. 

Cette ligne fictive entre le li*' parallèle et Gandou traverse 
une zone connue des Allemands qui y ont partout planté leur 
pavillon. Le nôtre y est absolument inconnu. Elle est très 
peuplée et habitée presque exclusivement par les Barbas^ race 
superbe dont le type est, sans comparaison possible, le plus 
beau de tout le Dahomey. 

La rég-ion est riche en troupeaux. Son centre est Gouandé, 
où réside le roi des Barbas. 

Après une halte de quelques jours à Gandou, où la commis- 
sion reçoit l'hospitalité la plus cordiale du docteur Rigler, 
aujourd'hui résident de Sansanné-Mangou, la dislocation 
s'effectue. 

Partie de Gandou le 17 novembre, la section française est 
arrivée à Porto-Novo le 13 décembre 1899, en passant par 
Marka, Kouandé, Ouangara (Djougou), Savalou, Abomey, 
Allada et Abomey-Calavi, après vingt-deux jours de marche. 

Mission Grave. 

Dans le courant de l'année 1899, M. le commandant Grave 
avec M. Molex, résident du Gourma, furent chargés des opé- 
rations de délimitation de la frontière commune du Dahomey 
et du Soudan français. 

Mission Toutée (1900). 

Cette mission, chargée de fixer sur le terrain la frontière 
assignée à l'est du Dahomey parla convention franco-anglaise 



ORGANISATION DU DAHOMEY 239 

du 14 juin 1898, comprend le chef d'escadron d'artillerie 
Toutée qui la commande, le lieutenant de vaisseau Guig-ues, le 
capitaine d'artillerie Harang", l'adjudant Doux, du 58^ de ligne, 
avec une escorte de 25 tirailleurs sénégalais . 

Elle est arrivée le 17 février dernier à Porto-Novo, et se 
préparait à quitter la capitale le 2 1 pour se mettre en marche 
vers Tchaourou, où elle devait se joindre à la délégation 
anglaise et commencer ensuite, à partir du O'^ parallèle de 
latitude nord, les opérations de délimitation. 

La mission procédera d'abord, de concert avec la mission 
anglaise sous les ordres du capitaine Lang, au tracé d'une 
frontière partant du Niger, un peu au nord de Ilo, et descen- 
dant obliquement au méridien 1^ jusqu'à la rencontre de la 
démarcation du Lagos et du Dahomey, au point où le parallèle 
9° coupe la rivière Ocpara ou Nanou, au nord-est de Tchaourou, 
point de départ assigné aux deux missions. On sait que ce 
tracé laisse Nikki à la France, Boussa et Ilo à l'Angleterre. 

Elle aura ensuite à fixer l'emplacement des deux enclaves 
prévues pour servir d'entrepôts à notre commerce et d'escales à 
notre navigation, Tune sur un des bras du Delta, l'autre sur 
le moyen fleuve, entre Leaba et le confluent de la Moussa, 
petit afïïuent droit du Niger dont le bassin se déploie entre 
Kayoma et Kitchi. 




2i0 LE DAHOMEY 

HISTORIQUE DES MISSIONS RELIGIEUSES 

Avant de clore le chapitre des missions civiles et militaires, 
il nous paraîtrait injuste de ne pas faire Tliistorique des mis- 
sions religieuses qui, ]>ien long-tem^is avant nos soldats, ont 
tant contribué à notre établissement sur la cote des Esclaves. 

1° Missions catholiques. 

Les missions catholiques du Dahomey sont divisées en trois 
groupes : 

1^ Les missions situées au nord du 10*^ parallèle, qui appar- 
tiennent aux Pères blancs du Sahara et qui sont dirigées par 
Mgr Hacquard, vicaire apostolique du Sahara ; 

2" Les missions situées au sud du 10^ parallèle et à l'ouest 
de rOuémé qui relèvent de l'autorité de Tévêque de Lagos, 
vicaire apostolique du Bénin ; 

Et 3^, celles qui sont situées à Test de TOuémé, toujours 
au sud du iO*^ parallèle, qui relèvent de l'autorité du préfet 
apostolique du Dahomey dont la résidence est Agoué. 

Certains inconvénients résultant parfois de la dualité de 
direction des missions du ]3as-Dahomey, il serait préférable 
qu'elles fussent réunies sous l'autorité d'un chef unique qui 
résiderait à Porto-Novo. 

L'arrivée de missionnaires catholiques sur la côte des Esclaves 
remonte au xvu^ siècle. 

Venus à la suite des commerçants, ils tentèrent sans succès 
d'évangéliser les noirs. 

En 16G7, deux moines prêcheurs se présentèrent dans le 
royaume de Juda. Ils avaient déjà converti le roi lorsque les 



ORGANISATION DU DAH03IEY 241 

marchands d'esclaves, par crainte pour leur i<^noble trafic, 
soulevèrent les féticlieurs contre les religieux. Le peuple ameuté 
fit chasser les missionnaires qui pendant leur retour à la côte 
moururent empoisonnés. 

Quelques années plus tard, deux Jacobins subirent le même 
sort. 

Dès lors, les Français qui avaient appelé ces prêtres dans 
leurs comptoirs renoncèrent à en appeler d'autres. 

Cependant, en IGÛIK un relig'ieux Augustin essaya encore 
d'évangéliser les g-ens du royaume de Juda, mais il se rembar- 
qua presque aussitôt, découragé de ce que la parole sainte ne 
trouvait aucun écho dans le cœur des païens endurcis dans 
l'erreur et le vice. 

C'est seulement en avril 1801 que les missionnaires catho- 
liques reparurent à la côte des Esclaves. 

Un bref pontifical, en date du 2S août 1860, venait d'ériger 
le vicariat apostolique du Dahomey et le confia « aux élèves 
du séminaire des missions africaines de Lyon. » 

Trois missionnaires s'embarquèrent à Toulon le 3 janvier 
1861 pour se rendre au Dahomey. L'un d'eux mourut en mer, 
et les deux autres débarquèrent à Whydah le 18 avril 1861. 

La maison Régis, de Marseille, déjà établie dans le pays, les 
reçut avec bienveillance et facilita leur installation. 

Ils furent d'abord bien vus des autorités indigènes et purent 
commencer immédiatement leur œuvre d'évangélisation en 
s'appuyant sur un noyau d'anciens esclaves revenus du Brésil 
où ils avaient reçu le baptême et qui avaient des habitudes 
chrétiennes. 

Malheureusement cette période de tranquillité dura peu. Les 
missionnaires y subirent des tracasseries nombreuses de la 
part des autorités locales, à l'instigation de certains blancs. 
On s'en prenait surtout à leur argent. 

Le Dahomey. 16 



242 LE DAHOMEY 

En 1862, la foudre tomba sur la mission et les indigènes, 
prétendant qu'elle avait mécontenté le fétiche, lui infligèrent 
une forte amende que le Père Borghero, prêtre génois, alors 
supérieur, refusa de paver. 

Il fut jeté en prison, et n'en sortit que grâce à la maison 
Régis. 

M. Courdioux se vit expulser de la mission et dut construire 
à grands frais une seconde et coûteuse installation dans un 
terrain voisin. 

M. Cloud se vit imposer une amende de 3.000 francs parce 
qu'il ne pleuvait pas depuis quelque temps, etc. 

Malgré cela la chrétienté de Wh ydah prospérait ; elle comp- 
tait plus de 150 enfants et put, le 27 janvier 1865, ouvrir une 
école dans la mission qui venait d'être fondée à Porto-Novo. 

En octobre 1868, l'abbé Pierre Bouche fonda la mission de 
Lagos, et en 1874 la station d'Agoué. 

Déjà en 1835, existait à x\goué une chaj^elle bâtie par une 
chrétienne revenue du Brésil ; elle fut détruite par un incendie. 
Mais en 1843, un créole brésilien, Joaquin d'Almeida, arrivant 
de Bahia avec une foule d'esclaves libérés, rebâtit une autre 
chapelle qui fut terminée en 1845. 

Elle est remplacée aujourd'hui par une belle église, dont le 
clocher élevé sert de point de repère aux navigateurs. 

Depuis longtemps existe aussi une maison de sœurs à Porto- 
Novo et une à Lagos, pour Tinstruction des fdles. Celle de 
Lagos avait L50 élèves dans son école en 1873 et, à cette 
même époque, l'école des missionnaires comptait 130 garçons 
sur ses bancs. 

En ces dernières années, grâce à la protection efllcace du 
gouverneur Ballot, furent successivement créées les missions 
de Grand-Popo, de Kotonou, Zagnanado, d'Athiémé, de 
Kétou, d'Abomey-Calavi, de Péréré-Niki et de Fada- 



ORGAMSATION DU DAHOMEY 243 

N'Gourma, qui toutes sont en pleine prosjDérité et donnent 
les meilleures espérances pour l'avenir. 

L'instruction des enfants, l'exercice de la médecine, la dis- 
tribution gratuite de médicaments et de vêtements, la culture 
maraîchère, sont les principales occupations des Pères et des 
religieuses qui dépendent de la Société des Missions africaines 
de Lvon. 

Les Pères Borghéro, Chausse, Ménager, Ghautard, Bouche 
frères, Courdioux, Poirier, Pellet, Baudin, Morane, Pied, 
Beauquis, Bricet, Dorgère, qui vient de mourir si héroïque- 
ment, et bien d'autres encore appartiennent à cette coura- 
geuse confrérie dirigée avec la plus grande distinction, depuis 
de nombreuses années, par le R. Père Planque, supérieur 
général des Missions catholiques à Lyon. 

Ce sont des hommes de cœur qui ont tous largement con- 
tribué à la propagation de la langue française en Afrique, et 
les travaux littéraires laissés par quelques-uns sont remar- 
quables. 

Indépendamment de leur œuvre religieuse, les missions 
catholiques ont facilité la tâche de l'administration locale en 
lui procurant des jeunes gens sachant lire et écrire un français 
assez correct. Ils ont fait par la suite de bons interprètes et 
out pu remplir immédiatement les emplois inférieurs des 
postes, de la douane, de la police et des maisons de commerce. 

2° Missions protestantes. 

Les missions protestantes parurent pour la première fois au 
Dahomey en 1843, date à laquelle M. Freemann, envoyé par la 
Société des Missions Wesleyennes de Londres, vint voir le 
roi Ghéso à Gana et obtint de lui la permission de fonder des 
missions et des temples où bon lui semblerait. 



244 



LE DAHOMEY 



Il en créa immédiatement une à AMiydali et neuf ans plus 
tard, en 1852, deux autres à Agoué et à Grand-Popo. 

C'est en 1862 que fut fondée la mission de Porto-Xovo par 
Thomas Marshall, lils d'un féticlieur élevé à la mission de 



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Élèves de la Mission Catholique de Zagnanado. 



Badag-rv, où il s'était converti. Il resta à Porto-Novo jusqu'à 
sa mort qui survint en 1899. Il sut donner une certaine 
importance à la mission qui possède une école recevant une 
centaine d'enfants auxquels elle donne im enseignement élé- 
mentaire en français. Elle vient d'être réorganisée de façon à 
pouvoir accepter un plus f^^rand nombre d'élèves. 

Entre temps, en 1881, la mission de Whydah, persécutée 



ORGAMSATLO^ DU DAHOMEY 



245 



par le roi Glé-Glé, se dispersa, et ses membres se réfugièrent 
en g-rande partie dans celles d'Ag-oué et de Grand-Popo. 

Actuellement il y a au Dahomey trois stations principales 
et plusieurs stations secondaires. Elles sont sous la direction 
d'un pasteur français assisté de quatre pasteurs indigènes. 
Elles relèvent du synode de Lagos. 

3^ Missions musulmanes. 

Les Peulhs ont été les propagateurs actifs de l'islam parmi 
les nègres. Si les missionnaires protestants et catholiques 
arrivent par le littoral, Tislamisme pénètre au Dahomey j)ar 
l'intérieur. 

Depuis une quinzaine d'années il a pris un certain dévelop- 
pement dans le nord de nos possessions dahoméennes. Les 
adeptes du Coran sont très estimés; ils j ont plusieurs mos- 
quées et font de la propagande. Ils forment en général l'élément 
intelligent de la population. Cette infiltration s'accentue 
malgré les efforts de l'administration et des missions catho- 
liques et protestantes. 

L'islamisme a surtout été propagé par le recrutement du 
bataillon de tirailleurs haoussas, presque tous originaires de 
ribadan, du Yorouba et du Niger. 

L'halloufa est prêtre et maître d'école tout à la fois. Sa 
religion plaît aux nègres païens parce que la loi du prophète 
ne supprime ni la polygamie, ni la circoncision. Les imans 
n'interdisent pas l'usage des alcools et donnent eux-mêmes 
l'exemple de l'intempérance, La couleur du professeur étant 
la même que celle de l'élève, les concrètes prescriptions du 
Coran exercent beaucoup d'attraction sur des esprits simples, 
dont l'intelligence est très éveillée jusqu'à 14 ou lo ans, l'âge 
de puberté. 



246 LE DAHOMEY 

On compte dans la colonie près de 6.000 musulmans qui 
vivent en très bons termes avec les fétichistes. 

José Marcos, très riche négociant créole décédé l'an dernier, 
était le supérieur de la congrégation d'Islam, de Porto-Xovo. 

En résumé, les missions européennes ont eu au Dahomey 
une action bienfaisante en propageant notre langue et en nous 
faisant connaître dans ce pays où elles ont pénétré longtemps 
avant que la France y eût commencé son œuvre de paix et de 
civilisation. 

Ce sont elles qui ont provoqué en 1863 la nomination de 
notre premier consul à Whydah, et depuis cette époque elles 
n'ont jamais cessé de mettre à notre service l'influence qu'elles 
avaient su acquérir sur les indigènes. 




ORGANISATION DU DAHOMEY 



247 



Médaille commémorative de l'expédition du 
Dahomey. 

La médaille commémorative du Dahomey a été instituée le 
24 novembre 1892 par le g-ouvernement de la République 
pour les officiers, marins et soldats qui ont pris part à l'expé- 
dition du Dahomev. 





Face. 



Revers. 



Elle est en arg-ent du module de 30 millimètres. 

Elle porte d'un côté Teffig-ie de la République avec les mots : 
République française, au revers le mot : Dahomey. 

Le ruban est moitié noir, moitié jonquille, par petites raies 
verticales. 

Après la conquête du Dahomey, elle fut remplacée par la 
médaille coloniale , avec agrafe « Dahomey » pour les mili- 
taires ayant pris part à des opérations de guerre. 



Médaille coloniale. 

Le droit à l'obtention de cette médaille a été accordé au 
personnel européen, militaire et civil, de la mission conduite 
au nord du Dahomey, par M. le gouverneur Ballot, du 27 
décembre 1894 au 1''^ mars 1895. 



^48 



LE DAHOMEY 



Il en est de marne pour leâ militaires et marins ayant pris 
part aux opérations effectuées dans le Haut-Dahomey, du 
1'"'" décembre 1896 au 1 '^''janvier 1898, sous les ordres du capi- 
taine d'infanterie de marine Baud et du lieutenant de vaisseau 
Bretonnet. 




Chevalier et Officier 



La médaille coloniale vient d'être accordée dans les mêmes con- 
ditions au personnel des armées de terre et de mer (européens 
et indii^^ènes) ayant pris part aux opérations elï'ectuées sous la 
direction du chef de bataillon d'infanterie de marine Bicourt, 
dans le Haut-Dahomey, pendant la période comprise entre le 
<S novembre 1897 et le 5 février 1899. 



ORGANISATION DU DAHOMEY 249 

Ordre de l'Étoile noire du Bénin. 

Par reconnaissance pour la France, Toffa qui s'intitule, par 
la volonté de l'Etre suprême et la protection de la France, roi 
de Porto-No vo, institua, le i^^ décembre 1889, Tordre de 
FFtoile noire. 

Le ruban de cette décoration était primitivement l^leu clair 
à larges liserés rouges. 

Le gouvernement français ne reconnut pas d'abord cette 
décoration, pour plusieurs raisons dont la principale était 
motivée par la couleur rouge du ruban. 

La guerre du Dahomey fît ajourner aussi la reconnaissance 
de cet ordre. 

Le 30 août 1892, le roi TolFa en modifia les statuts et la 
couleur du ruban. 

En même temps, le gouverneur du Dahomey demanda la 
reconnaissance par le gouvernement de cette distinction hono- 
rifique destinée à récompenser les fonctionnaires et autres 
Français qui travaillent au développement de rinfluence 
française à la cote occidentale d'Afrique. 

Ces motifs firent approuver et reconnaître l'ordre de rÉtoile 
Noire, par une décision du Président du Conseil des Ministres 
en date du 30 judlet 189i. 

Les règlements de Tordre furent ceux établis par Toffa, le 
30 août 1892, en son palais de Békon. 

But. — Récompenser les services des sujets du royaume de 
Porto-Novo et ceux des Européens qui, par leur concours, ont 
donné au roi des gages de leur dévouement. 

Classes. — L'ordre est civil et militaire, et comprend : 

Des chevaliers, en nombre illimité ; 

Des officiers, au nombre de 3.000 ; 



250 



LE DAHOMEY 



Des commandeurs, 1.000; . 

Des commandem^s avec plaque, 300 ; 

Des grands-croix, 100. 

Décoration. — Le modèle de la décoration est une croix 




Commandeur. 



d'émail blanc à quatre rayons doubles, bordés de bleu, par- 
tagés entre eux par des rayons, surmontée d'une couronne 
formée de branches de chêne et de laurier. 

Au centre de cette croix : une étoile d'émail noir à cinq 
rayons simples. 



OKGAMSATION DU DAHOMEY 2ol 

La monture et les rayons de la croix sont en argent pour les 
chevaliers, en or pour les grades supérieurs. 

Le diamètre est de 45 millimètres pour les chevaliers et 
officiers, et de 62 millimètres pour les commandeurs et les 
grands-croix. 

Ruban. — Le ruban est moiré bleu clair de 40 millimètres 
de largeur pour les chevaliers et les officiers, de 45 millimètres 
pour les commandeurs, de 1 1 centimètres pour les grands-croix. 



Manière de porter la décoration. 

Les Chevaliers portent la décoration, attachée par un ruban, 
sur le côté gauche de la poitrine. 

Les Officiers la portent à la même place et avec le même 
ruban, mais en forme de rosette. 

Les Commandeurs portent la décoration en sautoir attachée 
au cou par un ruban de 45 millimètres. 

Les Commandeurs avec plaque portent, en outre, sur le côté 
droit de la poitrine une plaque diamantée tout argent, du dia- 
mètre de 90 millimètres, dont le centre représente une étoile 
d'émail noir. 

Les Grands-croix portent un ruban moiré bleu clair de 
11 centimètres de largeur, en écharpe passant sur l'épaule 
droite, au bas duquel est attachée la croix. De plus, ils portent 
la croix sur le côté gauche delà poitrine. 

Brevets. — Des brevets revêtus du sceau du roi, enregistrés 
au gouvernement de Porto-Novo et contresignés par le chef 
de la colonie française du Dahomey, sont délivrés à tous les 
membres de l'ordre nommés ou promus. 

L'ancien brevet était une belle chromolithographie, d'une 
exécution artistique soignée, comportant les armoiries du roi 



252 



LE DAHOMEY 



ïoll'a qui sont : coupe au premier : d'arg-ent k une étoile de 
sable ; au deuxième, de gueules à un léopard d'argent ram- 
pant sous un palmier du même. L'écu est surmonté d'une 
couronne royale d'or à cinq étoiles de sable, sommée d'un 
g-lobe terrestre d'or timbré d'une étoile de sable. 

Admission. — Nul Européen ne pourra être nommé ou 
promu dans l'ordre que sur la proposition du chef de la colo- 
nie française du Dahomey. 

L'ordre de l'Etoile Noire est actuellement régi par les pres- 
criptions des décrets des 23 mai 1896 et 12 janvier 1897, con- 
cernant les ordres coloniaux. 




Plaque. 




[Phnl. de M. l'Adm. Beunleley.) 
Jeune femme Mina. 



CHAPITRE V 

ETHNOGRAPHIE DES PEUPLES DU DAHOMEY 
MOEURS ET COUTUMES — RELIGION 



S031MAIKE 



Les nègres de la Côte des Esclaves. — Caractères physiques et 
moraux. — Tatouages. — Vêtements et parures. — Le costume. 

— La coiffure. — Le chapeau. — Ornements et bijoux indigènes. 

— Propreté des noirs. — Habitations. — Mobilier et ustensiles 
de ménage. — Nourriture des indigènes et préparation des ali- 
ments. — Lidustries locales et cultures. — Foires et marchés. — 
Monnaies. — Numération des noirs. — Division du temps. — 
Rôle du bâton au Dahomey. — Attributs et marques de dignité 
du roi et des cabécères. — Langues et idiomes. — La monar- 
chie au Dahomey et l'administration indigène. — Obligations 
imposées aux Européens par les autorités dahoméennes. — Etat 
social des noirs. — Le noir en famille. — Naissance. — Mariage. 

— Deuil et funérailles. — Relations sociales. — Jeux. — 
Musique. — Chants et danses. — La traite des noirs. — Les 
esclaves au Dahomey. — Religion. — Le fétichisme. — Culte 
des serpents. — Féticheurs et féticheuses. — Sacrifices humains 
et autres. — Fêtes des coutumes. 



Les nègres de la Côte des Esclaves. — Caractères 
physiques et moraux. 

Au point de vue anthropolog-ique, on peut diviser les nègres 
de la Côte des Esclaves en trois types distincts^ olTrant entre 



256 LE DAH03IEY 

eux beaucoup cranalogie quant à la constitution physique, mais 
présentant des différences notables de caractères : ce sont le 
Mina, le Dahoméen et le Nag-o. 

Mais ces trois familles se rattachent à un type uniforme : 
peau noire, chaude et luisante; crâne comprimé, front fuyant 
légèrement en arrière, nez ordinairement large et épaté, narines 
dilatées, lèvres fortes, belles dents, cheveux crépus, laineux et 
noirs, voix gutturale. 

Hommes et femmes sont de haute stature, à la charpente 
osseuse, au corps bien découplé, vigoureux, bien musclé, avec 
le cou et les épaules robustes. 

Le plus beau type de nègre est le Mina, qui est g-rand et bien 
proportionné, sa taille varie entre 1 m. 70 et! m. 80 ; ses traits 
sont réguliers, son nez est l^ien fait, son menton carré; sa phy- 
sionomie ouverte exprime Tintelligence et la bonté ; il porte de 
la barbe contrairement aux autres nègres qui en sont dépour- 
vus. Le Mina est estimé par son bon sens, sa douceur, sa bra- 
voure et sa fidélité; on le dit aussi plus rusé, plus chicaneur, 
plus nonchalant que ses congénères. 

Le Dahoméen diffère du Mina par sa taille qui est moindre, 
son visage carré, son front bas, ses yeux enfoncés, son nez plus 
épaté et sa couleur variable entre le brun marron et le rouge 
jaune ou foncé. 

Au moral, c'est le pire des nègres de la Guinée. Sa physiono- 
mie stupide et hypocrite est peu sympathique ; il est menteur et 
voleur, faux, paresseux et gonflé d'orgueil pour son pays et sa 
race. 

L'homme du peuple est totalement imberl^e. Seuls, les chefs 
dahoméens ou porto-noviens, laissent croître la barbe; ils se 
reconnaissent d'ailleurs facilement de leurs sujets par un asjiect 
généralement distingué. 

Le Dahoméen est très fier et son dédain envers le blanc est 
un des traits saillants de la fierté de sa race. 



ETIINOGRAPIIIE DES PEUPLES DU DAHOMEY 



257 



Le Nago ressemble au Dahoméen, sauf que sa taille est en 
moyenne supérieure (i m. 65 à 1 m. 73) et que sa physionomie 
plus ouverte est moins antipathique. Le Nag-o est ])on, bien- 
veillant, consciencieux, sincère et très serviable. 

Il est plus sociable que le Dahoméen et ne manque pas de 
jovialité; il est actif au travail, aux affaires; il y a dans son 
caractère de la loyauté et de la prévenance. C'est avec lui que 
les relations sont les plus faciles et les plus sûres. 

Dans l'intérieur du Dahomey, la race nèg-re est plus pure et 
plus noire que le long de la cote où les croisements avec les 
blancs lui donnent une couleur plus claire, plus rougeâtre. 

Le nègre, quoique fort, est assez maigre, il est rarement 
obèse; son tempérament, généralement alcoolique, se recon- 
naît aux filets sanguins dont se teintent les coins des yeux. 
^ Beaucoup de noirs sont marqués de la petite vérole ; ils ont 
tous bonne vue et bonnes dents; quelques-uns liment certaines 
de leurs dents par coquetterie, ce qui leur permet alors de cra- 
cher à plusieurs mètres de distance. 

. La calvitie est rare chez le nègre, à l'exception des porte- 
faix qui font reposer les charges sur la tête. 

Le défaut dominant du nègre est la curiosité ; il est très 
observateur et suit le blanc dans tous les détails de sa 
conduite. 

L'ivrognerie est sa passion favorite. 

L'intelligence du nègre est très développée, et elle est même 
plus précoce que celle du blanc; elle se développerait plus 
rapidement si l'âge de puberté n'arrêtait chez les noirs l'es- 
sor des facultés de l'âme. 

11 comprend et raisonne très bien; ce qui lui manque, c'est 
la volonté, l'énergie, la suite dans les idées que possède l'Eu- 
ropéen. 

Gomme le dit l'abbé Bouche, il y a dans le noir plus d'in- 

Le Dahomey. il 



2o8 LE DAIIOMKY 

tultion et moins de réflexion, quant kVinieWv^ence. Quant k la 
volonté, il y a plus de spontanéité' que de constance. L'énergie 
fait défaut au nèg-re s'il faut la soutenir, et s'il en a dans un 
premier mouvement elle tombe aussitôt. 

A cause de leur intellig-ence, il est permis d'espérer qu'au 
contact de notre civilisation, et après avoir acquis un peu 
d'instruction, les indigènes j^erdront bien vite les mauvais ins- 
tincts inhérents à leur caractère sauvage. 

Malheureusement, dès qu'ils sont un peu instruits, ils 
deviennent orgueilleux et se servent de ce qu'ils ont appris pour 
mentir et mieux tromper leurs semblables. De sorte que le nègre 
ig"norant est bien souvent préférable au nègre instruit. 

Cependant, les Anglais ont trouvé parmi eux d'excellents 
instituteurs, des employés de commerce habiles^ des docteurs 
en droit et en médecine gradués dans les Universités euro- 
péennes. Un noir est même devenu évêque anglican en juin 
1864, sous le nom de Samuel Growther. 

A défaut d'énergie, le nègre a la force de l'inertie, et à force 
d'inertie, il devient patient et vertueux, indillerent et impas- 
sible. Son indolence native explique comment il a pu subir, 
sans réagir, l'absolutisme des féticheurs, le despotisme du roi, 
les exactions des chefs, les rigueurs du maître, et jusqu'aux 
horribles coutumes des sacrifices humains. 

Astucieux, très rusé et de mauvaise foi, le noir attaque 
rarement les difficultés de front; il biaise toujours, évitant de 
rien laisser transpirer avant d'être sûr d'atteindre son but. 

Il se met rarement en colère, surtout avec le blanc; il 
est très patient avec lui et l'accable de protestations hypocrites 
et de paroles inutiles. 

Il est peu rancunier et possède une excellente mémoire. Il 
assouvit sa haine par le poison, instrument ordinaire de ses 
rancunes, lorsqu'il a à se venger personnellement. 



ETIINOGKAPIUK DES PEUPLES DU DAHOMEY 259 

Le nègre est, en général, excessivement douillet et supporte 
difficilement la douleur physique. Pour un rien, il gémit, a 
recours au féticheur et se bourre de drogues ; mais il faut recon- 
naître que quelques-uns endurent cependant le mal avec insen- 
sibilité. 

Le noir est habituellement très gai, aime la plaisanterie et 
rit à propos de tout, s'amuse comme un enfant avec rien; il 
aime passionnément la danse et le jeu, qui sont ses plus grandes 
distractions. Le nègre promet toujours ce qu'on lui demande, 
mais il tient parole le plus tardivement possible. On ne peut 
guère se fier à lui. 

Le noir est très insouciant sous tous les rapports, le malheur 
et la mort même ne le touchent guère. Il jouit du présent sans 
souci de l'avenir. 

Sa paresse est excessive, il ne travaille que par nécessité et 
pour gagner juste sa nourriture. Il aime bien dormir et 
fumer ; hommes et femmes fument la pipe dès l'âge le plus 
tendre. 

Le cultivateur ne travaille que pendant la saison propice à 
la récolte; dès que sa terre est ensemencée, il attend sans rien 
faire. 

Et il en est ainsi de tous les métiers. 

Lorsque le noir n'a plus la force de travailler, il meurt de 
faim et de misère dans ses vieux jours. 

Dans les relations entre noirs règne une grande délicatesse, 
une honnêteté remarquable, ils ont tous un grand sentiment 
de la justice et une grande confiance dans les décisions du 
blanc qu'ils prennent souvent pour arbitre. 

La femme dahoméenne est plus petite que l'homme, très 
bien faite de corps, gracieuse, mais, nubile de bonne heure et 
mariée très jeune, elle ne tarde pas à être flétrie avant l'âgée 
par la maternité et les durs travaux auxquels elle est soumise. 



260 LE DAHOMEY 

Elle a généralement les seini^ très développés. Au moral la 
négresse est femme, et malgré sa peau noire elle est coquette. 

C'est la femme Mina qui règne en souveraine maîtresse sur 
le littoral guinéen. Son visage gracieux, son allure espiègle, 
sa petite taille, son nez presque aquilin, ses narines elliptiques 
et frémissantes, ses lèvres à peine relevées, sa peau luisante 
comme du satin, ses mains et ses pieds minuscules, en font la 
Vénus noire de la Côte des Esclaves. 

La durée moyenne de la vie chez le noir de Guinée est de 
60 ans au maximum ; à 2o ans il est homme fait, père de grands 
enfants à 35 ans et vieux à 45 ans; à 50 ans c'est un vieillard ; 
à 60 ans, un patriarche vénéré. 

Les cas de longévité ne sont pas rares, et Ton trouve au 
Dahomey beaucoup de vieillards presque centenaires. 

La femme est encore plus précoce que l'homme ; à 1 3 ou 
14 ans elle est mère; à 20 ans elle est fanée; à 30 ans elle est 
vieille et à 35 ans elle est grand'mère. 

Tatouages. 

Les noirs des diverses contrée s du Dahomey se distinguent 
par la manière dont ils sont tatoués. Chaque tribu et même 
chaque famille a un signe particulier qui la fait reconnaître au 
premier aspect. 

Les signes cabalistiques plus ou moins bien faits, variés et 
nombreux qu'ils portent sur les tempes, sur les joues, sont des 
marques distinctives entre les différents individus, et quel- 
quefois des traces d'initiation à tel ou tel fétiche. 

On distingue le tatouage d'origine, qui se porte généralement 
à la figure, et le tatouage de fantaisie, qui se fait sur le corps. 

Le Mina a trois petites barres horizontales sur la pommette 
de la joue. 



ETHNOGRAPHIE DES PEUPLES DU DAHOMEY 261 

Le Dahoméen de la côte porte deux grosses barres verticales 
sur la pommette de la joue ; dans le nord du pays, une marque 
verticale au bout du nez, ou quatre et jusqu'à six sur la joue, 
aux tempes, au front, au menton, etc. 

Les Nag^os ont des marques rondes, en forme de demi-pois 
entremêlés avec les traits verticaux ou horizontaux ; 

Les Mahis ont les tempes zébrées, etc. 

Par tradition, les parents imposent les tatouages aux enfants 
et les ornent dès leur jeune âg-e des marques dont ils seront 
fiers plus tard. 

Dès que l'enfant a atteint Fâge de cinq à six ans, la vieille 
mère ou un spécialiste fait une incision peu douloureuse au 
moyen d'une lancette, met dans la plaie une composition 
végétale ou un onguent composé principalement de suie et 
d'huile de palme, verse de l'huile sur le tout et au bout de 
quatre jours les cicatrices apparaissent indélébiles. 

On pratique aussi le tatouage en couleurs au moyen d'ai- 
guilles ou d'épines et l'on introduit sous l'épiderme des tein- 
tures végétales diverses. 

Les tatouages offrent des dessins très variés ; les uns 
indiquent la nationalité, le rang, la condition ou la profession; 
d'autres sont de purs ornements. 

Les rois, les princes, les grands font marquer leurs esclaves 
d'un signe particulier destiné à les empêcher de fuir ou d'être 
volés. La noblesse, les grandes familles ajoutent ordinairement 
un petit signe au tatouage plébéien. 

Le tatouage de fantaisie est subordonné au goût de chacun. 
Les hommes se dessinent sur la poitrine des pointillés, des 
barres, des croix, des cercles, des étoiles, des fleurs, etc. 

Les femmes ont souvent sur le ventre, comme ornement, 
plusieurs lignes de points. 

Mais ce sont surtout les féticheurs et les féticheuses qui 
sont les gens les plus tatoués. 



2G2 



LE DAHOMEY 



Leur corps est orné de figures de caïman, de tortue, de 
lézard, de losanges ; leurs épaules sont tatouées d'une infinité 
de petits points très rapprochés. Il est défendu de toucher ces 
sortes de tatouages, qui sont réputés fétiches ou sacrés. 

Le tatouage indique chez les féticheurs les mystères et 
les degrés de Tinitiation. 

Les féticheuses sont horribles à voir par la multitude de 
leurs cicatrices, des entailles et des boursouflures qui leur 
couvrent la tête et le corps, et dont beaucoup sont faites au 
moyen du feu. 

Ces fanatiques se torturent ainsi pour honorer le fétiche 
auquel ils sont voués et pour se le rendre favorable. 




Vêtements et parures. 



Au Dahomey, la douceur du climat permet aux habitants 
de ne se vêtir que légèrement, et encore le noir s'habille-t-il 
plus par convenance que par nécessité. C'est seulement dans 
l'intérieur de sa case qu'il se contente de couvrir à peine sa 
nudité à Taide d'un mouchoir ou d'un petit morceau d'étolTe 
retenu par une iicelle. 



Les Nagos et les Dahoméens ne sortent 



uerc 



sans le cos- 



ETHNOGRAPHIE DES PEUPLES DU DAII03IEY 263 

tume complet, et si parfois les Minas se permettent de n'avoir 
qu'un vêtement rudimentaire, c'est parce qu'ils ont besoin de 
n'être pas g-ênés dans leurs mouvements, lorsque leur profes- 
sion de canotiers les oblige à entrer dans l'eau. 

LE C0STU3JE 

Le costume du Dahoméen est très simple ; il se borne à un 
seul vêtement : le pagne ou acho. C'est un morceau d'étoffe de 
la forme d'un drap de lit. 

Les hommes en portent généralement deux : un petit et un 
grand. 

Le premier a environ 1 m. 60 à 1 m. 80 de long sur 1 mètre 
à 1 m. 10 de large ; il se met toute la journée, pendant le 
travail et dans l'habitation. 

Le second est de même longueur mais plus large de 50 à 
60 centimètres. Il se porte dans la rue et pendant la nuit. 

Les boutons et agrafes étant inconnus au Dahomey, on 
serre le pagne autour des reins, et l'extrémité qui flotte est 
passée dans la ceinture formée par le pagne lui-même. 

Quelquefois les indigènes drapent leurs deux pagnes autour 
des reins, et forment près de la hanche droite, avec le surplus 
de r étoffe, un petit bourrelet qu'ils laissent légèrement 
retomber. 

Le Dahoméen sait se draper avec une nol)le élégance dans 
son pagne qui lui donne un aspect mâle et imposant. C'est là 
le caractère distinctif qui le fait vite reconnaître parmi les 
autres noirs, car aucun autre peuple ne sait se couvrir comme 
lui de son vêtement et avec autant d'élégance. 

Le plus souvent l'homme jette le grand pagne sur l'épaule 
gauche, en le ramenant sous le bras droit qui reste libre et 
découvert. 



264 LE DAHOMEY 

Outre leur pa^ne, les Nq,gos portent encore une culotte 
courte et étroite, qui n'arrive qu'aux g-enoux et appelée 
chocoto. 

Leurs femmes ne font pas usage de cet habit. 

Le costume des femmes dahoméennes consiste en un, deux 
ou trois pagnes, selon leurs moyens — mais elles ne s'en 
revêtent pas de la même manière que les hommes ; — les 
négresses les roulent autour du corps en les disposant avec 
une coquetterie vraiment séduisante. 

Le premier pagne, qui sert à les couvrir, est simplement 
roulé sur les hanches, de façon à retomber à mi-cuisse ; l'autre, 
par dessus, atteint le bas du mollet. L'un de ces pagnes peut 
se relever sur la poitrine, pour couvrir les seins. Quelquefois 
un troisième pagne est négligemment jeté sur la tête ou sur 
Tépaule et pend de chaque coté. 

Un morceau de tissu roulé sert généralement alors de cein- 
ture ; c'est le cas des femmes mariées. 

Les jeunes filles, au contraire, ne portent que deux pagnes 
qui ne leur couvrent jamais le torse. 

La mère, au lieu de porter son enfant sur les bras, l'at- 
tache sur son dos avec un pagne. Elle l'attire en avant, 
par-dessous le bras, lorsqu'elle veut lui donner à téter. Elle * 
vaque ainsi aux travaux du ménage, et l'on Aoit fréquem- 
ment des négresses aller de la sorte, avec des marchandises 
sur la tête, qu'elles vont vendre de maison en maison et même 
de ville en ville. 

Les pagnes de différentes couleurs, rouge, jaune d'or, gre- 
nat, noir ou vert foncé, ne sont portés que par la classe aisée. 
Le peuple dahoméen n'a que des pagnes écrus ou blancs, 
qu'il change en moyenne une fois l'an, et qui peu à peu 
prennent un ton gris perle, gris foncé et gris noir. 

Le pagne h\e\\ foncé est un vêtement dont les femmes 
en deuil se couvrent la tête. 



ETHNOGRAPHIE DES PEUPLES Dl DAHOIVIEY 265 

Dans le vêtement des Dahoméens toute couleur ou parure 
est formellement interdite. 

Les Popos, au contraire, font usage du g-enre de vêtements 
que leur permettent leurs moyens. 

Les femmes éoués s'habillent de pagnes multicolores. Elles 
sont généralement vêtues d'un léger pantalon et d'une pièce 
de toile qu'elles enroulent et déroulent au-dessous de la 
poitrine. 

Les hommes portent même des tricots, des bonnets brodés, 
etc. 

Le pagne du pauvre est ordinairement en bleu indigo . 

Quant aux jeunes fdles, elles ne sont couvertes, jusqu'à leur 
mariage, que d'une bande de tissu, simplement fixée à la 
taille, sans prolongement et appelée godé. 

Les autres peuples du Dahomey sont habillés suivant les 
usages de leur pays d'origine : ainsi les Brésiliens de la côte 
sont revêtus de couleurs voyantes et de bijoux, les Musulmans 
portent le costume arabe, etc.. 

Mais depuis l'occupation française, on voit fréquemment 
dans les villes les grands négociants noirs s'habiller à l'eu- 
ropéenne. Gibus aux dimensions majestueuses, longues redin- 
gotes noires, cravates aux couleurs criardes, souliers vernis, 
un parasol ou une badine, des breloques et des chaînes de 
montre énormes, des lorgnons à verre fumé servent à leur 
donner le chic du blanc, comme ils disent. 

Leurs épouses indolentes sont aussi revêtues de falbalas 
d'un goût très scabreux, corsage très court, jupe longue qui 
laisse une traînée de poussière et dégage une odeur parti- 
culière mêlée à des parfums frelatés. 

On voit même parfois des noirs en redingote, mais sans 
souliers, avec un vieux chapeau bosselé, et fumant une pipe 
« même chose blancs ! » 



266 LE DAHOMEY 

LA COIFFURE 

Les nègres de la côte ont généralement grand soin de leurs 
cheveux crépus qu'ils portent souvent fort longs ; — il en est 
de même des négresses. Seul le Dahoméen doit avoir la 
tête rasée ou tout au moins les cheveux courts. 

Les Minas des deux sexes s'arrangent les cheveux en 
petites baguettes raides qui hérissent leur tête. 

Aux Popos, les femmes ramènent en arrière tous leurs 
cheveux longs et bien peignés, et les attachent sur le sommet 
de la tête ; l'extrémité des cheveux est ensuite transformée 
en une petite boule qui surmonte le tout. 

Les cheveux des Nagos forment une succession de tresses 
qui couvrent tout le sommet de la tête en laissant voir entre 
elles le cuir chevelu. Cette coitïure peut durer quinze jours 
sans se détériorer, si elle est bien faite. 

Les femmes des grands personnages laissent croître leur 
chevelure, mais en la rasant autour du front, au-dessus des 
oreilles et sur la nuque. 

Les Musulmans ont la tête rasée avec une longue touffe 
de cheveux au sommet. 

Enfin, certains nègres, qui s'habillent à l'européenne, apla- 
tissent leurs cheveux et tracent au milieu de la tête, avec 
un rasoir, une ligne imitant la raie des blancs. 

Les noirs se rasent habituellement avec un morceau de 
verre. Quant aux femmes, elles démêlent leurs cheveux avec 
des peignes en bois dur ornementé, aux dents longues et 
nombreuses. 

LE CILVPEAU 

L'usage du chapeau tend à se généraliser au Dahomey. 
Outre les chapeaux importés par le commerce européen, les 



ETHNOGRAPHIE DES PEUPLES DU DAHOMEY 267 

noirs ont des chapeaux, de paille confectionnés dans le pays ; 
ils portent aussi des bonnets de coton appelés filla. 

Leur couvre-chef le plus utile est Vakata, fait de feuilles 
de palmier o^rossièrement tressées, et qui a les dimensions 
d'un parapluie; aussi sert -il contre la pluie et le soleil. 

Le parasol et les chaussures ne sont encore guère utilisés ; 
ils sont demeurés jusqu'à présent un insigne de grandeur et 
d'autorité réservé au roi et aux chefs principaux ; encore 
ceux-ci ne peuvent-ils s'en servir en présence de leur souverain. 

ORNEMENTS ET RIJOUX INDIGÈNES 

Au Dahomey aucun ornement n'est toléré, sauf pour le roi, 
les princes et les chefs qui portent des anneaux de fer au poi- 
gnet et à la cheville. 

Le torse du Dahoméen reste nu; les autres indigènes por- 
tent autour du cou de petits sachets en cuir suspendus à un 
cordon, des dents de carnassiers, des morceaux de verre, de 
fer, de corail, etc.. 

Autour du biceps, ils ont des anneaux en verre bleu ou en 
ivoire ; autour du poignet, des cordelettes en cuir ou des chaî- 
nettes ; autour des reins, des lanières de cuir tressé entremêlé 
de perles ; des anneaux en cuivre aux doigts, mais rarement 
aux oreilles. 

Les femmes ont le cou, les bras, les poignets, les jarrets 
mêmes, entourés de colliers de corail, de bracelets, d'ambre 
jaune ou de verre bleu ou vert, des ceintures de perles fausses. 

Dans le Yorouba^ par coquetterie, les négresses se percent 
le lobe des oreilles pour y faire passer une rondelle de bois 
rouge du diamètre d'une tranche de bougie. 

Aux Popos, les femmes ont des boucles d'oreilles en perles, 
en argent et en or; des colliers, des bracelets en cuivre ou en 



268 LE DAHOMEY 

argent. Les perles fausses et le corail sont enij^loyés à j^rofu- 
sion, surtout pour les ceintures nouées autour des hanches. 

Au Dahomey, les femmes ne portent rien, puisqu'il leur est 
défendu d'être coquettes. 

Les féticheuses portent le pagine blanc, la tête rasée ou 
les cheveux courts ; elles ont des chapelets de petits coquil- 
lages autour du cou, des bras et des jambes. 

Quant aux enfants, ils vont complètement nus jusqu'à six 
ou se23t ans. 

Bien des femmes indigènes, en plus des tatouages tradi- 
tionnels, se fardent encore à leur façon; les femmes nagos se 
colorent les ongles, les mains et les jambes en rouge brique, 
et forment des dessins bizarres sur leurs épaules et sur leur 
poitrine avec des poudres ou des pâtes de différentes couleurs. 
— Elles se frottent aussi d'huile de palme, mais lui préfèrent 
de beaucoup l'eau de Cologne, de lavande, qu'elles emploient 
à profusion. 

Les femmes Minas se servent d'un cosmétique odorant 
nommé Vattiké dont elles s'enduisent le cou, l'aisselle et la 
poitrine, en décrivant des dessins grisâtres assez réguliers. 

C'est un composé de clous de girofle, d'anis, de benjoin, de 
lavande, de musc délavé dans de l'alcool parfumé, puis pilé, 
réduit en pâte, séché et mis en boules. L'odeur en est très 
forte et très aromatique. 

Enfin, les femmes Nagos donnent une teinte violette à leurs 
paupières au moAen de la plombagine ou de la poudre d'anti- 
moine qui se vendent dans de petits étuis en cuir. 

PROPRETÉ DES NOIRS 

L'usage des bains est général à la cote des Esclaves; 
hommes et femmes se lavent fréquemment à grande eau et 




Femme Mina. 



270 



LE DAHOMEY 



même plusieurs fois par jouiv La propreté et riiygiène leur en 
font un devoir, car, par suite de la transpiration presque con- 
stante qu'ils subissent, ils sont très exposés aux maladies de 
la peau. Mais il est à remarquer que plus l'on s'éloigne de 
la mer ou des cours d'eau, les gens sont de moins en moins 
propres et ne se dérangeraient pas pour se procurer de l'eau, 
même à une faible distance. 

C'est après le bain que les négresses s'enduisent d'huile, 
d'onguents et de cosmétique. 

En temps de deuil, elles ne se latent pas. 




Habitations. 

Sur la côte des Esclaves_, l'habitation indigène est encore 
très primitive, et, comme toutes les autres commodités de la 
vie, elle se réduit au strict nécessaire. 

Sa construction est subordonnée aux matériaux que produit 
la région; dans tous les cas, l'habitation actuelle est fort 
malsaine et incommode. 

Dans la première zone, où le sable abonde, toutes les cases 
sont en terre tourbeuse mêlée de sable et en bambous entre- 
mêlés de paille de palmier. 



ETHNOGUAPIIIE DES PEUPLES DU DAHOMEY 271 

Dans la deuxième et la troisième zone, celles de l'argile, les 
murs sont en terre rougeâtre, fort tenace; on lui donne le 
nom de terre de barre] durcie sous l'action du soleil, elle 
acquiert une grande fermeté. Les nègres la pétrissent comme 
du mortier en la foulant avec les pieds. 

Dans la quatrième zone, celle des forêts, les maisons sont 
en bois avec toitures en paille. 

Dans l'extrême nord du Dahomey, les montagnards vivent 
en grande partie dans les cavités naturelles des rochers. 

Les maisons européennes sont ordinairement en briques 
avec couverture en zinc. 

Les huttes indigènes sont rondes, rectangulaires ou carrées, 
suivant la fantaisie des noirs; il en est de même pour les habi- 
tations lacustres, bâties sur pilotis. 

Sur les bords du fleuve Ouémé et des lagunes, le sol inté- 
rieur des cases est formé d'un mélange de sable et de vase qui 
durcit très vite. Quelquefois même cette boue collante sert à 
tapisser les parois intérieures et donne ainsi l'illusion de 
murailles. Dans les cases somptueuses, les murs sont peints 
avec une décoction de certaines feuilles tinctoriales. 

Les toitures en pente, à deux ou à quatre eaux, sont en 
feuilles de palmier reliées entre elles et aux bambous de la 
charpente par des liens de paille. Parfois existe sous le 
toit un plafonnage sommaire en bambous très serrés, badi- 
geonnés de terre glaise. 

La case indigène ne comporte habituellement qu'une pièce ; 
elle n'a d'autre ouverture que la porte, sans aucune fenêtre ni 
issue laissant pénétrer l'air ou la lumière. 

Chaque habitation est pourvue d'une petite cour qui ouvre 
sur la rue. C'est dans cette cour que se font les travaux du 
ménage : cuisine, lavage, pilage du maïs, etc.. Elle est sépa- 
rée de l'enclos voisin par une palissade en paille et en faux- 
bambou. 



272 LE DAHOMEY 

Les portes sont en bambou très serré avec des cordes de 
paille en guise de charnières; on les ferme le soir au moyen 
d'une barre transversale ; elles n'ouvrent point sur la rue mais 
sur la cour attenante. 

Le parquet des cases est toujours surélevé par rapport au 
niveau de la rue. 

Dans quelques parties du Dahomey, on a la bizarre habitude 
de peindre ce parquet et le bas des murs en vert, au moyen de 
la bouse de vache délayée dans Feau. L'odeur que répand cette 
peinture d'un nouveau genre fait, avec raison, comparer les 
intérieurs dahoméens à des étables malpropres. 

Les cases indigènes sont en général très mal tenues ; hommes, 
femmes, enfants, chiens et poules grouillent dans une demi- 
obscurité entre des pots d'huile, de chapelets de poissons 
fumés ou secs, de provisions diverses. L'odeur sui gener'is du 
noir domine toutes les autres senteurs dégagées par ces inté- 
rieurs malpropres et insalubres. 

Chez les chefs et les habitants aisés, il y a souvent plusieurs 
cours réunies dans une même enceinte avec une seule ouver- 
ture sur la rue. Dans chaque cour se trouvent une ou plu- 
sieurs cases pour les femmes et les domestiques. La case du 
maître occupe la partie la plus reculée ; elle est précédée d'un 
auvent qui sert de salle de réception. Aussi l'on y voit un lit 
de bambou sur lequel le maitre s'installe, accroupi, assis ou 
couché, suivant les circonstances, lorsqu'il reçoit des visi- 
teurs. 

Dans les campagnes, les indigènes logent ordinairement 
leurs provisions de grains entre la toiture et le plafond de 
leurs cases, mais, dans d'autres localités, existe un magasin 
bâti en communauté par les habitants. 

Dans les villes, on ne garde jamais de provisions à la mai- 
son, et quand par hasard les noirs conservent de l'huile ou dos 



ETHNOGRAPHIE DES PEUPLES DU DAHOMEY 273 

amandes de palme, ils enterrent les pots qui les reniermeni à 
un mètre de profondeur autour de leurs cases ; l'herbe pousse 
bientôt et dég-uise ces cachettes connues d'eux seuls. 

Les morts de la famille sont enterrés dans le sous-sol de la 
case, à 60 centimètres à peine de profondeur. C'est un usage 
qui ne tardera sans doute pas à disparaître. 

Les habitants des villages lacustres enterrent leurs morts à 
terre, sur le bord des fleuves ou des lagunes. 

Le manque de confortable des intérieurs dahoméens et la 
déplorable habitude des indigènes de vivre en grand nombre 
dans une case étroite, dépourvue d'air et malpropre, sans 
observer aucune hygiène, sont cause d'une foule de maladies. 

Les cases en terre sont de plus très humides, les insectes 
de toutes sortes y pullulent, les rats courent partout, les 
serpents se logent dans la toiture, les termites rongent les 
boiseries. 

Les maisons en paille sont plus propres, parce qu'elles sont 
plus aérées, mais la négligence des habitants y est la 
même. 

On voit cependant, mais c'est une rareté, des intérieurs 
propres, au parquet bien balayé, éclairés 23ar une lampe à 
huile ; mais alors les femmes font leur ménage dans la cour 
et les chiens et les poules passent la journée dehors. 

Dans ces dernières cases, on aperçoit quelquefois aussi des 
traces de mobilier : parfois un canapé-lit, des tabourets en 
bambou, une natte à claire-voie devant la porte permettant de 
voir les passants, sans être aperçu d'eux ; en un mot, l'habi- 
tation du noir devient alors aussi confortable que le permettent 
les moyens du pays. 

Les indigènes qui pratiquent une industrie quelconque 
possèdent souvent une deuxième pièce ou même une seconde 
case destinée à cet usage, surtout lorsqu'ils ont un matériel 

Le Dahomey. 18 



274 LE DAHOMEY 

encombrant; d'autres travaillent dans la cour ou devant leur 
porte ; parfois même, la rue étant trop étroite, ils vont s'instal- 
ler sous un arbre de la place la plus proche. 

On rencontre dans certaines villes des assemblages de cases 
occupées par des gens exerçant un même métier ; il n'y a dans 
ce cas aucune séparation entre les cours, et les gens qui 
habitent ces salams comme on les appelle, forment une sorte 
de communauté ; ainsi font les féticheurs et féticheuses, les 
teinturiers, les potiers, les sculpteurs, les forgerons, etc. 

Les meilleures constructions dahoméennes sont les temples 
fétiches, très nombreux dans les villes. Ce sont de petites 
cases rondes, ovales ou rectangulaires, à deux compartiments 
séparés par une natte formant portière. Point de porte en 
bambou à l'extérieur ; une simple ouverture en tient lieu. 

Les cases des fétiches seules sont couvertes en paille, tandis 
que les cases d'habitation le sont en feuilles de palmier. 

Ces temples sont toujours construits avec les mêmes maté- 
riaux que les cases de la zone. Le peu de chaux dont disposent 
les indigènes est réservé à en blanchir le dedans et le dehors 
des murs, lorsque ceux-ci sont en terre. 

Depuis leur longue fréquentation avec les Européens, les 
indigènes n'ont jamais cherché à améliorer leurs habitations. 

Cependant, on voit encore à Whydah des ruines d'impor- 
tantes constructions, élevées sur le modèle européen, à 
l'époque où l'on faisait fortune avec la traite des esclaves. 

Avec de pareilles constructions, les villes dahoméennes sont 
forcément malpropres, surtout les villes en argile dont les 
pluies torrentielles rongent le ^Aeà des murs, creusent des 
ornières et des trous pour produire des mares qui ne dispa- 
raissent que par l'évaporation. 

Une boue épaisse et gluante s'attache alors aux pieds et ce 
mortier rougeàtre est déposé partout dans les cases. 




(/*/io/. J. Beau.) 



La belle Efryéqué. 



276 LE DAII03IEY 

Lorsque le soleil vient à sécher le sol, il flotte partout dans 
Fair une poussière rouge, impalpable, qui salit tous les objets 
et les vêtements. 

Les rues indigènes, ou plutôt les ruelles, offrent naturel- 
lement un aspect irrégulier ; elles font de nombreux détours, 
car elles tournent autour des cases que l'on élève sans aligne- 
ment ni méthode, sans ordre ni symétrie. 

La mitoyenneté des murs n'est guère connue : chaque 
habitation est entourée de murs qui en dépendent totalement, 
et le passage étroit existant entre deux habitations n'est laissé 
que pour séparer les propriétés. 

D'un autre côté, les habitants trop paresseux pour aller 
chercher leurs matériaux de construction en dehors de la ville, 
enlèvent à quelques pas de leur habitation l'argile dont ils ont 
besoin. C'est ce qui explique la 23résence dans les villes de ces 
nombreuses excavations autour des cases. 

A Porto-Novo, par exemple, ces trous béants atteignent de 
15 à 20 mètres de profondeur; — c'est là qu'on prit la terre 
pour bâtir les maisons de quartiers entiers, et c'est dans ces 
trous que les noirs jettent journellement leurs immondices. — 
A la saison des j^luies, ces dépotoirs se remplissent dune eau 
sale et puante, qui, pendant l'harmattan, se dessèche et laisse 
un fond de boue verte, aux émanations putrides. 

Lorsqu'il n'y a pas de trous à proximité de leurs cases, les 
noirs se contentent de jeter les ordures dans la rue, devant leur 
porte ; sans les vautours et les porcs qui nettoient les villes, 
le sol des ruelles disparaîtrait bientôt sous les immondices. 

Les chefs indigènes s'occupent bien des impôts et des alfaires 
locales, mais ils n'ont aucun souci de la salubrité publique, 
malgré les mauvaises odeurs que dégagent les cloaques infects 
qui entourent leurs habitations. 

Les villes nagos sont excessivement sales, comme les Nagos 



ETHNOGRAPHIE DES PEUPLES DU DAH03IEY 



277 



eux-mêmes d'ailleurs, et les Dahoméens ne leur cèdent en rien 
sous ce rapport. 

Aux Popos, les habitants sont un peu moins malpropres et 
plus soucieux de leur bien-être. 

Le côté pittoresque des villes ou villages indigènes est que 
toutes les cases sont entourées d'une riche vég-étation ; les 
manguiers, bananiers, cocotiers, corossoliers, mimosas, acacias 
multicolores, s'y développent librement, mêlés aux plantes 
grimpantes et offrent par endroits des coups-d'œil ravissants ; 
il j a des rues qui semblent des allées de bosquet, des cases 
qui sont des nids de feuillage. 

Dans l'enclos de chaque case, il y a quelques arbres ou 
arbustes, et les places publiques surtout sont plantées de beaux 
arbres qui répandent dans leur voisinage un ombrage bien- 
faisant. 

Les villages lacustres ne sont pas ornés par la végétation, 
mais ils sont excessivement propres ; lorsque aucune brise ne 
vient rider la surface de la lagune, les cases se reflètent gra- 
cieusement dans l'eau, ainsi que les pirogues qui la sillonnent 
en tous sens d'un point du village à un autre. 

Dans l'intérieur du pays, les villages très clairsemés sont 
perdus au milieu de la brousse. Ils sont entourés par des 
taillis épais qui les protègent naturellement, et les chemins 
aboutissent à des portes, faites avec des troncs d'arbres. 




278 ' LE DAI103IEY 

Mobilier et ustensiles de ménage. 

LU. — Dans la plupart des cases, une natte étendue par 
terre sert de lit. Au palais du roi, chez les cabécères et les 
indigènes riches, on couche sur une petite estrade en terre ou 
sur des lits en bambou. Matelas, draps et couvertures sont 
inconnus : on s'étend sur une simple natte et Ton se couvre 
avec le pagne qui sert de vêtement. 

Les armoiries et les commodes sont remplacées par des sacs 
en paille ou en cuir et quelquefois par de petites caisses. Dans 
le sac en paille on renferme les cauris et les habits. Dans les 
sacs en cuir on transporte les vivres ; ceux plus petits servent 
de bourses ou de blagues à tabac. 

Les sièc/es sont très rares dans les habitations et il n'y en 
a ordinairement qu'un qui ne sert qu'au maître de la maison. 
Au Dahomey, le siège est un des insignes du cabécérat : il 
passe du titulaire à son successeur, à qui il est remis par le 
roi. 

Comme système d'éclairage les nègres se contentent d'une 
écuelle en terre remplie d'huile de palme dans laquelle trempe 
une mèche de coton allumée. 

Le foyer, toujours installé dans la courette de chaque habi- 
tation, se compose de trois boules de terre glaise sécliée au 
soleil sur lesquelles, comme sur un trépied, on pose le vase 
où cuisent les aliments. 

Mais beaucoup de noirs se servent aujourd'hui de fourneaux 
portatifs en terre cerclés de fer et provenant d'importation 
européenne. A proximité, un four cylindri(pie en terre cuite 
sert à la grillade du maïs et à la cuisson des boules de farine. 

Gomme ustensiles de cuisine, les femmes possèdent des 
marmites ou pots du pays, plus ou moins hauts, selon l'usage 



ETHNOGRAPHIE DES PEIPLES DU DAII031EY 279 

auquel ils sont destinés. Pour piler leurs grains, elles ont 
des mortiers de toutes tailles creusés dans des troncs d'arbres 
et des pilons en bois qui ont jusqu'à 1 m. 50 de hauteur. Elles 
se servent d'une cuiller de bois pour ag-iter leurs ragoûts et 
retourner les beignets qu'elles font rissoler dans l'huile de 
palme. 

L'eau est conservée dans des jarres en terre, hautes de 
50 centimètres environ, et de forme à peu près sphérique. 
D'autres vases plus petits sont employés pour faire la cuisine. 

Les bouteilles, les saladiers, les cuvettes, les plats, les 
verres sont remplacés par des calebasses de toutes formes et 
de toutes grandeurs, soit entières, soit coupées en deux ; cri- 
blées de trous, elles servent aussi de tamis. 

Enfin le combustible qui sert à la cuisson des aliments est 
le pétacule des feuilles et des branches sèches ramassées au 
pied des palmiers et dans les forêts. 




Nourriture des indigènes et préparation des 
aliments. 

Au Dahomey et dans les pays voisins, les indigènes mangent 
de tout sans avoir de préférence spéciale et, quoique leurs 
ressources culinaires soient assez restreintes, leurs aliments 
sont néanmoins assez variés. 

La nourriture des indigènes se compose principalement de 



280 LE DAHOMEY 

végétaux, mais chez les pQpulations riveraines, le poisson 
domine, comme chez celles de Fintérieur domine la viande. 

Les ménagères indigènes ne font pas leur cuisine tous les 
jours, ce serait au-dessus de leurs forces ; elles préfèrent 
acheter aux marchandes ambulantes ou dans les restaurants 
en plein vent la nourriture toute préparée. Elles se procurent 
ainsi des fritures, des gâteaux, des mets secs et fumés qui se 
conservent froids. Seuls les ragoûts chauds sont faits à la case, 
mais de temps à autre seulement. 

Le maïs est l'élément indispensable de l'alimentation daho- 
méenne, comme chez nous le blé. 

Les indigènes le mangent vert et cru, lorsque le grain est 
encore tendre, et bouilli ou grillé lorsqu'il est sec. 

Les différentes préparations du maïs sont : 

Li'akassa qui remplace le pain. Pour la préparer, on réduit 
du maïs bien mûr en farine que l'on jette dans un vase rempli 
d'eau afin d'en séparer le son qui surnage, tandis que la farine 
reste au fond. On l'y laisse séjourner pendant plusieurs jours 
et on la retire lorsqu'elle commence à fermenter. 

La farine ainsi obtenue a reçu de la fermentation un goût 
acre et acidulé que les étrangers au pays trouvent bien peu 
agréable. 

On en fait une pâte épaisse que l'on divise en boules de la 
grosseur d'une orange ; ces boules sont ensuite entourées de 
feuilles de bananiers et passées au four pour y subir une 
légère cuisson. On les retire presque aussitôt et l'akassa est 
faite. 

Les marchandes en vendent énormément tous les jours, car 
l'akassa forme le mets de résistance du repas. Un homme 
doué d'un grand appétit peut se satisfaire avec dix boules 
pareilles ; or chaque boule coûtant 20 cauris, la nourriture 
d'un fort mangeur revient à une dépense journalière de 200 
cauris, soit fr. 10 environ de notre monnaie. 



ETHNOGRAPHIE DES PEUPLES DU DAHOMEY 281 

Le pilào^ au goiit plus agréable, est Vakassa sans fermen- 
tation. C'est un aliment sain et nourrissant qui ne se vend 
pas et que les g-ourmets doivent préparer eux-mêmes. 

On l'obtient avec la farine de maïs bien sèche que l'on a 
mélangée k un tiers environ de farine de blé, afin d'avoir une 
pâte consistante. Cette pâte insensible au levain donne un 
pain blanc qui se consomme dans tous les ménages aisés, 
créoles, brésiliens et autres. 

Avec de la farine de maïs fortement étendue d'eau, on 
obtient une soupe épaisse appelée bouillie. On l'achète le 
matin par calebasse chez les Minas. 

h'akra ou beignet est un hors-d'œuvre indigène composé 
de bouillie épaisse de farine de maïs frite à l'huile de palme 
dans une poêle en terre. 11 y en a plusieurs variétés distin- 
guées entre elles par la forme et par la diversité des ingré- 
dients employés ; ce sont ordinairement des petites boules 
dorées et appétissantes très goûtées des Européens, car l'huile 
de palme bien chaude ne laisse pas le goût désagréable de 
l'huile froide. ^ 

Il y a la croquette en forme d'anneau (akra-bow^obowo), 
celle semblable à un filet (akra-awon), l'akra-fouillé fabriqué 
avec des haricots blancs, l'akra-kous ou de la mort, très sec 
et se conservant bien, que les guerriers emportaient comme 
vivres de campagne en guise de biscuits. 

Telles sont les préparations principales de la cuisine nègre, 
mais à l'occasion on mange aussi du gibier, du singe, du 
perroquet, de la chauve-souris, du lamantin, du caïman, du 
requin, du chien, des rats de palmiers, des termites, etc.. 

Les musulmans ont installé des boucheries et débitent 
chèvres et moutons. Les Nagos vendent du porc. 

Pour les Brésiliens le plat national est Vobhc ou canîdou. 
C'est un ragoût composé de légumes et de. poisson fumé, 



282 LE DAHOMEY 

cuits lentement dans Thiiile de palme et fortement épicés. On 
y ajoute des herbes aromatiques et des g-ombos, dont les noirs 
sont très friands. On remplace quelquefois le poisson par de la 
viande ou de la volaille, mais le poisson est toujours préféré. 

Les indig;ènes consomment énormément de poisson, frais, 
fumé ou séché, qu'ils se procurent au marché ou dans les 
rues; frais ils le rissolent dans l'huile de palme, sec et fumé 
ils en font des ragoûts. 

Les condiments ordinaires sont le sel, les piments, les 
g-raines de citrouille ; le sucre n'est pas estimé des indigènes. 

Au lieu d'akassas, les noirs mangent souvent, en guise de 
pain, des patates douces, des ignames ou de la farine de 
manioc. 

Mais la saveur sucrée de la patate s'allie mal à celle de cer- 
tains mets et ne convient pas à tout le monde ; généralement 
l'igname est préférée à ce tubercule. 

Les ignames ou pommes de terre se mangent cuites sous la 
cendre, frites à l'huile, bouillies dans l'eau et trempées dans 
un peu d'huile et de sel, ou bien l'on en fait une pâte épaisse 
en les broyant et les assaisonnant au jus. L'ébullition fait dis- 
paraître l'amertume de ce fruit, aussi faut-il chang-er plusieurs 
fois l'eau dans laquelle on fait bouillir les ignames. Les indi- 
g-ènes les cuisent aussi à la vapeur, au moyen de vases au 
fond étroit qui vont s'élargissant jusqu'au milieu; ils y ver- 
sent de l'eau et entrecroisent à quelques centimètres au-dessus 
de petits bâtonnets appuyés contre les parois et qui soutien- 
nent les tubercules. Le vase est hermétiquement fermé, et 
on le place sur le feu ; il se remplit de vapeur et les ignames 
sont cuites en quelques instants. 

La racine de manioc se mange cuite à l'eau ou en farine. 
Bouillie dans l'eau, le tubercule a perdu son suc vénéneux 
par rél)ullition. 



ETHNOGRAPHIE DES PEUPLES DU DAHOMEY 283 

La farine s'obtient en râpant la racine après lavage; on la 
fait bouillir ensuite un instant, et on la comprime fortement 
dans un linge de manière à éliminer le suc vénéneux. On la 
sèche ensuite au four ou dans des marmites placées sur un 
feu doux. 

La farine un peu grossière, ainsi préparée, constitue une 
nourriture très saine; elle se mange sèche ou réduite en pâte. 
On en extrait une fécule excellente avec laquelle on prépare 
ïoka, breuvage émoUient et nutritif que le noir prend à son 
déjeuner. 

Les noirs font dans leur repas une consommation énorme 
d'huile de palme; ils y trempent la farine de manioc, le 
manioc ou l'igname bouillis; autrement, ils ne pourraient 
avaler ces aliments trop secs. 

L'huile de palme est très indigeste pour les Européens qui 
ne peuvent s'y habituer. 

Le riz est estimé des indigènes ; bouilli et réduit en pâte, 
il remplace avantageusement l'akassa. 

Les noirs sont très friands aussi d'arachides qu'ils mangent 
crues, bouillies ou grillées dans la cendre chaude. 

Gomme légumes, le Dahomey possède l'oignon, la tomate, 
le chou-colza et plusieurs variétés de haricots. 

Les fruits les plus communs sont les bananes, les oranges, 
les ananas, les mangues, les citrons, les corossols, les papayes, 
les cocos et les pommes d'acajou. 

Les indigènes mangent aussi la viande des animaux domes- 
tiques, mais le prix élevé du bétail ne la mettant pas à la 
portée de toutes les bourses, ils se contentent ordinairement 
de poissons qu'ils trouvent à bien meilleur compte. 

Le bœuf, le mouton, la chèvre, le porc sont débités par 
petits morceaux sur les marchés: la poule et la pintade se 
vendent à la pièce ; le chat se trouve en cage sur les marchés 
comme la volaille. 



28 i LE DAHOMEY 

Enfin le miel remplace les confitures qui sont inconnues dans 
le pays. 

L'eau est la boisson ordinaire du noir ; lorsqu'elle est bour- 
beuse, il la laisse déposer dans des récipients et y délaie 
une akassa pour lui communiquer un g-oût acide. Mais le 
nègre abuse des eaux-de-vie étrangères que lui vendent les 
Européens. 

On fabrique cependant sur place cjuelques boissons fermen- 
tées, telles que le vin de palme et Feau-de-vie appelée pitou 
et qui est tirée du maïs fermenté. 

Il Y a encore des boissons plus inofTensives : des limonades 
faites avec divers fruits du pays et qui peuvent rivaliser avec 
les sirops importés par le commerce européen. 

Après avoir détaillé le menu habituel du Dahoméen, il con- 
vient de parler du repas. 

Point de nappe, point de serviette, point de table, point de 
sièges ; on s'assied parterre en cercle. 

Un plat unique, écuelle ou calebasse, est posé à terre au 
milieu des convives, mais dans les festins chaque groupe de 
trois ou quatre personnes reçoit un plat séparé. 

Point de cuiller, de fourchette et souvent même pas de 
couteau. Au lieu de dépecer la viande, on la prend des deux 
mains et on la déchire. A côté du plat, sur le sol, sont empi- 
lées des akassas encore enveloppées de leurs feuilles, de la 
farine de manioc dans une grande calebasse ou dans un linge, 
et de Peau dans un vase. 

Chacun dépouille une akassa, la brise, en trempe un mor- 
ceau dans la sauce et saisit entre le pouce et ce morceau un 
peu de ragoût, poisson ou viande contenue dans le plat, et le 
porte à la bouche ; puis du même coup, il avale la pâte et lape 
la sauce qui lui reste aux doigts. Il prépare ensuite un autre 
assortiment et continue ainsi jusqu'à ce ({ue le pUit soit vide, 



ETHNOGRAPHIE DES PEUPLES DU DAHOMEY 



285 



ce qui ne tarde généralement pas, car les indigènes ne per- 
dent pas leur temps à converser pendant leurs repas. 

Lorsque Técuelle est bien nettoyée, chacun avale une cale- 
basse d'eau et se rince les mains, la bouche et les dents, car 




Famille indigène dans la brousse. 

les noirs prennent grand soin de leur dentition dont ils sont 
fiers. 

Lorsque le maître dune maison n'a pas d'invité, il prend 
ses repas à part ; il est alors servi par sa première femme qui 
goûte à tous les plats avant de lui en offrir, afin d'attester 
qu'il n'y a pas de poison. 

Pour plus de précaution, le maître lui désigne parfois le 
morceau qu'elle doit prendre. 



286. LE DAHOMEY 

Quand il y a des invités, Je maître, par politesse et pour 
rassurer ses convives, commence à manger le premier. 

De même, lorsqu'on visite un chef indigène vous offre à boire, 
l'usage du pays est que l'on accepte. Au préalable, le chef 
goûte également la boisson qu'il fait servir, pour bien montrer 
que le breuvage n'est point empoisonné. 

Les noirs font trois repas par jour ; l'heure de ces repas n'est 
pas régulière et reste subordonnée à leurs caprices ou à leurs 
occupations. 

Le matin, ils avalent une pleine calebasse doka, histoire de 
prendre le café, comme les blancs. Outre l'oka, ils mangent 
quelque chose avec, mais peu. 

Le repas principal se fait vers midi. Pour le soir, on se con- 
tente d'une simple réfection, mais en revanche, lorsque la 
journée est finie et qu'il n'a plus d'affaires à traiter, le noir 
boit sans retenue, et s'abandonne à l'ivresse une partie de la 
nuit. Pour se disculper, il dit que la nuit on ne le voit pas. 

Pendant les grosses chaleurs, l'indigène prend ses repas le 
matin et le soir seulement. 

Le nègre supporte longtemps la faim, et sait au besoin se 
contenter de peu ; mais il est aussi très glouton lorsqu'il y a 
abondance d'aliments. Il ne mange pas alors, il ne se rassasie 
pas, mais il se remplit, comme il le dit lui-même, si crûment. 

En résumé, la vie est excessivement facile au Dahomey 
pour l'indigène qui peut vivre largement avec 2 fr. TiO par 
semaine. 




ETHNOGRAPHIE DES PEUPLES DU DAHOMEY 287 

Industries locales et cultures. 

Au Dahomey, comme partout, les industries sont nées de 
la nécessité. 

La paresse est innée chez le noir, et l'ouvrier dahoméen 
travaille juste pour vivre et pour se procurer de quoi satis- 
faire à ses passions principales : l'alcool et le tabac. 

On estime qu'un indigène travaille en moyenne un jour 
sur quatre. 

C'est pour cette raison sans doute que les diverses indus- 
tries que l'on trouve dans le pays sont encore dans l'enfance. 

Cependant le noir de la Côte des Esclaves, dans ses diverses 
productions, montre un goût artistique suffisamment pro- 
noncé pour réussir dans les arts industriels. Les métiers 
exercés par les noirs sont les suivants : 

Forgerons. — Ils n'extraient plus le fer du minerai comme 
autrefois et préfèrent employer uniquement le fer en barres 
importé par les Européens, mais ils ne savent pas le travailler. 

Avec un matériel de forge très primitif, les forgerons indi- 
gènes obtiennent du mauvais fer qui, à force d'être recuit, 
s'émiette au premier choc. Ils ignorent aussi l'art de la 
trempe. 

Leurs principales productions sont des haches, des bêches, 
des marteaux, des clous, des ciseaux à froid, des lames de 
couteau, des chaînes, des épingles à cheveux, des cloches 
ou gongons, des poinçons, etc.. 

Les forgerons dahoméens fabriquent aussi des anneaux en 
fer et même en argent, provenant de la fonte des monnaies ; 
ces bijoux n'ont d'autre valeur que leur originalité. 

Comme armes de guerre, de chasse, de pêche, les forgerons 
font des sabres dahoméens, des coutelas, des poignards, des 



288 LE DAHOMEY 

pointes de flèches, des harpons, des hameçons, des balles 
de fusil en fer martelé, etc, 

Leurs outils sont fort imparfaits. Ainsi leur soufflet de 
forge consiste en deux outres surmontées d'un manche qui 
les met en mouvement. Les amandes de palme concassées 
servent de charbon. 

Filateurs. — Avec des métiers de leur invention, se 
manœuvrant par un mouvement des orteils, les Dahoméens 
tissent le coton, les fibres de l'ananas, du jacquier et de plu- 
sieurs autres végétaux. Ces dernières doivent au préalable 
être amollies dans l'eau, puis séchées et battues avec des 
maillets en bois. 

Le travail du tisserand est lent, et les bandes de tissu qu'il 
obtient avec ses métiers ont au plus m. 18 de largeur. Cou- 
sues ensemble on en forme des pagnes et des hamacs très 
curieux, mais ces étoffes sont relativement chères, eu égard 
au peu de valeur des matières premières. 

Verrie7\s. — L'art de la verrerie n est pas inconnu. — De 
l'intérieur on porte à la cote des anneaux en verre, de cou- 
leur bleue ou verte, qui sont des parures très recherchées 
dans le pays. 

Teinturières. — Ce sont généralement des femmes qui 
font ce métier. Comme elles ne disposent que de quelques 
couleurs, la plupart des étoffes indigènes sont laissées au 
naturel, blanches ou jaune-paille. 

L'indigotier leur fournit une belle couleur bleue indélébile ; 
d'un minerai de fer du Nord elles tirent l'ocre rouge et d'un 
autre végétal encore peu connu une teinte de jaune de chrome. 

Ces teintures sont mélangées d'huile de palme et de résine 
lorsqu'il s'agit de peindre les idoles et l'intérieur des temples 
fétiches. 

Potiers. — Avec l'argile plastique mélangée à l'argile com- 



ETILNOGBAPHIE DES PEUPLES DU DAHOMEY 289 

mune et au sable qui se trouvent partout, les potiers font une 
foule d'objets utiles donnant lieu à un grand commerce local. 

Tels sont les cruches, les pots, les écuelles, les fourneaux 
portatifs, les fourneaux de pipes, les marmites, soufïlets de 
forge, lampes, etc. 

Le pétrissage se fait toujours avec les pieds. 

Avec l'argile du pays ils pourraient faire aussi d'excellentes 
briques et des tuiles ; il suffirait de leur indiquer notre pro- 
cédé de fabrication. 

Vanniers. — Pour la vannerie on se sert de paille de man- 
dine, d'écorce de roseau, de faux-bambou, de cipeau, de 
lianes et décorées flexibles. 

On en fait des corbeilles, des paniers, des nasses, des 
cages, des éventails, des supports de pots à huile, des 
ratières, de grands chapeaux indigènes, des calottes de paille, 
des nattes, des sacs, etc. 

Calebassiers. — Avec les fruits des cucurbitacées, les indi- 
gènes fabriquent des récipients aux formes aussi variées que 
fantaisistes : grandes écuelles plates, bouteilles, assiettes, 
pots avec couvercle, seaux, etc. 

Des sculptures et des ornementations en relief et à jour 
sont souvent taillées au couteau ou burinées sur l'écorce 
extérieure. Les calebasses sont alors des objets de luxe où l'on 
renferme des bijoux et des choses précieuses. 

Corroycurs. — Utilisent pour leur industrie les peaux 
d'agneaux, de moutons, de chevaux, de chèvres et de bœufs 
sans les tanner. 

Le cuir, après avoir été assoupli et graissé, sert à garnir des 
poignées de sabre, des boites, des cannes, des ceintures, des 
calebasses, des paniers, etc. Ils font aussi des fourreaux de 
sabre, des gaines de couteau, des cartouchières dahoméennes, 
des sacs, des gibecières, des lanières, des éventails, etc.. 

Le Dahomey. 19 



290 LE DAHOMEY 

Menuisiers, charpentiers et sculpteurs sur Lois. — Dans 
les troncs d'arbres, ils creusent des mortiers, des écuelles, des 
plats, des pagaies, des idoles, des objets d'art et des bibelots 
de fantaisie, des manches de canne bizarres, des chaînes en 
bois d'une seule pièce, des siè^^es à plusieurs pieds taillés dans 
un seul bloc, des tabourets, des escabeaux, oreillers, etc.. 

Ciseleurs et niarteleurs de cuivre. — Cette industrie est le 
privilèg-e des féticheurs des deux sexes. Ils vivent dans des 
couvents, et leurs travaux sont faits exclusivement en laiton 
et en cuivre qu'ils fondent et qu'ils sculptent. 

Ils fabriquent des éventails, des jambières, des bracelets 
dont la vente les aide à vivre. Ils sculptent aussi des épingles 
fétiches et une foule d'accessoires qui servent à l'exercice de 
leur culte étrange. 

Fabricants de pirogues. — Cette industrie est spéciale aux 
populations riveraines; les Minas, les Popos et les Nagos sont 
très habiles dans ce métier. 

Le tronc du bambou est surtout employé dans la fabrication 
des pirogues à cause de la légèreté et de la dureté de son bois. 

Confectionnées d'une seule pièce, les pirogues ne manquent 
pas de régularité et d'élégance, on les radoube en (ixant des 
pièces avec des clous ou à l'aide d'un transfilage. On calfate 
avec des fibres végétales. 

Fabricants de meubles. — Par suite de leur contact avec 
les Européens, quelques indigènes se livrent à cette industrie 
toute moderne. Avec du faux bambou, ils parviennent, en 
imitant nos meubles, à faire des canapés, des tabourets, des 
chaises à dossier, meubles légers en même temps que fort 
solides. 

Pêcheurs. — La pêche occupe une grande partie de la 
population riveraine des lagunes ; on pêche avec des nasses, 
des éperviers, des lignes de fond. 



ETHNOGRAPHIE DES PEUPLES DU DAII03IEY 291 

Montés sur une pirogue avec un enfant comme })ag-ayeur, 
les indigènes entourent remplacement choisi pour la pêche et 
frappent le rebord de leur embarcation de façon à chasser par 
le bruit le poisson vers le centre du cercle. Ils s'y dirigent 
ensuite rapidement et jettent leurs filets tous ensemble ; la 
pêche est toujours fructueuse. 

On voit parfois jusqu'à 200 pirogues se réunir sur le lac 
Denham pour ce genre de pêche. 

Il est impossible aux gens du pays de pêcher dans la mer à 
cause de la barre qui rejette à terre lignes et filets. 

Dans la lagune, on étourdit d'abord le poisson à l'aide de 
poisons végétaux qui n'oiîrent aucun danger pour le consom- 
mateur. 

Pour sécher le poisson, ils l'exposent au soleil sur des 
claies; en quatre ou cinq jours il est prêt et se conserve tou- 
jours si on sait le préserver de l'humidité. 

Pour le fumer, on le met au contraire à l'ombre et Ton 
allume sous les claies un feu modéré. Ce fumage dure plu- 
sieurs jours. Poisson frais, poisson sec, poisson fumé, crabes 
et crevettes abondent sur les marchés. 

Chasseurs. — Les chasseurs de profession sont rares au 
Dahomey, car il faut aller très loin et c'est fatigant. Les indi- 
gènes qui vont à la chasse se placent à Taffùt et attendent leur 
gibier à bout portant. Ils se servent généralement d'armes 
françaises et anglaises, dont le marché est inondé. La poudre 
vient aussi d'Europe. En guise de projectiles, les nègres 
emploient des débris de fer, des clous, des amandes de palme 
concassées. 

Piroguiers. — Les piroguiers font les voyages sur les lagunes 
et leur métier est assez dur ; moyennant salaire ils transportent 
voyageurs et marchandises sur des embarcations portant de 
deux à trois tonnes. 



292 LE DAHOMEY 

Lorsque les fonds sont à plus de 3 mètres, ils pagaient ; dans 
le cas contraire, ils poussent les pirog^ues au moyen d'un faux 
bambou très long et terminé par une petite fourche en bois 
pour éviter le glissement sur la vase. 

Les embarcations contiennent 2, 4, 6 ou 10 canotiers, sui- 
vant leurs dimensions. 

Les canotiers entreprennent des voyages de plusieurs jours, 
en alternant entre eux pour le repos. Les négociants européens 
ont, pour l'usage de leurs factoreries, de grandes embarcations 
qui circulent sur les lagunes. Les piroguiers de l'administra- 
tion coloniale perçoivent comme salaire 1 franc par pirogue et 
1 fr. 50 par piroguier. 

Hamacaires. — Lorsque les Européens et les gros person- 
nages dahoméens veulent se déplacer, ils se font porter en 
hamac par les membres d'une corporation spéciale appelés 
hamacaires. 

Le hamac est suspendu à un gros bambou de 4 mètres 
environ de longueur. Ce bambou est porté sur la tète par deux 
hommes, un à chacune de ses extrémités. Leur crâne est pro- 
tégé par un paillasson ou un pagne roulé en forme de gâteau. 

L'homme de tète, précédé d'un éclaireur, fraye la route ; 
celui de derrière gouverne le hamac quand on se trouve arrêté 
par un taillis fourré ou que l'on franchit un trou d'eau ou 
une lagune. 

A droite et à gauche du voyageur, deux hommes, haut le 
pied, courent et de temps en temps le soulèvent, pour soula- 
ger leurs camarades et surtout pour gagner du temps. 

Les hamacaires vont presque au trot. En terrain découvert, 
la vitesse moyenne des porteurs est de 6 kilomètres à l'heure, 
de 5 kilomètres en terrain sablonneux et de 4 kilomètres en 
forêt, broussailles ou marécages. 

Les hamacaires se relèvent de cpiart d'heure en quart 
d'heure. 



ETHNOGRAPHIE DES PEUPLES DU DAHOMEY 293 

Pour un long trajet à faire rapidement, on emploie généra- 
lement huit ou dix hamacaires ; des porteurs leur sont alors 
adjoints pour le transport des bagages. 

Le métier de hamacaire est très pénible, et les bons por- 
teurs sont très estimés ; les meilleurs sont les gens de Whydah 
et en général tous les Dahoméens. 

Les hamacaires de profession employés pour le transport 
des officiers et fonctionnaires voyageant isolément, perçoivent 
comme salaire une solde de i franc par journée de portage et 
15 centimes par jour pour la subsistance, dans les postes du 
Bas-Dahomey. 

Porteurs. — Se chargent des transports sur routes ; ils portent 
sur la tête de 25 à 30 kilog. de marchandises et coûtent en 
moyenne 1 franc par journée de marche de 25 kilomètres. Le 
transport d'une tonne de marchandises à une distance de 
50 kilomètres de la côte coûte en moyenne 70 francs. 

Cultivateurs. — La plus grande partie de la population 
indigène s'occupe des cultures indispensables à son alimenta- 
tion. 

La culture est généralemsnt superficielle au Dahomey, où, 
sans soins ni engrais, le sol donne deux récoltes par an. 

Aux premières pluies, les gens labourent leur champ avec 
une bêche indigène ; ils mélangent de nouveau à la terre, en 
guise de fumier, les détritus déjà décomposés des végétaux 
provenant de la dernière récolte, et ils attendent ensuite la 
pluie suivante pour semer. 

En général, tous les semis ont lieu en mars et avril, au 
début de la saison des pluies. Tel est le cas du maïs, du 
mil, du riz, etc. 

Pour faire les semailles, le noir utilise fort ses pieds, afin 
d'éviter la fatigue de se baisser à chaque instant. Il suit le 
sillon à reculons, et fait avec son orteil droit, tous les 15 cen- 



294 LE DAHOMEY 

ti mètres environ, un trou en terre ; il prend dans un sac sus- 
pendu à son côté un grain de maïs par exemple, le jette avec 
adresse dans le trou et referme l'ouverture d'un coup de talon. 

Il continue ainsi jusqu'au bout du sillon pour recommencer 
encore et il agit de même pour toutes les semences. 

L'arrosage est inutile, car les pluies sont assez abondantes. 

Foires et marchés. — Les fabricants indigènes n'ont ni 
étalages, ni magasins, pour écouler leurs articles; le commerce 
se fait presque en entier sur les places publiques, dans les 
marchés et foires. Tout le monde attend ces jours-là pour faire 
ses acquisitions et vendre ses produits. 

Les marchands ambulants qui vendent journellement de la 
nourriture ou de la boisson étalent et portent leur marchandise 
sur des plateaux en osier ou dans des calebasses. 

Seul le commerce des Européens se fait en magasin, dans 
les factoreries et les maisons de détail. 

Les foires se tiennent généralement dans les centres impor- 
tants ; selon les pays, elles sont quotidiennes ou ont lieu 
tous les deux, trois ou cinq jours. 

A cause de la distance que les vendeurs ont à parcourir de 
leurs villages à la ville, les foires ouvrent tardivement le matin. 

Des abris en feuilles de palmier et en branchages protègent 
marchands et marchandises contre les ardeurs du soleil. 

Chaque genre de produit a son emplacement distinct dans 
ces foires où l'on trouve, avec les produits de l'industrie locale, 
des étoiles, du maïs, des ignames, des petits oignons, des 
denrées alimentaires et des fruits de tovite sorte, du piment, 
du sel, poisson sec, poisson fumé, viandes au détail, bois à 
l)rûler, l)onnets de coton, fétiches et amulettes, bouteilles 
d'alcool et de liqueurs, nattes, paniers, colliers, tabac à fumer, 
tabac à priser, fard pour les paupières, etc. 

Les marchés réunissent toujours des milliers de personnes 




iPhol. (le M. iA(linin''slral('ui' Bcurdelcy.) 

Jeune femme cVAbomev. 



296 



LE DAHOMEY 



qui font principalement entre elles échange de leurs mar- 
chandises et troquent par exemple une poule, un mouton 
contre du tabac en feuilles ou de l'eau-de-vie. 

La plus g-rande honnêteté règne sur les foires, où certaines 
marchandises, comme le bois , sont exposées sans aucune sur- 
veillance de la part des vendeurs partis k d'autres alfaires. 
Quoique le marchand soit absent, aucun acheteur ne songe à 
voler, car, d'après la croyance des indigènes, la place est sur- 
veillée 23ar le fétiche et le voleur tomberait aussitôt foudroyé. 
Comme le bois a un 23rix fixé d'une manière invariable, chaque 
acheteur fait alors lui-même sa provision et dépose par terre, 
en face de la pile, le prix de son achat en cauris. 

De même entre les villes et les villages un peu éloignés, on 
rencontre, sur le bord des chemins, des toitures en feuilles 
reposant sur des piquets. Ce sont des abris ménagés aux voya- 
geurs ; ils y trouvent des fruits et de l'eau, ils prennent ce 
qu'ils veulent et déposent religieusement à côté les cauris du 
paiement. Ces abris hospitaliers sont très utiles aux nègres 
qui passent une grande partie de leur vie dans les marchés et 
les foires ; ils trafiquent sans cesse, et on les voit parcourir de 
fortes distances pour un bénéfice médiocre. 




ETHNOGRAPHIE DES PEUPLES DU DAHOMEY 297 

Monnaie. 

Au Dahomey la monnaie courante est le cauris, petit coquil- 
lage ovale, plat en dessous, d'un blanc jaunâtre et du genre 
porcelaine. Il provient de la mer des Indes et est vulgairement 
appelé monnaie de Guinée. 

Le taux des cauris est variable suivant les régions et aussi 
selon leur abondance dans le pavs. 

Un sac de cauris (soit 20.000 cauris) vaut actuellement 
7 francs environ ; il pèse 43 kilog. et équivaut à 10 piastres- 
cauris de 2.000 coquillages. C'est une piastre forte. 

La piastre cauris est formée de i gallines de 200 cauris et 
la galline se compose de 5 touques de 40 coquillages chaque. 

D'après ce qui précède, 140 cauris équivalent donc à \ sou 
de notre monnaie. 

Cette monnaie est fort utilisée par les indigènes, mais son 
poids énorme la rend fort incommode pour les transactions 
importantes. Ainsi la somme de 1.000 francs en cauris exige 
100 porteurs. 

Heureusement que ces coquillages deviennent de plus en 
plus rares, et que dans quelques années ils auront fait place à 
nos monnaies, plus simples et plus appropriées aux transac- 
tions. 

Déjà le noir en contact avec les blancs connaît la valeur de 
l'argent monnayé qui, par suite, fait fréqu^m nent défaut dans 
la colonie. Aussi, profitant de notre pénurie de monnaie divi- 
sionnaire, la banque anglaise de Lagos inonda le Dahomey de 
sa monnaie et, malgré un droit d'entrée de 5 "/o, il en a été 
importé pour 2 millions dans l'année 18-)0. Les pièces les plus 
recherchées sont celles de 1 schilling, 3 pence et 6 pence. 

Jusqu'ici l'administration du Dahomey n'a pas cru devoir 



298 LE DAHOMEY 

proscrire complètement l'usage des monnaies étrangères afin 
de ne pas entraver les transactions commerciales, mais 
l'établissement du chemin de fer remédiera promptement à 
cette situation en jetant dans le pays de noml)reux millions 
de pièces d'argent françaises. 

Les traitants ont des compteuses de cauris attitrées qui se 
servent de leurs doigts avec une agilité surprenante et poussent 
des coquillages par cinq à la fois, de droite à gauche. 

Numération des noirs. 

Les cauris ne sont pas seulement la monnaie courante des 
noirs, mais leur servent aussi d'éléments pour leurs calculs. 

Chez eux la numération a pour principe les cinq doigts de la 
main ; lorsque le chiffre dépasse le nombre de doigts d'une 
main, le nègre v ajoute ceux de l'autre, et toute sa science 
s'arrête là. 

Mais avec les cauris qu'il ajoute aux cauris en les dispo- 
sant par tas successifs, il peut compter très loin. 

Les indigènes comptent d'abord par 5 jusqu'à 20; par 20, 
jusqu'à 200. Quand ils ont formé un tas de 200 cauris, ils 
comptent par tas jusqu'à 2.000; par 2.000 jusqu'à 20.000. 
Comme 20.000 cauris égalent un sac, ils comptent au-dessus 
par sacs, et disent 2, 3, 4 sacs d'hommes pour 40, 60, 80.000 
hommes, et ainsi de suite. 

Mais les noirs ont encore d'autres procédés pour tenir leur 
comptabilité. Ainsi les cabécères, douaniers et percepteurs 
indigènes, pour se reconnaître dans leurs comptes, emploient 
des iicelles auxquelles ils font autant de ncvuds qu'il y a 
d'unités, cha(pie licelle ne com[)ortanl pas plus de dix ncnHids. 
Ils se servent aussi de petits l)àlons sur lesquels ils })rati({uent 
des entailles. 



ETHNOGRAPHIE DES PEUPLES DU DAHOMEY 299 

Pour récapituler ces divers calculs, ils utilisent des cauris 
percés qu'il enfilent par dix sur une ficelle, et chaque 
coquillag-e représente un certain nombre de ficelles à nœuds ; 
ces chapelets sont réunis ensuite par paquet de dix ; en conti- 
nuant de même, ils attachent le tout ensemble avec beaucoup 
d'ordre et de méthode, ce qui permet aux fonctionnaires de 
connaître rapidement ce qu'ils ont en compte, lorsqu'ils 
désirent le savoir. 

Le noir fait aussi mentalement des opérations d'arithmé- 
tique; dans ce cas, son intelligence supplée à son ignorance. 
Avec l'aide de plusieurs compagnons assis en cercle autour 
de lui, il arrive à faire des calculs assez compliqués. 

L'un d'eux doit se rappeler les dizaines, un autre les cen- 
taines et ainsi de suite, chaque homme représentant une 
colonne d'addition. Quelquefois, pour s'aider, ils ramassent 
des brins de paille ou des petits cailloux qu'ils réunissent 
devant eux en un petit tas comme un mémorandum. Au 
moment de la récapitulation du calcul, chacun récite sa par- 
tie sans grand effort de mémoire, et ils parviennent rarement 
à se tromper. 

Lorsque cela arrive par hasard, ils recommencent tranquil- 
lement leurs opérations, sans découragement ni mauvaise 
humeur. 



Division du temps. 

La division du temps est très primitive chez les nègres de 
la Cote des Esclaves. Ils distinguent les saisons par les varia- 
tions atmosphériques et par les travaux agricoles propres à 
chaque époque. Les fêtes annuelles revenant périodic^uement 
servent de base à leurs calculs. 



300 LE DAHOMEY 

Les heures du jour s'indiquent par les différentes positions 
du soleil ; le chant du coq marque les heures de la nuit. 

La semaine est ig-norée chez le noir ; les mois s'indiquent 
par lunes, et Tannée par la fin des récoltes. 

Cependant dans les localités où les indigènes sont en con- 
tact avec les blancs, ils prennent peu à peu leurs habitudes. 

Le noir n'a pas non plus la moindre idée de son âge qu'il 
fixe par l'époque où s'accomplit tel ou tel événement mémo- 
rable. 

Rôle du bâton au Dahomey 

Le bâton joue un rôle important au Dahomey. C'est un 
insigne d'autorité, un attribut de commandement, mais c'est 
aussi une carte de A'isite, un billet, une procuration, une signa- 
ture et un passeport, suivant la circonstance. 

La canne représente la personne à laquelle elle appartient 
et lui manquer de respect équivaut k une insulte. 

L'autorité du roi et des chefs s'attache au bâton et le suit 
partout ; on doit au bâton le respect et les honneurs qui sont 
dus à son propriétaire. La foule se prosterne au passage du 
bâton royal et se livre à des démonstrations de respect qui 
indiquent presque un véritable culte. 

Chaque chef a sa canne qu'il a cherché à rendre différente de 
celle des autres. Le manche en est sculpté, et l'extrémité infé- 
rieure, plus grosse que le reste, est légèrement recourbée et 
terminée par une boule. 

Contrairement à nos usages, c'est le petit bout qui se tient 
à la main et Je^ manche sculpté qui se pose à terre. L^n clou 
planté dans la boule empêche l'usure du manche sur le sol. 

Les bâtons royaux sont en ébène, en ivoire, en argent 
massif, et les sujets se prosternent devant eux connue devant 
le roi lui-môme. 



ETHNOGRAPHIE DES PEUPLES DU DAIIOIVJEY 301 

Les rois ont généralement plusieurs bâtons : 

Le hàtori officiel pour les cérémonies d'apparat, les nég-ocia- 
tions, les grandes circonstances; c'est celui qu'ils remettent 
entre les mains des messagers chargés de traiter une alïaire 
en leur nom ; 

Le bâton semi-officiel^ servant dans les rapports ordinaires 
avec les autorités locales; 

Enfin, le bâton amicaf d'un caractère purement privé, pour 
les communications personnelles et intimes. 

Les négociants européens se servent également du bâton 
dans leurs rapports journaliers avec les autorités indigènes. 

Dans ce cas, tout message d'un blanc à un chef noir et 
réciproquement, est toujours accompagné d'un bâton porté 
par un interprète (moce). 

Le port du bâton exige un certain cérémonial; celui qui le 
porte doit éviter de le poser à terre et le tenir de préférence 
couché sur les bras, ainsi qu'on le ferait d'un enfant. 

Un émissaire porteur de bâton est toujours accueilli de suite 
et avec déférence jDar le personnage auprès duquel il est 
envoyé. Dès qu'il se trouve en sa préseace, il doit lui remet- 
tre le bâton que l'autre est obligé de garder à la main jusqu'à 
ce que le porteur ait achevé d'énoncer le but de sa mission. 
Si la réponse peut se faire aussitôt, la canne est à l'instant 
même rendue à l'émissaire, sinon elle ne lui est remise que le 
jour de la réponse au message. 

Jusque là le porteur du bâton est logé et traité par le per- 
sonnage qu'il a été chargé de visiter; s'il a été envoyé comme 
ambassadeur auprès du roi, il reçoit l'hospitalité à la rési- 
dence royale. 

Le bâton accompagne de même, en toute circonstance, les 
communications, officielles ou non, que les gens du pays se 
font entre eux. 



302 LE DAII03IEY 

Un cabécère peut envoyer son hàton à un Européen 
malade pour demander de ses nouvelles, et cette démarche 
tient lieu de visite, 

De même lorsqu'on veut faire acte de déférence envers un 
notable sans l'aller voir, on envoie son domestique le saluer 
avec la canne. 

Le bâton est envoyé en guise de salut ; on doit alors 
immédiatement répondre par l'envoi du sien. 

Le bâton du chef peut servir de laisser-passer sur un che- 
min interdit. Le voyaj^eur le reçoit comme sauf-conduit et 
garantie. 

Autrefois l'Européen ne pouvait se rendre à la capitale que 
si le roi lui avait envoyé sa canne par un cabécère faisant 
fonction de rccadèrc ou messager porteur de canne. 

Les blancs font aussi usage du bâton entre eux et pour la 
sûreté de leur commerce. Ainsi les agents de factoreries 
avaient la précaution de faire reconnaître un certain nombre 
de cannes, afin que leurs expéditions fussent toujours accom- 
pagnées d'un bâton qui, comme un pavillon, couvrait la mar- 
chandise. 

Les noirs essayaient bien parfois de présenter aux chefs 
de factoreries des faux bâtons, mais quand leur fraude était 
découverte ils étaient passibles d'un châtiment sévère. 

Outre son usage civil, le bâton joue encore un rôle religieux 
chez les indigènes de la Côte de Guinée. 

Les noirs plantent des bâtons sacrés à l'entrée de leurs 
cases pour les préserver des voleurs, et les féticheurs possè- 
dent un bâton pastoral terminé en fourche et entouré de 
chilîons auxquels leur superstition attache une vertu parti- 
culière. 

En résumé^ à la Côte des Esclaves, le bâton a un caractère 
presque sacré qui peut prêter à rire au premier abord, mais 



ETHNOGRAPHIE DES PEUPLES DU DAH03IKY 



303 



qui cependant a son utilité pour assurer les communications 
dans ces régions souvent dépourvues de routes. 




Attributs et marques de dignité du roi et des 
cabécères. 

Parmi les objets sacrés des rois fons, existe une cloche en 
fer qui ne peut quitter le souverain et qu'il emporte dans ses 
déplacements; elle fait partie du trésor de la couronne et le 
roi seul peut s'en servir. C'est en quelque sorte l'attribut du 
pouvoir royal. 

Pour les chefs dahoméens la hache est, comme la canne, un 
insigne de dignité. C'est en même temps une arme de 
guerre, dont le tranchant est perpendiculaire au manche et 
qvii sert surtout de casse-téte. La hache se porte sur l'épaule ; 
son manche est fréquemment sculpté et sa lame richement 
ciselée. 

Le porte-pipes est une large sacoche rectangulaire en peau 
de chèvre renfermant les longues pipes du chef, son tabac 
et ses allumettes. Elle est portée par un domestique qui prend 
le même nom. Un chef ne voyage jamais sans sa pipe, car 
fumer est un signe de virilité et de puissance. 

Le parasol est un autre attribut des autorités indigènes qui 
l'emploient dans toutes leurs sorties en public. Au Dahomey les 



304 LE DAHOMEY 

parasols sont plats, à anj^le droit, en étoffes de diverses cou- 
leurs et garnies de franges ou d'une bordure découpée. Ils 
peuvent abriter plusieurs parsonnes. Seuls les chefs ont le 
droit de s'en servir, et malheur au sujet qu'on trouverait 
muni même d un simple parapluie. 

A Porto-Novo les chefs se contentent d'un parapluie ordi- 
naire de couleur rouge ou verte. 

Le tabouret^ dont le porte-pipes est également chargé, est en 
bois jaune sculpté d'une seule pièce avec plusieurs pieds plus 
ou moins ornés de dessins jDarfois très bizarres. Ce siège 
portatif accompagne le chef partout où il se rend.*Ces tabou- 
rets ne se fabriquent qu'à Abomev, ceux des grands cabécères 
ont jusqu'à un mètre de hauteur. 




Langues et idiomes. 

Les divers peuples de la côte de Guinée n'ayant aucune 
souvenance de leur passé et ne se rappelant qu'imparfaitement 
les principaux événements de l'époque contemporaine, il est 
dilïicile de trouver dans leurs langues ou idiomes quelques 
indices pouvant conduire à la découverte de leur origine pre- 
mière. 



ETHNOGRAPHIE DES PEUPLES DU DAHOMEY 305 

Leurs idiomes comportent de nombreux termes dérivant de 
l'arabe, ce qui inclinerait à prouver que les origines des peu- 
plades actuelles du Dahomey sont dues à des émigrations 
venues du Nord. Les principaux idiomes de la Côte des 
Esclaves sont : 

Le nago ou yorouha qui est l'idiome le plus répandu ; c'est 
celui qu'il est indispensable de connaître pour voyager et 
pour se faire comprendre dans n'importe quelle région. Cela 
démontre que les indigènes du Yorouba, contrée voisine du 
Dahomey, se sont peu à peu mélangés aux peuples voisins. 

Le daho/nien ou fort et le gà ou langue des Popos ne sont 
usités que dans leurs pays respectifs. Ces deux peuplades 
n'ayant jamais fusionné avec celles des environs, leur langue 
et leurs mœurs sont restées pures de tout mélange. 

Le mot Djedji ou djège est employé aussi quelquefois pour 
désigner le dialecte des Fons. 

Le nago se parle avec une intonation pleurnicheuse, mais il 
offre moins de consonnances gutturales que les deux autres 
idiomes. Sa seule difficulté est dans la prononciation des 
voyelles plus ou moins accentuées. 

Le fon et le gâ, au contraire, sont des langues gutturales très 
désagréables à entendre et excessivement difficiles à bien 
parler pour les Européens. 

Les langues parlées en Guinée sont pauvres, car le même 
mot a souvent plusieurs significations, selon qu'il est prononcé 
avec tel ou tel accent. 

Ces langues comprennent aujourd'hui un grand nombre de 
mots français, anglais, portugais, qui, peu à peu dénaturés 
par les indigènes, font aujourd'hui partie de leur idiome. 

Lorsqu'on parle au noir d'une façon irréprochable il vous 
répond, sinon il ne fait aucun effort pour chercher à deviner 
ce qu'on avait l'intention de lui dire. 

Le Dahomey. ' 20 



306 LE DAHOMEY 

Chacune des trois langues «se prête admirablement à toutes 
les exigences de la politesse et des rapports sociaux. 

Aussi les nègres sont-ils d'une obséquiosité fatigante ; à 
tout instant ils se saluent en se demandant réciproquement 
de leurs nouvelles. 

En général, les noirs possèdent une éloquence naturelle qui 
ne manque pas de verve. Dans la conversation, ils ont de 
piquantes comparaisons, des peintures vives et imagées; ils 
aiment les sentences, les proverl^es, les dictons. Leurs discours 
dénotent toujours une grande facilité et beaucoup de finesse. 

Lorsqu'ils cheminent seuls, ils charment les ennuis de la 
route par des monologues à haute voix. 

Les noirs n'ont point d'écriture ; quant à leur langage, il est 
bref et rapide, énergique et expressif; leur parole est toujours 
accompagnée de vives et fréquentes exclamations, de gestes 
passionnés, d'une mimique continuelle. 

Leur littérature consiste en contes amusants dans lesquels 
la morale est habillée en paraboles , en maximes de sagesse, 
en proverbes qui se distinguent par la brièveté et l'élégance 
et par une tournure souvent très poétique. 




La monarchie au Dahomey et l'administration 
indigène. 

La monarchie séculaire que nos armes victorieuses ont en 
partie détruite au Dahomey était d'un despotisme absolu. 
Le roi personnifiait tout à la fois le pouvoir et la nation, et 



ETHNOGRAPHIE DES PEUPLES DC D.UI03IEV 1^07 

il n'y avait d'autre régime que sa volonté. Ce régime donnait 
lieu à toutes sortes d'abus, car le moindre des caprices royaux 
était une loi devant laquelle les sujets n'avaient qu'à s'incliner. 

Devant son autorité toutes les distinctions de classes s'ef- 
façaient, et chefs, féticheurs, peuple et esclaves lui étaient 
entièrement soumis. 

Cette idée de soumission au roi a toujours été transmise de 
père en fils et aucun sujet n'aurait osé discuter les règlements 
tyranniques dont le souverain les accablait, car le coupable 
aurait terminé ses jours en prison s'il n'avait été impitoyable- 
ment vendu aux négriers, comme au temps de la traite. 

Le roi régnait en dieu tout puissant, autant par la crainte 
que par le respect. 

Le peuple était esclave en masse du roi et des autres 
chefs relevant tous directement du monarque. Le plus abru- 
tissant servilisme pesait sur toutes les têtes ; dans le gouver- 
nement du royaume, tout était livré à l'arbitraire et au bon 
plaisir des puissants. 

La propriété comme le pouvoir appartenait au roi, maître 
du sol et de tout ce que possédait ses sujets, et qui, par suite, 
seul avait des revenus. 

Les sujets dépourvus de liberté et de faveurs n'avaient 
d'autre perspective que de partager le produit de leur travail 
ou de leur récolte avec le roi ou ses représentants, sous peine 
de punitions sévères. 

Le Dahoméen ne pouvait devenir riche qu'autant que le 
roi le tolérait, et si les richesses d'un noir lui portaient om- 
brage il les confisquait sans scrupule. 

En principe, tout appartenait au roi, et lorsqu'il voulait 
avantager l'un de ses sujets par une donation de terrain culti- 
vable, il ne lui cédait jamais son droit de propriété, mais seu- 
lement l'usufruit. 



308 LE DAHOMEY 

Au Dahomey, la royauté esHiéréditaire dans la famille, et 
s'il n'y a pas d'héritier direct et naturel, le souverain est choisi 
et élu parmi les princes de la famille royale. 

La personne du roi est sacrée, et Ton ne se présente devant 
lui que dans l'attitude la jdIus humble. S'il boit en public, on 
doit se détourner ou baisser la tête pour ne point le voir. 

Les chefs sont aussi courbés sous le joug^ royal que le 
peuple, et les plus hauts dignitaires du royaume doivent res- 
pectueusement s'allonger à plat ventre devant le monarque. 

Le palais du roi est une réunion de constructions formant 
une petite ville. On y distingue l'habitation du roi proprement 
dite, les magasins, le logement des serviteurs et celui des 
femmes. 

Le roi traite en épouses, non seulement les femmes à qui il 
a accordé ses faveurs, mais encore les gardiennes du palais. 

Le moindre regard jeté sur une femme du roi était réputé 
comme crime et puni comme tel. Aussi, lorsque le souverain 
voulait se débarrasser d'un personnage de son entourage, il le 
faisait habilement provoquer par l'une de ses épouses, et, dès 
qu il était compromis, il était aussitôt jeté en prison ou puni 
d'une forte amende, s'il avait des moyens. 

De même, lorsque les rois voulaient recruter à peu de frais 
des soldats, ils ordonnaient parfois à un certain nombre d'ama- 
zones de quitter leur uniforme et d'aller rôder autour des 
cases habitées par des jeunes gens. Dès que l'un d'eux avait 
succombé aux charmes de sa conquête, il se voyait peu après 
arrêté et accusé d'attentat sur une femme du roi. Il lui fallait 
alors choisir entre le métier des armes et celui de figurant aux 
plus prochains sacrifices. Son choix, comme bien l'on pense, 
était rarement douteux. 

Le roi gouverne avec l'aide de ses ministres et des cabé- 
cères résidant à la gore (maison commune) et appelés agoi^i- 



ETHNOGRAPHIE DES PEUPLES DU DAHOMkY 



309 



gans. Presque tous ces chefs sont parents ou alliés de la 

famille royale. 

A Abomey, les principaux ministres étaient : 

Le Mingan, ministre de la guerre, exécuteur des hautes- 




(Phot. de M. Brot.) 
Fatouma. — Haoussa, originaire de Cano. 



œuvres et grand prêtre du fétichisme ; le Gogan, chef du proto- 
cole, des bouteilles et des approvisionnements; lApologan, 
ministre de la religion ; le Méhoii^ chef de la maison du roi et 
des guerriers et aussi ministre du commerce et des affaires 
étrangères ; le Ligan, féticheur du serpent ; viennent ensuite, 



310 LE DAHOMEY 

VAbazagan, gardien du siège dit roi, qui Taccompag-ne partout 
où il va et lui présente la peau sur laquelle, à défaut de trône, 
il doit s'asseoir; le Oiiataca^ chargé d'annoncer la mort du 
roi ; le Sogan^ chef des écuries ; le Tocpo, chef du serment et 
des affaires locales, etc., etc. 

Chaque bourgade, chaque ville et chaque quartier impor- 
tant a son chef; dans ce cas, c'est le plus ancien qui est le 
maire de la ville. 

Les chefs ou cabécères sont les représentants directs du roi 
qui les nomme lui-même comme il les révoque à volonté. 

Ils jouissent auprès du peuple d'un grand prestige ; ils ne 
frayent jamais avec lui et s'allient toujours entre eux de géné- 
ration en génération. 

Sans solde et leur dignité leur interdisant tout travail, ils 
pressurent leurs administrés et en extorquent tout ce qu'ils 
peuvent, sous forme de cadeaux ou d'amendes. Aussi, nom- 
breux étaient les abus de pouvoir commis au nom du roi dans 
la perception des impôts. Ces ressources servaient à leur 
entretien et à celui du roi dont la cupidité était insatiable. 

L'État n'ayant point de revenus, n'avait pas de budget. 
Pour cette raison, les fonctionnaires avaient le droit de préle- 
ver une légère rétribution sur le produit des amendes qu'ils 
infligeaient, mais ils avaient juste de quoi vivre. 

Les cabécères rendent la justice à la gorc pour les affaires 
de peu d'importance, mais leur décision se règle sur les 
cadeaux que font les parties pour faire ou nonpenclier en leur 
faveur le bon vouloir des juges. Ces derniers seuls gagnent 
dans les contestations, car les plaideurs s'en retournent tou- 
jours plus ou moins écorchés. 

Certains délits sont jugés par le tribunal des féticheurs; 
quant au roi, il se réservait les affaires graves et faisait con- 
duire le coupable à la capitale pour le juger. Comme il avait 



ETHNOGRAPHIE DES PEUPLES DU DAII03IEY 311 

droit de vie et de mort sur ses sujets, il en usait larg-ement. 

La justice, c'était la décision du roi sans appel, et les plai- 
doiries et délibérations ne traînaient pas en lon<^ueur avec lui. 

Les pénalités infligées aux noirs étaient la mort par décapi- 
tation pour les meurtriers, les adultères, les incendiaires et 
les voleurs ; les prisonniers de guerre étaient également mis à 
mort, à moins qu'ils ne fussent réservés pour l'esclavage. 
Venaient ensuite l'emprisonnement et les amendes pour les 
gens aisés, les coups de chicote (badine en rotin) pour les 
petits délits, le fouet pour les esclaves et pour ceux qui ne 
pouvaient payer d'amendes. 

Mais ces peines n'étaient pas toujours rigoureusement 
appliquées, et, heureusement pour beaucoup de Dahoméens, 
les chefs et le roi étaient souvent sensil^les à l'appât des 
cadeaux. 

Le fouet consistait en une lanière de cuir ; un homme était-il 
seulement suspect, on le fouettait pour lui arracher quelque 
révélation, 

A Agoué on empalait le condamné, on le brûlait vif, on le 
décapitait, on l'assommait ou on l'étranglait suivant les 
conclusions d'un jugement plus que sommaire. 

Lorsque le roi élève au cabécérat, il remet au titulaire des 
insignes distinctifs, témoignages de son autorité, et consis- 
tant, suivant le grade, en bracelets d'argent, colliers de verro- 
terie et de corail, sabre, petites cornes d'argent, parasol, 
tabouret et pipe. 

Sauf ces légers privilèges extérieurs destinés uniquement à 
leur prestige, les chefs sont aussi esclaves du roi que le der- 
nier de leurs sujets. 

A leur mort, la plupart de ces attributs devaient revenir 
au roi dont ils étaient la propriété, et les chefs n'avaient 
même pas le droit de les emporter dans la tombe. 



312 LE DAHOMEY 

Dans les villes de Whydab, Godomé et Kotonoii, la pré- 
sence des Européens avait créé les fonctions de yévogans ou 
chefs des blancs, qvii avaient le pas sur les agorigans; le 
yévog-an de Whydah commandait à ses collègues. 

Les cabécères et les yévog-ans étaient secondés par les 
moces^ agents de police qui, mêlés à la foule, remarquaient 
tout ce qui se passait en ville et en rendaient immédiate- 
ment compte à la gore. Ils formaient avec les moulcques 
(domestiques), un réseau de surveillance complet autour des 
habitants. Ils veillaient à Tordre public et il était rare qu'un 
crime soit commis sans que Fauteur en soit bientôt découvert. 

Blancs et noirs étaient ainsi environnés d'espions qui rap- 
portaient tout aux autorités locales. 

Pour les réunions sur la place publique, on convoque le 
peuple en battant le gongon, petite clochette en fer dont se 
sert le crieur public pour réclamer l'attention. 

Les particuliers sont invités par des messagers spéciaux 
portant le bâton du chef qui convoque et appelés récadèrcs. 

Les rois du Dahomey étaient difficiles à approcher et à 
connaître, et un Européen ne pouvait se rendre à la capitale 
que sur invitation ou permission royale. 

A Porto-Novo, le roi ToiFa est plus accessible aux Euro- 
péens et son despotisme envers ses sujets est beaucoup plus 
mitigé que ne Tétait celui de la cour d'Abome}^ 

C'est un monarque qui nous est entièrement dévoué, très 
conciliant, peu belliqueux et dont la principale manie est de 
collectionner les coiiïures de tous genres et de tous pays. 

Le gouvernement indigène du royaume de Porto-Novo est 
constitué comme celui du Dahomey, seulement les ministres 
du roi portent le nom de larrys. Ils l'accompagnent toujours 
au nombre de trois ou quatre et même le portent ou le roulent 
dans sa voiture quand il sort. 



ETHNOGRAPHIE DES PEUPLES DU DAHOMEY 313 

L'un d'eux s'appelle le roi de la nuit, il remplace le roi après 
le coucher du soleil et règ'ne en son nom jusqu'à l'aube. C'est 
un simple chef de police, dont la mission est uniquement de 
veiller à la tranquillité de la ville. 

A Porto-Novo, comme dans les autres contrées de notre 
colonie, la j)ropriété privée est depuis longtemps reconnue et 
considérée comme définitivement acquise par les occupants 
ou les exploitants. Il n'y avait que le Dahomey qui faisait 
exception à la règle, mais on y a mis bon ordre. 




Obligations imposées aux Européens par les 
autorités dahoméennes. 

Chaque soir, au coucher du soleil, les négociants des facto- 
reries devaient quitter leurs établissements de la plage pour 
rentrer dans les villes, situées comme Whydah et Godomé a 
3 ou 4 kilomètres du rivage ; il leur était formellement inter- 
dit de coucher dans les factoreries. 

Cet usage devait dater de l'époque de la traite des noirs, 
lorque les autorités indigènes voulaient laisser ignorer aux 
Européens les embarquements de nuit des esclaves. C'était 



314 LE DAII031EV 

aussi une façon de bien surveiller les Européens. Les factoreries 
étaient alors gardées nuitamment par les soldats du roi qui y 
établissaient un petit poste aux abords. 

En o^uise d'impôts, les blancs payaient au roi des redevances 
en nature pour toutes les marchandises d'importation arrivées 
par les navires, et dont le débarquement était contrôlé par un 
décimère ou douanier. 

Mais ils étaient aussi soumis à de fréquents cadeaux envers 
le roi et ses représentants pour arriver à vivre en bonne har- 
monie avec les autorités indigènes locales. Les fonctionnaires 
dahoméens, qui ambitionnaient tout ce qu'ils voyaient, ne ces- 
saient de mendier, et leur insatiabilité augmentait toujours en 
raison directe des cadeaux dont on les comblait. 

Les Européens entraient librement au Dahomey, mais ils ne 
pouvaient en sortir ni quitter une ville qu'avec une autorisa- 
tion spéciale, car les autorités locales vous fermaient les 
chemins, c'est-à-dire surveillaient tous les passages, 11 fallait 
donc solliciter V ouverture des chemins, au moyen de cadeaux 
proportionnés à l'importance du blanc, de ses marchandises et 
de sa suite. 

Lorsque la permission était accordée, le bâton de la gore, 
porté par un moce, accompagnait le voyageur jusqu'à la sortie 
de la localité pour prévenir le décimère de laisser libre 
passage. 

Moyennant le j^aiement d'une faible somme et d'une bou- 
teille de tafîa on obtenait aussi le droit de circuler sur tel 
sentier désigné à l'avance, sans pouvoir s'en écarter. Le passe- 
port était une amande de palme enveloppée dans une feuille de 
maïs ou de bananier. 

Quand les autorités voulaient frapper un négociant dans ses 
intérêts, quand elles voulaient le forcer à subir des conditions 
exorbitantes, elles lui fermaient les chemins pour le commerce 
et il se trouvait interdit. 



ETHNOGRAPHIE DES PEUPLES DU DAII03IEY 315 

Les produits du pays étaient alors détournés et n'arrivaient 
plus à la factorerie, le commerce avec le blanc était interdit 
aux noirs sous les peines les plus sévères, et cela jusqu'à 
adhésion du négociant aux exigences des chefs du pays. 

Pour s'établir au Dahomey et s'y livrer au négoce, les com- 
merçants devaient être autorisés et encore ils n'étaient pas 
libres d'acheter les produits du pays dont l'exportation n'avait 
pas été approuvée. Il leur était défendu aussi de vendre cer- 
taines marchandises, de détailler la vente d'autres, ce droit 
étant un privilège réservé aux gens de l'endroit. 

Il était surtout interdit aux négociants de vendre aux par- 
ticuliers la même étoife que celle choisie par le roi pour son 
usage personnel, et il n'était pas toujours facile de le deviner; 
même au cas d'infraction involontaire à ce règlement, on s'ex- 
posait à la prisoi'^ et à de fortes amendes. 

Quand il plaisait au roi ou sur un rapport défavorable d'un 
cabécère, on mettait aussi une factorerie en quarantaine par 
la simple apposition d'un peu de paille fétiche sur la porte ; 
aucun noir ne venait plus servir alors à la factorerie et il en 
était ainsi jusc{u'à ce que le roi en eût décidé autrement. 

Les décimères rançonnaient sans pudeur les voyageurs à 
toute heure du jour et de la nuit; de même, pour les embar- 
cations naviguant sur la lagune ; des douaniers les hélaient à 
chaque instant pour réclamer de l'eau-de-vie. Le plus prudent 
était de céder gaiement à leurs cupides exigences si l'on ne 
voulait être retardé et ennuyé. Autant de décimères rencontrés 
autant de bouteilles de tafia, c'était le moyen le plus pratique. 

Généralement les blancs ne parlaient que par interprètes 
aux chefs indigènes, car l'interprète adoucit dans sa traduc- 
tion les mots durs ou blessants de l'interlocuteur étranger. 

Les indigènes seuls parlent directement aux chefs. 

Sous l'administration française, ces abus ont heureusement 



316 



LF: DAHOMEY 



cessé et nos compatriotes jouissent au Dahomey de la quiétude 
la plus parfaite. 

État social des noirs. 

Aucun homme du peuple, malgré ses capacités ou ses pro- 
tections, ne peut espérer occuper une fonction dans l'adminis- 
tration indigène ; soumis au despotisme dès son enfance, le 
Dahoméen n'aspirera jamais à améliorer sa situation et conti- 
nuera toujours h occuper le rang qui lui est assigné par sa nais- 
sance obscure. 

Aussi le pouvoir est-il transmis par les classes dirigeantes 
de père en fils. 

Entre le peuple et les chefs se place le féticheur ou prêtre ; 
la vie du peuple se passait entre la crainte du roi, les abus des 
chefs et les menaces du féticheur dans ce monde et dans 
l'autre. 

Le sort du Dahoméen n'était pas enviable, et cependant il le 
subissait sans révolte. 

Outre les imjiôts dont on l'accablait, il devait observer une 
foule d'interdictions plus tvranniques les unes que les autres. 

Il lui était défendu, entre autres choses, de construire sa case 
à son idée, d'arranger ses cheveux à sa guise, de porter aucun 
vêtement de couleur, ni ornement ou bijou en métal, de s'as- 
seoir sur un siège, de porter une coiffure ou des chaussures 
quelconques. Il ne pouvait sortir du pays et même de sa rési- 
dence sans autorisation ; il lui était fait défense de vendre 
tel ou tel produit pour l'exportation, de tel ou tel poisson sur 
certaines places, d'acheter la même étolï'e que celle portée par 
le roi, quand bien même la provenance de cette étolTe aurait 
été différente de celle de l'étofTe royale, etc., etc.. 

L'arbitraire du roi et des chefs, poussé à ses dernières 



ETHNOGRAPHIE DES PEUPLES DU DAHOMEY 



317 



limites, régissait tout à leur profit sans nul souci du bien-être 
public. 

De même, l'impôt n'était pas proportionné aux revenus de 
chacun ; les ag-ents du roi prélevaient à tort et à travers une 
part des revenus du sol, de la pêche, du commerce et de tout 
ce que possédait les sujets. 

Les décimères ou douaniers étaient postés aux abords des 
localités, à côté des passages fréquentés, sur le bord des 
chemins ou de la lagune, et même à la porte des factoreries, 
pour prélever la part du roi sur l'huile et les autres produits 
que les nègres portaient au marché ou chez les divers négo- 
ciants. 

Et quand le roi ne trouvait pas ses revenus suffisants, il 
envoyait des agents spéciaux piller les biens des noirs ; les 
maisons des blancs et des chefs principaux étant seules 
respectées. 

Malgré ces vexations sans nombre, le noir vivait en appa- 
rence heureux, parce qu'il est insouciant et qu'il ignore un 
sort meilleur que le sien. 




318 LE DAHOMEY 

Le noir en famille. 

Les trois grandes fêtes de la vie du noir sont le baptême, 
le mariaf^^e et la mort. 

NAISSANCE 

Quoique le noir se soucie fort peu de sa progéniture, une 
naissance est cependant accueillie avec joie, parce que le 
baptême donne toujours lieu à des réjouissances. 

Les liens de famille n'existent guère entre enfants et 
parents ; ceux-ci veillent sur eux quand ils sont jeunes, mais 
aucune affection n'inspire les soins qu'on leur donne. 

Les accouchements sont, pour la plupart, faciles et heureux 
chez les femmes qui ont atteint levir complet développement. 
On voit des négresses suspendre leurs travaux quelques 
heures seulement à l'occasion de leur délivrance. 

Les enfantements de jumeaux sont très fréquents et ils sont 
considérés comme une bénédiction du ciel. 

En moyenne une femme n'a qu'un ou deux enfants ; une 
femme stérile est très méprisée au Dahomey, et le mari s'en 
débarrasse à la première occasion. La stérilité est considérée 
comme une malédiction du ciel. 

A la naissance d'un enfant, le féticheur, après plusieurs 
simagrées proportionnées aux moyens des parents, le pare 
d'amulettes destinées à le préserver des maladies. C'est ordi- 
nairement un sachet en peau autour du cou, un aniioau aux 
chevilles et plusieurs morceaux de bois autour du poignet. 
Ces petits fétiches ne doivent })as quitter 1 enfant pendant 
plusieurs années. 

La plupart des noirs ont un noinl)ril énorme (jui provient 
de la scission défectueuse du cordon ombilical. Jusqu à 1 âge 



ETHNOGRAPHIE DES PEl PLES DU DAII031EY 319 

de 7 ou 8 ans, les enfants ont le ventre très dévelo23pé, mais 
cette particularité maladive disparaît avec l'âg-e. 

La circoncision est un usage répandu chez les nègres ; elle 
a été introduite par les mahométans qui, de temps immé- 
morial, ont fréquenté la région du Bénin. 

Tous les enfants sont élevés au sein jusqu'à Tàge de 2 et 
même 3 ans ; pendant la lactation l'homme n'a aucun rapport 
avec sa femme. 

Après le sevrage, le petit est abandonné à lui-même ; il 
circule dans la cour, dans le village, au milieu des poules 
et des cochons. Il se remplit la bouche de terre glaise, qu'il 
mâchonne constamment. 

Très jeune, l'enfant s'attache à sa mère de préférence au 
père, mais le peu de tendresse qu'on lui témoigne le rend 
bientôt indifférent à Fégard de ses parents. 

L'enfant, même dans son jeune âge, ignore toujours la dou- 
ceur des baisers maternels, aussi son cœur s'endurcit vite 
et vers 7 ou 8 ans il devient réservé, faux et insensible à tout 
ce qui ne concerne pas la vie égoïste et matérielle. 

Le baptême d'un enfant a lieu entre 4 et 8 ans ; c'est encore 
le féticheur qui préside à la cérémonie. On place l'enfant 
au milieu du cercle formé par les parents et amis, et, après 
quelques formalités exigées par le culte, le féticheur lui 
assigne le nom que la famille désire lui voir porter. Aussitôt 
après, les assistants se précipitent sur le festin, mangent, 
boivent et dansent jusqu'à épuisement de provisions et de 
forces. ' 

L'enfant reçoit un ou plusieurs prénoms et le nom de 
famille n'existe pas. Il s'en suit que la femme ne porte pas 
non plus le nom de son époux. Les familles sont seulement 
désignées par le nom ou le sobriquet de leur chef. 

Jusqu'à ce que l'enfant soit capable de pourvoir aux besoins 
de sa vie, il est à la charge de la mère. 



320 LE DAHOMEY 

Tant qu'il ne marche pas., elle le porte à cheval sur ses 
reins ; jusqu'à l'àg-e d'un an, le petit est assis dans une cein- 
ture entourant le pagne maternel et il dort même dans cette 
position. 

Ainsi chargée, la mère travaille aux champs ou dans sa 
case sans aucune gêne. Lorsqu'elle veut allaiter son rejeton, 
elle se contente de relâcher un peu son pagne et fait passer 
le corps de l'enfant sous son bras. 

Dès que les enfants sont assez robustes pour travailler, ils 
doivent aider leurs parents dans leur industrie ou dans les 
travaux de culture. 

Tous sont très précoces ; aussi la fille se marie de bonne 
heure et le garçon abandonne la case paternelle dès qu'il en 
trouve l'occasion. 

On reconnaît les enfants d'un Européen et d'une négresse 
par la chevelure qui n'est jamais crépue; quant à levir teint 
il peut être très foncé ; mais les unions entre blancs et noirs 
sont très rares. 

MARIAGE 

Au Dahomey, l'homme est tout, la femme n'est rien. Aussi 
l'amour préside rarement à l'union du noir avec la négresse ; 
prendre femme est un trafic pour le nègre, car c'est elle qui, 
la plupart du temps, travaille pour nourrir son époux et ses 
enfants. Bienheureuse elle est quand, en échange de son 
dévouement, son labeur n'est pas récompensé par des coups. 

Le célibat est peu considéré, aussi bien chez Thomme que 
chez la femme et la famille est partout en honneur. Les hommes 
se marient vers l'Age de 20 ans et les femmes A-ers 12 ans. 
Les mariages ont toujours lieu entre deux familles n'ayant 
aucune parenté entre elles. 



ETHNOGRAPHIE DES PEUPLES DU DAHOMEY 



321 



La demande d'union est faite sans cérémonie aucune ; le 
futur se présente au père de la jeune fille et formule sa 
demande en offrant des cadeaux qui sont toujours agréés. 
La future n'est jamais consultée, pas plus que la mère qui 
ne compte pas. Le prétendu éprouve rarement un refus, car 
les parents sont enchantés de se débarrasser de leur fille. 




Indigènes du Yoruba. 



Il se peut que celle-ci soit d'accord avec son fiancé, mais on 
ne s'inquiète ni de ses goûts, ni de son consentement. 

Propriété des parents d'abord, elle devient ensuite celle 
du mari, et plus tard celle de l'héritier, car ce dernier prend 
toutes les femmes du défunt, moins sa propre mère. 

Quand la fillette est trop jeune, l'union est néanmoins 
consentie, mais les parents gardent leur enfant jusqu'à ce 
qu'elle soit en âge d'être mariée. Si dans l'intervalle il se 
présente un autre postulant, c'est souvent lui qui l'emporte 

Le Dahomey. 21 



322 LE DAHOMEY 

sur le premier, car les promesses n'ont aucune valeur chez 
le noir. 

Si le mariag-e est possible, il a lieu immédiatement. La dot 
est fournie soit par la femme, soit pav le mari. 

Parents et amis sont réunis à la case du iiancé ; on se gave 
de mouton et de chevreau que l'on arrose larg-ement de tafia. 
Après les libations, on chante et on danse en s' accompagnant 
d'instruments de musique. 

La fiancée n'assiste pas au repas ni aux réjouissances de 
la famille ; elle passe le jour de sa noce en compag-nie de 
quelques amies et on leur envoie seulement à manger et 
à boire. 

Si la jeune fille n'apporte rien en dot, le futur doit lui 
envoyer jusqu'à des pagnes pour son habillement, car l'usage 
lui interdit d'emporter même un morceau d'étofte de chez 
ses parents. 

Le mari prend soigneusement note des dépenses qu'il a 
acquittées pour la noce, car elles doivent lui être restituées 
par les beaux-parents en cas oi^i la femme manquerait à ses 
devoirs ou abandonnerait le domicile conjugal. 

Lorsqu'au contraire c'est la famille de la mariée qui a payé 
les dépenses, c'est au mari à rembourser la dot en cas de 
désaccord avec sa moitié. 

Chez les Nagos et les Minas, un inventaire est dressé par 
les époux de ce qu'ils apportent dans la communauté, et en 
cas de séparation chacun reprend ce qu'il a apporté. 

Le noir n'admet pas la femme à vivre avec lui ; il la parque 
dans une case séparée ou une partie de case, et, lorsqu'il 
demande ses services, elle se présente à lui dans une lunnble 
posture, avec les démonstrations d'une soumission servile. 

Les Dahoméens sont polygames ; ils prennent autant de 
femmes qu'ils peuvent en entretenir; le nombre de leurs 



ETHNOGRAPHIE DES PEUPLES DU DAHOMEY 323 

épouses est limité à leurs moyens. On achète des femmes con- 
cubines ou esclaves par intérêt plutôt que par débauche, parce 
que plus un noir possède de femmes qui travaillent, plus 
son revenu est aug'menté. Chacune d'elles rapporte à la com- 
munauté et n'a coûté que les premières dépenses du mariai^^e ; 
puis les femmes se laissent aussi conduire plus docilement 
que les domestiques mâ^.es. 

Peu de gens du peuple possèdent plus de deux ou trois 
jemmes ; les chefs en ont vingt ou trente, le roi quatre ou 
cinq cents. Gela tient aussi qu'au Dahomey le nombre des 
femmes est au moins trois fois supérieur à celui des hommes. 

Nul ne doit se défaire des enfants nés dans sa maison, ni 
les séparer de leur mère. 

Les femmes en ménage ne sont pas jalouses entre elles et 
se partagent chacune les soins à donner aux enfants de leur 
époux . 

La première épouse, la plus ancienne, est maîtresse de 
maison et est g-énéralement exempte de travail. C'est elle qui 
doit g-oùter aux aliments avant de les offrir au maitre, afin 
de témoigner ainsi qu'ils ne sont pas empoisonnés. 

Les autres femmes s'occupent de la cuisine, de la lessive, 
du commerce, des cultures, etc. 

Si l'une d'elles, par sa jeunesse et sa beauté, est devenue 
la favorite du mari, elle est aussi exempte de travaux, mais 
elle retombera tôt ou tard dans sa triste condition. Autrefois 
même, lorsque son maître était dégoûté d'elle, il en faisait 
simplement cadeau au roi. 

Le sort de la femme dahoméenne n'est donc pas enviable ; 
elle vit dans un état de véritable servitude, n'ayant d'autre 
perspective que de mourir de faim dans sa vieillesse si ses 
enfants ne consentent pas à la nourrir. 

Malgré sa triste condition et quoiqu'elle ne puisse guère 



324 LE DAHOMEY 

avoir d'aiTection pour son épeux, la femme est rarement cou- 
pable d'adultère. 

L'homme, lui, peut avoir des relations avec des personnes 
libres sans qu'on y trouve à redire. 

Dans le peuple, le délit conjug-al est puni d'une forte amende 
par les autorités, mais il entraîne rarement la séparation des 
conjoints. 

Les divorces ont surtout lieu par suite d'incompatibilité 
d'humeur. 

Mais quand une femme de chef était seulement soupçonnée 
d'adultère, elle était impitoyablement mise à mort sans aucune 
forme de procès. 

A Abomey, les femmes du roi excellaient à attirer les Euro- 
péens dans des guet-apents, afin de leur extorquer, au pro- 
fit du souverain, des amendes énormes. 

Dans les pays voisins, l'adultère est puni différemment. Au 
Yorouba le coupable est exploité jusqu'à épuisement de res- 
sources. A la Côte d'Or, c'est une question de vie et de mort 
entre l'époux et l'amant. 

Au Dahomey, les fils de chefs épouseront toujours des filles 
de chefs, mais n'iront jamais se mésallier avec des g-ens du 
peuple. 

DEUIL ET FUNÉRAILLES 

La mort est accompagnée des mêmes cérémonies, danses et 
chants, que les réjouissances. 

Dès que le malade a rendu le dernier soupir, les assistants 
poussent des gémissements prolongés et des hurlements reten- 
tissants pour annoncer le décès aux voisins. 

Les lamentations et les sanglots des femmes dominent sur- 
tout dans ce douloureux tapage. Aussi les appelle-t-on les 
pleureuses. 



ETHNOGHAPHIE DES PEUPLES DU DAHOMEY 



325 



Quand sa douleur est calmée, ce qui ne tarde guère, la 
famille fête la mort de son parent ainsi qu'un événement heu- 
reux. Le tafia coule à profusion: on chante, on danse autour 
du cadavre étendu sur une natte et on fait même retentir l'air 
de fusillades multipliées. 

Le lendemain ou le surlendemain du décès a lieu l'enter- 
rement. 

Le corps, paré de son plus beau pag-ne, est descendu sans 
cercueil dans une fosse creusée dans le sous-sol de la case où 
il a expiré. Cet usage a disparu depuis la création de cimetières. 

Aux Popos on enterre dans une bière en branchages ou en 
planches. 

Partout on place à côté du mort des vivres, un pot d'eau, 
des cauris, un bâton ou une arme pour lui permettre de vivre 
et de figurer convenablement dans l'autre monde. 

Quelquefois, avant l'inhumation, le cadavre est porté triom- 
phalement dans les rues au son de la musique. 

Après la descente dans la fosse on sert un léger repas et 
les assistants se divertissent comme un jour de mariage. 

L'enterrement et les funérailles proprement dites ont rare- 
ment lieu en même temps. 

Le laps de temps s'écoulant entre les deux cérémonies Avarie 
de quelques jours à un an; il est subordonné à la décision de 
la famille. 

Le jour des funérailles a lieu la répétition exacte de toutes 
les cérémonies de l'enterrement ; pleurs, cris de douleur, con- 
torsions désespérées, repas abondant, libations copieuses, 
danses, chants et coups de fusil, rien n'y manque. Ces fêtes 
solennelles durent des jours ou des semaines, suivant la richesse 
des parents. On les renouvelle à l'anniversaire, car au Daho- 
mey on célèbre annuellement la fête des morts, dans chaque 
famille. 



326 LE DAHOMEY 

Très superstitieux, les noirs croient sans doute h l'entrée du 
défunt dans une vie meilleure ; on ne s'explique qu'ainsi les 
réjouissances auxquelles ils se livrent à l'occasion d'une mort. 

Après un décès on brûle tout ce qui a servi à Tusage du défunt 
et l'on n'habite plus la chambre dans laquelle il est enseveli. 
Souvent même la case est découverte et abandonnée. Seule une 
tig-e en fer de forme particulière marque la place où se trouve 
le crâne, car c'est à la tête que s'adressent plus spécialement 
les honneurs funèbres. 

Des écuelles destinées à recevoir les aliments et les offrandes 
que Ton apporte au mort et à son fétiche sont placées dans la 
case mortuaire. 

Après plusieurs années de sépulture, les crânes des défunts 
sont déterrés et conservés religieusement dans des vases de 
terre jilacés dans un coin de Thabitation. Les noirs rendent 
alors un culte fréquent aux mânes de leurs ancêtres. 

Au Dahomey, être privé d'honneurs funèbres est une honte, 
souvent un châtiment. On les refuse aux criminels, aux suicidés 
et aux débiteurs insolvables ; on dédaigne de les accorder aux 
esclaves et aux étrangers. 

Les noirs tiennent beaucoup à être enterrés dans leur pays 
natal ; on se conforme toujours à ce désir lorsque la distance 
et les moyens de transport le permettent. Dans le cas contraire 
si quelqu'un meurt loin de chez lui, on porte dans sa maison 
ime part de ses restes mortels, tête, bras, doigts, ongles, che- 
veux, etc., auxquels on rend les mêmes honneurs c{ue si 
c'était le corps entier. 

En résumé le noir, froid et indilférent, n'éprouve aucune 
douleur ]:)ar la perte d'un être qui devrait lui être cher. La 
Dahoméenne non plus n'est guère attachée à son enfant : ({uand 
il meurt, elle regrette seulement la somme de travail qu'il lui 
aurait rapportée. 



ETHNOGRAPHIE DES PEl PLES DU DAHOMEY *^27 

Les enfants morts avant d'avoir pu se rendre utiles ne sont 
pas ensevelis a^ec solennité ; on les enfouit à la campag-ne, 
quand on ne les jette pas tout simplement au milieu des brous- 
sailles. 

Dès qu\in enfant dépérit par la maladie, la mère charge ses 
pieds et ses mains de bracelets et de clochettes, afin de mettre 
en fuite les génies malfaisants dont il est victime. 

Le deuil n'est pas obligatoire pour le mari qui a perdu sa 
femme, et il peut se remarier le lendemain ; lorsqu'il veut 
témoigner du regret il se fait quelquefois raser la tête. 

Mais pour les femmes le deuil est plus sévère. Une veuve 
doit rester enfermée dans sa case pendant une dizaine de jours, 
quitter ses ornements et se couvrir de vêtements usés et sales ; 
elle doit pleurer et gémir sans cesse en répétant le nom de son 
défunt. Ses habits de deuil sont de couleur noire ou bleu foncé. 
Après ces quelques jours de grand deuil, la parenté vient con- 
soler la veuve qui prend des vêtements propres. Chacun porte 
son présent et danses et libations recommencent en l'honneur 
du mort. 

La femme doit porter le deuil de son mari pendant douze 
lunes, mais elle peut se remarier quand elle veut. 

La durée du deuil pour les parents est la même, mais il est 
interdit de se marier avant une année. 

Les cheveux longs sont un signe de deuil pour les gens de 
qualité, qui ne doivent se raser la tête qu'après avoir célébré 
les funérailles de leurs parents. 

A la mort d'unparent, les héritiers se disputent la succession 
comme partout ailleurs, mais au préalable le roi prélève une 
partie ou la totalité des biens laissés parle défunt. 

Le fds aîné hérite de tous les biens et de toutes les femmes 
de son père, à l'exception de sa propre mère qui est bien trai- 
tée et qui conserve, avec une grande liberté, une sorte de 
suprématie sur les autres épouses de son fils. 



328 



LE D A 11031 P: Y 



Ce n'est qu'à la mort du iils aîné que ses frères et sœurs 
peuvent obtenir la part qui leur revient dans la fortune de leur 
père, et encore faut-il qu'ils soient de la même mère, (^uant 
aux autres enfants ils n'ont jamais rien à espérer. 

Quand, parfois, c'est le frère du père défunt qui hérite, les 
enfants sont abandonnés à la misère si leur oncle ne consent à 
les élever. 

Enfin, tout n'est pas rose dans l'existence du noir au Daho- 
mey. 

' Ajoutons, pour finir, que la mort d'un roi dahoméen donnait 
lieu à de véritables hécatombes humaines : prisonniers de guerre, 
femmes et esclaves étaient immolés en grand nombre sur la 
tombe royale pour escorter et servir le défunt dans l'autre 
monde. 




Relations sociales. 



Malgré la vie en commun dans une case souvent étroite, le 
plus grand respect règne entre les ditïérents membres dune 
famille. A ce point de vue, la moralité du noir est parfaite. 

Les nègres sont très polis et bienveillants entre eux ; ils ne 
peuvent se rencontrer sans échanger ensemble quelques paroles 
d'amitié et, lorsqu'ils se quittent, ils répètent alternativement 



ETIINOGKAPIIIE DES PEUPLES DE DAHOMEY 329 

leur bonjour jusqu'à ce qu'ils ne s'entendent plus. Même 
brouillés, ils se donnent un salut froid, mais sans répétition. 

Leurs formules de politesse sont nombreuses, et, à toute 
heure du jour, ils se comblent de compliments réciproques. 

Lorsqu'ils se croisent d'égal à égal, ils ralentissent le pas 
pour échanger leurs salutations ; quelquefois même, ils s'ar- 
rêtent à trois ou quatre mètres Vun de l'autre avant de se 
congratuler. 

Les indigènes qui fréquentent les blancs commencent à se 
donner la main assez gauchement. 

Quand un noir parle à vm Européen, il défait son pagne 
jusqu'aux hanches et se présente le torse nu, la poitrine en 
avant ; c'est un signe de déférence et une marque de con- 
fiance. 

Lorsqu'ils rencontrent un chef quelconque, cabécère, larry 
ou féticheur, les noirs roulent leur pagne à la hanche, se 
jettent à plat ventre, embrassent la terre à plusieurs reprises 
selon le rang du supérieur, et, se relevant à demi sur les 
coudes, ils font claquer bruyamment les doigts de la main 
droite sur la paume de la main gauclie avant de se relever 
entièrement. 

Les chefs agissent de même avec leurs supérieurs. 

Au Dahomey, l'on prend aussi de la terre, de la poussière 
ou de la boue, selon l'endroit où l'on se trouve, et l'on s'en 
couvre la tête et le visage en signe d'humilité. Cela se pra- 
tique ainsi à la Gore, quand on prononce le nom du roi 
ou qu on va donner communication d'un de ses messages. Le 
noir alors rampe, s'incline, s'agenouille el se prosterne pendant 
plusieurs minutes. 

Pour se saluer, les chefs entre eux se donnent deux doigts 
de la main et font claquer les autres dans le même mou- 
vement. 



330 LE DAHOMEY 

Lorsqu'un cabécère rend vjsite à un autre plus élevé en 
grade celui-ci reste assis; si au contraire le visiteur est d'un 
rang égal ou supérieur, le visité se lève, lui donne l'accolade 
ou se prosterne à ses pieds, selon le cas. Pour témoigner de 
leur respect à un blanc, les Nagos, en le croisant, s'étendent 
tout du long, se relèvent aussitôt et s'éloignent en frappant des 
mains et en faisant claquer les doigts. 

Les femmes du roi ou des chefs sont l'objet d'un grand 
respect; lorsqu'on les croise dans la rue, il est interdit de 
les frôler sous peine d'amende ou de correction. 

Heureusement que le passage de ces éminentes personnes 
est toujours signalé à la population, car elles poussent conti- 
nuellement de grands cris en recommandant de se ranger 
devant elles ; les habitants font alors le vide ou l'entrent dans 
les maisons voisines. 

Devant les Européens, elles s'écartent d'elles-mêmes. 

Le respect des vieillards est un principe sacré chez le 
nègre. 

Les enfants sont très respectueux envers leurs parents ; 
lorsqu'ils sont jeunes, ils s'agenouillent pour parler à leur 
père, et il en est de même de la femme. Le cadet a toujours 
pour son aîné une très grande déférence. 

Les noirs vivent en excellents rapports entre eux ; ils se 
font continuellement des visites de bon voisinage et bavardent 
des heures entières sur des futilités. 

Si un étranger a soif, il peut pénétrer sans crainte dans 
n'importe quelle case, il trouvera toujours de l'eau à profu- 
sion. S'il veut être poli envers son hôte, il devra, avant de 
boire, verser à terre, pour le fétiche protecteur delà case, une 
goutte du liquide qui lui est oifert, et si, c'est de l'eau, cracher 
la dernière gorgée qui ne doit jamais s'avaler. 

Au préalal^le, le noir goûte le breuvage pour prouver qu'il 
n'est pas empoisonné. 



KTILNOGHAPIIIE DES PEUPLES DU DAHOMEY 331 

Les étrangers noirs sont en général mal vus par les indi- 
gènes du pays. Ceux-ci témoignent aux Européens un res- 
pect proportionné à leurs marchandises et à leurs cauris. mais 
ils se méfient toujours d'eux et ne les aiment jamais, quelle 
cjue soit leur façon de traite^' les noirs. 

Tout en accablant les blancs de leurs protestations de 
dévouement, ils ne manquent pas une occasion de les voler 
quand ils peuvent le faire impunément. Cela n'empêche pas les 
noirs déjouer l'indignation et de paraître scandalisés lorsqu'on 
parle de vol en leur présence. 

Pour éviter le défaut d'honnêteté des indigènes, leurs gou- 
vernants le combattent par la superstition. Ainsi, aux Popos, 
le Mina qui meurt endetté est privé de sépulture et son âme 
continue à errer sur terre en endurant d'horribles souffrances. 

Au jour du décès, tout créancier non payé a le droit de s'op- 
poser à l'enterrement de son débiteur si les parents ou amis du 
défunt ne le satisfont pas aussitôt. Quelquefois, pour obtenir 
l'enterrement, la femme et les enfants du mort s'offrent de 
travailler comme esclaves du créancier jusqu'à concurrence de 
la somme qui lui est due. 

Quand les parents ne s'exécutent pas, le corps du défunt 
endetté est enveloppé dans un grand pagne et déposé sur une 
claie en dehors de la ville ; il reste ainsi exposé à la vue et au 
mépris des passants. Lorsque, plusieurs mois après, sa dette 
est acquittée, alors la famille reprend ses restes et procède aux 
funérailles de la même façon que s'il était mort la veille. 

Au Dahomey, le même usage eut lieu jusqu'au temps du 
roi Glé-Glé qui promulgua une loi faisant défense de faire cré- 
dit. Si un créancier osait se plaindre d'un débiteur, il était 
jeté en prison pour avoir outrepassé la loi, et cela ne lui ren- 
dait pas son argent. 

Les Européens étaient soumis à la même loi ; c'était à eux à 



332 LE DAHOMEY 

ne pas se lier aux indigènes, et cependant le négoce n'est guère 
possible sans crédit avec les noirs. 

La mendicité n'existe pas entre indigènes ; elle serait du 
reste inutile, car le Dahoméen ignore le sentiment de la pitié, 
et il ne donne jamais rien sans^recevoir quelcpie chose en 
échange. Celui qui est nécessiteux s'engage pour un certain 
temps comme travailleur chez les étrangers et même dans sa 
propre famille, pour se procurer le peu dont il a besoin pour 
vivre. 

Un noir malade dans sa famille est soigné par le féticheur 
ou un empirique quelconque. On distingue le médecin des 
liquides qui n'ordonne que des boissons, et le médecin des 
solides qui prescrit des aliments. Il est inutile d'ajouter que 
des cérémonies de fétiche forment la base de toutes leurs 
ordonnances. 

Lorsque le malade est chez des étrangers, on le met tout 
simplement à la porte, du moment qu'il ne peut plus tra- 
vailler. 

Mais au contact des blancs qui leur donnent de nombreux 
exemples moraux, le caractère des noirs se civilise et devient 
peu à peu plus humain. 




ETHNOGRAPHIE DES PEUPLES DU DAHOMEY 333 

Jeux, musique, chants et danses. 

Le noir est très joueur ; ses principaux divertissements sont : 

he jeu des caiiris à trois, quatre, cinq et six coquillages que 
chaque partenaire jette en même temps sur une natte, après 
les avoir secoués dans la main ; les cauris tombent alternati- 
vement sur la partie convexe ou plate. Suivant le nombre parié,' 
le joueur gagne ou perd. 

Le jeu de la cheville, très difficile et connu au Dahomey 
vseulement, consiste en un petit carré de bois épais et plat, 
percé de nombreux trous, que les adversaires bouchent avec 
des chevilles, après mûre réflexion. 

Le jeu des ç/odets ou de raya que Ton joue sur le sol ou sur 
une planche longue et épaisse dans laquelle sont creusés deux 
rangées de chacune huit à douze trous alignés deux par deux 
et de la grosseur du poing. La partie se joue à deux et chaque 
joueur a une rangée de ces trous. Des graines fort dures servent 
de jetons ; les partenaires les distribuent par trois ou quatre 
dans les trous de leur côté ; puis, chacun à son tovir, sans sau- 
ter de trou, prend les jetons du vis-à-vis et les porte un à un, 
de gauche à droite dans les cases voisines. Celui qui rencontre 
dans les cases de son adversaire un ou deux jetons seulement 
s'en empare, et la partie continue jusqu'à ce que Fun des deux 
n'ait plus de munitions. Autour des joueurs, se tiennent tou- 
jours des parieurs, des conseillers, des spectateurs oisifs qui 
suivent attentivement la partie. 

Mais le nègre aime surtout les distractions bruyantes telles 
que la musique, le chant et la danse. Elles constituent les prin- 
cipales attractions de ses fêtes et sont ordinairement accompa- 
gnées de festins, de libations et de fusillades nombreuses. 
Faire la fête s'appelle faire tam-tam ; aussi le tam-tam est-il son 



334 LE DAHOMEY 

principal instrument de musique; il est de toutes les fêtes. 
C'est un cylindre provenant d'un arbre creusé et recouvert à 
Tune ou à ses deux extrémités par une peau de mouton ou de 
chèvre tendue par des chevilles plantées à angle aigu. Suivant 
leur taille, le son des tambours change et ils résonnent diffé- 
remment. 

On connaît plusieurs variétés de tam-tam. Le tambour de 
guerre qui mesvire 2 mètres de haut sert de rappel à de longues 
distances; au Dahomey il est orné de crânes humains. Le petit 
tam-tam de deuil au son sourd et voilé ; le>s tam-tam des grandes 
funérailles ornés de sculptures sans élégance et produisant un 
vacarme indescriptible ; le tam-tam des Xagos, arrondi en 
dessous, sans ouverture et qui se joue avec une baguette 
recourbée; le tam-tam jouet d'enfant, et enfin celui tout petit 
placé comme ex-voto auprès des idoles. 

Après les tam-tam viennent les castagnettes, consistant 
tantôt en cauris suspendues autour d'une calebasse sèche, 
tantôt en graines dures ou en grenaille de fer agitées dans une 
bouteille en paille au fond dur, composé d'un morceau de cale- 
basse sèche. 

La clochette de fer ou gon-gon est employée par les féti- 
cheurs ; le crieur public s'en sert aussi lorsqu'il annonce les 
volontés du roi ; on le fait résonner au moyen d'un morceau 
de bois ou de fer. 

Des guitares, des mandolines du pays, faites en faux-bam- 
bou existent également ; on en pince en chantant à mi-voix. 

Mais c'est toujours le tam-tam qui appelle les voisins à la 
fête; ils accourent alors pour jouer de leurs castagnettes et 
pour chanter en chœur. 

Très passionnés pour la danse, les nègres achèvent leurs réu- 
nions par des danses de ventre et des contorsions de toutes 
sortes, exécutées à tour de rôle par toute l'assistance, soit 



ETHNOGRAPHIE DES PEUPLES DU DAHOMEY 335 

isolément, soit par groupes, mais hommes et femmes dansant 
toujours séparément. 

Les spectateurs battent des mains pour accompai^ner la 
musique et le chant; pour applaudir, marquer Fadmiration ou 
acclamer un artiste, ils poussent un long- murmure en se tapo- 
tant la bouche de manière à produire le you-ijou des Arabes. 

Le Dahoméen fait tout avec cadence, aussi bien dans le 
travail que dans ses divertissements. 

Les noirs s'amusent aussi aux jeux d'esprit ; ils proposent 
et devinent des énigmes, et les orateurs de profession, sorte de 
griots, poètes et virtuoses, sont très recherchés dans leurs réu- 
nions. Ils débitent des fables, des contes amusants, des aven- 
tures comiques, des récits allégoriques et populaires, qui sont 
le fruit de leur imagination plus ou moins fertile ; ils inventent 
et traduisent les proverbes et les devises symboliques. 

Il existe aussi des prestidigitateurs peu habiles et des joueurs 
de bonneteau qui sont de vulgaires escrocs et qui, comme leurs 
confrères parisiens, gagnent neuf fois sur dix les gogos qui se 
laissent tenter par le jeu. 

Telle est la vie des noirs, qui travaillent juste pour vivre et 
oublient, au son du tam-tam, les misères de l'existence. 



La traite des noirs. 

Un commerce qui, pendant plusieurs siècles, enrichit consi- 
dérablement les rois du Dahomey et les blancs établis sur la 
côte de Guinée, fut la traite des noirs. 

Ce sont les Portugais qui, les premiers, entreprirent, vers la 
fin du xv*' siècle, la traite des esclaves, afin de fournir aux 
colons de l'Amérique, nouvellement découverte, les bras néces- 
saires pour faire prospérer leurs immenses plantations. 



336 LE DAII03JEY 

Gomme le noir ne s'expatriait pas volontiers, ils eurent 
recours à la force et à Tachât pour \\ décider. 

L'exemple des Portugais fut bientôt suivi parles Hollandais, 
les Danois, les Anglais et les Français qui déployèrent, dans 
ce trafic infâme, une activité remarquable. 

Pendant trois siècles, la Guinée fut ainsi dépeuplée par les 
négriers, qui baptisèrent du nom de Gôte des Esclaves cette 
partie si tristement célèbre du golfe de Bénin. 

Ge commerce inhumain fut cause des guerres continuelles 
que se firent les différentes peuplades de la côte pour se pro- 
curer des prisonniers. G'était au plus fort, au plus rusé que res- 
tait la victoire, et encore trouvait-il lui-même son maître un 
jour ou l'autre. 

Au Dahomey le roi faisait argent de tout, et, à la moindre 
faute d'un de ses sujets, il l'envoyait en esclavage dans l'un des 
forts européens de la côte d'où il était dirigé par le plus pro- 
chain navire sur le Brésil. Ses propres femmes n'en étaient pas 
plus exemptes que les chefs qui tombaient ainsi dans l'escla- 
vage. 

Ghacune des nations voisines du Dahomey paya chaque année 
son tribut à la traite. 

Dans tous les établissements de traite, des courtiers noirs 
marchandaient les esclaves aux négociants ; ils étaient accom- 
pagnés d'un chirugicn qui leur passait une révision complète, 
afin d'éviter toute fraude sur la marchandise. 

Le prix d un esclave mâle était d'environ 100 francs en cau- 
ris ou en marchandises au choix ; pour une femme la valeur 
était moindre. 

Après l'achat les esclaves subissaient sur le corps la mar({ue 
à feu du comptoir qui les recrutait. 

Ils étaient ensuite enchaînés par les pieds et jetés dans 
des locaux étroits et incommodes, en attendant que leur nombre 
fut suffisant pour un embarquement. 



ETHNOGRAPHIE DES PEUPLES DU DAHOMEY 



337 



Le jour du départ ils étaient entassés nuitamment et par 
centaines dans la cale ou l'entrepont du vaisseau nég'rier ; mais 




Mulàlrcsse de Whydah. 



bientôt des maladies causées par la malpropreté, la raréfaction 
de Fair ou la mauvaise nourriture décimaient la cargaison 
humaine. 

Le Dahomey. 22 



338 LE DAIIO.AIKY 

Le port de Whydah était k port du commerce des esclaves 
pour le Dahomey, qui fournissait à lui seul une moyenne de 
20.001) esclaves par an, et il en était ainsi de tous les autres 
points de la cote. 

C'est à la traite que les Etats et Colonies d'Amérique doivent 
en grande partie leur situation actuelle. 

Au temps oîi la traite florissait, le Dahomey vivait dans 
l'opulence et le roi ne convoitait les biens de personne ; dès 
qu'elle fut abolie, la splendeur dahoméenne tomba pour ne 
plus se relever. 

De ce jour les rois durent vivre en pressurant leurs sujets, 
les chefs mendièrent et le peuple dut travailler davantage pour 
pouvoir nourrir son souverain. 

Une foi*^ l'esclavage aboli par les nations européennes, la 
traite continua cependant longtemps encore ; seulement on 
déguisa la vente d'esclaves sous une signature de contrat por- 
tant engagement volontaire, pour une durée de cinq ans, comme 
travailleurs libres, pour le Congo belge ou pour la colonie 
portugaise de San Thomé. 

Au lieu d'embarquer les esclaves sur des voiliers, on les 
entassait sur des vapeurs pour échapper plus facilement aux 
poursuites des croiseurs. 

Ce trafic illicite ne cessa réellement que lorsque la Havane 
et le Brésil ayant fermé leurs ports aux négriers, la marchan- 
dise humaine se trouva sans écoulement. 

En Amérique, le régime imposé aux esclaves était très sup- 
portable, car ils vivaient en famille avec leurs femmes et leurs 
enfants, et une fois leur travail terminé ils étaient libres de 
disposer du temps à leur guise. 

Ils étaient employés au défrichement du sol et aux planta- 
tions de café et de canne à sucre, (hiand ils se conduisaient 
bien, ils étaient parfaitement traités par leurs maîtres ; ce n'est 



ETHNOGRAPHIE DES PEUPLES DU DAHOMEY 



339 



qu'au début de leur exil, lorsqu'ils refusaient de travailler, que 
leurs surveillants leur infligeaient des coups de fouet. 

Les noirs brésiliens revenus au Dahomey le disent bien ; ils 
reconnaissent qu'ils doivent à Tesclavag-e l'éducation chrétienne 
et la position honorable qu'ils possèdent et qu'ils n'auraient pas 
acquises si leurs parents avaient continué à vivre dans leur 
pays d'orig-ine. 

Ces noirs forment actuellement une bonne partie de la popu- 
lation civilisée de notre colonie du Bénin, oii ils exercent les 
professions d'employés, de négociants ou de petits fonction- 
naires. 




Les esclaves au Dahomey. 



Au Dahomey ainsi qu'à Porto-No vo et aux Popos, presque 
toutes les familles riches possèdent encore des captifs qui les 
aident par leur travail à augmenter leur fortune. 

L'indigène, qui est plutôt alors un domestique qu'un captif, 
ne se plaint nullement de son sort et serait désolé d'être 
émancipé, comme le prescrivent les lois françaises, car sa 
situation n'est pas pénible. 



340 LE DAHOMEY 

Son maître le considère g-énéralement comme Tenfant de la 
maison; il nest esclave que de nom, soit parce qu'il est fils 
d'esclave, soit parce qu'il a été acheté ou volé à des parents 
libres. 

On est esclave aussi pour dettes, jusqu'à libération envers 
ses créanciers. 

La vie de l'esclave est commune avec celle de son maitre 
dont il partage souvent les repas. 

Il est charg-é des travaux agricoles et domestiques, du trans- 
port des fardeaux, etc.. 

Souvent l'esclave vit avec sa femme et ses enfants, et il 
faudrait qu'il eût commis une faute grave pour qu'on les sépare 
les uns des autres. 

Bien des familles laissent à leurs esclaves une certaine 
liberté d'action ; elles exigent seulement d'eux une somme 
déterminée de services et leur reconnaissent ensuite le droit 
de travailler pour leur propre compte. 

Mais si l'esclave a amassé quelque chose par son travail, 
son maître en hérite à sa mort. 

Si son maître y consent, l'esclave peut en revanche hériter 
de lui, posséder du bien, avoir même des esclaves et se libérer. 

L'esclave ne reçoit du maître que le logement, le vêtement 
et la nourriture ; ce dernier est responsable de sa conduite et 
de ses dettes. 

Si l'esclave a un métier comme maçon, charpentier, etc., 
son maître peut le louer à d'autres avec son industrie. 

Dans les maisons où un méfait a été commis, les esclaves 
sont tous rendus responsables tant que le vrai coupable ne 
s'est pas fait connaître ou n'a pas été dénoncé. 

Une esclave qui aurait conçu un enfant de son maître jouit 
du privilège de ne plus être vendue, mais néanmoins elle 
n'aurait pas le titre ni les prérogatives d'épouse. 



ETHNOGRAPHIE DES PEUPLES DU DAHOMEY 



:]ï\ 



Le 23ouvoir des parents esclaves sur leurs enfants est à peu 
près nul; ce n'est que le maître quia autorité sur l'enfant, né 
d'esclaves, qui suit la condition de ses parents. 

Quand un esclave meurt, on se contente de l'enfouir sans 
faire aucune cérémonie. Les musulmans jetaient autrefois les 
leurs dans la lag'une ou abandonnaient simplement leur cadavre 
dans les champs. Aussi pour éviter cette infortune, beaucoup 
d'esclaves se convertissaient-ils, en apparence, à l'islamisme. 

La preuve que les esclaves actuels sont heureux de leur 
sort, c'est que malg-ré nos lois libérales, très connues cepen- 
dant dans le pays noir, aucun d'eux ne cherche à s'affranchir 
du joug- de son maître depuis la domination française. 

Aussi sera-t-il difficile à notre civilisation de faire disparaître 
complètement cet antique usage qui durera longtemps encore 
au Dahomey et dans les pays limitrophes. 




Religion. 

LE FÉTICHISME 



La religion du noir est un culte à la fois de naïveté et de 
perversion, de foi profonde et de tromperie. Elle l'absorbe 
entièrement et il 230usse le fanatisme religieux à ses dernières 
limites. 



342 



L1-: DAHOMEY 



Il n'a aucune idée bien déiinfe sur Fori^-ine du monde, tan- 



D 



dis qu'il est imbu d'une foule de croyances et de superstitions 
sur Tavenir. ® 

Le noir a la conviction de l'immortalité de Tàme. Il est 
persuadé qu'après sa mort, son être prend une forme nouvelle 
pour entreprendre un long- voyag^e. Les cauris et les aliments 
que l'on dépose dans sa fosse sont destinés à son entretien 
de route. 

Il espère en des séjours délicieux oii les bons vivront dans 
un perpétuel bien-être, avec abondance de nourriture et d'al- 
cool, parmi des femmes aussi nombreuses que belles. 

Les mauvais, au contraire, habiteront un lieu de souffrance 
où ils auront à supporter la faim, la soif, le froid, les coups, 
maux que les noirs redoutent le plus. 

Entre les élus et les malheureux, existe un séjour intermé- 
diaire destiné à ceux qui n'ont mérité ni le paradis ni l'enfer. 

Les prêtres du culte enseig-nent aux noirs que les hal)itants 
de l'autre monde peuvent correspondre avec les humains. Les 
morts sont dans leurs séjours respectifs ce qu'ils étaient sur 
terre : roi ou esclave, riche ou pauvre. Les femmes et les 
esclaves que l'on enterrait avec les riches personnas^es devaient 
les accompag-ner dans le voyage et les servir comme par le 
passé, dès leur arrivée au séjour qu'ils avaient mérité. 

Les noirs croient aussi à la métempsycose ; ils se figurent 
qu'après un séjour plus ou moins long dans l'autre vie, ils 
pourront revenir sur terre sous une autre forme. 

Comme ils voient le surnaturel en tout, leur religion ])izurre 
s'appelle le fétichisme. 

Lès Dahoméens admettent l)ien un Dieu uni({ue, créateur 
de toutes choses, mais ce Dieu est si au-dessus de la nature 
humaine, que l'homme ne peut même pas s'adresser à lui, lui 
demander ce dont il a besoin, le remercier de ses bienfaits. 
Mais connne le créateur a délégué sa puissance au fétiche qui 



ETHNOGRAPHIE DES PEUPLES DU DAHOMEY 343 

représente pour les noirs un pouvoir tangible de la divinité, 
capable de mettre en jeu les forces de la nature, ils ne con- 
naissent que lui. 

Afin d'éprouver la sensation physique de ce que lui enseigne 
sa religion, le noir, peu sentimental et très matérialiste, a 
personnifié toutes les idées morales ou immorales par des 
idoles et des objets apparents. Pour ce qui concerne le sur- 
naturel, la croyance aux esprits, aux génies, aux sorcelleries, 
aux enchantements, aux apparitions, à la magie, etc., le féti- 
cheur s'en charge et lui joue la comédie pour toutes ces 
superstitions. 

Néanmoins, il connaît et rend hommage au vrai Dieu, mais 
il ne le personnifie pas et ne lui donne aucune figure. 

Il se contente d'adorer tout ce que Dieu a créé, et de toutes 
ses créations il en a fait des dieux subalternes qui sont ses 
saints. 

Il possède ainsi une foule de divinités, telles que le ciel, la 
terre, le soleil, la lune, les étoiles, la mer, la lagune, la 
rivière, le tonnerre, le vent, la foudre, etc.. 

Il rend aussi un culte à tous les objets que le prêtre du 
fétiche lui désigne comme sacrés. 

Après la croyance en Dieu, c'est le culte des esprits qui a 
le plus d'influence sur le moral du noir, et rien ne peut l'en 
dissuader; sa foi est inébranlable et il naît et meurt avec elle. 

Parmi les divinités qu'il adore, il en est qui sont vouées au 
mal et d'autres au bien. Il ne rend hommage aux premières 
que dans le but de détourner de sa tête les efïets de leur puis- 
sance malfaisante. Les idoles qui les représentent restent tou- 
jours dans la rue et ne sont jamais admises dans les cases. 
Les secondes, au contraire, se voient dans toutes les habita- 
tions qu'elles doivent protéger et dont elles sont les dieux 
lares. 

Le noir vit ainsi au milieu de fétiches, et aucune de ses 



344 LE DAHOMEY 

actions n'a lieu sans qu'il aibconsulté le fétiche. Même mou- 
rant de faim, il oiTre encore en sacrifice, à celui des dieux qu'il 
vénère le plus, le peu qu'il possède. 

La plupart des dieux fétiches sont des statues grossière- 
ment façonnées en bois ou en arg-ile; ceux qui ont forme 
humaine possèdent g-énéralement de hideuses figures, les 
hommes montrent des phallus énormes et les femmes des 
appas exagérés. D'autres dieux sont personnifiés par des 
lézards, des caïmans, des bâtons enduits de couleurs ; d'autres, 
enfin, ne sont pas représentés du tout. 

Le tonnerre (chango) est une des divinités les plus puis- 
santes et les plus redoutées. Aussi le malheureux sur le toit 
duquel tombe la foudre est-il accablé d'amendes par les féti- 
cheurs, sous prétexte qu'il a dû commettre un crime ignoré 
des hommes. 

Si l'individu a été tué par la foudre, il mérite l'exécration 
des hommes et est indigne de sépulture ; personne, sauf les 
féticheurs, ne peut toucher à son corps. Les honneurs funèbres 
ne lui sont accordés qu'après paiement d'une forte rançon par 
les parents ou amis, afin d'apaiser les dieux irrités. En atten- 
dant, son corps reste exposé dans un lieu spécial. 

A Porto-Novo, le cadavre devait autrefois rester où il avait 
été frappé, jusqu'à ce qu'il tombât en poussière. 

D'après les noirs, le dieu de la mer serait captif au fond des 
eaux et les mouvements qu'il fait pour se dégager produisent 
les vagues. 

Il en est de même de celui de la lagune qui a pour messager 
le caïman. 

Autrefois les rois du Dahomey envoyaient tous les ans 

à Avrékété des hommes vivants qui, attachés sur des chaises 

surmontées de parasols, étaient précipités à la mer au delà de 

la barre, en l'honneur des dieux marins. Ces malheureux 

étaient dévorés par les requins. 



ETHNOGRAPHIE DES PEUPLES DU DAHOMEY 345 

La déesse de la maternité est représentée par une forme 
humaine avec un enfant dans les bras ou dans le ventre. 

On connaît aussi les dieux du mariaj^e, de la fécondation, 
de la guerre, du feu, de la chasse, de Tagriculture. Ce dernier 
est invoqué pour que la récolte soit bonne ; il a pour messa- 
gère Fabeille. 

La petite vérole même est une déesse redoutée dont on 
implore souvent la clémence ; les moustiques sont ses 
messagers. 

A toutes ces idoles et divinités on a 23artout élevé de nom- 
breux temples dans lesquels ont lieu de fréquents sacrifices 
pour se les rendre favorables. 

Aussi les féticheurs se font-ils un beau revenu avec les 
nombreuses ressources dont ils disposent. 

Dans les rues et dans les terrains vagues, on ne rencontre, 
çà et là, que des vases, des écuelles, des bâtons lîchés en 
terre, des tiges de fer, des statuettes grossièrement façonnées ; 
tout Fattirail enfin de la superstition païenne. 

Les noirs adorent aussi certaines parties du corps humain, 
l'orteil ou gros doigt du pied et surtout le membre viril. 

Le dieu Phallus s'étale avec effronterie dans les rues. Il 
est représenté en grandeur naturelle par un homme nu et 
accroupi sur ses talons, aux insignes du sexe très apparents. 
Les yeux, les dents et les oreilles sont figurés par des cauris 
enfoncés dans l'argile et des plumes sont plantées avi menton 
en guise de barbe. 

L'idole est habituellement isolée et abritée par un petit toit 
en paille contre les intempéries. 

Les phallophores portent quelquefois le dieu Priape avec 
grande pompe, dans certaines processions, l'agitent avec 
ostentation et le dirigent vers les jeunes filles, au milieu des 
danses et des éclats de rire d'une populace impudique. Les 



346 LE DAHOMEY 

noirs ont fait de cet instrun>ent Tattrilmt d'Elegba, Tespiit 
du mal ou démon. 

En plus des principaux dieux qui sont servis par des prêtres 
et des prêtresses fort nombreux, le Dahoméen possède encore 
une foule de divinités subalternes qu'il serait trop long- 
d'énumérer. 

L'une entre autres enchante les objets qu'on lui confie^ 
à la condition toutefois que l'on achète la protection du féti- 
cheur, une autre donne la richesse, une troisième dévoile les 
conspirations contre le roi, une quatrième g-uérit les malades, 
une cinquième fait mourir les femmes qu'elle rencontre, une 
sixième détourne les voleurs, etc., etc. 

On rend un culte particulier aux jumeaux, contrairement 
aux autres enfants ; leur dieu est représenté par un petit 
singe. 

On connaît aussi à Whvdah le dieu des naufrages auquel 
on oiFre des sacrifices pour qu'il fasse échouer les navires 
des blancs à la côte. Tout navire naufragé était alors pillé 
par les noirs qui se partageaient la cargaison. 

Les rois les plus célèbres par leurs conquêtes, leur cruauté 
ou leur tyrannie, sont aussi déifiés au Dahomey ; ils ne sont 
pas re23résentés par des figures ou des symboles, mais on 
invoque fréquemment leur mémoire et on lui fait des 
sacrifices. 

Les animaux reçoivent aussi un culte des indigènes suivant 
le pouvoir bienfaisant ou malfaisant qui leur est attribué ; de 
nombreuses figurines d'animaux se trouvent aussi dans les 
habitations et les temples fétiches. 

Les bêtes utiles sont sacrées, et celui cpii les tue volontai- 
rement ou accidentellement s'attire les peines les plus sévères. 

Parmi les principaux animaux fétiches, il faut citer le ser- 
pent-python, le vautour-busard qui nettoie les rues et la 
bergeronnette ou oiseau du i-oi. 



ETHNOGRAPHIE DES PELPLES DU DAH03IEV 347 

Le roi Tolla possède un ])œuf et un bouc favoris qui sont 
fétiches ; quand ils parcourent les marchés de Porto-Novo, 
ils peuvent brouter à droite et à g-auche ce qui bon leur 
semble, et les marchands doivent paraître enchantés et fiers 
de donner à mander aux fétiches. 

Quelques vég-étaux sont regardés aussi comme sacrés : tels 
sont le baobab, le fromager et en général tous les arbres 
de grande taille qui sont considérés comme servant de rési- 
dence au génie de la forêt. 

Des offrandes sont déposées au pied de ces arbres qui ne 
se distinguent de leurs voisins que par une ceinture de feuilles 
de palmier appelée paille fétiche, et quelques ossements ou 
débris d'animaux qu'on y cloue. 

En un mot, les objets les plus divers peuvent devenir 
fétiches dès qu'ils ont reçu la consécration d'usage du féti- 
cheur. C'est cette paille fétiche qui sert précisément à indi- 
quer la qualité sacrée de l'objet. 

Placée au-dessus d'une porte, elle en interdit l'accès à tout 
passant, et mieux que le meilleur des scellés ; aucun homme 
n'oserait enfreindre cette consigne, car il tomberait aussitôt 
foudroyé par le fétiche. 

Au Dahomey, les propriétés rurales n'ont aucune limite 
apparente. Des pieux plantés en terre, et sur lesquels flotte 
un morceau de chiffon ou qui sont coiffés d'un petit pot ou 
de quelques plumes de poule, limitent seuls les quatre coins 
d'un champ. Ces poteaux-limites, également réputés fétiches, 
sont toujours respectés par les noirs, parce que leurs prêtres 
les ont bénis. 

Il en est de même des épouvantails destinés à protéger les 
récoltes contre la voracité des oiseaux et qui sont aussi des 
fétiches. 

En plus des fétiches publics, les noirs en ont encore d'autres 
qui sont privés. 



348 LE DAHOMEY 

Ce sont des amulettes ou* gris-gris de toutes formes et de 
toutes natures : sachets en peaux, os, griffes et dents d'ani- 
maux, poils de sing-es, plumes de perroquets, anneaux de 
verre, morceaux de corail, de bois, de cuir, de corde, d'étoffe, 
de fer ou de cuivre. 

Les uns se portent dans les cheveux, au cou, aux poignets, 
aux bras, aux hanches et aux chevilles ; les autres sont desti- 
nés aux habitations et on les dépose dans un coin avec tout 
un cérémonial de momeries. 

Les guerriers avaient même des queues de cheval, de vache 
ou de cabri qu'ils agitaient devant eux pour chasser les balles. 

Au Dahomey, les esprits ou génies sont excessivement 
nombreux, mais ils ne sont jamais représentés par une idole ; 
on les considère comme subordonnés aux dieux, mais on leur 
reconnaît néanmoins une grande influence personnelle. 

Tout ce qui existe dans la nature a son génie : villes, vil- 
lages, campagne, forêts, arbres, etc.. ont les leurs, et on les 
évoque fréquemment. Ils répondent généralement à l'appel 
du féticheur par un chant d'oiseau, un sifflement, ou avec une 
voix humaine lorsque le féticheur est ventriloque, comme 
cela arrive. 

L'homme a aussi ses génies, et il leur sacrifie en s'enduisant 
le corps d'huile de palme. 

La maison possède ses pénates représentées par des petites 
figurines de forme humaine ou animale et par des calebasses 
sculptées contenant du sang de poule, de l'huile de palme, etc.. 
destinés au génie. Ces dieux du foyer sont suspendus dans la 
toiture ou déposés dans les coins des habitations. 

Les pauvres se contentent d'un piquet grossièrement sculpté, 
planté en terre et qu'ils arrosent de tem[)s à autre d'une goutte 
d'huile. 

Les féticheurs font accomplir périodiquement à certains 



EïHNOGliAPlllE DES PEUPLES DU DAHOMEY 



349 



dieux des apparitions diurnes ou nocturnes, afin de terroriser 
par leurs stupides pratiques les populations craintives. Ces 




Musulmans Nagots. 

exhibitions ont surtout lieu au moment des fêtes annuelles. 

Parmi ces divinités, les dieux de la mort et de la souffrance 

sont représentés par des gens masqués couverts jusqu'aux pieds 



3o0 LE DAII03JEY 

d'oripeaux, barbouillés de sang et tenant en main un tibia, une 
corde ou un instrument quelconque de supplice. Ils parlent peu 
et en contrefaisant leur voix. Ce sont, dit-on, les âmes des 
morts ; on les appelle les fjiingiins. Ils inspirent une grande 
frayeur et à leur approche les habitants s'écartent et s'enfuient, 
chacun dans sa maison. 

Au Dahomey et à Porto-Novo une autre apparition nocturne 
est celle d'un revenant appelé za/if/heto, ou gardien de nuit. 
C'est une grande femme en paille ayant une robe à traîne, 
ornée de grosses coquilles tenant lieu de grelots. Un individu 
la porte sur ses épaules et parcourt ainsi au pas de course les 
rues de la ville. Il est accompagné d'un orchestre de gongons 
et de tambours qui font un vacarme infernal. Le porteur parle 
dans une corne de bœuf et sa voix est rendue formidable jîar 
cet instrument. Son apparition sème la terreur parmi les gens 
simples ; dès que Fhabitant entend ses cris plaintifs et lugubres 
il se renferme chez lui. S'il est surpris par les rues, il est roué 
de coups par les gens de l'orchestre au service des féticheurs. 

La crainte inspirée par le revenant servait au gouvernement 
indigène à faire sa police de nuit dans les villes ; les zangbetos 
y faisaient deux apparitions par semaine, à des intervalles 
irréguliers, mais leur devoir était surtout d'empêcher les incen- 
dies et les vols de nuit. Les féticheurs s'en servaient aussi pour 
écarter les hal^itants lorsqu'ils avaient l'intention de faire des 
processions, de se livrer à des sacrifices humains ou à de 
mystérieuses orgies. 

Les Européens n'étaient pas toujours à l'abri des persécu- 
tions de ce genre de policiers lorsqu'ils s attardaient dans les 
rues, mais aujourd'hui les temps sont changés et nos agents de 
police remplacent les charlatans indigènes ; ce[)cndant, il est 
prudent de se faire précéder d'une lanterne dans ses pronu^- 
nades nocturnes surtout à cause des serpents. 



ETHNOGKAPHIE DL:S PEUPLES DU DAHOMEY 3o 1 

Chaque ville possédait un ou plusieurs de ces revenants; le 
jour, ils repartaient pour l'autre monde, en abandonnant leur 
enveloppe terrestre sous la protection de la paille fétiche, dans 
un petit iianfi;'ar qui lui était affecté dans chaque quartier. 

Parmi les sortilèg-es on connaît le cliougoiidoii à Porto-Novo 
et V arcade de hamhoii au Dahomey. 

Le chougoudou était Tendroit où était enterrée à tleur de terre 
la victime d'un sacrifice, quelle qu'elle fût. Sur cette tombe 
très sommaire était placé un pot renfermant un peu d'huile de 
palme, des plumes de poule, du sang et des poils. Ces tumulus 
existaient un peu partout, et on les évitait autant par la mau- 
vaise odeur qu'ils répandaient que parce que les mauvais 
esprits étaient censés les garder. Celui qui aurait la témérité 
de passer dessus, risquerait fort d'être tué ou tout au moins 
d'être persécuté le restant de ses jours. 

L'arcade de bambou existe encore à l'entrée de presque toutes 
les villes dahoméennes. De la paille fétiche, des plumes, des 
pattes de poules, des os, etc., sont suspendus après. Celui qui 
23asserait dessous avec des intentions hostiles contre le roi 
serait immédiatement terrassé. 

Quant aux évocations, sortilèges, enchantements et opéra- 
tions magiques, ils sont subordonnés aux caprices des féti- 
cheurs, qui forment une secte nombreuse et qui, avant notre 
occupation, était puissante et redoutée des indigènes. 



3o2 LE DAHO-MEV 



CULTE DES SERPENTS 

Les serpents, le python surtout, sont très vénérés au Daho- 
mey, et leur culte mérite une mention spéciale. On attribue à 
ces reptiles tous les biens et tous les maux; les premiers sont 
reçus comme des bienfaits et les seconds sont regardés comme 
des châtiments mérités. Le dieu reptile a de nombreux temples 
où les serpents sont entretenus vivants ; cependant ils sont 
aussi représentés en bois ou en terre. 

Le grand temple de Whydah est surtout connu ; il contient 
des centaines de rej^tiles que de nombreux gardiens soignent 
et nourrissent avec des rats et des poules. Des calebasses dépo- 
sées à terre contiennent Teau et la farine offertes aux serpents, 
mais on leur apporte aussi du tafîa, des étoffes, des cauris, des 
fruits, du manioc, etc.. 

Comme il est interdit d'enfermer les dieux, le temple est 
dépourvu de porte et les pythons s'échappent souvent pour se 
répandre par la Aille. Leurs féticheurs affolés s'empressent 
alors de les chercher et de les réintégrer dans leur demeure 
sacrée avec toutes sortes de simagrées. 

Avant de les toucher, ceux qui doivent les rapporter s'age- 
nouillent révérencieusement devant les fugitifs, les prennent 
délicatement entre leurs bras et les caressent avec toutes les 
démonstrations de l'adoration la plus humble. 

Si le python s'installe dans une habitation ou dans un maga- 
sin, il est défendu de le déloger et à plus forte raison de le 
maltraiter. Autrefois, celui qui commettait un pareil méfait 
payait fort cher son sacrilège. Le noir cpii tuait un serpent féticlie 
était l^rùlé vif et les blancs devaient être massacrés ou enq^oi- 
sonnés, à moins de payer une forte amende. 

Enfin, dans tout le pays, le python jouit d'un prestige 



ETHNOGRAPHIE DES PEUPLES DU DAH03IEY 353 

extraordinaire aux yeux des noirs ; le porc seul fait exception 
à la règle. Lorsqu'il rencontre le reptile il le piétine, le tue et 
le dévore, mais s'il est pris sur le fait, il est impitoyablement 
mis à mort et offert en holocauste au dieu. 

La taille du python varie d'un à trois mètres ; son corps 
jaune ou vert, tacheté ou rayé, est un peu renflé au milieu et 
se termine insensiblement par une queue allong-ée et prenante. 

Sa tête est larg-e, aplatie et triangulaire; sa morsure n'est 
pas venimeuse, mais les volailles et les petits quadrupèdes 
courent les plus g-rands dangers dans le voisinage du reptile. 

Les chèvres, les moutons et même les petits enfants lui 
servent de pâture lorsqu'il est de forte taille ; aucune mère 
n'oserait lui arracher son enfant s'il devenait la proie du dieu, 
telle est grande la crainte que le j)ython inspire par son pouvoir 
surnaturel. 

Autrefois, il était promené en grande pompe, une fois 
chaque année, par les rues et les places de Whydah. Ce jour-là 
les féticheurs étaient maîtres de toute la ville. Il était défendu 
aux blancs et aux nègres de sortir de chez eux sous peine de 
mort, et quiconque aurait osé jeter un regard indiscret sur les 
mystères de la cérémonie était terriblement châtié. 

Le python, bien gorgé de viande, était placé comme une 
masse inerte dans un hamac, et escorté solennellement par les 
grands féticheurs suivis d'une musique infernale et d'vme foule 
d'hommes et de femmes en délire, hurlant des chants sau- 
vages. 

Lorsque la digestion du reptile paraissait être terminée, on 
le rentrait vivement dans le temple de peur qu'il ne serre avec 
trop de tendresse le bras ou la tête de quelqu'un de ses porteurs. 

On rencontre dans les bosquets sacrés, près de la lagune et 
des sources, des tiges de fer simulant les ondulations du ser- 
pent ; souvent elles sont même enfermées dans de petites cases. 

Le Dahomey. 23 



3o4 LE DAHOMEY 

Ces tig-es sont Timafi^e sainte .du serpent. Auprès de ces idoles 
sont placées des calebasses dans lesquelles on dépose leau et 
les présents destinés au fétiche. 

Depuis quelques années, le culte du serpent paraît tomber 
en désuétude, et ce n'est pas dommag-e. Aujourd'hui, quand 
par inadvertance un noir a tué ou blessé un reptile, on se con- 
tente de faire bâtonner le coupable par ses congénères et ils en 
usent largement. 

S'il veut se soustraire au châtiment, il n'a qu'à payer les 
féticheurs, car au Dahomey, comme en bien des pays, tout s'ar- 
range avec de l'argent. 

Féticheurs et féticheuses. 

Le roi est le chef suprême du fétichisme, et dès son avène- 
ment il est initié à tous les mystères du culte. Mais malgré 
son autorité il reste soumis à la puissance occulte des féti- 
cheurs. 

Il est assisté du Minf/an, grand-prêtre du fétichisme. 

Le fétichisme comprend quatre sectes ayant chacune un 
grand féticheur à leur tête. 

Les prêtres de ces divers ordres sont vêtus de façon diffé- 
rente, mais le blanc est la teinte dominante de leur costume . 
Ils portent tous la calotte blanche des cabécères. 

Les uns ont la tête rasée, d'autres se tracent sur le front, 
quand ils sont de service, une ligne rouge d'un côté et une 
blanche de l'autre; hors du service, ils n'ont qu'une seule de 
ces lignes. 

Des verroteries ornent habituellement féticheurs et féti- 
cheuses. 

Les prêtres et les prêtresses du serpent ont le costume le 
plus remarquable ; c'est un pantalon bouffant recouvert d'un 



ETHNOGRAPHIE DES PEUPLES DU DAHOMEY 355 

peig-noir ouvert, en étoffes à grandes fig-ures criardes ; chevilles 
et bras sont, en outre, surchargés d'énormes bracelets en 
cuivre. 

Toutes ces cong-régations vivent séparées les unes des autres 
dans des quartiers spéciaux où aucun étranger n'est admis. 

Le féticheur est quelquefois chef par sa naissance, mais, le 
plus souvent, il est fils d'un roturier qui l'a voué au fétiche. 

Elevé par des féticheurs dans Fart d'en imposer à ses sem- 
blables, il tient à distance aussi bien les chefs que le peuple. 
Il vit à part, n'épouse ordinairement qu'une ou plusieurs féti- 
cheuses, et conserve ainsi, par sa vie retirée, un prestige 
indispensable à ses fonctions. 

Les féticheurs ont comme principales ressources les nom- 
breuses offrandes faites à leurs divinités, et les sommes qu'ils 
savent extorquer à tout propos aux fidèles naïfs, en spéculant 
sur leur croyance et leur superstition ; mais à leurs heures de 
liberté, ils confectionnent aussi des ouvrages en cuivre et en 
paille dont le produit les aide à vivre. 

Les fonctions de féticheur se transmettent de père en fils. 
Cependant, les parents qui désirent vouer leur fils ou leur fille 
au fétiche peuvent le faire en versant une somme importante ; 
dans ce cas, les prêtres élèvent l'enfant. 

Ils admettent aussi des adultes d'une discrétion éprouvée 
qu'ils initient au rôle d'aide-féticheurs, mais qui n'exercent 
jamais le culte. 

Une esclave, une femme qui veut fuir les tracasseries du 
maître ou du mari, peut se réfugier au couvent des féticheurs, 
si elle assure être possédée du fétiche. 

Les femmes subissent trois ans d'initiation dans les cou- 
vents. 

Dans leurs écoles, les féticheurs apprennent à chanter et à 
danser k leurs enfants, avant de les initier au culte auquel 



356 LE DAII03IEY 

ils sont destinés. Les parents chantent et dansent aussi pres- 
que journellement. 

Féticheurs et féticlieuses sont de service à tour de rôle dans 
les temples dont ils prennent soin. 

Ils sont aussi chargés de faire subir les épreuves judiciaires 
aux individus accusés d'un crime. Ces épreuves sont générale- 
ment celles par Veau et par Voricha. Celle-ci est la plus com- 
mune ; elle consiste, comme preuve de son innocence, à avaler, 
sans la connaître, une boisson quelconque offerte par le féti- 
cheur; c'est ce qu'on appelle boire roricha. Le prévenu s'aban- 
donne donc en toute confiance au féticheur qui, selon son 
caprice, peut lui imposer un breuvage inofTensif, mais qui 
peut aussi lui faire avaler un de ces poisons dont il a le secret. 

Comme le prêtre jouit d'une entière impunité pour ses 
méfaits et qu'il est au-dessus de tout soupçon, on se contente 
de dire, lorsque l'accusé meure, que le fétiche Ta tué parce 
qu'il était coupable. 

Cette épreuve est basée sur ce que souvent le noir coupable 
n'ose boire Toricha, tourmenté qu'il est par sa conscience 
troublée; mais il n'en est pas de même des innocents qui ont 
tout à redouter de leurs féticheurs. 

Quant à l'épreuve par l'eau, elle se subit dans une rivière 
ou une partie de la lagune spécialement réservée à cet effet, 
et dont l'accès est interdit aux profanes. Elle est rarement 
favorable à celui qui la subit et dont la perte est décidée 
d'avance; l'eau laisse surnager l'innocent et engloutit le cou- 
pable. 

Pour atteindre ce résultat, le prévenu est attiré au fond de 
l'eau par d'excellents plongeurs auxquels il est facile de rester 
longtemps immergés. 

Pour Porto-Novo, cette épreuve se fait dans le canal de 
Tjibé, à Togbo, lieu sacré, habité par des féticheurs. 



ETHNOGRAPHIE DES PEUPLES DU DAII03IEY 357 

Les fêtes du fétiche reviennent chaque année à une époque 
fixée par le roi, généralement en septembre. Elles donnent 
beaucoup d'animation aux villes où règne alors la plus grande 
gaîté. Tous les dieux, sur les épaules de leurs féticheurs, courent 
les rues pour se rendre visite les uns aux autres ; d'autres 
féticheurs les accompagnent en grande pompe, soufflant dans 
des trompes d'ivoire, battant du tambour et escortés par une 
foule énorme. 

Presque tous les jours, les féticheurs des deux sexes, revê- 
tus de leurs plus riches costumes, exécutent des processions 
dans la ville. 

Les tam-tams se réunissent sur les places publiques et alors 
commence leur étourdissant tintamarre, pendant qu'une longue 
file d'hommes et de femmes, bien alignés, défilent en chantant 
pour venir s'asseoir par rang d'ancienneté au milieu de la 
place. 

Au nombre de cent ou deux cents, les femmes se livrent 
ensuite, avec un ensemble et une précision remarquables, à des 
danses fort curieuses, terminées par des orgies de toute sorte. 

En résumé, les prêtres du fétichisme, par la crainte qu'ils 
inspirent, par leur habileté à tromper et à abuser des croyants 
par l'erreur des sens, par les simagrées de toutes sortes et les 
airs mystérieux dont se compose le culte qu'ils professent, 
sont une puissance redoutable dans les royaumes dahoméens 
où ils imposent même leurs volontés au roi. Quand ceux-ci se 
refusent à gouverner selon leurs désirs, ils meurent empoison- 
nés par le fétiche, ainsi que cela est arrivé pour Ghezo qui 
avait eu le tort de déplaire aux féticheurs en s opposant aux 
sacrifices humains. 



358 



LE DAHOMEY 




Sacrifices humains et autres. 

Les féticheurs, qui semblent si heureux pendant leurs fêtes 
religieuses, sont cependant de cruels meurtriers ; ce sont eux 
qui ont établi ces lois atroces d'après lesquelles ils immo- 
laient froidement, à des divinités fictives et auxquelles ils ne 
croyaient pas eux-mêmes, des milliers d'innocentes A'ictimes 
humaines. 

Par cette coutume barbare, ils pensaient que le sang de 
leurs semblables, répandu sur le fétiche, le leur rendrait favo- 
rable et leur porterait bonheur. 

En commettant ces meurtres, les féticheurs cherchaient 
uniquement à faire une impression profonde sur les masses, 
afin de garder haut le prestige de leur barbare religion, et le 
maintenir comme une menace constante sur la tête de ceux 
qu'ils gouvernaient. 

L'occupation française a, heureusement jîour les noirs, sup- 
primé les sacrifices humains, et ce n'est pas le moindre bien- 
fait de notre intervention au Dahomey. 

On n'exécute plus aujourd'hui que les condamnés à mort 
pour crime d'iiomicide. 

Les victimes, prisonniers de guerre ou autres, étaient immo- 
lées aux divinités d'une façon uniforme. Ai)rèsles avoir garot- 



ETHNOGRAPHIE DES PEUPLES DU DAHOMEY 339 

tées, on leur faisait absorber du tafia en abondance afin de les 
abrutir et empêcher ainsi que les sacrifices fussent troublés par 
leurs cris. 

Après des prières, des danses et des évocations, on coupait 
la tête à ces malheureux de façon que leur sang jaillisse sur 
la divinité en honneur de laquelle était fait le sacrifice. 

On ouvrait ensuite le corps, on en arrachait le cœur et les 
entrailles qu'on étalait devant le dieu, tandis que le cadavre 
était jeté dans un fourré entouré de paille fétiche ou enterré 
dans un chougoudou. Souvent les féticheurs poussaient leur 
fanatisme jusqu'à manger le cœur de la victime. 

Autrefois aussi les corps humains restaient exposés devant 
les idoles, mais aujourd'hui cela n'a plus lieu que pour les 
animaux. 

Seules, les plus importantes divinités avaient droit aux 
sacrifices humains, sans exclure ceux de toutes sortes d'ani- 
maux. 

On immole aux dieux des poules, des pigeons, une chèvre, 
un mouton, un bouc, un porc. On leur arrache la tête, et ces 
animaux sont ensuite mangés par ceux qui les sacrifient; le 
sang, le poil ou la plume seuls restent dans une calebasse aux 
pieds du fétiche. 

La buse et le vautour, considérés comme animaux impurs, 
ne sont jamais offerts en sacrifice, tandis que le pigeon est une 
victime pure et agréable. 

Un chien sert aussi quelquefois au sacrifice, mais alors on 
le pend au cou de la divinité et on l'y laisse jusqu'à complète 
putréfaction. 

On ofi^re aussi aux dieux des noix de kola, du maïs grillé 
arrosé d'huile de palme, des if/hins^ espèces d'hélices ter- 
restres dont le pays abonde, etc.. 

Les nègres du Dahomey sont généralement dociles et ol)éis- 



360 LE DAn03IEY 

sants quand ils sont de sang'-îroid, mais quand, surexcités par 
l'alcool et les danses, ils pratiquent les coutumes barbares de 
leur triste religion, ils ressemblent à de véritables forcenés, 
toujours avides de sang. 

Aussi est-il à souhaiter, pour le bon renom de notre colonie, 
que le fétichisme disparaisse au plus tôt, car ce culte pervers 
et vicieux, enraciné dans le cœur du noir et entretenu par les 
féticheurs, l'incitera à être réfractaire à la plupart des réformes 
que Tadministration française tentera d'apporter dans les usages 
tyranniques du pays. 

Fêtes des coutumes. 

Chaque année au retour de leurs expéditions contre les peu- 
plades voisines, les Dahoméens, qu'ils aient été victorieux ou 
vaincus, se livraient dans leur capitale à d'importantes réjouis- 
sances. 

Ces fêtes avaient lieu ordinairement en août, septembre et 
octobre à l'occasion des anniversaires des funérailles des anciens 
souverains et elles duraient plusieurs semaines. 

On leur a donné le nom de coutumes et jusqu'en 1878 tous 
les Européens de la côte étaient tenus d'y assister, et surtout 
d'apporter beaucoup de cadeaux au roi. De même, chaque 
habitant du royaume y était aussi convoqué, et devait faire à 
son monarque un j^résent en cauris, proportionné à ses moyens. 

Au jour fixé^ les populations des campagnes envahissaient 
la capitale, qui regorgeait de monde. Le peuple s'assemblait 
sur les places publiques où journellement vin crieur du palais 
venait proclamer à haute voix les gloires de la dynastie. 

Après plusieurs visites ofTicielles faites en grande pompe aux 
tombeaux des monarques dahoméens, visites accompagnées 



ETHNOGRAPHIE DES PEUPLES DU DAH03IEY 



361 



de chants, de clameurs discordantes et de coups de fusil, le 
roi donnait des cadeaux à ses ministres et cabécères. 







Musulman Yorouba. 



Dans ces visites, le roi pénétrait seul dans les monuments 
funéraires pour annoncer aux mânes de ses ancêtres les fêtes 
sanglantes qu'il préparait en leur honneur. 



362 LE DAHOMEY 

Entre les diverses cérémonies des coutumes, il y avait sou- 
vent plusieurs jours d'intervalle. 

La plus importante de ces cérémonies consistait à envoyer 
des émissaires dans l'autre monde pour porter des nouvelles 
aux rois défunts. 

Une trentaine de prisonniers de guerre étaient alors choisis 

pour ce voyage funèbre; ces malheureux, bâillonnés et ficelés, 

étaient fortement attachés dans des paniers en bambou, les 

genoux repliés sous le menton et les bras attachés au bas des 

jambes. 

Pendant plusieurs jours on les promenait par la ville avec 
interdiction de les frapper ou de les insulter. 

Mais le jour de la fête est arrivé ; le roi et sa famille s'ins- 
tallaient alors sur une estrade haute de 2 mètres, et élevée pour 
la circonstance sur l'un des côtés d'une grande place publique. 

Après plusieurs harangues à la foule enthousiasmée, à 
laquelle le roi jetait quelques poignées de cauris, le supplice 
des victimes commençait. 

D'abord c'étaient des animaux que Ton sacrifiait aux mânes 
des rois morts. On voyait ainsi défiler et monter sur Testrade 
des chiens, des chats, des porcs, des coqs, des singes, des cro- 
codiles, etc.. Tous étaient solidement attachés sur des planches 
et muselés afin de ne pouvoir mordre. Impassible, tout en 
fumant sa pipe, le roi abaissait son regard vers les victimes, 
et sur un signe de lui elles étaient basculées au bas de l'es- 
trade ou un féticheur leur coupait immédiatement la tète en 
recueillant leur sang dans une bassine spéciale. 

On battait le gon-gon et après le tour des animaux venait 
celui des prisonniers, plus morts que vifs. Ces pauvres gens 
étaient alignés les uns à côté des autres sur le rebord de Ves- 
trade, et, après que le roi leur eût confié son message à ses 
ancêtres, ils étaient culbutés et précipités l'un après l'autre 



ETHNOGRAPHIE DES PEUPLES DU DAHOMEY 363 

sur le sol où, cFun seul coup de sabre, ils étaient décapités au 
dessus d'un grand bassin de cuivre. Leurs têtes étaient mises 
au pied de Festrade et, après la cérémonie, leurs cadavres étaient 
enterrés dans les bois avoisinant la ville, avec une bouteille 
de tafia et des cauris déposés à leur côté pour les frais de la 
route. 

Le g-rand bassin de cuivre était ensuite porté lentement au 
tombeau que le roi, de sa propre main, arrosait de ce sang- encore 
tiède. 

Chaque journée des coutumes se terminait invariablement 
par les acclamations de la foule, appuyées de nombreux coups 
de fusil et scandées du bruit étourdissant des tam-tams. 

Quelques jours après ce massacre, avait lieu une parade de 
guerre, soldats et amazones défilaient devant le palais du roi 
pour se rendre dans la plaine de Cana où ils se livraient à des 
manœuvres de mobilisation. 

A la dislocation des troupes, le roi répartissait toujours 
quelques fûts de tafia entre les assistants, puis guerriers et 
spectateurs exécutaient des danses jusqu'à épuisement de forces. 

Cet essai de mobilisation se continuait les jours suivants par 
des exercices de combat dans lesquels guerriers et amazones 
déployaient la plus grande ardeur. 

Après des simulacres d'attaque et de défense le roi faisait jeter 
en l'air, du haut de son estrade, à la populace délirante, des 
étoiles, des cauris, des verroteries en témoignage de sa satis- 
faction. La foule se bousculait alors pour ramasser les dons, 
s'insultait et la fête finissait par un échange général de horions 
entre les assistants, à la grande jubilation du roi. 

Les fêtes des coutumes se clôturaient par le cortège des 
richesses. Le roi, sa famille et ses nombreux serviteurs, tous 
revêtus de leurs plus brillants atours, défilaient alors devant le 
peuple émerveillé, afin de lui donner une idée de la puissance 
de son souverain. 



364 LE DAHOMEY 

Les serviteurs étaient porteurs de toutes les richesses et 
curiosités royales ; on remarquait surtout parmi elles les nom- 
breux cadeaux offerts de tout temps par les Européens aux 
monarques d'Abomey, et qu'ils s'étaient légués depuis un 
temjis immémorial. 

Après ces fêtes mémorables, le roi remerciait chefs et invités 
et quittait sa capitale pour aller jouir d'un rej^os bien mérité 
dans une de ses résidences de banlieue. 

Ces horribles coutumes qui depuis des siècles ensanglan- 
taient le Dahomey étaient ime honte pour riiumanité. 

C'est à la France que la civilisation est redevable de leur 
abolition, et aujourd'hui, sous l'égide de la République dont ils 
bénissent la généreuse intervention, les nègres du Bénin peuvent 
travailler en toute liberté à l'amélioration de leur bien-être 
social. 



CHAPITRE VI 

PRODUCTIONS DU DAHOMEY 
FLORE ET FAUNE 



SOMMAIRE 

Les productions du Dahomey. 

Le palmier à huile. — Huile et amandes de palme. — L'huile de 
palme dans l'industrie. ■ — Le kolatier et sa noix. — Le cocotier. 

— Bois de construction. — Le ronier ou palmier à éventail et 
autres. — Le caoutchouc. — Huile coprah. — Indigo. — 
Maïs. — Manioc. — Arachides. — Le karité ou arbre à beurre. 

— Mil. — Riz. — Haricots. — Coton. — Tabac. — Ig^name. — 
Ricin. — Cacao et vanille. — Café. — Vigne et blé. — La canne 
à sucre. — Le bambou. — Fourrage. — Chaux et potasse. — 
Antimoine. — Sel marin. 

Flore. — Plantes alimentaires, tinctoriales, médicinales, tex- 
tiles, industrielles et cultures comestibles. 

Faune. — Mammifères. — Animaux domestiques. — Oiseaux. 

— Reptiles. — Insectes. — Poissons. — Mollusques. — Crusta- 
cés. — Arachnides. 

Matière médicale du Dahomey. 

Les productions du Dahomey. 

LE PALMIER A HUILE 

La plus importante production du Dahomey est le palmier 
à huile. Les indigènes, encouragés par son merveilleux ren- 



366 LE DAII031EY 

dément, n'avaient jamais cherché, avant la conquête, à déve- 
lopper les autres cultures. 

D'immenses et épaisses forêts de palmiers oléifères couvrent 
le Dahomey jusqu'à la latitude d'Abomey; c'est un arbre 
précieux, car, par Thuileet les amandes de palme qu'il fournit, 
il forme la principale richesse du pays. 

Cet arbre se multiplie lui-même et ne demande aucun 
entretien. 

L'arbre femelle seul est productif; les bonnes années de 
récoltes on compte de 12 à 14 rég-imes de noix de palme 
(environ 150 noix par régime). L'arbre mâle, qui croit dans la 
proportion de 1 pour 200, est reconnaissable par son grand 
nombre d'épines et par les nombreuses lianes qui apparaissent 
autour de ses branches, tandis que les arbres femelles sont 
débarrassés périodiquement de ces lianes parasites. 

La végétation du palmier à huile est lente, il forme pendant 
longtemps une sorte de grosse touffe. Peu à peu le tronc 
s'élève, mais reste couvert de la souche des vieilles feuilles; à 
la longue, il devient presque lisse. 

La hauteur de l'arbre varie de 7 à 10 mètres, le diamètre 
de son stipe est de 10 à 15 centimètres. 

Les feuilles sont pennées, àrâchis jaunâtres, épineuses sur 
les côtes, portant des folioles d'un beau vert, longues quel- 
quefois de m. 70 et disposées sur deux rangs. 

Les fleurs, qui paraissent plusieurs fois par an , sont 
monoïques portées sur des régimes dilférents. 

Les fruits ont l'apparence de grosses cerises arrondies à leur 
base et composées également de chair et de noyaux. Cette 
chair ou pulpe est fibreuse et imprégnée de matières grasses. 
Elle est jaune safran ou rouge sang, selon la région, et plus 
la couleur rouge est prononcée, plus le fruit est riche en prin- 
cipes huileux. 



PRODUCTIONS DL DAHOMEY 367 

Dans les beaux fruits, la pulpe a jusqu'à 9 millimètres d'épais- 
seur ; les indigènes en extraient Thuile par dépression. Le 
noyau du fruit contient l'amande, dont on tire également une 
matière grasse, blanche et solide, pouvant servir, lorsqu'elle 
est fraîche, aux mêmes usages que le beurre. 

Le palmier à huile donne des fruits au bout de quatre ans 
seulement, mais alors ils sont encore sans valeur. 

On fait régulièrement deux récoltes par an : celle du gros 
régime, la plus importante, a lieu pendant les mois de janvier, 
février, mars et avril ; le petit régime se cueille en août et 
septembre. Ces récoltes sont sûres et ne craignent pas les 
intempéries. 

Dans le palmier à huile, tout est utilisé par les habitants. 
Outre l'huile à manger, à brûler et à parfumer qu'il donne, il 
a encore d'autres avantages. Des cellules intérieures du tronc, 
on tire, par des incisions pratiquées à sa partie supérieure, 
une moyenne journalière de 3/4 de litre de vin de palme. Des 
feuilles de bananier sont disposées pour servir de rigoles et 
sur le sol une calebasse ou un pot en terre recueille le liquide 
incolore, rafraîchissant et sucré. Ce vin fermente avec rapidité, 
devient pétillant et peut s'absorber au bout de quelques heures. 
Après deux ou trois jours de fermentation, la boisson devient 
blanche et épaisse comme du lait, prend un goût âpre et enivre 
comme Teau-de-vie ; le breuvage exhale alors une odeur pro- 
noncée de vieux cuir. A la bonne saison il remplace en partie 
les horribles produits chimiques que, sous le nom de gin, de 
tafia^ d'alongou, les négociants européens importent en quan- 
tités considérables. 

Le bourgeon terminal de l'arbre fournit le chou jDalmiste, 
amas de feuilles blanches et tendres que l'on mange en salade 
ou que l'on confît dans du vinaigre pour s'en servir en guise 
de cornichons. 



368 LE DAHOMEY 

Les feuilles, larges, longues et dures, servent, après avoir 
été préalablement séché es, pour couvrir la toiture des maisons, 
à faire des balais, des paniers, etc.. ; le pétiole des feuilles 
tombées sert de bois à brûler; le tronc, malgré sa faible con- 
sistance, est utilisé parfois dans les constructions, mais ses 
fibres très flexibles sont surtout employées à la fabrication des 
cordages, et même des tissus grossiers se rapprochant, il est 
vrai, plus de la natte que de Fétoffe. 

Le rendement d'un palmier est estimé de 3 à 4 francs par 
an. Souvent les propriétaires de palmiers louent leurs arbres 
à des cultivateurs à raison de 2 fr. 50 par pied et par année. 

Le palmier à huile étant la vraie richesse du Dahoméen, est 
rarement abattu; on compte une moyenne de 16 à L800 pal- 
miers j^ar kilomètre carré, dans la région comprise entre Allada 
et Abomey ; on estime la superficie de cette plantation natu- 
relle à un million d'hectares. 

Les ressources de cet arbre sont immenses pour la colonie et 
paraissent inépuisables. 

Le palmier-dattier qui est si productif en Algérie ne réus- 
sit pas au Bénin. 



FABRICATION DE L II L ILE DE PALME 

Pour la cueillette des régimes, les noirs grimpent sans 
échelle au sommet du palmier, en s'aidant simplement d'une 
corde très raide fermée en anneau, enroulée autour de l'arbre 
et qui les soutient par le milieu du corps. En se tenant au 
palmier d'une main et pressant du pied de bas en haut, ils 
s'élèvent par secousses successives le long du stipe. Arrivés 
au sommet ils coupent le régime au moyen d'une hachette passée 
dans leur ceinture, et le descendent à terre avec une corde- 



PRODUCTIONS DU DAHOMEY 



369 



lette pour éviter de le détériorer. Deux hommes j^euvent ainsi 
récolter plus de 50 régimes dans une matinée. 

Les régimes sont cueillis dès que les fruits sont rouges ; 
jetés d'abord à terre en tas sur lesquels viennent picorer les 




Fabrication de l'huile de palme. 



volailles, on les laisse fermenter pendant quelques jours, puis 
on les coupe en morceaux. Si les fruits sont encore difficiles à 
détacher, on les mouille légèrement pour activer la fermenta- 
tion et par suite faire tomber tous les grains. Ces grains sont 
ensuite triés, dépouillés de leur pulpe et entassés dans un 
vaste récipient rempli d'eau — très souvent une pirogue — où 
les noix sont écrasées par les indigènes avec les pieds ou les 

Le Daliomey. 24 



370 LE DAHOMEY 

mains; hommes, femmes et enfants participent à ce broyage 
rudimentaire. 

Mais lorsque la récolte est importante, on jette les fruits dans 
un bassin carré en terre glaise entouré d'un petit mur. On verse 
par-dessus une certaine quantité d'eau chaude, puis deux ou 
trois femmes descendent dans la fosse, et, soutenues par deux 
espèces de béquilles, se servent de leurs pieds comme pilons 
pour écraser les fruits de manière à en détacher la pulpe. Ce 
travail de piétinement dure plusieurs lieures ; les noyaux sont 
enlevés dès qu'on les rencontre, la bouillie devient plus épaisse 
au fur et à mesure que Thuile sort des fd^res et se mélange à 
l'eau chaude. 

Lorsqu'on juge que les pulpes ont été suffisamment pressu- 
rées, on verse encore de l'eau dans les récipients, on agite 
cette eau avec des bâtons et on laisse ensuite reposer. 

L'eau s'isole des parties huileuses et une sorte d'écume jau- 
nâtre surnage alors à la surface. C'est la première huile, la plus 
pure, fraîche et comestible. La couche d'eau, bien distincte, 
est en dessous, et au fond du bassin reste la pulpe 
fibreuse dépourvue d'huile et mélangée aux péricarpes des 
fruits. 

On enlève avec précaution cette huile au moyen de cale- 
basses et on la recueille dans de grandes jarres placées sur un feu 
violent pendant vingt-quatre heures, où elle subit une ébuUition 
afin de faire évaporer les parcelles aqueuses (ju'elle pourrait 
encore contenir. On la tamise ensuite dans de grands vases, 
on l'écréme, et l'huile de palme est prête à être livrée au 
commerce. 

La proportion d'huile ainsi obtenue est de G5 ^j^. 

Cette huile, à la saveur douce, est d'une belle couleur 
jaune orange, très liquide et répand, lorsqu'elle est chaude, 
une odeur agréable rappelant un peu celle de l'iris ou de la 



PRODUCTIONS DU DAHOMEY 371 

violette ; elle concrète à la température ordinaire et prend 
alors une teinte plus claire ; son point de fusion est de 30 à 
32«. 

Au contact de l'air, elle se rancit, s'acidifie et abandonne 
de la glycérine, lorsqu'on la traite par l'eau. Elle exhale, lors- 
qu'elle est vieille, une forte odeur de vieux cuir. 

Elle forme avec les alcalis, tels que la potasse et la soude, 
des savons de couleur jaune. L'huile est également employée 
dans la parfumerie. 

C'est dans l'est du Dahomey que se récoltent les huiles les 
plus riches en couleurs et en matières grasses; celles des 
autres régions sont beaucoup moins estimées sur les marchés. 

Les indigènes reconnaissent à l'huile de palme des proprié- 
tés médicinales; on l'emploie pour guérir les maux de ventre 
et d'oreilles. On en frotte les nouveau-nés pour leur donner 
de la vigueur. 

L'huile de palme est livrée au commerce k raison de 5 francs 
à 6 fr. oO la mesure de 20 litres, suivant les cours d'Europe. 

Les principaux marchés d'huile, où elle est généralement 
appelée huile de Lagos, sont : Marseille, Liverpool et Ham- 
bourg. 

La tonne d'huile se vend en Europe de 5 k 600 francs; sur 
place le prix du kilo varie entre fr. 10 et Ofr. 2o. 

Les huiles sont exportées dans des anciennes futailles ayant 
contenu de l'alcool, d'une capacité de 450 litres ou dans des 
futailles spéciales de 750 k 800 litres appelées pondions. 

Les huiles de palme de tout le territoire de Porto-Novo 
sont réputées comme étant très supérieures aux autres huiles 
de la cote occidentale d'Afrique. 

Elles sont incontestablement préférables aux huiles de 
Cevlan. 



372 LE DAHOMEY 



AMANDES DE PALME 



L'eau vidée, il reste au fond de la pirogue ou du bassin, la 
pulpe que l'on sèche au soleil et que Ton transforme en petits 
tampons dont on se sert pour allumer le feu, car ce résidu 
contient encore malgré tout des principes oléagineux. 

Ces pulpes, soumises à une action chimique en Europe, 
rendent encore de 30 à 35 ^1^ d'huile de palme. 

Les noyaux qui, pendant la fabrication de l'huile ont été 
retirés de la cuve, sont alors exposés pendant plusieurs jours 
aux rayons du soleil pour sécher, car ils contiennent une 
amande dure, immangeable, de forme elliptique, qui s'ex- 
trait difïîcilement. Les noyaux une fois secs, les amandes sont 
décortiquées à la main et portées à la factorerie. Par trituration 
on en extrait en Europe une huile abondante et incolore des- 
tinée à la fabrication des bougies et des savons. 

Les débris des noix et les coques des amandes servent à 
engraisser les porcs qui pullulent dans les villages et qui en 
sont très friands. 

Le tourteau provenant de la trituration des amandes sert 
également en Europe à la nourriture des bestiaux et princi- 
palement des porcs. 

Malgré leur dureté les indigènes mangent les amandes, 
mais on y taille surtout des bijoux du j^ays et des ceintures 
que portent les femmes. 

Le commerce des amandes est aussi important que celui 
de riiuile de palme et elles se rencontrent sur les mêmes 
marchés. 

Les amandes de palme sont expédiées à Marseille, Liverpool 
et Hambourg, soit en vrac dans les cales des navires, soit en 
sacs de 70 à 75 kilos. 



PRODUCTIONS DU DAHOMEY 373 

Dans les pays de production, les amandes ont une valeur 
de 150 à 200 francs la tonne de 1000 kilos. 



L HUILE DE PALME DANS L INDUSTRIE 

L'huile de palme contient environ 31 ^ j ^ de palmitine et 
69 7o d'oléine. 

Par la saponification calcaire ou à l'aide de la vapeur en 
vases clos, on en retire de l'acide oléique, de l'acide palmi- 
tique et de la glycérine. Son emploi pour la fabrication des 
savons de toilette et des savons industriels est des plus consi- 
dérables. La stéarinerie en absorbe aussi de fortes quantités. 

Les savons obtenus par la saponification de l'huile de palme 
à l'aide de la soude ont une couleur jaune roug-eâtre, et, mal- 
gré l'opération de la saponification, ils gardent la forte odeur 
de violette qui est propre à l'huile de palme. Cette odeur, 
qui est justement appréciée à cause de sa fraîcheur et de sa 
ténacité, est une des raisons qui imposent l'emploi du savon de 
palme dans beaucoup de pâtes de savons de toilette fins et 
extra-fins. 

De plus, les savons fabriqués avec l'huile de palme sont 
aussi fermes et aussi réguliers que les savons de suif ; ils sont 
moins cassants, moussent plus facilement et se conservent 
mieux. 

En dehors de ces qualités, il faut aussi tenir compte de ce 
que, l'industrie de la margarine enlevant sur le marché la 
plus grande partie des suifs frais de nos fondoirs, les fabri- 
cants de savons de toilette sont obligés de se rabattre sur les 
huiles concrètes telles que le coco, le coprah et principale- 
ment l'huile de palme, étant donnés les avantages qu'elle pro- 
cure . 

Pour nombre de manufactures l'emploi de l'huile de palme 



PROpUCTlONS DU DAHOMEY 375 

est devenu indispensable, surtout depuis que les procédés 
appliqués pour son blanchiment ont permis d'en aui^inenter 
considérablement l'usag-e. 

L'industrie de la teinture en laines consomme aussi de fortes 
quantités de savon de palme brut, quoique le prix de ce 
savon soit un peu plus élevé que celui des savons de suif et 
d'huile ; cette préférence tient à ce que les laines teintes qui 
peuvent ou doivent être rincées dans un léger bain de savon 
conservent plus de brillant et plus de souplesse ; ce résultat 
est dû à la présence de l'acide palmitique dans les acides g-ras 
du savon ; c'est aussi une des causes pour lesquelles l'emploi 
du savon de palme devient intéressant dans la fabrication des 
savons de toilette. L'acide palmitique étant plus brillant et 
moins cassant que l'acide stéarique, il est évident que les 
savons contenant de l'huile de palme sont plus homogènes et 
plus brillants que les savons ne contenant qvie des acides 
stéariques et oléiques. 

LE KOLATIEK ET LA KOLA 

C'est un arbre de 10 à 20 mètres de hauteur, qu'on trouve 
dans tout le Dahomey et dont le fruit devient l'objet d'un 
commerce assez développé. 

11 y a quelques années, on exportait de très grandes quan- 
tités de kola du Dahomey au Brésil. Les communications 
directes par voiliers ayant cessé, cet important débouché est 
devenu nul. 

L'arbre à kola commence généralement à produire au bout 
de 6 à 7 ans, et se trouve en plein rapport à 10 ans. 

La kola se récolte vers septembre et octobre; chaque 
récolte donne environ 40 à 40 kilogrammes de graines. 

La kola du Dahomey est facilement reconnaissable à ce que 



376 LE DAHOMEY 

chaque fruit se divise en quatee et cinq parties. Les plus ^ros 
fruits sont d'une couleur rose, tandis que les petits sontrou^^e 
vif ; exceptionnellement, on trouve quelques fruits blancs. 

Les noix pèsent de 10 à 2o grammes. On les place dans un 
panier rempli de feuilles qui les conservent fraîches pendant 
25 à 30 jours; elles peuvent ainsi arriver en France, en très 
bon état de conservation. 

La kola se vend selon l'abondance ou la rareté du produit 
sur le marché ; actuellement elle coûte de 2 fr. 50 à 3 francs le 
kilogramme. 

La noix de kola est employée à divers usages, principa- 
lement à des usages pharmaceutiques. C'est un tonique excel- 
lent qui passe pour être également antidysentérique. 

La noix a la réputation d'un aphrodisiaque ; elle est exces- 
sivement désagréable au goût, néanmoins les indigènes la 
mâchent parce qu'ils prétendent que la plus mauvaise eau est 
ensuite buvable, et qu'elle paraît même bonne. 

L'échange de la kola entre indigènes est un gage 
d'amitié. 

Par sa résistance, le bois de l'arbre à kola est apprécié 
pour la construction ; de plus, son odeur éloigne les insectes. 

Les autres productions du Dahomey sont, après le palmier à 
huile et le kolatier, 

LE COCOTIER 

On le rencontre un peu partout, sur la cote et le long des 
fleuves ; c'est un arbre qui tend à devenir, comme le palmier, 
une source de richesse. On vend la chair des noix, cette pulpe 
séchée est expédiée en Europe, où elle est transformée en 
huile nommée coprah. 

La noix de coco donne de 64 à 70 ^/o de son poids d'huile 
et son déchet est excellent pour la nourriture des bestiaux. 



PRODUCTIONS DU DAHOMEY 377 

Les indigènes ne récoltent les noix de coco que depuis 
quelques années seulement, ils se sont enfin rendu compte 
des bénéfices qu'ils pouvaient en tirer en les livrant au com- 
merce. 

La tonne de coprah vaut environ 200 fr. Le principal 
marché en Europe est Marseille. 

BOIS DE CONSTKUCTION 

Les bois de fer, excellents pour pavage en bois, abondent 
au Dahomey ; ils sont très estimés dans le commerce et com- 
prennent encore : 

LE ROXIER ou PALMIER A EVENTAIL 

C'est un arbre au stipe renflé au milieu et affectant la forme 
d'un fuseau. Ses fruits, gros comme une orange et de couleur 
marron, comprennent une pulpe épaisse et spongieuse sur un 
noyau très dur. 

Cette pulpe se mange, elle a le goût du pain d'épice lorsque 
le fruit est sec. 

Le bois est d'une dureté remarquable et sert à toutes les 
constructions sur pilotis. L'arbre est appelé cokcr sur la côte. 

On distingue facilement cet arbre au milieu des bouquets 
de végétation sauvage ; il est très commun dans la région Est, 
du côté de Lagos. 

Viennent ensuite : 

Le rocco (faux ébénier) qui ressemble assez au chêne et peut 
être utilisé par les ébénistes, le manglicr^ le palétuvier qui 
n'existent que sur le littoral et les lagunes et dont le bois est 
inattaquable par l'eau de mer. 



378 LE DAHOMEY 

Le camivood, bois à j^rain iin et serré, plus lourd que l'eau; 
de blanc qu'il est ordinairement il devient, lorsqu'on le coupe, 
roug-eàtre au contact de Tair et exhale, si on le ràpe^ une 
odeur analog-ue à celle du palissandre. 

Le jnancone^ dont l'écorce produit un poison violent, qui 
arrête net les battements du cœur. 

Le gommier ou bursera ou gommart qui existe surtout 
dans les régions du Haut Dahomey dépourvues de palmiers à 
huile; il donne la gomme-copal. 

h'avicennia^ grand arbre toujours vert, qui est très abondant 
le long- des fleuves mais fort rare sur la cote, et dont l'écorce 
est employée par les noirs pour se guérir de la gale. 

Le myrsiiie melanophloeos, qui atteint jusqu'à 1() et 18 
mètres de hauteur et donne un excellent bois de charpente. 

Le groevia melocarpa^ dont le fruit, comestible et sucré, est 
employé pour composer certaines boissons rafraîchissantes. 

Le schmidelia af ricana^ bois d'ébénisterie. 

Le hlighia sapida, dont les fruits sont mangeables et dont 
les fleurs servent à la préparation d'une eau aromatique. 

Le touloucouna^ des graines duquel on retire une huile très 
dense, dont on fait usage contre les rhumatismes, les dartres, 
les maladies du cuir chevelu, les piqûres d'insectes, et princi- 
palement contre l'attaque des chiques ; son écorce riche en 
tanin et très amère, est utilisée comme fébrifuge et ses fruits 
passent pour être vomitifs. 

Le pandanus, grand arbre d'une vingtaine de mètres d'élé- 
vation, dont les fleurs et les fibres sont employées comme 
textiles, etc. 



PRODUCTIO>S DU DAHOMEY 379 



LE CAOUTCHOUC 

Dans les forêts du Dahomey les arbres et les lianes à caout- 
chouc abondent, mais ce produit est encore peu exploité au 
point de vue commercial. 

Les noirs récoltent principalement cette sève précieuse 
pendant les mois de septembre, octobre et novembre, mais, 
ignorant un bon procédé d'extraction, ils arrivent souvent 
k tuer les végétaux qui produisent le caoutchouc. Ils emploient 
la sève, avant qu'elle soit coagulée, à la réparation de leurs 
pirogues; mêlé à de l'étoupe le caoutchouc est alors coulé 
entre les bordages de leurs embarcations pour les rendre 
étanches. Il sert aussi à la confection de divers récipients 
non destinés au feu. 

La valeur courante de ce produit est de 5 francs le kilo- 
gramme. Son principal débouché est Anvers. 

Diverses espèces de ficus ont été reconnues au Dahomey 
comme produisant du caoutchouc, mais la difficulté pratique 
d'en apprécier la valeur et le peu de soins apporté k leur 
culture n'ont donné qu'un rendement très médiocre. 

Le syndicat des planteurs de Whydah préconise la culture 
du caoutchouc céara qui semble devoir donner d'excellents 
résultats. Il pousse très bien dans les terrains qui conviennent 
aux cultures alimentaires, il demande peu de soins, produit 
dès la cinquième année et se multiplie de lui-même ; il tient 
peu de place, est facilement exploitable et donne un produit 
riche et abondant. De plus, il ne nuit en rien k la culture du 
palmier et peut être planté dans son voisinage. 

On espère que dans trois ans 200.000 arbres de cette espèce 
auront pu être plantés dans la colonie, et que dans quatre ou 
cinq ans, lorsque les plantations de caoutchouc seront com- 



380 LE DAHOMEY 

plètement mises en valeur, Fe^portalion de ce produit pourra 
être réalisée. 

HUILE COPRAH 

C'est une huile tirée de la pulpe des noix du cocotier et 
dont il sera fait un commerce assez important lorsque l'exploi- 
tation régulière du coprah aura été entreprise. 

INDIGO 

Ce produit se récolte dans tout le Dahomey, mais il a 
besoin d'être soig-né et amélioré ; il n'a pas été jusqu'ici 
exporté et les indigènes seuls s'en servent d'une manière d'ail- 
leurs très primitive pour la teinture des tissus de provenance 
européenne ou locale. 

Sa valeur est de 2 à ,3 francs le kilogramme. 



MAIS 



Le maïs est cultivé sur une grande échelle dans toute la 
colonie; il entre pour une grande part dans l'alimentation des 
indigènes. 

Les récoltes sont, sauf rares exceptions, toujours abon- 
dantes, lorsque les sauterelles ne dévorent pas les planta- 
tions. 

On cultive le maïs blanc, le maïs jaune et le maïs rouge vif, 
assez rare. 

Les semis se font en mars, avril et octobre. Les récoltes 
ont lieu en juin, juillet, décembre et janvier. Chaque tige, 
haute de plus de six pieds, porte deux épis fort locaux, par- 
fois même trois ovi quatre. 



PRODUCTIONS DU DAHOMEY 381 

En général le maïs se conserve mal et les insectes Tenva- 
hissent rapidement ; cela tient sans doute à ce que la récolte 
se fait avant complète maturité. Pour l'exportation en Europe, 
il est donc préférable de le laisser sécher sur pied. 

La valeur courante du maïs est de 4 à 5 francs les 100 
kilogrammes. 

Autrefois les noirs distillaient succinctement le grain pour 
en tirer une eau-de-vie de qualité inférieure, mais ils pré- 
fèrent aujourd'hui consommer les alcools européens qui s'ac- 
quièrent à bon marché. 

Mais on fait aussi du vin de maïs. Après avoir laissé fer- 
menter les épis pendant quatre jours dans l'eau, afin d'activer la 
sortie des germes, on jette les graines dans un mortier et l'on 
réduit le tout en une pâte fine. Cette pâte, fortement étendue 
d'eau, est soumise aune ébullition de cinq à six heures. On laisse 
ensuite refroidir le liquide pendant deux jours et l'on obtient 
ainsi du vin de maïs, boisson piquante et rafraîchissante. Ce 
vin se conserve, au jilus, une semaine et se transforme ensuite 
en vinaigre. 

La culture du maïs Cuzco paraît très bien convenir au 
Dahomey et mérite d'être essayée. Cette céréale sert à l'ali- 
mentation du bétail et des chevaux ; la féculerie ainsi que la 
distillerie l'utilisent. 

MAMOC 

C'est un arbuste de 1 à 3 mètres, dont les tubercules four- 
nissent, après une préparation spéciale, une fécule comestible 
qui est une des bases de la nourriture indigène. 

Sa racine est allongée, tuberculeuse, féculente, à suc laiteux 
vénéneux. La culture de cette plante est très simple. Après 
avoir préparé la terre, on coupe la tige du manioc par mor- 



382 LE DAHOMEY 

ceaux de 20 centimètres environ, que Ton plante à la distance 
d'un pas les uns des autres. 

C'est une culture qui donne à peu de frais d'excellents pro- 
duits ; la plante est d'ailleurs très résistante, et les sauterelles 
qui dévorent quelquefois le maïs laissent toujours le manioc 
intact. 

Les boutures se plantent en mars et avril ; la récolte a lieu 
en septembre. 

La farine de manioc coûte actuellement fr. 10 le kilo- 
gramme. 

Depuis quelques années la consommation du manioc est 
toujours croissante au détriment du maïs. En développant ce 
produit, il sera possible d'arriver, dans l'avenir, à l'exploiter 
commercialement sous forme de tapioca. 

ARACHIDES 

Aux temps des rois du Dahomey, les arachides ou pistaches 
de terre réussissaient très bien dans les terrains très sa])lonneux 
de Kotonou, mais vers 188i le roi Glé-Glé, craii^nant que le 
indio'ènes en se livrant tout entiers à cette culture ne né^li- 
geassent les produits de première nécessité, interdit l'arachide 
dont la production cessa brusquement en vertu de cet ordre. 

De nouveaux essais ont été tentés depuis avec plein succès; 
mais les cultures sont encore peu déveloj^pées et toute la 
récolte est consommée par les indigènes. 

Les semis ont lieu en mars et avril, les récoltes en juin et 
juillet. Le fruit se développe et mûrit sous terre ; il est de la 
grosseur d'une noisette, comprimé vers le milieu et enve- 
loppé d'une gousse. Chaque plante produit plusieurs amandes. 

La valeur marchande des arachides est de fr. 30 à fr. 3o 
le kilogramme, non décortiquées. 



PRODUCTIONS DU DAHOMEY 383 

LE KARITÉ OU ARBHE A BEURRE 

Le karité ou arbre à beurre est très répandu dans la région 
des Mahis et dans tout le Haut-Daliomev. 

Ses fruits très abondants se cueillent vers la mi-juin ; leur 
pulpe, qui aune saveur douce, se mange, et de l'amande on tire 
une graisse servant à la ^préparation des aliments et connue 
sous le nom de beurre de karité. 

Ce beurre se trouve couramment sur tous les marchés en 
pains de 3 ou 4 kilogs, au prix d'un franc le kilogramme. Ce 
prix élevé est dû aux difficultés de préparation de la denrée 
avec les moyens primitifs dont disposent les indigènes. 

Outre son utilité culinaire, le produit du karité est égale- 
ment employé dans la fabrication de savons, de bougies, etc. 

Les indigènes en font un commerce important qui pourrait 
être considérablement développé, pour devenir l'objet d'un 
avantageux trafic avec la métropole ; surtout que les noirs ne 
recueillent qu'une faible partie des fruits du karité, dont le 
reste se perd sur place, faute de débouchés ou de moyens 
pratiques pour se livrer lucrativement à l'exploitation du pré- 
cieux produit qu'ils renferment. 

31 IL BLANC ET ROUGE 

Le mil blanc et le mil rouge sont cultivés par toute la 
population indigène. Pour le premier le semis a lieu en avril 
et la récolte en juin ; pour le second en juin et en novembre ; 
on ne fait qu'une récolte par an. 

Le prix de vente du mil l3lanc est de fr. 0-') le kilogramme 
et celui du mil rouge de fr. Oi. 

Ils servent à l'alimentation et les noirs en tirent une bière 
légère très rafraîchissante. 



384 LE DAHOMEY 

Le mil rouge forme la nourriture presque exclusive des 
chevaux dans le Haut-Pavs. 



RIZ ROUGE 

Des carrés très étendus de riz rouge sont cultivés à proxi- 
mité des cours d'eau et sur les plateaux du Haut-Dahomey. 

Les semis ont lieu en avril et la récolte se fait trois mois 
après. Le riz est livré au commerce en sacs, et se vend le kilo- 
gramme à raison de fr. 07 non décortiqué, et de fr. 25 
décortiqué. 

HARICOTS INDIGÈNES 

Les haricots indigènes ou niabés sont cultivés dans toutes 
les régions du pays ; ils sont petits, de teinte brune ou noire. 

Les semis se font en mars, avril et octobre ; les récoltes ont 
lieu en juin, juillet, décembre et janvier. 

La valeur marchande des haricots est de fr. 30 à fr. 40. 
le kilogramme. 

COTON 

Le coton existe en assez grande quantité et pousse librement 
à l'état sauvage. 

La culture de cette plante est presque nulle sur la côte, 
comme d'ailleurs dans la majeure partie du Bas-Dahomey, où 
les cotons filés de provenance européenne ont peu à peu rem- 
placé le produit indigène. 

Les semis se font en avril, immédiatement après les pre- 
mières pluies ; la récolte a lieu dans la saison sèche, en jan- 
vier, dès que les capsules mûres se sont ouvertes sous l'action 
solaire. 




Le Dahomey 



25 



386 LE DAHOMEY 

L'indig-ène laisse le coton sécher sur la plante, avant de le 
cueillir; il le livre ensuite, sans aucune préparation, aux tis- 
serands ou aux maisons de commerce. 

Ce coton à soie très courte se vend fr. 80 le kilogramme. 

M. Godefroy-Lebœuf, horticulteur à Paris, a appelé l'atten- 
-tion du département sur Tintérêt qu'il y aurait à introduire 
et à cultiver dans nos colonies le coton annuel dit du Turkes- 
tan. 

Des renseignements que ce commerçant a fournis, il résul- 
terait que l'arbuste dont il s'agit ne produit pas comme les 
espèces similaires, pendant tout le cours de l'année, mais à 
une époque fixe qu'il est loisible au planteur de déterminer 
par le choix de Fépoque des semis. Il en résulterait que les 
récoltes provenant de ce cotonnier pourraient être obtenues 
pendant la saison sèche et seraient à l'abri, par conséquent, 
des pertes occasionnées par les pluies. De plus la capsule 
s'entr'ouvrant à peine, la soie ne subirait aucun dommag-e du 
fait de la rosée. 

TABAC EN FEUILLES 

Le tabac promet d'excellents résultats dans la colonie ; il 
est surtout cultivé dans la région de Savalou et dans les envi- 
rons d'Ag-ony où il a cours comme monnaie. 

Les semis ont lieu en mars et avril, et la récolte en 
novembre, après que les feuilles ont séché sur pied. 

Ce tabac de qualité encore médiocre est susceptible d'amé- 
lioration ; le prix en est de 1 franc à 1 fr. 50 par kilogramme. 

TABAC A CHIQUER 

Pour l'obtenir les femmesTécrasent entre deux pierres et le 
mélangent avec de la potasse. 



PRODUCTIONS DU DAII03IEY 387 

Il est ensuite vendu en petits paquets à raison de 1 fr. 50 le 
kilo. 

IGNAME 

L'igname est recherchée pour son rhizome tuberculeux et 
féculent ; elle n'est point exotique ; on la trouve à l'état sau- 
vage dans les forêts et dans les lieux incultes. Toutes les 
variétés d'ignames ne sont pas également bonnes. Elles se 
reproduisent par des morceaux de racines garnis d'un 
œil au moins, et comme il leur faut un terrain profond, 
on relève la terre des deux côtés, de manière à laisser entre 
les divers pieds des sillons assez grands. La récolte se fait en 
septembre et amène la fête des ignames^ connue sur toute la 
côte des Esclaves, et plus particulièrement chez les Minas. 

L'igname est une des bases de la nourriture indigène. 



RICIN 



Cette plante se trouve sur place mais en petite quantité, 
elle semble très vivace, mais la qualité n'a pu être encore 
appréciée. 

Le ricin du Dahomey est arborescent comme dans toute 
l'Afrique. Sa culture donnerait certainement, comme au Séné- 
gal, les meilleurs résultats. 

CACAO ET VANILLE 

Des essais de ces cultures ont été entrepris tout récemment 
sur différents points de la colonie. 

Pour le cacao, les premiers essais faits à Porto-Novo ont 
déjà donné des résultats satisfaisants et il est plus que pro- 
bable qu'il en sera de même à Whydah ; quant à la vanille, 



388 LE DAHOMEY 

cette culture est encore nouvelle au Dahomey, et il n'est pas 
possible à l'heure actuelle d'en apprécier le rendement. 

LE CAFÉ 

Les caféiers dont les métis l^résiliens ont importé plusieurs 
variétés au Dahomey s'y développent avec succès ; ce sera 
dans l'avenir une autre source de la richesse du pays. 

Cette culture prospérera sûrement, aussi bien dans nos 
colonies que dans les contrées voisines dont la composition 
du sol est la même et où la température ne s'abaisse jamais 
au-dessous de 20 à 22 degrés. 

Le café pousse inditTéremment sur la côte ou dans les 
endroits élevés ; il exige un terrain humide, mais on doit 
éviter que ses racines se trouvent en contact avec l'eau. 

Les terres du Haut-Dahomey (pii contiennent moins de 
matières organiques que celles du Sud, où pullulent des 
myriades de vers et d'insectes qui dévorent les racines et les 
semailles, paraissent être très propres aux plantations de 
café et de cacao. 

C'est une culture très délicate ; elle craint la sécheresse 
aussi bien que l'excès d'humidité; elle est sujette à plusieurs 
maladies, demande beaucoup de main-d'œuvre et n'est vrai- 
ment rémunératrice qu'au bout de cinq à six ans. 

Le plant doit être abrité pendant la première année, et 
ensuite il ne redoute pas trop les rayons solaires, mais dans 
tous les cas il est nécessaire que l'air et la lumière arrivent 
directement sur lui. Dans les terres argileuses, comme celles 
de la Guinée, il faut, lorsque vient la saison sèche, recouvrir 
les racines de paille ou de gazon sec, car à ce moment la terre 
se fendille et les racines, qui alïïeurent, risquent de se 
dessécher. 



PRODUCTIONS DU DAH03IEY 389 

La terre qui convient le mieux au caféier est une terre 
meuble, légère et vierge, autant que possible. Elle se suffit 
k elle-même pendant cinq ou six ans, puis les engrais sont 
nécessaires. Les meilleurs à employer sont les engrais 
azotés. 

Quand le plant atteint 2 mètres de hauteur, on l'étête pour 
lui faire donner une récolte plus abondante et plus facile 
à cueillir. 

En Guinée, le rendement du café est considérable pour 
l'espèce dite de Libéria, et tous les planteurs qui ont tenté 
sa culture ont pleinement réussi. 

La majorité des plants importés au Dahomey provient 
précisément de Libéria et un peu de San-Thomé. 

VIGNE ET BLÉ 

A Whydah, on a fait quelques essais de vigne, mais le 
raisin obtenu n'a pu donner jusqu'ici de vin potable. Des 
grappes nombreuses se forment, seulement le grain est gros, 
peu juteux, coriace et d'un goût très musqué ; il est sans aucun 
doute susceptible d'amélioration. Il y a bien la vigne sauvage, 
mais le fruit est immangeable. 

Le blé ne réussit pas dans le pays ; il pousse tout en herbe 
et le grain ne se forme pas. 

LA CANNE A SUCRE 

La canne à sucre qui ne sert actuellement qu'à la nourri- 
ture des indigènes pourrait, par une culture plus étendue, 
venir grossir les productions du pays. Elle se vend en frag- 
ments sur les marchés ; les noirs ignorant la façon d'utiliser 
ses propriétés saccharines, se contentent de la mâcher. 



390 



LE DAHOMEY 



LE BAMBOU 



Le bambou ou jonc commun croît sur le bord des lagunes. 
Ses tiges servent à pousser les pirogues, à construire les cases 
et à toutes sortes de travaux domestiques ; les graines, grosses 
comme des noix et d'une dureté excessive, sont utilisées dans 
l'industrie pour la fabrication des boutons (corrozo). 

FOURRAGE 

La culture du teosinte, graminée utilisée principalement 
à cause de l'abondant fourrage qu'elle fournit, paraît très bien 
convenir au Dahomey. 

CHAUX ET POTASSE 

Sur la côte, pour se procurer la potasse et la chaux, les 
indierènes font brûler un mélan^^e d'herbes marines et de 
coquilles d'huîtres. 

Mélangée à des résidus d'huile, la jiotasse donne le savon 
indigène, et la chaux sert à blanchir les habitations des chefs 
et les temples fétiches. 

Mais la potasse pure provient surtout du Haut-Dahomey, où 
il s'en fait un commerce relativement actif; les indigènes 
s'en servent pour activer la cuisson de leurs aliments et en 
donnent à leurs bestiaux. 

La valeur du kilogramme est d'environ 3 francs. 

AISTLMOINE 

Provient du Borgou en petite quantité ; son usage est 
d'ailleurs restreint. C'est un minerai sulfuré (G. LinasV Sa 
valeur sur place est d'environ 12 francs le kilo. 



PRODUCTIONS DU DAHOMEY 391 



SEL MARIN 



Il s'obtient par l'ébullition de l'eau de mer et a un grand 
prix dans l'intérieur. En bien des endroits, sa fabrication 
a été abandonnée par les indigènes qui préfèrent Tacheter 
aux Européens. 




Flore. 

PLANTES ALIMENTAIRES TINCTORIALES MÉDICINALES TEXTILES 

INDUSTRIELLES ET CULTURES COMESTIRLES 

Dans les forêts inextricables du Dahomey, à la végétation 
luxuriante, à la brousse impénétrable, aux fourrés coupés 
de lianes tortueuses et sillonnées de sentiers conduisant aux 
villages voisins, on rencontre des arbres de toutes familles 
et de toutes grandeurs, parmi lesquels il faut citer encore : 

Le haohah dont le diamètre du tronc atteint de gigantesques 
proportions ; la pulpe de son fruit séchée ressemble à de la 
farine et remplace la quinine dont elle n'a pas le goût désa- 
gréable. Elle est acidulée et rafraîchissante, aussi est-elle 
préférée pour combattre les fièvres paludéennes. Une infu- 
sion de sa feuille arrête la transpiration et sert de condiment 



392 



LE DAHOMEY 



dans la nourriture ; le fromHycr ou bombax à laine, très 
ombreux ; le draf/onnicr^ dont on extrait un purgatif ou un 
astringent, selon que l'on y ajoute ou non un mélange de 
vallisnérie. 

Le 7diat\ le rocco\ le tamarinier (jéant. 

Le jacquier ou arbre à pain, dont il existe deux variétés : 
le fruit de Tune est rond et pèse un kilogramme, celui de 
Tautre est oblong et atteint jusqu'à 8 kilogrammes. Cuit au 
four ou sous la cendre, la masse farineuse du fruit se mange 
comme du pain. Les fibres de ce végétal offrent une grande 
résistance comme matière textile. 

h'eucali/pfus, qui atteint rapidement" à 8 mètres de hauteur 
s'il est planté par bouture dans un endroit humide et légè- 
rement ombragé. 

Divers acacias, dont le flainhoyant aux fleurs d'un rouge 
vif, Y acacia mellifera aux fleurs comestibles; le robinier; 
l'acacia gommier, etc. ; le raphia qui sert à faire des meubles 
légers et produit une liqueur que les indigènes appellent 
le vin de Boudou ; c'est aussi une plante textile. 

La securidaca longipedunculata 'avec les fibres de laquelle 
les indigènes font des filets de pèche d'une résistance éton- 
nante ; le gardénia Jovis fanant is^ arbuste de 2 à 3 mètres 
de hauteur, dont le nom vient de ce que les indigènes placent 
ses rameaux au sommet de leurs cases pour conjurer la 
foudre. 

Des caUcédrats^ 

Des gonahies^ 

Le sisseré (en langue dahoméenne i, arbuste dont le fruit 
est une baie de la grosseur d'une olive et (pii possède une 
pulpe blanche et sucrée, très agréable à manger; 

Le fjoniho ou kiai^e ou kcfmie, dont les capsules sont con- 
sommées dans l'alimenlation et dont les fibres servent à la 
fal)rication des liens. 



PRODUCTIONS DU DAHOMEY 393 

Le cochlospemiuni ancfolcnse dont les filaments servent 
aussi aux indi<>"ènes à faire des liens. 

La morinda clirifolia, petit arbre qui donne une teinture 
de couleur safran et dont le fruit, cuit sous la cendre, est 
employé contre la dysenterie, contre Tasthme et comme ver- 
mifuge, etc. 

La siniai'ouha^ arbre dont Técorce est employée en médecine. 

A l'ombre des forêts, croissent des euphorbes résinifères 
et des euphorbes ipécacuanha^ dont la racine est employée 
comme vomitif. 

Des orchidées, 

Des dracaenas, 

Des papayers aux fruits très estimés rappelant un peu le 
melon ; les g-raines pimentées et astringentes oifrent le goût 
de la capucine ; des cotonniers dont plusieurs variétés à l'état 
sauvage sont utilisées dans l'industrie textile et comme médi- 
cament ; leurs graines oléagineuses servent à des frictions 
et leurs feuilles émollientes sont employées fréquemment 
dans la thérapeutique. 

La synipjhonia globulifera, dont la sève désinfectante rem- 
place dans le pays notre acide phénique. 

X.'ochrocarpus africanus qui atteint jusqu'à 50 pieds de 
hauteur ; son fruit qui est mangé dans certains pays est con- 
sidéré comme vénéneux dans d'autres. 

La lophira alata dont l'huile sert à la toilette des femmes 
indigènes et aux préparations culinaires ; sa noix sculptée est 
un ornement recherché. 

Les balisiers dont il existe plusieurs variétés et dont les 
graines peuvent servir de plomb de chasse en raison de leur 
dureté ; on en tire aussi une belle couleur pourpre ; le cactier- 
nopal sur lequel pourrait vivre la cochenille si on voulait 
Facclimater au Dahomev. 



394 LE DAHOMEY 

Le cossoué qui donne une aorte de gomme laque. 

Ualisin dolopoué des indigènes, arbre amer, sorte de quin- 
quina ; les bananiers^ de plusieurs espèces, qui donnent la 
banane-figue, la banane ordinaire, la banane-pomme, la 
banane rouge, la banane de San-Thomé, la meilleure de 
toutes, et la banane-cochon qui ne se mange que cuite. 

Comme arbres fruitiers le Dahomey possède aussi les man- 
guiers ou mangots non greffés qui poussent sans culture, les 
citronniers et les orangers avec les fruits desquels on fait une 
liqueur assez agréable. 

Les goyaviers^ les cocotiers^ les corossoliers^ les pommiers 
acajou, aux fruits acides; à leur base se trouve une amande 
en forme de haricot qui se mange rôtie, car crue le suc caus- 
tique qu'elle contient fait enfler douloureusement les lèvres 
et la langue. Ce suc carie en outre les dents qu'il fait tomber ; 
ses taches sont indélébiles et il peut remplacer l'encre. 

U' avocatier ou poirier-avocat, dont le fruit est très bon si 
on sait l'accommoder. 

Le figuier d'Inde aux fruits de médiocre qualité. 

Le muscadier, dont le fruit gros comme un pois est utilisé 
comme muscade. 

Uananas sauvage très abondant, mais peu savoureux, 
fibreux et sec. 

Le néflier, les pruniers de plage, dans les l)uissons de la 
côte ; ils donnent des petits fruits violets sans goût ni saveur. 

Les seules plantes comestibles cultivées par les indigènes 
dans les clairières ou autour de leurs habitations pour les 
besoins seuls de leur alimentation sont : le maïs, le manioc, 
le chou-colza, Vigname, la patate douce qui a le goût d'une 
pomme de terre légèrement sucrée, le millet ou mil ou sorgho, 
le panicaut, la canne à sucre, ïarachide ou pistache de terre 
vulgairement appelée cacahuette, et le haricot noir. 



PRODUCTIONS DU DAHOMEY 395 

Puis le concombre ^ la citrouille^ le potiron dont les tio^es 
dressées servent à faire des nattes et les calebasses tous les 
récipients de ménage; le piment noir, la tomate sauvage très 
commune, le pmurpier qui pousse sans culture. Ce dernier 
pris en infusion sert de diurétique aux gens du pays. Il y a 
aussi le poivrier qui produit la graine dite de Paradis, employée 
comme condiment excitant et tonique ; le gingembre dont les 
indigènes se servent pour guérir la toux et qui a un bon prix 
sur les marchés anglais, le fenouil, Vache sauvage ou céleri, 
Voseille de Guinée, plante tonique apéritive et rafraîchissante, 
le pissenlit et plusieurs espèces de salicornia qui fournissent 
divers éléments à l'alimentation ; le cubèhe, dont les fruits, 
semblables au poivre, sont aussi employés comme condiment. 

Des petits oignons, 

Le taro, etc. 

Les autres plantes que l'on trouve encore au Dahomey 
sont : V Hibiscus abelmoschus qui produit un jus parfumé, 
remplaçant le musc animal, et réputé l'antidote de la morsure 
de la cobra di capello. 

Le cissampelos vaugelu est un diurétique très efiîcace, c'est 
une petite plante assez commune dans les lieux ombragés. 

Uargemone à fleurs jaunes qui, séchées et pulvérisées, 
servent de vomitif. 

Le chélidoine à fleurs jaunes, dont le suc caustique sert à la 
destruction des verrues. 

La pomme-cannelle qui sert à faire des cataplasmes pour 
guérir les tumeurs. 

La pomme de crocodile dont on fait des infusions pour la 
toux. 

Le corossol qui est un antispasmodique. 

La sauvagcsia erecta employée pour soigner les ophtalmies. 

Le gynondropsis pentaphylla qui, pris en infusion bouil- 



396 LE DAH03IEY 

lante, sert d'astringent ; la craloera rclujiosa dont on fait 
séjourner la tige dans une huile qui sert à frictionner les par- 
ties atteintes de douleurs ou de rhumatismes. 

Le bois de campèche^ V indigo, assez commun dans les 
Popos. h'orseille peu répandue et très recherchée pour la 
teinture indigène ; Vhibiscus splendens, aux fleurs jaunes ou 
rouges, qui, frottées sur les chaussures, produisent par leur 
jus un vernis noir et luisant qui remplace le cirage. 

Le nasturtiuîii humifiscuni qui se mange comme le cresson 
et qui est en certains endroits l'unique nourriture du bétail. 

La cai'damine ou langue de vache que les Européens mangent 
crue et les noirs cuite. 

Le iamier^ très commun. 

Le papyrus qui existe en grande quantité sur le bord des 
lagunes de l'Est. 

Le sésame, plante herbacée dont les graines fournissent une 
huile employée surtout dans la fabrication des savons. 

La fève de Calahar^ dont le port ressemble à celui du hari- 
cot et dont la gousse atteint jusqu'à 17 centimètres de lon- 
gueur ; c'est une plante vénéneuse très énergique, que les 
médecins utilisent pour faire contracter la pupille, pour com- 
battre le tétanos et guérir certaines névralgies. 

Gomme fleurs, on trouve, suivant les régions : 

La scahieuse^ 

La vallisnérie à spirale et la morcne, très nombreuses dans 
les marécages, 

La menthe sauvage^ 

Plusieurs variétés de mimosas^ 

La mauve commune, très abondante, dont la racine est 
prise par les indigènes en infusion pour combattre la fièvre. 

Les nénuphars jaune, bleu ou blanc, 

Le lotus, dont la racine crue est mangée par les pécheurs. 



PRODUCTIONS DU DAHOMEY 397 

Le lierre (jr'unpant^ 

Les coquelicots, 

La renoncule cV Afrique que Ton fait brûler pour tuer les 
moustiques, 

La clématite, dont le suc caustique sert de remède contre 
les maux de dents, 

La verveine à bouquets, 

La bruyère arborescente et la bruyère éclatante, 

lu'herbe de Guinée, forte comme notre paille et haute de 
deux mètres et plus, 

h^acanthe molle, assez commune, 

L,' amarante géante, très fréquente dans le nord, 

La grande pervenche, 

Le laurier d'Inde, 

Le laurier-cannelle , 

Le laurier-rose, 

Uacorus ou jonc odorant ou encore lis des marais, dont le 
rhizome est utilisé en parfumerie. 

Les bignones ou bignonia, plantes grimpantes aux belles 
fleurs diversement nuancées, 

Le myosotis, la pâquerette, la bourrache, si appréciée pour 
les affections pectorales, 

l^]nfin, pour terminer, Yivraie, Y herbe puante, des mousses, 
des lic/icns, des champignons, etc. 

On voit, par ce qui précède, que la flore du Dahomey est très 
riche et très variée, surtout dans l'intérieur du pays où la 
végétation est très dense. Mais cette flore est encore suscep- 
tible d'être augmentée par Lacclimatation d'une grande partie 
de nos cultures. 

Ainsi dans le sud du Bénin, autour des villes habitées 
depuis longtemps par les Européens, se trouvent quelques 
jardins contenant la plupart des légumes d'Europe. 



398 LE DAII03IEY 

On a de même déjà importé avec succès dans la colonie le 
quinquina et la rhubarbe et d'autres essais sont tentés cons- 
tamment par les chambres d'agriculture instituées dans chaque 
localité importante du Dahomey. 




Faune. 

Les territoires du Bénin sont très riches en animaux de 
toute espèce, surtout dans le nord du Dahomey, mais la faune 
ne comprend qu'un petit nombre d'espèces dangereuses. Les 
animaux que l'on y rencontre sont principalement les suivants : 

MAMMIFÈRES 

Simiens. — Il existe plusieurs variétés de singes dont le 
cynocéphale, le mandrille, le macaque, le singe à barbe, le 
singe noir à tête blanche, le singe à longs poils noirs et le 
singe gris cendré auquel on a donné le surnom de moine. 

Carnassiers. — Le chacal qui atteint une assez grande 
taille, le chat sauvage ou chat-tigre, la civette qui fournit le 
musc, le léopard, le lynx, l'hyène et Fonce ou genette de 
Guinée. 

Pachydermes. — L'éléphant qui disparaît de plus en plus 
pour se réfugier dans l'extrême nord; l'hippopotame très rare 



PRODUCTIONS DU DAHOMEY 399 

aujourd'hui dans les lag-unes du Bénin ; le san^^lier de petite 
taille, très commun. 

Buminants. — Plusieurs espèces d'antilopes, qui vivent 
plutôt sur le littoral que dans Fintérieur, et la gazelle abondent 
sur le plateau de Sahoué, dans le pays des Eoués ; le buffle 
inconnu sur la côte existe peut-être dans l'extrême nord. 

C hélicoptères. — La chauve-souris ordinaire, la roussette 
qui couvre le pays par milliers et dont les arbres sont parfois 
chargés de leurs grappes entrelacées, le vampire assez com- 
mun. 

Insectivores, — Le hérisson qui détruit les serpents et sur- 
tout la cobra di capello ou naja, le porc-épic. 

Rongeurs. — Le rat de toutes les tailles jusqu'à l'énorme 
rat palmiste qui est grand comme un lapin ; un rat musqué 
que l'on mange en salmis, l'écureuil, l'agouti très abondant; le 
lapin inconnu sur le littoral, mais très prolifique dans le nord 
où il vit dans des clapiers ; des taupes, belettes, musaraignes 
et des loirs. 

Edentés. — Le fourmillier ou tamanoir. 

Cétacés. — Le lamantin se rencontre dans les lagunes ; sa 
chair est très estimée. 

AMMAUX DOMESTIQUES 

Les animaux domestiques sont des réductions des espèces 
similaires d'Europe : 

Dans le Bas-Dahomey le bœuf est de petite race, maigre et 
anémique, sauf dans quelques régions à pâturages où il prend 
un certain embonpoint. Sa chair est bonne. Il n'est pas sou- 
mis au joug. Le cheval très rare a la taille d'un gros bourricot 
algérien ; on ne le rencontre que dans le nord d'Abomey et 
dans le Yorouba. Il provient du Soudan, mais il dégénère vite 
dans le Bas-Dahomey, dont la nourriture ne lui convient pas. 




(Phol. (le M. le C;i]>it;tinc Garincuu .) 
Femmes Minas (vêtues). 




(Pl.ot. (le M. le CapiUiiue Giirinenu .) 
Femmes Minas (dévêtues). 



Le Dahomey. 



26 



402 LE DAHOMEY 

Dans les rég-ions du Nig-er les chevaux ont la taille des che- 
vaux du Sud oranais et ne sont pas inférieurs à ceux-ci. 

L'âne ne se rencontre que dans le nord du pays, à partir 
du 9°, où il sert de bête de somme aux musulmans. 

Le chien indig-ène rappelle le chien kabyle. Il n'est ni 
fidèle, ni caressant; il est mangé par les noirs en plusieurs 
points de la côte. 

Les chiens d'Europe ne s'acclimatent pas au pays et y 
vivent fort peu de temps. 

Le chat, plus g-rand que celui d'Europe, se vend en cage 
sur les marchés comme de la volaille. C'est un comestible 
estimé des g-ens du pays. 

La chèvre est taillée en basset, sa chair est dure et coriace. 
On ne mange que les chevreaux. 

Le mouton est couvert de poils au lieu de laine, il est d'un 
blanc sale. Pour un poids maximum de 2o kilog. il donne à 
peine 10 kilos de viande, mais sa chair est bonne. 

Le porc à peau noire est très commun ; sa chair est assez 
indiireste mais a "-énéralement bon sroùt. 

OISEAUX SAUVAGES 

Oiseaux de proie. — L'aigle à tète l)lanche ou aigle pécheur 
fréquente la région des lagunes ; dans l'intérieur on trouve 
l'émerillon, l'épervier, le faucon, le vautour ou l)uzard-din- 
don qui nettoie les villes du Dahomey de toutes leurs immon- 
dices. Les indigènes respectent ces balayeurs publics à cause 
des services qu'ils en reçoivent et ils infligent des peines à 
ceux qui les tuent. 

Passereaux. — On cite dans leur nombre une grande 
variété de bengalis, des bergeronnettes, le capocier, petit 
oiseau des buissons, le colibri, le pinc-pinc, un des rares 



PRODUCTIONS DU DAHOMEY 403 

oiseaux chanteurs ; le corbeau, les mar tins-pécheurs, le merle 
métallique, ainsi nommé à cause de sa teinte d acier bleuie; 
les gendarmes, espèce de moineaux qui vivent en troupes 
nombreuses dans les palmiers où leurs nids sont suspendus par 
centaines. 

Grimpeurs. — On connaît le perroquet gris ou jaco, la per- 
ruche versicolore, vulgairement appelée marabout, la perruche 
inséparable et deux ou trois genres de pics. 

Gallinacés. — La caille, le pigeon ramier, la perdrix 
grise et rouge, la tourterelle ordinaire et à collier, la pintade 
sauvage. 

Echassiers. — La bécasse, rare sur le littoral, au contraire 
de la bécassine qui habite le voisinage des lagunes ; Tibis, le 
courlis, qui vit dans les régions marécageuses où le sable 
couvre la vase ; la poule d'eau ou jacana se trouve dans les 
lagunes couvertes de végétation à fleur d'eau ; la grue couronnée 
se rencontre dans la région Est du Dahomey ; la grue cendrée, 
plus rare, se trouve plus au nord; le héron pourpré, le héron 
aigrette et le héron crabier. 

Palmipèdes. — La mouette marine et la mouette à trois doigts 
fréquentent le littoral et les lagunes voisines de la mer; 
Tanhinga se voit dans les lagunes, et plusieurs variétés de 
canards sauvages. 

OISEAUX DO-MESTIQUES 

Toutes les volailles d'Europe se reproduisent parfaitement 
au Dahomey : l'oie, le dindon, la poule, le canard, mais elles 
y sont de plus petite taille ; le canard muet du pays abonde 
mais sa chair est peu délicate. Les poulets sont très répandus 
mais ils sont gros comme nos pigeons. 



404 LE DAHOMEY 

REPTII.ES 

Chélonicns. — La tortue du Niger ou g-ymnopode potamite ; 
la couane vient pondre sur le littoral. 

Crocodillens. — Le caïman abonde dans les rivières et les 
lagunes, où sa présence est un danger permanent pour les bai- 
gneurs. Sa longueur maximum est d'environ o mètres. Mal- 
gré les épaisses écailles qui lui couvrent le dos, il est vulnérable 
avec toute arme à feu, mais si l'on veut que samortsoitinstanta- 
née, il faut Tatteindre dans l'œil et sur le cou, derrière le maxillaire 
supérieur. 

Sauriens. — Le caméléon ordinaire, ri^uane de Guinée de 
1 mètre 20 de longueur, le lézard à tête rouge ou lézard danseur 
et le lézard commun. 

Un lézard nommé Tami de la maison est l'adarikpoun ; il vit 
dans les habitations où il fait la chasse aux fourmis, aux cousins 
et aux autres insectes. 

Serpents. — Le serpent à lunettes ou cobra di capello, le tic 
polonga, la caravelle ou cracheur, le serpent vert ou corypho- 
don des lagunes, tous dangereux. Le python à deux raies et 
le python royal sont seuls inoffensifs. Leur longueur maximum 
est de 8 à iO mètres. Leur corps est renflé en son milieu où il 
atteint jusqu'à 20 centimètres de diamètre. 

INSECTES 

Parasites. — Le pou et l'ascaride de la gale qui dévorent 
les gens et les animaux malpropres. La puce chique déjà décrite 
et la puce commune. 

La hhiire de Médine ou ver de Guinée déjà citée. 

Une mouche de la même famille que la tsétsé, qui vit sur 
le littoral et s'attaque de préférence au bétail, qu'elle parvient 



PRODUCTIONS DU DAHOMEY 405 



VOl- 



quelquefois à faire périr; les moustiques abondent dans le 
sinage des lagunes. 

Autres insectes. — L'abeille, très appréciée des indigènes se 
loge dans les anfractuosités des grands arbres de la région nord ; 
les papillons dont on compte jusqu'à 700 espèces différentes. 

Plusieurs espèces de fourmis, dont la fourmi voyageuse ; 
petites bêtes très cruelles, dont quelcjues-unes sont ailées ; 
elles voyagent par troupes immenses dévorant tout ce qu'elles 
rencontrent. Le termite ou coupin, grosse fourmi blanche qui 
fait de grands ravages dans les magasins des factoreries. 

Plusieurs animaux phosphoriques tels que les lampyres, le 
porte-lanterne, le scolopendre électrique ou mille-pieds, etc. 

Des perce-oreilles, des scorpions à la piqûre dangereuse, des 
grillons aux cris aigus et agaçants, et une foule d'autres 
insectes aussi nombreux que variés. 

POISSONS 

Un grand nombre de poissons de mer vivent aussi bien dans 
les eaux douces des lagunes que dans les eaux salées de 
l'Océan. 

L'anguille de mer fait seule exception et succombe à ce 
changement d'élément; elle est très abondante sur la côte. 

Parmi les poissons de mer acclimatés dans l'eau douce, on 
cite la sardine, la sole commune, le loup, les rougets, les mulets 
et quelques autres variétés. 

Différentes espèces se rapprochant de la carpe, des goujons, 
ablettes et gardons abondent dans les rivières. 

Le littoral de l'Océan est fréquenté par la morue, très nom- 
breuse en janvier; la scie, l'espadon commun, la plie, la raie 
et plusieurs autres espèces. 

Les requins abondent sur la côte ; on distingue le requin 
commun et le requin-marteau. 



406 LE DAHOMEY 

Enfin en mai viennent les poi&sons volants ; en juin les bonites, 
les dauphins et les marsouins. 

MOLLUSQUES 

L'huître commune vit en bancs épais sur les troncs des palé- 
tuviers baignés par les lagunes; elle est comestible, mais elle 
devient purgative et malsaine si l'on en fait abus. Avant de la 
manger toutefois, il est bon de la faire séjourner quelques 
heures dans l'eau de la mer pour lui enlever le goût douceâtre 
qu'elle possède lorsqu'elle sort des eaux croupissantes de la 
lagune. 

La seiche abonde sur la côte ainsi que divers coquillages. 

CRUSTACÉS 

Dans certaines parties de la lagune on trouve des crevettes 
délicieuses et des crabes dont le crabe Etrille. 

Le crabe de terre ou tovu^ourou et la langouste habitent les 
fonds sablonneux de la barre. 

ARACHNIDES 

Parmi les araignées on cite, au centre du Dahomey, l'araignée 
fileuse de soie qui produit un fîl jaune et brillant plus résistant 
que celui des vers à soie. Cette araignée n'est pas sauvage et 
se laisse jîrendre à la main sans chercher à fuir. 

Le mâle est gros comme une mouche tandis que la femelle 
est grosse comme le pouce. 

Cette araignée a donné de merveilleux résultats à Madagas- 
car où l'on a expérimenté récemment avec plein succès son 
utilisation industrielle. 



PRODUCTIONS DU DAHOMEY 407 




MATIÈRE MÉDICALE DU DAHOMEY ' 

La matière médicale du Dahomey est un terrain d'étude 
encore inexploré, si Ton fait exception, du moins, de la noix de 
kola et du strophantus. 

A l'occasion de l'Exposition universelle de 1900, la colonie 
a envoyé en France, pour fîg-urer dans sa section, des échan- 
tillons de plantes médicinales employées par les indigènes. Ces 
plantes, ou plutôt ces parties de plantes, telles qu'elles se sont 
présentées à l'examen, offraient pour celui-ci une double dif- 
ficulté. La plupart, enfermées dans des bocaux avant parfaite 
dessiccation, sont arrivées dans un état d'altération plus ou 
moins avancé, depuis la légère moisissure, uniquement sen- 
sible à l'odorat, jusqu'à la décomposition presque complète ; 
d'autre part, les échantillons ne comprenant qu'une portion 
delà plante et manquant presque tous de l'organe principal, 
la fleur, la détermination botanique en était malaisée. 

Les noms mêmes donnés aux produits par les nègres et 
appartenant à l'un des deux dialectes Nagos ou Djedje sont 



1 . Introduction à V Etude de la Madère médicale indigène du Daho- 
mey, par Gabriel Linas, pharmacien de !''•' classe, ex-interne des hôpi- 
taux, chimiste-expert honoraire de la Préfecture de police, Président 
de la Société des Sciences naturelles et médicales de Seine-et-Oise. 



408 LE DAHOMEY 

des désignations essentiellement locales et ne sont d'aucun 
secours pour l'identification de ces produits. 

Il est possible, toutefois, à Taide des quelques caractères 
relevés, de se faire une idée g^énérale sur les principales caté- 
gories de végétaux qui fournissent actuellement au Dahomey 
son arsenal thérapeutique. Tous sont tributaires du grand 
embranchement des phanérogames dicotylédones. 

Les familles botaniques auxquelles ils se rattachent vrai- 
semblablement sont celles des Aristolochiées, des Apocynées, 
des Anonacées, des Cucurbitacées, des Convolvulacées, des 
Composées, des Euphorbiacées, des Légumineuses, des Mal- 
vacées, des Myrtacécs, des Personnées et des Rubiacées. 

Les Euphorbiacées et les Rubiacées tiennent le premier 
rang au point de vue du nombre des produits qu'elles com- 
prennent, puis viennent les Apocynées, les Composées, les 
Malvacées et les Personnées, enfin les autres familles 
citées. 

La famille des Euphorbiacées fournit essentiellement des 
plantes à action purgative; cette action est la même que nous 
retrouvons dans les produits de la même famille employés 
dans la thérapeutique européenne, tels que l'euphorbe, 
Fépurge, le ricin, le croton, la mercuriale. 

Djcssaman (Nagos). — Larges feuilles, employées en décoc- 
tion prolongée comme purgatif hépatique dans les congestions 
du foie et les accès bilieux. 

Egniolobe (Nagos), Hinraine (Djedje). — Plante entière, 
herbacée, feuilles petites et lancéolées, fruits tricoques exté- 
rieurement, mais divisés intérieurement en six loges. Cette 
plante paraît être un Phyllanthus de la section Niruri. 
Employée en décoction additionnée de sel marin, comme pur- 
gatif violent. 



PRODUCTIOS DU DAHOMEY 



409 



Ujncivy-Jayé (Naci^os). — Plante herbacée du genre Pliyl- 
lanthus. S'emploie en décoction, à la dose de loO grammes, 
comme purgatif. 




Beybé. 



Les Rubiacées fournissent à la matière médicale du Daho- 
mey un tonique (comme elles fournissent à la nôtre le quin- 
quina et deuxcathartiques). 

Adjerara (Nagos). — Plante herbacée, à tige fîstuleuse et 



410 LE DAHOMEY 

larges feuilles; employée en décoction, à la dose de 400 
grammes, comme reconstituant et tonique. 

Demariago (Nagos). — Feuilles larges, oblongues, que Ton 
fait infuser à la dose de 100 à 200 grammes pour administrer 
comme purgatif aux petits enfants. 

Orono (Nagos). — Frondaisons employées en décoction, 
comme purgatif hépatique dans l'ictère. 

Avec les Apocynées on aborde un produit importé comme 
médicament en Europe depuis une quinzaine d'années et étu- 
dié notamment par MM. Gatillon, Arnaud, Blondel, Gley, Fra- 
ser, Huchard, etc. Cette plante est le strophantus. 

Sfrophantus (Fig. p. 415), — Poison cardiaque violent, 
avec lequel les naturels préparent le « Kombe », dont ils 
enduisent leurs flèches et leurs lances. La victime percée par 
une de ces armes empoisonnées tombe foudroyée avant d'avoir 
pu fuir à plus de cent mètres. 

Le Strophantus est une plante grimpante, ligneuse, dont la 
tige, de diamètre variant de o à lo centimètres, décrit à la 
surface du sol des spires rappelant celles des ophidiens. Il 
fleurit en octobre et novembre. Ses fruits sont des follicules 
en forme de fuseau, de 20 à oO centimètres de longueur, implan- 
tés deux à deux, à l'opposé l'un de l'autre et perpendiculai- 
rement à Taxe de la tige : ils mûrissent au mois de septembre ; 
ils contiennent de nombreuses graines velues ou glabres 
selon l'espèce, surmontées d'une aigrette longue et soyeuse, 
permettant auvent de transporter la graine en divers endroits, 
où elle s'ensemence. 

Il existe plus de trente espèces du genre Strophantus. Les 
plus connues sont : le S. Hispidus, qui croît en Guinée et au 
Sénégal, et à laquelle paraît se rattacher celle du Dahomey; le 
S. Kombe, plus commun dans l'Afrique centrale et considéré 
actuellement en France comme l'espèce oflîcinale ; le S. Glabre, 
répandu au Gabon. 



PRODUCTIONS DU DAHOMEY 411 

Ce sont les g-raines du Strophantus qui sont employées en 
thérapeutique sous forme de teinture alcoolique au I/o*', à la 
dose de iOàlo gouttes par jour, ou de granvdes à 1 milli- 
g-ramme d'extrait liydroalcoolique (1 à 4), comme succédané 
de la digitale, dont elles possèdent à un plus haut degré, en 
même temps que les propriétés diurétiques, Taction tonique et 
régulatrice sur le cœur. 

Ces graines contiennent un glucoside amer, extrêmement 
actif, la strophantine, isolé pour la première fois du S. Kombe 
par M. Gatillon, à l'état d'aiguilles cristallines, dextrogyres. 

La graine de S. Glabre contient plus de strophantine que la 
précédente et cette strophantine cristallise en tablettes rectan- 
gulaires, lévogyres. 

La strophantine s'administre en granules ou en injections 
hypodermiques, à la dose de i/lO*^ à un 1/2 milligramme. 

L'aigrette de la graine contient également un glucoside, 
actif sur le cœur, l'inéine, découverte par MM. Hardy et 
N. Gallois. 

Les Dahoméens emploient comme contre-poison du Strophan- 
tus une sorte de poudre grossière, d'apparence terreuse, présen- 
tant des débris végétaux, dont la composition est leur secret 
et qu'ils conservent enfermée dans le péricarpe d'un fruit 
de baobab. 

En pharmacologie, on ne connaît pas encore d'antidote du 
Strophantus; d'après Lascelles-Scott, l'adansonine (de l'Adan- 
sonia digitata) posséderait cette vertu. 

Attan-Attou (Nagos). — Feuilles oblongues, chagrinées en- 
dessus, velues en-dessous, issues de tiges iistuleuses. Gette 
plante paraît appartenir au genre Tabernœmontana. On en fait 
une tisane pour combattre la toux. Ses vertus béchiques 
seraient à vérifier. 



412 LE daiiomi:y 

La famille des Composées ôflVe les deux produits suivants : 
Aloiima (Nagos\ — Rameaux florifères, à tiges velues, à 
feuilles pubescentes, de teinte verte-noirâtre en-dessus et 
amadou en-dessous, garnis de bourgeons assez nombreux, 
voisins de la période d'épanouissement. Appartient au genre 
Yernonia (Tubuliflores) . S'emploie en décoction, à la dose de 
100 grammes, comme fébrifuge, amer et diurétique. 

N'Zicconoii (Nagos). — Plante herbacée, à feuilles rares, à 
fleurettes nombreuses, épanouies en aigrettes blanches. Est 
employée en tisane contre les hémorrhoïdes. 

Les Malvacées du Dahomey procurent à notre matière médi- 
cale, depuis un certain nombre d'années déjà, un produit 
moitié alimentaire, moitié médicamenteux, qui a conquis rapi- 
dement une importance considérable. Ce produit est la noix 
de kola. 

Kola. — Graine du Sterculia acuminata (arbre de l'Afrique 
centrale et occidentale), de couleur rose tendre à l'état frais et 
brune après dessiccation ; appelée également noix de Gourou 
ou du Soudan. 

Les indigènes l'emploient comme masticatoire et lui attri- 
buent des propriétés merveilleuses, entre autres celle de sup- 
primer la sensation de la faim et de permettre de longues 
marches sans fatigue. C'est en effet un aliment d'épargne, en 
même temps qu'un tonique astringent, possédant une action 
excitante manifeste sur le cœur. 

Knebel a découvert dans la noix de kola un glucoside, qu'il 
a désigné sous le nom de kolanine, et qui, par dédoul)lement, 
donne du glucose, de la caféine et du rouge de kola (sul)stance 
tannigène). C'est à ce dédoublement de la kolanine par la 
salive qu'on peut, d'après Bocquillon-Limousin, attribuer le 
goût sucré, dû au glucose, qui succède au goût amer lorsqu'on 
mâche pendant (juchpie tenq)s de la kohi fiaîche. 



PRODUCTIONS DU DAHOMEY 413 

Elle contient environ 2, 5 «/^ de caféine, 0, 02 ^/o de théobro- 
mineet 1, 6 °/o de rou^^e de kola et de tannin (Heckel et Schla^- 
denliaulFen). Ce sont ces principes actifs qui lui communiquent 
leurs vertus spéciales, les deux premiers comme stimulants 
du système nerveux et toniques du cœur, les deux autres 
comme astringents et antidjsentériques. 

On emploie en thérapeutique l'extrait alcoolique à la dose 
de g-r. 15 à g-r. 60 ou la teinture au 1/5^ à la dose de 2 à 
10 grammes. On la consomme surtout sous forme de vins, 
d'élixirs , de saccharures (granulés) et même de biscuits, 
représentant une dose de gr. 50 à 2 grammes de noix. • 

Dans la famille des Personnées peuvent être rangées les 
plantes suivantes : 

Agho (Djedje). — C'est le sésame, Sesamum indicum, 
caractérisé par sa tige quadrangulaire et ses fruits allongés, 
également quadrang'ulaires, formés d'une capsule biloculaire, 
polysperme. On retire des graines l'huile comestible bien con- 
nue, employée également aux usages pharmaceutiques : cette 
huile, très liquide, est riche en oléine (76 ^4). Les nègres 
emploient les tiges et les feuilles en décoction comme fébri- 
fuge et diurétique. 

Oka (Nagos). — Branches feuillues, ])ottelées, séchées et 
fumées, difficiles à caractériser dans cet état, mais paraissant 
être une liane du genre Bignonia equinoxialis. On l'emploie 
ainsi en décoction comme astringent puissant et antidysen- 
térique efficace. 

Les Légumineuses offrent un produit désigné en Djedje sous 
les noms de : 

Ahouandeme (plante entière et vivante), Houa-yo-yo (plante 
sèche). — C'est la Cassia occidentalis, connue sous le nom 



414 LE DAHOMEY 

Yiilg-aire crher])e puante et plus encore sous celui de café 
nègre, principalement aux Antilles. Cette plante a d'ailleurs 
été introduite sous presque tous les tropiques. Les feuilles sont 
employées en décoction comme diurétique et fébrifuge, notam- 
ment dans la fièvre bilieuse hématurique. Les graines, torré- 
fiées^ servent à préparer une infusion, comme succédané du 
café. Le bois est employé sous le nom de bois de Fédegone. 

A la famille des Cucurbitacées se rattache le produit sui- 
vant : 

Xihcci-Kin (Nagos). — Plante herbacée, présentant à côté de 
la base de chaque feuille une vrille caractéristique. Parait appar- 
tenir au genre Alomordica et pourrait être identifiée avec la 
Momordica senegalensis, si l'on pouvait en examiner la fleur 
qui, dans cette espèce, est polypétale, par exception avec 
celles des autres plantes de la famille des Cucurbitacées qui 
sont monopétales. Employée en infusion, à la dose de 80 
grammes pour un litre, comme purgatif. 

Les Alyrtacécs donnent le : 

Kaman (Nagos). — C'est le goyavier, Psidium pomiferum, 
importé sur la cote d'Afrique, dont le fruit sert à faire une 
gelée rappelant le goût, mais plus intense, de celle de coing, 
et dont les feuilles servent, au Dahomey, en décoction, comme 
hypnotique pour les enfants et pour le lavage des plaies. 
Peut-être dans ce dernier cas les feuilles de goyavier pré- 
sentent-elles les mêmes vertus antiseptiques que celles de 
l'eucalyptus, de la même famille. 

La famille des Anonacées fournit : 

Assaricui (Djedje.) — Graines ayant la forme, les dimensions 
et la couleur d'une noisette, que les indigènes enfilent en cha- 
pelets avec des brins de raphia. L'amande exhale une odeur 



PRODUCTIONS DU DAHOMEY 415 

très aromatique, rappelant celle du niaouli. Paraît être la 
semence de TAnona squamosa, introduite à la cote d'Afrique 
pour son fruit comestible. Ces graines, écrasées avec un peu 
de tafia, sont employées en frictions contre le rhumatisme. 




Strophanlus et son contre-poison. 

Les produits dont il va être parlé maintenant n'ont pu être 
identifiés avec quelque vraisemblance, par le fait que, unique- 
ment constitués par de simples tiges ligneuses dépourvues de 
tout organe, ils ne présentent aucun caractère permettant de 
les rattacher même à une famille botanique. 



416 LE DAHOMEY 

Erandjou (Xagos). — Tige ligneuse, bois incolore, écorce 
rougeâtre, moelle excentrée, d'où partent des faisceaux en 
éventail ; ces deux derniers caractères pourraient permettre de 
ranger cette plante parmi les Aristolochiées ou les Ménisper- 
mées. C'est l'écorce de la racine qui est employée en décoction, 
soit pour l'usage interne, en potion comme diurétique, soit 
pour l'usage externe, en bains comme reconstituant. 

Allô (Dejdje). — Bois de la tige, décortiqué ; employé en 
nature, comme masticatoire, pour combattre les gingivites 
et comme dentrifice. 

Hira (Nagos), Guiahli-Po (Djedje). — Ecorce de l'arbre, rou- 
geàtre. Usage: 1^ pilée dans l'eau, comme gargarisme; 
2^ mâchée, comme masticatoire. Antiscorbutique. 

^^//?^ai (Nagos). — Racine entière, contournée, bois dense, 
sans canaux, (ces deux derniers caractères écartent l'idée d'un 
Turpethum, que donne le premier aspect du produit). On 
emploie l'écorce de la racine, pilée dans l'eau, comme purga- 
tif. 

Beyhe (Nagos) (Fig. p. 409). — Gros tubercule, dont la 
forme rappelle assez exactement celle d'un abdomen humain, 
pourvu de son cordon ombilical constitué par la naissance d'une 
tige au centre du renflement. On retrouve ici la thérapeutique 
dite par ^< signature » des peuples primitifs, qui attril^uaient 
à des plantes, ayant l'aspect de certains organes du corps, des 
propriétés curatives sur ces org-anes. Le lîeybe est en elfet 
employé, écrasé en cataplasmes, comme remède secret pour 
les femmes. Il seml^le appartenir au genre Ipomiini, de la 
famille des Convolvulacées. 

A g ai ri-Schako (Nagos). — Tuliercules de la grosseur 
d'ignames. On les écrase dans Teau et les additionne de gin, 
pour les enq)loyer comme emménagogue. 



PRODUCTIONS DU DAHOIMEY 417 

Athah (Nagos). — Tiges lig-nevises, de couleur fauve. 
L'écorce est employée en décoction, comme tisane dans le 
catarrhe ou en lotions. 

Ifan (Nagos). — Tiges ligneuses, bois jaunâtre, écorce 
fauve mouchetée de taches claires, odeur forte rappelant celle 
des vinasses de betterave. Le décocté de ce produit mousse 
fortement par l'agitation, ce qui semblerait indiquer qu'il con- 
tient de la saponine. L'écorce est écrasée dans l'eau tiède : se 
prend le matin à jeun, comme vermifuge. 

Ici s'arrête la liste des plantes médicinales du Dahomey 
envoyées à l'Exposition de 1900. L'étude qui vient d'en être 
faite ouvre la voie à d'autres travaux plus approfondis, plus 
vastes et de plus longue haleine, qui ne sauraient d'ailleurs 
donner des résultats certains et concluants que par l'examen 
des plantes entières, c'est-à-dire pourvues de tous leurs organes 
et notamment des plus caractéristiques, qui faisaient défaut 
dans presque tous les échantillons : les fleurs. D'autre jDart, 
les examens chimiques, les expériences physiologiques et thé- 
rapeutiques pourront peut-être également donner lieu, du 
moins pour quelques espèces, à des découvertes intéressantes 
et utiles. Quoi qu'il en soit, il appert de cette énumération 
que le Dahomey offre au colon qui s'y fixe, outre les ines- 
timables trésors de ses produits commerciaux, les nombreuses 
ressources d'une matière médicale assez complète et parant 
aux principales maladies qui peuvent se rencontrer dans le 
pays. 

Il convient d'ailleurs d'ajouter aux produits étudiés dans ce 
chapitre ceux qui ont été cités précédemment, dans le cours 
de cet ouvrage, et qui possèdent des propriétés médicamen- 
teuses, tels que l'huile de touloucouna, la pulpe et la feuille de 
baobab, le dragonnier, l'eucalyptus, le fruit de morinda, la 

Le Dahomey. 2~ 



418 



LE DAHOMEY 



simarouba, le cubèbe, la fève* de Galabar i.dont l'ésériDe est 
le principe actif), la menthe, la mauve, la bourrache, etc. 

Qu'il me soit permis, en terminant, de rendre hommaij;e à 
l'extrême amabilité avec laquelle MM. Bocquillon-Limousin, 
membre des sociétés de pharmacie et de thérapeutique, 
Goris, préparateur du regretté professeur G. Planchon, et nom- 
mément M. Poisson, le savant assistant du Muséum d'his- 
toire naturelle, ont bien voulu me prêter le concours de leurs 
lumières. Je tiens à les en remercier ici bien cordialement. 




CHAPITRE VII 

AGRICULTURE — INDUSTRIE — COMMERCE 



SOMMAIRE 



Agricullure. — Mode de cidture indigène. — Mise en valeur de la 
colonie. — Jardin d'essai et ferme du service local. — Considéra- 
tions générales : La terre. — La propriété. — Concessions ter- 
ritoriales. — La main-d'œuvre. — L'outillage. — Les capitaux. 
— Voies de transport. — L'élevage du bétail. — Cultures 
européennes. — Situation agricole de la colonie. 

Industrie. — L'avenir industriel. — Coût de la main-d'œuvre 
indigène. — Prix moyen de revient des matériaux sur le 
littoral. 

Commerce. — La troque des noirs. — Factoreries. — Mouvement 
commercial. — Lnportations. — Le commerce des tissus. — 
Exportations. — Statistiques diverses. — Mouvement de la navi- 
gation dans les différents ports de la colonie. — Tarifs divers. — 
Taxes de consommation. — Droits de sortie du Dahomey 
et régime douanier de France. — Droits d'ancrage et tarif du 
wharf de Kotonou. — Compagnies de navigation. — Prix des 
passages. — Taux de fret. 

AGRICULTURE 

Mode de culture indigène. 

Avant roccupation française, Pagriculture était peu en hon- 
neur au Dahomey ; le sol ne manque cependant pas de ferti- 
lité. 



420 LE DAHOMEY 

La population g-uerrière tirait surtout sa subsistance du 
pillag-e fait dans Texpédition annuelle et dans l'écliang-e des 
prisonniers contre les produits d'importation européenne. 

Néanmoins, autour des villages, les femmes et les esclaves 
cultivaient quelques défrichements avec des instruments pri- 
mitifs ; mais chaque famille ne semait que la quantité de maïs, 
de manioc et de haricots qui lui était indispensable pour ses 
besoins d'une récolte à l'autre. 

Le travail des champs était jugé indigne du maître et de 
l'homme libre, et la répugnance que l'indigène a toujours 
témoignée pour la culture est due en grande partie à cette con- 
sidération. Le manque de Aoies de communication dans l'inté- 
rieur des terres et l'absence de moyens de transport ont beaucoup 
influé aussi sur la paresse du noir à exploiter sa terre, qu'il 
ne laissait jonchée de fruits tombés pourrissant sans emploi, 
que parce qu'il se voyait dans l'impossibilité d'en tirer 
plx)fît. 

La culture n'avait pris un essor appréciable que dans les 
localités voisines de la lagune ou de la mer, à cause de la faci- 
lité qu'on y avait d'écouler les produits du sol, soit en les ven- 
dant aux navires, soit en les transportant par pirogues aux mar- 
chés voisins. 

Le matériel agricole des noirs s'est toujours réduit à une 
simple houe et leur procédé de culture était uniforme pour 
toutes les plantations, que ce soit du maïs, du manioc, du mil, 
du riz, du coton ou du tabac. 

En mars et avril, dès que le terrain est un peu humecté par 
les premières pluies, on s'occupe du défrichement. Après 
avoir détruit les mauvaises herbes par le feu, les indigènes, 
munis chacun d'une houe et tous rangés sur une ligne, partent 
en piochant d'une extrémité du champ et avancent d'un pas 
rapide en s'excitant et marquant la mesure de la voix. Ils amon- 



AGRICULTLRE INDUSTRIE — COMMERCE 421 

celleiit la terre avec leur outil, de façon à former une longue 
bande de terre taillée en arête. 

Pour les semis, les noirs pratiquent, avec le talon du pied, 
une légère cavité dans cette bande ; y laissent tomber, adroi- 
tement et sans se baisser, un certain nombre de graines qu'ils 
recouvrent de terre tassée légèrement soit avec la main, soit 
avec le côté du pied, afin qu'elles ne deviennent la pâture 
des oiseaux très nombreux qui s'abattent sur les champs cul- 
tivés. 

L'écartement entre les trous ainsi obtenus et la distance 
entre les bandes de semis voisines sont variables suivant le 
genre de culture. 

Quelques jours après l'ensemencement, les graines com- 
mencent à germer ; on exécute alors un binage pour ameubler 
et nettoyer le sol durci par les pluies et le soleil. 

Dès que les plants ont pris une certaine consistance, les 
indigènes éliminent ceux qui sont rachitiques, afin de permettre 
aux autres de se développer librement et avec vigueur. 

Trois ou six mois après les semis, en juin ou en septembre, 
selon que les 23lantes sont annuelles ou bi-annuelles, ont lieu 
les récoltes. 

Pour le riz, le mil, le maïs, etc. ^ les tiges sont coupées déli- 
catement à une certaine distance du sol et mises en tas ; on les 
prend ensuite une à une et on imprime aux épis une légère 
secousse pour en faire tomber les graines. Après avoir été 
séchées au soleil, ces graines sont ramassées dans des sacs ou 
dans des calebasses pour être livrées au commerce, soit brutes, 
soit décortiquées au moyen d'un pilon en bois. 

Aujourd'hui, le noir paraît avoir moins d'aversion pour le 
travail des champs ; il travaille toujours uniquement pour 
satisfaire ses besoins et ses fantaisies, mais au contact direct 
et prolongé avec l'Européen, la population du pays a contracté 



422 LE DAHOMEY 

des habitudes de bien-être et * s'est créé de nombreux besoins 
auxquels elle ne renoncerait pas facilement. Pour ces motifs, 
Tindigène s'adonne donc plus volontiers maintenant à l'agri- 
culture et au commerce, capables de lui procurer de sérieux 
bénéfices. 

C'est à nous de dirigrer et d'utiliser ses bonnes et nouvelles 
dispositions. 



'D" 



Mise en valeur de la colonie. 

L'administration n'a rien négligé pour mettre en valeur les 
richesses agricoles de la colonie et elle ne cesse de seconder 
et d'encourager les efforts des Européens et des indigènes qui 
A'oudraient entreprendre des plantations. 

Divers essais de cultures riches (café, cacao, caoutchouc) ont 
été entrepris dans la banlieue même de Porto-Novo par un cer- 
tain nombre de créoles brésiliens ou portugais fixés depuis 
longtemps dans le pays. Quelques notables indigènes se 
lancent également dans cette voie. Tout le monde prévoit en 
effet le moment prochain où le produit du palmier, dont la 
valeur a. déjà beaucoup baissé sur les marchés d'Europe, ne 
donnera plus que des bénéfices restreints. On a donc créé des 
exploitations agricoles, et cela dans des conditions exception- 
nellement avantageuses, puisque ceux qui les ont entreprises 
étaient déjà propriétaires du sol, qu'ils résident sur place et, 
enfin, qu'il leur a été facile de se procurer dans leur entourage 
immédiat la main-d'œuvre nécessaire à la création et à l'entre- 
tien des plantations nouvelles. 

Les résultats déjà obtenus ont été très satisfaisants et per- 
mettent de bien augurer de l'avenir. 

La région de Porto-Novo est si fertile et la production du 
sol si abondante, que le surplus est exporté à Lagos dont 



AGRICULTURE — INDUSTRIP] C0M3IERCE 423 

Porto-Novo devient en quelque sorte le grenier. Dès qu'une 
cause quelconque vient entraver les relations quotidiennes 
entre les deux villes, le prix des denrées de première nécessité 
atteint aussitôt dans cette dernière place un chiffre très 
élevé. 

Wliydah possède une belle pépinière, et ses planteurs se sont 
formés en société afin d'obtenir des renseignements utiles, de 
se procurer des graines et plants, de se soutenir mutuellement. 

Dans cette région, les essais de culture de cacao ont donné 
de bons résultats. Les plantations de café, surtout, ont reçu 
un grand développement grâce à l'impulsion énergique 
donnée par M. Galibert, administrateur des colonies. Il est donc 
permis d'espérer qu'elles pourront, dans quelques années, 
rivaliser avantageusement avec celles de Petit-Popo et de 
Lagos. 

Aux environs de Grand- Popo, des pépinières sont en voie 
de création pour les produits ayant une valeur commerciale 
notoire, tels que le caoutchouc, le cacao, le riz, etc. Dès que 
les premières cultures de caoutchouc auront donné des résultats 
satisfaisants, les autres cultures (cocotier, canne à sucre, 
vanille, etc.), suivront tout naturellement. 

A Allada, M. Saudemont a fondé depuis quelques années 
une compagnie agricole qui est en pleine prospérité. Il est 
secondé dans ses travaux par M. Thierry, de Golmar. L'œuvre 
de ces hardis pionniers, qui furent nos premiers colons au 
Dahomey, est destinée à accueillir les Alsaciens-Lorrains 
qui désireraient s'expatrier. 

Les essais de culture qu'ils ont tentés jusqu'ici sont encou- 
rageants ; ils portent principalement sur le cacao, café, caout- 
chouc, manioc, igname, canne à sucre, etc. Ils font aussil'éle- 
vage du mouton, du porc et de la volaille ; pour les transports, 
ils emploient le cheval, l'âne et le bœuf. 



424 LE DAHOMEY 

A Abomey-Calavi, la missign catholique a fondé des établis- 
sements agricoles donnant de belles espérances. 

Dans le nord, la région de Savalou, ravagée joendant deux 
siècles par les Dahoméens, s'est repeuplée ; un grand nombre 
de ses habitants qui s'étaient réfugiés sur les territoires anglais 
et allemands sont peu à peu revenus habiter leurs anciens 
villages et ont repris leurs travaux de culture. 

La situation agricole du Dahomey est donc excellente, et 
les jîopulations, quoique indolentes, ne sont nullement 
réfractaires aux travaux de la terre ; si on sait les stimuler, 
elles travaillent de plus en plus pour se procurer un bien-être 
qu'elles apprécient. 

La race dahoméenne est surtout une race de paysans, suffi- 
samment intelligente pour s'initier à nos procédés de culture. 

Pour cela, il importe de créer dans la colonie des écoles 
pratiques d'agriculture où il serait fourni aux indigènes des 
notions de culture usuelle et où on leur enseignerait à manier 
nos'différents instruments de travail. 

Il faut aussi fournir aux indigènes un outillage agricole 
moderne, et introduire de nouvelles plantations au fur et k 
mesure des défrichements. Ce n'est que par ce moyen que Ton 
arrivera à favoriser l'agriculture au Dahomey. 

De ce qui précède, il résulte donc clairement que le Daho- 
mey paraît être, dès k présent, entré d'une façon définitive dans 
la voie du développement économique. 

Jardin d'essai et ferme du service locaL 

Pour favoriser l'élevage du bétail et le développement des 
cultures au Dahomey, il a été créé en 1890, dans la banlieue 
de Porto-Novo, un jardin d'essai et une ferme du service 
local, situés sur un terrain de 250 hectares cédé k titre gra- 



AGRICULTURE INDUSTRIE COMMERCE 425 

cieux par le roi Toffa et placés sous la direction et le contrôle 
directs de l'Administration. 

Cet établissement a pour but : 

1^ De recevoir, garder ou vendre au profit du service local 
les divers produits provenant de Timpôt indigène perçu ou 
à percevoir, ainsi que les produits résultant de F élevage ; 
de rechercher et d'améliorer les variétés chevalines, bovines, 
ovines, caprines, porcines, etc., existant déjà dans la colonie; 

2^ De rechercher les perfectionnements à apporter aux 
systèmes de culture suivis jusqu'à ce jour au Dahomey; de 
tenter la culture de toutes les plantes, indigènes ou non, dont 
les produits peuvent donner lieu à un commerce quelconque 
et de fournir^ à un prix aussi minime que possible, aux parti- 
culiers, aux colons européens et indigènes dont il convient 
d'encourager les eftorts, les plants, boutures, graines, etc. 

Cette ferme est dirigée par un fonctionnaire européen qui 
remplit les fonctions d'agent comptable et reçoit de ce chef 
une remise de 5 °/o sur les recettes provenant de la vente, 
pour le compte de l'administration, du bétail et des produits 
divers. 

Les résultats de l'année 1899 ont été bons en ce sens qu'il 
a pu être vendu au profit du service local pour environ 
20.000 francs de bétail provenant de l'impôt indigène. 

Cet établissement s'est mis en relations avec les jardins 
botaniques de Saigon et de Libreville pour faire des échanges 
de graines, notamment en ce qui concerne le riz dont la 
culture réussirait probablement dans les terrains maréca- 
geux du Bas Dahomey où des essais ont été entrepris. 

Le jardin d'essai de Porto-Novo est également en relations 
avec le jardin colonial de Nogent-sur-Marne (Seine) qui lui 
fournit des boutures et semis des plantes tropicales dont il 
a besoin. 



426 LE DAHOMEY 

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES 

Parmi les diverses questions qui intéressent au premier 
chef Tag-riculture, cette importante branche de la colonisa- 
tion, il faut considérer : 

La terre. 

Le sol, dont la composition est bien différente suivant les 
régions, se prête par cela même à des cultures variées. 

Sur le littoral, la culture principale à entreprendre est celle 
du cocotier et, sur certains points, du palmier. 

Dans la rég-ion marécageuse avoisinant la lagune et les cours 
d'eau, il ne paraît guère possible d'y installer des cultures 
autres que le palmier ou le riz. 

Au delà, la terre argileuse recouverte d'une faible couche 
d'humus, s'élève en pente douce vers le nord ; ses parties 
déboisées sont actuellement couvertes de plantations de 
manioc, de maïs, de patates, de haricots, d'arachides; c'est là 
aussi que peuvent être entreprises avec de grandes chances 
de succès les plantations de caoutchouc, de cacao et de café. 

Plus au nord, c'est la région des forêts, puis la végétation 
se calme et la population est clairsemée. Le pays est décou- 
vert et présente alors de grandes plaines herbeuses, très 
propres à l'élevage du bétail. 

Le Haut-Dahomey est d'une fertilité exceptionnelle ; avec 
ses eaux vives, bonnes, fraîches et limpides, sa salubrité est 
parfaite, au contraire du Bas-Dahomey où les eaux sont peu 
courantes ou stagnantes. 

L'immense contrée du Gourma et les territoires considé- 
rables du Borgou sont, au point de vue de la richesse du sol, 



AGRICULTURE INDUSTRIE COMMERCE 427 

crun intérêt tout particulier. Ces pays présentent différentes 
zones de culture permettant d'obtenir une diversité de produc- 
tion excessivement précieuse. 

Ses produits ne servent actuellement qu'à la consommation 
locale, mais dans un avenir assez rapproché, et grâce à l'écou- 
lement rapide des récoltes par le chemin de fer du Niger, le 
pays arrivera sans difficulté à tripler sa production actuelle. 

Ses bestiaux sont nombreux et de race excellente ; ils sont 
bien soignés par les indigènes peulhs, qui sont des bergers 
parfaits. Sa population dense et soumise est aussi portée vers 
les travaux agricoles. 

La propriété. 

Le régime de la propriété repose sur des bases très simples : 
d'après la coutume du pavs, la terre appartient en totalité 
au roi, mais il l'accorde à celui qui la défriche et la met en 
valeur ; elle reste ensuite dans la famille^ à moins que le roi 
n'en décide autrement. Il y a deux siècles environ, les pre- 
miers conquérants dahoméens ont petit à petit acquis le sol 
en se substituant aux anciens habitants ; plus tard des par- 
celles ont été concédées à des indigènes ou à des Européens 
moyennant le simple paiement d'un droit d'entrée en jouis- 
sance, mais l'exploitation du sol était obligatoire sous peine 
de dépossession ; dans ce dernier cas la terre revenait, au 
roi. Par suite des exactions des princes et des principaux 
chefs habiles à profiter du bon plaisir, petit à petit l'indigène 
se contenta du produit du palmier, n'osant fonder, et pour 
cause, un établissement durable. 

Telle était la situation au moment de la conquête. 

Après l'expédition militaire, le partage des plantations 
s'est effectué à l'amiable entre les différents chefs de villages. 



42 O LE DAHOMEY 

Les anciennes concessions appartenant soit à des nations, 
soit à des maisons de commerce européennes, ont été main- 
tenues ; diverses concessions sur des terrains vacants ont été 
accordées à des particuliers, et ce mode d'aliénation du 
domaine colonial, qui n'a porté d'ailleurs que sur des surfaces 
restreintes, n'a donné lieu jusqu ici à aucune difficulté 
sérieuse. 

Mais il a fallu se préoccuper de rechercher et de rég-ulariser 
les droits de propriété des indigènes ainsi que des métis bré- 
siliens ou portugais installés dans le pays ; une commission 
réunie à cet effet en 1893 n'a pu aboutir à des résultats défi- 
nitifs et il est devenu nécessaire pour régler des réclamations 
ou apaiser des différends qui se sont élevés de tous côtés, sauf 
pour quelques propriétés notoirement connues, de renoncer 
à faire la preuve certaine des droits antérieurs. 

Aujourd'hui, conformément aux usages séculaires du pays, 
à la loi naturelle et aux exigences de la colonisation, tout 
terrain réellement abandonné ou inexploité est, après enquête 
administrative régulière, considéré comme faisant partie du 
domaine local. 

Il peut donc à ce titre être concédé à toute personne suscep- 
tible de le mettre en valeur. Ce système a l'avantage consi- 
dérable de donner dans le présent et pour l'avenir une base 
certaine à la propriété, d'éviter les inconvénients résultant 
de l'abus immodéré des actes de notoriété établis par le nota- 
riat de la colonie et c|ui étaient la plupart du temps contra- 
dictoires, et enfin de favoriser la création d'étal)lissements 
agricoles en assurant aux travailleurs la propriété définitive 
du sol qu'ils auront défriché et qu'ils cultivent. 



AGRICULTURE INDUSTRIE COMMERCE 429 



Concessions territoriales. 

Par application de ce qui précède, tous les occupants de 
terrains, anciens ou récents, ont dû, par suite de l'occupation 
française, faire régulariser leurs titres de possession lors du 
règlement du régime de la propriété immobilière au Dahomey. 

Pour se mettre en règle avec l'Administration coloniale, 
ils avaient à déposer d'abord une demande de concession. Cette 
demande donnait lieu à F ouverture d'une enquête publique, 
d'une durée de huit jours, pour permettre aux revendications 
de se produire. Si le prétendu occupant utilisait effectivement 
souterrain ou s'il justifiait des moyens d'exploitation, un titre 
de concession provisoire lui était aussitôt délivré. Mais ce titre 
ne devenait définitif qu'au bout de cinq ans, lorsque le béné- 
ficiaire avait réellement mis sa terre en valeur. 

Ces actes de propriété étaient ensuite enregistrés au Domaine 
de la colonie et un plan des surfaces concédées y était annexé 
parle service des Travaux Publics, de façon à éviter toute con- 
testation ultérieure avec l'Administration ou les concession- 
naires voisins. 

Aujourd'hui encore on procède de même pour toutes les 
demandes de concessions gratuites, auxquelles il n'est donné 
suite que si le demandeur justifie des ressources nécessaires 
pour pouvoir exploiter le terrain concédé. 

En distribuant ainsi les terres disponibles par petites sur- 
faces à des personnes ayant l'intention sincère de mettre leurs 
concessions en valeur, l'Administration veut éviter de favori- 
ser des spéculateurs qui n'auraient d'autre but que de réaliser 
de faciles bénéfices en cédant à d'autres des terrains qui ne 
leur ont rien coûté. 



430 LE DAHOMEY 

Au Dahomey, neuf dixièmes des terres sont encore en friche 
et cependant peu de concessions ont été accordées jusqu'ici 
dans l'intérieur de la colonie. Il est vrai que le pays est encore 
trop peu connu pour qu'il ait pu y avoir afïluence de colons. 

On a cru devoir aussi réserver la question des concessions 
pour la lier intimement à celle du chemin de fer. 

On veut, en effet, permettre à la Compagnie ou à la Société 
qui se chargera de l'exploitation et de l'entretien de la voie 
ferrée, de couvrir en partie ses frais généraux par le rendement 
de terrains non cultivés qui lui seront concédés dans une large 
mesure. 

Ce système est très avantageux parce qu'il n'engage en rien 
le budget de la colonie et c{u'il assure la mise en valeur du 
pays, concurremment avec la construction des chemins de fer 
qui doit j^ermettre cette mise en valeur. 

Les concessions doivent porter en majorité sur les parties 
boisées ou couvertes de hautes herbes à défricher et qui, depuis 
la côte jusqu'à Allada et même Abomey, sont éminemment 
propres à la culture du palmier. 

Le défrichement se fait simplement en coupant les arbres 
au mois de novembre ; ils se dessèchent rapidement pendant la 
saison chaude, de décembre à février. Au mois de mars on y 
met le feu, et au commencement de la saison des pluies, 
c'est-à-dire en avril ou mai, on y repique de petits palmiers 
qui, au bout de sept ans, sont arrivés à maturité. 

Le défrichement coûte environ 100 francs l'hectare, et, en 
pleine production, les palmiers rapportent facilement de 3 à 
400 francs par hectare. 

Plus loin, dans les régions de Paouignan, Savé, Tchaourou, 
on j^ourra, au fur et à mesure de l'état d'avancement de la 
ligne, faire entreprendre des cultures plus riches comme le 
caoutchouc, café, cacao, coton, tabac, etc. 



AGRICULTURE INDUSTRIE C03IMERCE 431 

On arrivera facilement ainsi à former un ensemble de sur- 
faces concédables dont la culture produira le revenu nécessaire 
pour constituer le complément de la garantie d'intérêts à payer 
à la société d'exploitation du chemin de fer. 

Ces terrains seraient mis dès le début des travaux à la dis- 
position de la société, afin qu'elle puisse les défricher et les 
replanter ; elle bénéficiera ainsi des recettes qui parfois, comme 
pour la culture du palmier, ne donnent leur complet rende- 
ment que sept ans après le défrichement. 

Une importante concession qui vient d'être accordée récem- 
ment, est celle de la Compagnie de VOuémé-Dahomey; elle 
est située à 80 kilomètres environ de la mer, sur la rive 
gauche du fleuve, et sa première factorerie se trouve à Dogba. 

Sa superficie est de 136.000 hectares; le caoutchouc s'y 
rencontre à l'état naturel en grandes quantités; les indigènes 
s'adonnent à la culture du coton et la main-d'œuvre est abon- 
dante. Les factoreries font déjà un commerce actif d'huile et 
d'amandes de palme. 

Dans certains milieux on a été surpris de voir accorder une 
aussi grande étendue de territoire à une seule compagnie. La 
raison politique a joué un rôle dans cette affaire; la conces- 
sion se trouvant en bordure de la colonie anglaise de Lagos, 
le gouverneur a pensé qu'il y aurait intérêt à porter notre 
commerce sur ce point, afin de réglementer l'exploitation du 
caoutchouc, d'en faire profiter nos nationaux et d'attribuer au 
port de Gotonou les riches produits de ce territoire qui, jus- 
qu'alors, prenaient la direction de Lagos. 

Produits domaniaux. — Les concessions sont gratuites 
pour nos nationaux, mais les droits à acquitter pour les con- 
cessions faites aux étrangers à titre provisoire sont de 100 francs 
par hectare et par an. 

Lorsque les concessions deviennent définitives, les conces- 



432 LE DAII03IEY 

sionnaires acquittent une sonîme calculée sur le pied de 10 cen- 
times par mètre carré pour les terrains situés sur le littoral, 
et de i centime par mètre carré pour les autres terrains (arrêté 
du 18 février 1890). 

La main-d'œuvre. 

La question de la main-d'œuvre peut être facilement résolue 
au Dahomey, car elle est tout entière à la disposition des rois 
et des chefs de villages qui nous sont complètement soumis, et 
dont les indig-ènes reconnaissent et redoutent Tautorité. 

La population est assez dense dans le Bas-Dahomey, mais 
l'indigène est paresseux et versatile, il n'a jamais eu jusqu'ici 
l'habitude de travailler par instinct ou par devoir; la force 
seule a pu, au temps des rois du Dahomey, l'obliger à produire 
d'une manière suivie. Les anciennes coutumes dahoméennes 
ne sont certes pas à regretter, mais il est avéré que depuis la 
libération des esclaves, le noir ne cultive plus que ce qui lui 
est absolument nécessaire pour vivre ; il jouit sans remords et 
sans impatience d'une liberté que d'autres lui ont conquise ; 
de temps en temps, il veut bien récolter les produits du pal- 
mier, travail qui n'exige aucune peine. Auprès de certaines 
familles seulement, auxquelles sont restés attachés par insou- 
ciance ou intérêt les anciens esclaves devenus aujourd'hui 
libres, on peut trouver de la main-d'œuvre. Il ne faut pas 
cependant désespérer de l'avenir, car depuis la conquête les 
indigènes ont pris des habitudes nouvelles. Un certain nombre 
d'entre eux qui, aussitôt après la suppression de l'esclavage, 
étaient retournés dans leurs villages n'y ont pas trouvé, par 
suite de changements de personnes ou de situation, l'accueil 
qu'ils espéraient. Plusieurs sont revenus à la côte oii lo bien- 
être est plus grand et ils commencent à s'intéresser aux essais 



AGRICULTURE IISDUSTRIE COMMERCE 433 

de cultures nouvelles. La main-d'œuvre indig-ène est peu coû- 
teuse. 

Le travailleur est payé de 10 à 15 francs par mois, plus une 
parcelle de terrain ou une petite part dans les récoltes de plantes 
alimentaires. Dès maintenant ce salaire est compensé par les 
récoltes de maïs, manioc, haricots, patates, etc.. C'est de 
cette manière seulement que la. question de la main-d'œuvre 
pourra être résolue. 

Il est facile, en temps ordinaire, de recruter dans la popvda- 
tion dahoméenne, douce et soumise, les travailleurs dont on a 
besoin, à la condition toutefois que leur nombre ne soit pas trop 
élevé. Dans le cas contraire, il faut avoir recours aux chefs de 
village qui désignent des corvées ; c'est ce qui a lieu pour la 
construction de la voie ferrée qui a été confiée au génie mili- 
taire plus à même de conduire les 2.200 terrassiers nécessaires 
à la bonne marche des travaux. 

L'ouverture de la ligne aura pour effet de supprimer les 
nombreux porteurs indigènes employés jusqu'ici aux transports 
de la côte à l'intérieur et réciproquement, ce qui augmentera 
encore le nombre de bras disponibles. 

Malgré sa médiocre activité, la main-d'œuvre indigène suffît 
à tous les besoins et ne réserve rien à la main-d'œuvre euro- 
péenne. 

En général, le climat du Dahomey ne permet pas à l'Euro- 
péen de travailler par lui-même. Il le confine dans un rôle de 
direction et lui interdit l'exploitation personnelle. 

Le travail de la terre, formé d'un humus séculaire, serait 
malsain pour les blancs qui doivent toujours recourir aux cul- 
tivateurs indigènes. 

Des immigrants isolés qui ne viendraient au Dahomey qu'avec 
leurs deux bras et leur seule énergie pour tout capital n'y 
trouveraient aucun travail rémunérateur, et leur pauvreté les 

Le Dahomey. 28 



434 LE DAHOMEY 

exposerait aux intempéries chi climat et au mépris du noir, 
habitué à considérer le blanc comme un être supérieur, riche 
en toutes sortes de marchandises. 

L'outillage. 

De ce côté tout est à faire : le noir gratte à peine le sol avec 
la pioche indig-ène qui est à la fois lourde et incommode. 
CejDendant la régularité du terrain, dépourvu de souches et de 
pierres, permettrait d'employer facilement la charrue attelée, 
non pas avec des chevaux, mais avec des bœufs ou des mulets. 

Cet emploi s'impose ; il donnerait des bénéfices certains et 
assurerait au pays une production très abondante. 

Il est nécessaire aussi d'introduire au Dahomey des instru- 
ments aratoires, des machines agricoles, des presses à amandes 
de palme, des machines à tapioca, des alambics, etc., etc. 

Les agronomes et les capitalistes trouveraient des bénéfices 
assurés, s'ils voulaient consacrer leurs connaissances et leur 
fortune à la mise en valeur de la colonie. 

Les capitaux. 

L'argent ne manque pas dans le pays, cependant il ne serait 
pas suffisant pour organiser la grande culture. 

D'autre part le créole ou l'indigène aisé serait assez disposé 
à s'associer avec l'Européen, mais il faut agir avec beaucoup 
de circonspection. 

Le noir est aussi timide après un premier échec qu'il est 
confiant dès qu'il obtient un premier succès ; il est donc néces- 
saire de ménager son impressionnabilité. 

Il est évident que dans une association de cette nature, le 
rôle de chacun se trouve déterminé par ses aptitudes mêmes, 
l'un aidant l'autre et le complétant. L'Européen s'occupera 



AGRICULTURE INDUSTRIE COMMERCE 435 

des achats en Europe, de rinstallation, de la direction de l'ou- 
tillage, des rapports avec les compagnies de navigation, de la 
correspondance avec la métropole, en un mot de la conduite 
générale de l'afFaire. L'indigène prendra en mains le coté pra- 
tique, notamment l'utilisation de la main-d'œuvre indigène 
avec laquelle il sera en contact direct et qu'il se procurera à 
meilleur compte ; mais ces associations ne peuvent se former 
que progressivement, avec beaucoup de temps, beaucoup 
d'énergie et de patience. 

En ce moment des sociétés disposant de gros capitaux et 
pouvant faire les choses en grand, devraient prendre en main 
l'exjDloitation de la colonie. A levir suite, des entreprises plus 
modestes pourraient plus facilement réussir sur un sol déjà 
préparé, et la mise en valeur du territoire dahoméen, d'ailleurs 
très fertile, se poursuivrait aisément et rapidement. 

Voies de transport. 

Dans le Bas-Dahomey les voies de communication sont à 
l'heure actuelle suffisantes. Sans parler de la lagune qui court 
parallèlement au rivage d'une extrémité de la colonie à l'autre, 
diverses routes, qu'il s'agit simplement d'entretenir, sillonnent 
la région. La circulation y est partout facile et ininterrompue. 

Anx endroits où la lagune forme un obstacle, il suffira d'y 
remédier par la construction d'un pont. Mais il n'en est pas de 
même partout; c'est faute de moyens de transports normaux et 
rapides que Ton voit des territoires comme celui d'Abomey, 
dont le sol est riche, ne pas posséder un seul colon européen. 

Heureusement que bientôt le centre de la colonie, et plus 
tard le nord et l'extrème-nord, seront largement desservis par 
le chemin de fer en cours de construction qui se dirigera en 
ligne droite de la côte vers le Niger. 



436 



LE DAHOMEY 



La première conséquence de rétal)lissenient de la voie ferrée 
sera de créer, à chaque station, une ligne d'opérations commer- 
ciales parallèle à la mer. Les transports des villages éloignés 
de la ligne pourront alors être facilement opérés sur des cha- 
riots attelés de bœufs, ânes ou mulets. Sur ces lignes secon- 
daires d'opérations les transactions pourront se faire par voie 
d'échanges avec des marchandises de traite et, par suite, avec 
un double bénéfice. 

Peu à peu la situation des voies et moyens de transport 
s'améliorera j^ar le percement de routes nouvelles ; l'essentiel 
est que le chemin de fer soit établi le plus tôt possible. Il 
améliorera la vie matérielle des noirs, facilitera les transports 
aux longues et petites distances, et augmentera considérable- 
ment le trafic agricole de la colonie. 

L'élevage du bétaiL 

L'élevage du bétail est aussi une question qui intéresse au 
premier chef l'avenir du Dahomey. 

La ferme du service local, établie à proximité de Porto- 
Novo, sur un terrain réunissant toutes les conditions dési- 
rables, est chargée d'améliorer les variétés de bétail existant 
déjà dans le Bas-Dahomey. 

En 1899, elle a reçu un millier de bœufs provenant du 
Ilaut-Pays (Savalou). Une partie de ce troupeau a été ven- 
due dans de bonnes conditions et il a été conservé un certain 
nombre de sujets pour l'amélioration de la race. On trouve 
bien, dans les villages riverains de l'Ouémé, de grands trou- 
peaux de ])œufs, mais ces animaux, absolument sauvages, 
sont de petite taille et il convient de les croiser avec ceux du 
Ilaut-Dahomsy qui atteignent les proportions des l^ieufs de 
provenance européenne. 




Commerçant indigène de Porto-Novo. 



438 LE DAHOMEY 

Le Gourma a également envoyé à Porto-Novo ses pre- 
mières vaches laitières. Elles ont été confiées au service de 
Santé qui a pu fournir constamment du lait frais à l'hôpital et 
apporter ainsi un soulag-ement très apprécié à bien des malades. 

Cultures européennes. 

Le sol du Dahomey, d'une très grande fertilité, se prête à 
toutes les cultures tropicales et même à certaines cultures 
européennes. 

Pour cultiver, il faut creuser assez profondément la couche 
argileuse rouge pour obtenir le terreau gras et noir qui 
abonde et que l'on doit fumer avec de la bouse de vache, des 
matières végétales en décomposition, etc.. 

Les salades, aubergines, tomates, navets, carottes, bette- 
raves, radis, choux, haricots j^oussent plus ou moins bien, 
mais donnent des résultats. 

Toutes ces cultures doivent être protégées, j^endant les 
heures les plus chaudes de la journée, au moyen de feuillage 
qu'on étend à une faible hauteur au-dessus des carrés du pota- 
ger. Elles donnent des résultats très rapides; on peut avoir 
des radis en un mois. 

Le melon réussit rarement à la cote ; la pomme de terre, le 
céleri, Tartichaut, le petit pois, le salsifis viennent difficile- 
ment. 

La salade se renouvelle indéfiniment si on se contente d'en 
couper les feuilles au ras du sol au lieu d'en arracher la racine. 
Les graines que l'on fait venir d'Europe doivent être ren- 
fermées dans des boîtes hermétiquement soudées, que l'on 
n'ouvre qu'au moment du semis: elles doivent être utilisées 
tout de suite, sinon la chaleur et l'humidité les avarient. 



AGRICULTURE INDUSTRIE COMMERCE 439 

Dans le pays on trouve comme salades une variété de pis- 
senlit et une espèce de mâche appelée lanf/iie de vache, et dif- 
férents autres légumes que nous avons signalés dans la flore. 

Il est probable que le colon qui voudrait se consacrer à la 
culture des lég-umes européens autour des grands centres de 
la côte, réaliserait de sérieux bénéfices. 

En résumé, au Dahomey il faut entreprendre la g-rande 
culture, mais en raison du paludisme qui entravera long-temps 
encore la colonisation, en empêchant tout travail actif, le 
colon européen ne pourra s'établir que dans l'intérieur des 
terres où le climat est plus supportable. C'est pour cela qu'il 
est urg-ent de multijîlier les routes et d'assainir les localités, 
soit en plantant des eucalyptus, soit en débroussaillant la forêt. 

Il faut laisser aux noirs l'exploitation ag-ricole du Bas- 
Dahomey et conserver pour nous l'exploitation commerciale. 
Le contraire a lieu pour les régions du Nord. 

C'est l'agriculture qui a donné jusqu'ici la prospérité au 
Bas-Dahomey et c'est dans le développement des cultures que 
réside l'avenir de la colonie ; aussi, est-ce de ce côté que ten- 
dent, directement ou indirectement, tous les efforts de l'admi- 
nistration. 

Le relevé suivant donne la production agricole de la colonie 
pour la période des huit dernières années : 



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AGRICULTURE 



INDUSTRIE 



COMMERCE 



441 




INDUSTRIE 



L'avenir industriel. 



L'industrie est encore dans l'enfance au Dahomey ; du 
reste, les nègres sont trop paresseux pour se livrer à un 
travail suivi. La plupart se contentent de passer à la chasse 
ou à la pêche le temps qu'ils ne consacrent pas à chanter, 
palabrer, danser ou dormir. 

Quelques-uns, particulièrement ceux qui ont été élevés par 
les missionnaires, font des artisans médiocres qui travaillent 
le fer ou le bois. 

Mais il est à remarquer que l'indigène qui a passé par 
l'école, qvii sait un peu écrire et parler un français médiocre, 
prend une idée exagérée de sa valeur. Il lui semblerait déchoir 
s'il se consacrait au travail de la terre ou s'il exerçait une pro- 
fession manuelle ; il n'a qu Un but, occuper dans l'adiTiinistra- 
tion ou dans le commerce un emploi qui lui procurera de bons 
appointements sans trop de fatigue. 

Pour remédier k ce regrettable penchant, il conviendrait de 
ne donner annuellement une bonne instruction primaire qu'à 
un nombre très limité d'élèves choisis parmi les plus intelli- 



^'t2 LE DAHOMEY 

gents, et de pousser résolument les autres dans les professions 
manuelles, après leur avoir inculqué quelques notions de lec- 
ture et d'écriture. 

Un indig-ène assidu qui reçoit les conseils d'un Européen 
expert, devient en peu de temps un excellent ouvrier; on le 
voit par les Minas qui sont ébénistes, charpentiers, maçons, 
tailleurs, etc.. 

Dans des métiers plus difficiles comme la mécanique, par 
exemple, un noir est capable, au bout de deux ans, de régler, 
de faire marcher et d'entretenir une machine quelconque. 
Pour pouvoir faire lui-même les réparations, il lui faut plus 
d'apprentissag-e, mais il arrive néanmoins rapidement à se 
mettre au courant d'un grand nombre de travaux. Ce qui 
plaît en lui, c'est qu'il s'applique énormément à tout ce qu'on 
lui confie, il cherche toujours à comprendre et à raisonner. 

Les ouvriers d'art, charpentiers, maçons, forgerons, etc., 
sont en nombre insuffisant au Dahomey, et ce serait rendre 
un grand service à la colonie et aux jeunes indigènes que de 
leur enseigner des professions qui les mettront à même de faire 
immédiatement œuvre utile tout en leur fournissant un moyen 
certain de gagner leur vie. 

L'Administration s'occupe en ce moment, de concert avec le 
supérieur des Missions catholiques à Lyon, de créer, à bref 
délai, des écoles professionnelles. 

Coût de la main-d'œuvre indigène. 

Le rendement d'un ouvrier noir est environ les deux tiers 
du travail d'un ouvrier européen de force moyenne. 

Les ouvriers indigènes sont actuellement payés au tarif sui- 
vant : 



AGRICULTURE INDUSTRIE — C03I3IERCE 443 

Terrassiers 



1 fr. ])ar jour sur le littoral. 

de iV. 40 à fr. 50 dans Tintérieur 



Maçone 



Chef, 5 fr. par jour. 

Ouvriers, de 2 fr. 50 à 4 fr. par jour. 



. . [ Cihei, de J Ir. a 6 Ir. ])ar our. 
Menuisiers ] ^ . , <• / <• '- 

f Ouvriers, de 3 Ir. à 4 ir. jO par jour. 

Forgerons, de 2 à 4 fr. par jour. 

En dehors des ouvriers du pays, on peut aussi recruter des 
Kroumans, noirs orig-inaires de la côte voisine de Krou. Ce 
sont des travailleurs robustes et intelligents qui, sous la con- 
duite d'un chef, émigrent et louent par contrat régulier leur 
travail pour la durée d'une année. 

Un Krouman coûte en moyenne, nourriture comprise, 
1 fr. 30 par jour. 

Prix moyen de revient des matériaux sur le littoral. 

Chaux grasse la tonne 85 .00 

Chaux hydraulique de F'rance — 99.00 

Ciment de Grenoble — 126.00 

Ciment de Portland — 135.00 

Briques du pays le mille 26.00 

Briques de France — 104.00 

Plâtre blanc la tonne 88.00 

Bois de chêne le mètre cube 250.00 

Sapin du Nord — 150.00 

Ferronnerie, peinture, quincaillerie : les prix de France, majorés 
de 35 à 40 fr. pour 100. 

Pour conclure, toutes les industries sont encore à créer au 
Dahomey, et les ingénieurs qui iraient y établir des usines à 



LE DATIOMEY 



tapioca, des distilleries de maïs ou d'autres grains, des bri- 
quetteries, des tuileries, etc., trouveront largement à utiliser 
leur talent et ne perdront ni leur temps ni leur argent, à la 
condition toutefois que les grands capitaux s'intéressent à 
leur œuvre. 

L'arg-ile surtout est très abondante et d'excellente qualité, 
comme l'ont fait reconnaître les analyses auxquelles elle a été 
soumise; déplus, l'installation d'une briquetterie serait peu 
coûteuse et rendrait de grands services dans ce pays dépourvu 
de matériaux de construction. 




COMMERCE 



La troque des noirs. 



Avant notre arrivée au Dahomey, le commerce (Hait aussi 
peu développé chez le noir que l'agriculture et l'industrie; 
sauf l'exportation de l'huile et des amandes de palme, le 
troc de quelques pagnes grossiers ou de quekjues bijoux d or 



AGRICULTURE INDUSTRIE C03IMERCE 445 

et d'argent travaillés au marteau par les forgerons de village, 
le commerce serait presque nul si les indigènes se conten- 
taient de la satisfaction de leurs besoins. Heureusement pour 
les négociants, malheureusement pour la morale, les noirs ont 
un faible pour les liqueurs alcooliques et, grâce à cette passion, 
le budget de leur pays est et demeurera longtemps équilibré. 

Aujourd'hui, au contact des blancs, ils se sont créé aussi 
d'autres nécessités qui nous permettent de leur écouler un cer- 
tain nombre de nos produits. Il faut espérer qu'au fur et à 
mesure des progrès de la civilisation et de l'assimilation des 
indigènes à nos mœurs et usages, les noirs deviendront pour 
nous des consommateurs de plus en plus sérieux. 

C'est en 1842, que M. Victor Régis aîné, de Marseille, 
inaugura, à Whydah, le commerce des produits du palmier à 
huile. Bientôt, ses comptoirs s'étendirent tout le long de la 
côte et il chassa par la concurrence toutes les petites mai- 
sons qui cherchèrent à s'y établir. En quelques années, 
M. Régis réalisa une fortune colossale de plusieurs millions. 

Associé d'abord avec son parent, M. Fabre, des différends 
de famille les divisèrent peu après et ce dernier monta à son 
tour des comptoirs sur tous les points de la côte occupés déjà 
par M. Régis. Les deux maisons se firent une concurrence 
acharnée que vint compliquer encore l'installation d'un comp- 
toir de commerce allemand. Au début, le trafic était simple 
et les nègres peu exigeants ; ils échangeaient en troc les pro- 
duits du pays contre des objets d'importation sans valeur 
presque, tels que : étoffes diverses, tafia et liqueurs, poudre, 
fusils, tabac en rôle du Brésil, tabac en feuilles des Etats-Unis, 
cauris, etc. 

Ce commerce était fort lucratif, car les noirs troquaient en 
aveugles, sans connaître ni le prix de ce qu'on leur apportait, 
ni la valeur de ce qu'ils livraient en échange. Les marchandises 



446 LE DAHOMEY 

d'Europe, ainsi échang-ées, procuraient en moyenne un béné- 
fice de 150 à 300 "/o. 

Dans la suite, les anciens marchands d'esclaves établis à 
Whydah se virent forcés à tourner leur activité vers le com- 
merce légal, seul possible après l'abolition de l'esclavage. Ils 
se pourvurent d'abord à la maison Régis, dont ils devinrent 
les clients et les agents commissionnés. Puis ils reçurent des 
navires en consignation et commencèrent la concurrence qui 
devait éclairer les nègres sur la valeur des marchandises 
européennes. 

Une autre maison française fut fondée ensuite par MM. Jules 
Lasnier, Daumas, Lartigue et G'''. Avec la maison Fabre, 
elles voulurent mettre en échec le commerce de M. Régis; 
bientôt les trois maisons se disjîutèrent les faveurs des noirs ; 
on leur paya plus cher les produits qu'ils apportaient; on 
leur livra à des prix inférieurs ceux d'Europe et d'Amérique, 
et le commerce ne tarda pas à devenir beaucoup moins rému- 
nérateur. Aujourd'hui, les bénéfices sont tombés à 10 ou 15 °/o 
environ. 

Au contact des blancs, les vieilles coutumes du pays se sont 
peu à peu modifiées et aujourd'hui, le genre de commerce des 
échanges de marchandises appelé la troque, tend de plus en 
plus à disparaître pour faire place à celui des achats en 
espèces, tel qu'il se pratique en Europe. 

Grâce aux étrangers, le noir a appris à connaître la valeur 
de l'argent, facile à porter et ayant cours chez tous les blancs. 
Avec le produit de sa vente, il j^eut maintenant acheter ce 
qu'il désire où bon lui semble, sans être forcé, comme aupa- 
ravant, de prendre ce qu'on lui donnait ou ce qu'il avait trouvé 
de mieux chez les commerçants de la cote. 



AGRICULTURE — INDUSTRIE C0M3IERCE 447 

Factoreries. 

Pour effectuer le commerce au Dahomey, il faut des établis- 
sements dits factoreries. 

Ce sont de vastes constructions comprenant un logement 
confortable pour les employés, des entrepôts pour emmaga- 
siner les marchandises venant d'Europe, des magasins pour 
abriter r huile de palme, des séchoirs pour le triage des amandes, 
un atelier de tonneliers noirs pour le remontage des futailles 
envoyées d'Europe en botte pour diminuer le prix du fret. A 
chaque factorerie est annexé, en outre, un magasin de vente 
au détail, ouvrant sur la rue, sorte de bazar où sont étalées 
toutes les marchandises de traite venant d'Europe : tissus, 
liqueurs diverses, quincaillerie, etc.. 

Les établissements de la plage comportent, en outre, le 
baracon (bureau de l'agent chargé de l'embarquement et du 
débarquement des marchandises) et un mât de pavillon pour 
pouvoir correspondre avec les navires en rade. ^, 

On peut estimer à 80.000 francs l'installation d'une facto- 
rerie établie dans ces conditions, bâtiments et matériel compris. 

Les factoreries sont toutes -bâties au bord de l'Océan ou des 
lagunes qui permettent les communications faciles par eau 
avec la mer. 

Mais par suite de l'absence complète de moyens de trans- 
port et du défaut de voies de pénétration, les marchandises 
devaient être portées sur la tête des noirs, et leur expédition, 
même à de faibles distances, exigeait des frais considérables. 
Les négociants se trouvaient ainsi dans rimpossi])ilité d'étendre 
leurs opérations dans l'intérieur du pays ; aussi les premières 
maisons de commerce établies sur la côte avaient-elles dû 
limiter leur action au littoral proprement dit dont elles se 



448 LE DAHOMEY 

parla g-eaient sans concurrenee le monopole de tout le trafic. 
Le commerce du Dahomey restait localisé sur une bande de 
terrain parallèle à l'Océan et d'une profondeur variable entre 
30 et oO kilomètres; aujourd'hui, par suite de la pacification 
du pays, la connaissance plus j^récise de ses ressources et la 
construction du \Nharf de Kotonou, de nombreux commer- 
çants français et étrangers sont venus s'installer au Dahomey, 
créant entre les anciens et les nouveaux venus une concur- 
rence fort vive qui eut pour conséquence de modifier le sys- 
tème des transactions. 

Le obérant de factorerie, sédentaire jusqu'alors, fut bientôt 
obligé de se déplacer pour parcourir les marchés des villages 
a voisinant sa factorerie. Mais ne pouvant tout à la fois diriger 
sa maison et traiter directement avec les marchands, il dut 
avoir recours au traitant noir, intermédiaire obligé entre le 
producteur et le négociant. 

Généralement très intelligent, très au courant de nos pra- 
tiques commerciales, le traitant noir habite un village indi- 
gène proche de la factorerie, où il se fait ouvrir un compte 
courant. Il y vient s'approvisionner de marchandises d'Europe 
qu'il échange ensuite sur les marchés intérieurs contre les 
produits du pays. Quand son stock est suffisant, il fait rouler 
jusqu'à la factorerie, par des sentiers souvent fort mauvais, 
les barriques d'huile de palme, y fait transporter les amandes 
et depuis quelque temps du caoutchouc. 

A la réception des produits, son compte est balancé ; le trai- 
tant reçoit en argent la différence souvent assez forte entre 
ses ventes et ses achats, et laisse en dépôt à la maison de com- 
merce, à titre de couverture, des sommes quel([uef()is impor- 
tantes. 

Mais il arrive parfois que le gérant, poussé par le désir de 
faire un gros chill're d'affaires, stimulé par des transactions 



AGRICULTURE 1>DUSTRIE COMMERCE 449 

importantes, réussies jusqu'alors, se laisse aller à faire au trai- 
tant noir de g-rosses avances, de gros crédits, qu'il lui devient 
impossible de faire rentrer dans la suite, malgré l'appui offi- 
cieux que lui prête l'administration locale. Il en résulte 
alors de grosses pertes, dues à Tinexpérience de l'agent ou à 
sa trop grande confiance. 

Les courtiers noirs parcourent donc les marchés ou foires 
qui se tiennent périodiquement dans les grands centres, et où 
tous les produits du crû sont concentrés par les gens de Tin- 
térieur qui font rarement plus de dix kilomètres pour écouler 
leurs marchandises. Ils vont ainsi k la plus prochaine localité 
et vendent leurs marchandises à d'autres indigènes qui les 
portent plus loin, pour les revendre à leur tour sur les 
marchés. 

Aussi, c'est un va-et-vient constant sur les routes de por- 
teuses et de marchands, sur les lagunes de jDirogues chargées 
de futailles. 

Les courtiers qui opèrent en pirogues portent le nom de 
taharos. Ainsi que leurs collègues, ils tiennent la bourse des 
huiles de palme, font les prix, discutent leurs conditions et 
passent souvent des marchés pour toute l'année afin d'éviter 
les variations de prix susceptibles de se produire d'une récolte 
à l'autre. 

L'habitant de 1 intérieur, le paysan se laisse guider par ces 
commissionnaires noirs qui mènent le mouvement, et. il ne 
donnera jamais son produit à un marchand occasionnel. S'il 
rencontre un acheteur à mi-chemin du marché il exigera de 
lui le même prix que dans les villes et, s'il peut vendre ses 
produits avec plus de bénéfice dans une localité voisine, il 
n'épargnera pas ses pas pour s'y rendre. 

Les maisons françaises jouissent d'un grand crédit auprès 
du noir qui a foi dans la parole du ])lanc. Aussi est-il bon avec 

Le Dahomey. 29 



450 



LE DAII03IEY 



lui de ne pas l'induire en erreur et de tenir ses engag-ements ; 
de cette façon, le sentiment de respect du noir pour le blanc 
est maintenu. 

Certains Européens traitent directement avec les indigènes. 
Comme en Europe, les transactions sont alors soumises à la 
loi de l'offre et de la demande. Mais il est rare que l'huile et 
les amandes vendues en factoreries soient apportées par les 
premiers producteurs ; cela n'arrive que pour les gens du 
voisinage. 

Les clients et clientes arrivent alors avec des pots d'huile 
et des paniers d'amandes de palme qu'ils portent sur la tête et 
appelés kokos. 

On mesure les amandes en les versant dans un l^aril suj)- 
porté par une bascule ; ce baril est de la contenance de cent 
kilos et se divise en demi et en quart de mesure, qui est payée 
au client soit par un ])on, soit avec des marchandises; quand 
la mesure n'est pas complètement pknne, on la parfait en prê- 
tant des amandes au client, qui sont mesurées avec une toute 
petite mesure appelée dans le pays couillc, et l'on ajoute sur 
son bon : Doit une ou deux couilles. 

Les mesures de capacité en usage pour l'huile sont : 

L'aklouba, qui vaut environ 70 litres; 

Le zen, qui vaut environ 35 litres; 

L'aladako, ou quart d'aklouba (17 litres o) ; 

Le gallon, qui vaut environ 4 litres ; 

Et le gan adedé ou demi-gallon (2 litres 20). 

L'aklouba est un petit baquet en bois de la contenance de 
17 gallons environ. 

A leur entrée en factorerie, les pots d'huile sont c/inupcs 
pour voir s'ils ne contiennent pas de l'eau ou des matières 
étrangères plus lourdes (pie l'huile, telles que le sa])le ; les 
pots, une fois visités, sont vidés dans l'aklouba jus([u'à ce 



AGRICULTURE — l^iDU STRIE COMMERCE 451 

qu'elle déborde ; l'huile ainsi mesurée est versée ensuite dans 
un ponchon (500 litres environ). 

Les amandes sont aussi mises en pondions qui, ])ien cerclés 
et rebattus, sont roulés à la plage où ils sont déposés dans les 
entrepôts. Des journaliers indigènes [gagnadors) sont employés 
à ce travail ; au retour, ils prennent une charge de marchan- 
dises, balles de tissus, caisses de liqueurs, pondions de 
tafia, etc. 

Tous ces procédés commerciaux, encore rudimentaires, se 
modifieront bientôt par suite de l'ouverture du chemin de fer 
de pénétration. Elle permettra d'étendre à tout le pays les 
transactions commerciales limitées actuellement dans un rayon 
de 50 kilomètres de la côte. 

Elle permettra, en outre, l'exploitation complète de tous les 
produits du sol, dont les 2/5 au maximum peuvent seulement 
arriver jusqu'aux factoreries du littoral. 

Peu à peu aussi, de nouveaux établissements de commerce 
se fonderont dans les grands centres de rintérieur, ce qui 
décuplera les transactions commerciales et assurera aux tra- 
vailleurs indigènes un avenir satisfaisant. 

Pour conseiller et aider les négociants, industriels ou colons 
établis au Dahomey, il a été institué par un arrêté du 8 février 
1895 un Comité du Commerce, de l'Industrie et de l'Agri- 
culture, dans chacun des centres commerciaux de la 
colonie. 

Ces Comités sont présidés par l'administrateur du cercle 
assisté de négociants français, étrangers et indigènes. 

A Paris, l'Office Colonial, annexe du Ministère des Colo- 
nies installé au Palais-Royal (galerie d'Orléans), procure au 
public tous les renseignements désirables sur le mouvement 
colonial de la France et lui fournit toutes les indications 



452 LE DAHOMEY 

agricoles, commerciales et iucliistrielles relatives à nos posses- 
sions lointaines. 

Un groupe de Français en relations ou en affaires avec le 
Dahomey a créé, en outre, le « Comité du Dahomey » dont le 
but principal est d'assurer le développement du commerce 
entre la métropole et la colonie. 

Le Comité a son siège à Paris, des délégués au Dahomey 
et des sous-comités techniques en France, dans tous les 
centres industriels et commerciaux. 

Complétant et suppléant les organes officiels que nous 
venons d'énumérer, le Comité est un auxiliaire précieux pour 
le gouvernement de la colonie, et les services qu'il est appelé 
à rendre dans l'avenir seront des plus importants. 

En résumé, pour réussir dans le commerce au Dahomey, il 
faut avoir un capital sérieux, un matériel pratique, un person- 
nel rompu aux affaires et toujours des marchandises en 
magasin. 

Il faut s'établir à demeure fixe et attendre les clients dans 
les factoreries et non dans des boutiques. Il faut venir là non 
j^eulement pour vendre sa marchandise, mais pour acheter 
par voie d'échange. Un commerçant qui se contenterait de 
vendre sans acheter réaliserait à peine de quoi couvrir s-es 
frais généraux. 

Le négociant européen doit aussi savoir attirer le noir de la 
brousse à la ville, il doit l'éblouir j)ar ses étalages de mar- 
chandises, le fasciner par la variété des licpiides qu'il débite. 
On ne doit pas reculer devant des cadeaux. Il est même 
d'usage que tout achat, quel qu'il soit, ol^lige le venckHu* aune 
petite commission en nature. Ainsi un noir (pii achète une 
dame-jeanne de tafia doit recevoir en plus, à litre gracieux, 
une ou deux l)ouUMHes (hi marchand. 



AGRICULTURE 



INDUSTRIE C0:M31ERCE 



453 



S'il n j a pas eu de cadeau, l'indig-ène ne revient plus chez 
ce blanc qu'il dédaigne. 

Il est à remarquer aussi que les transactions dans les facto- 
reries ayant lieu actuellement contre espèces monnayées, le 
capital du négociant travaille continuellement et passe plu- 
sieurs fois dans les transactions d'une année, si, en échange 




Equipe de Kroumen clans une factorerie de Porlo-Novo. 



des marchandises d'Europe, le commerçant transforme immé- 
diatement son gain en produits du pays qui partent aussitôt. 

Le petit intérêt rapporté chaque fois se totalise et souvent 
dépasse le bénéfice annuel unique que rapportait la troque, 
qui nécessite un capital dormant considéral^le. 

Au point de vue financier, le principe de l'association des 
capitaux, de la compagnie de commerce, paraît avoir de très 



4o4 LE DAHOMEY 

grandes chances de succès aif Dahomey, où il faut posséder 
un fonds de roulement considérable. 

Des commerçants isolés, des industriels avec de faillies 
ressources, pourraient se réunir et tenter de nouvelles entre- 
prises. Il y a place encore pour beaucoup de maisons de com- 
merce, car le noir est loin de récolter tout ce que produit son 
merveilleux domaine. 

Une personne très compétente qui réside depuis long-temps 
au Dahomey a soigneusement étudié la question de créations 
de factoreries dans l'intérieur, et elle évalue ainsi l'estimation 
de la dépense et des bénéfices annuels pour l'installation d'une 
factorerie à Allada. 



CREATION ET MARCHE D UNE FACTORERIE A ALLADA 

Dépenses. 

1° Frais de V^ établissement : 

Construction d'une factorerie 12.000 fr 

Achat du matériel 6.000 



Total 18.000 



"2^ Personnel et frais généraux : 

Personnel 18 . 600 fr 

Frais généraux :2 1 . 800 



Total 40.400 



Observations 



Construction d'une factorerie à Allada 1*2.000 

Achat de matériel, futailles, sacs, etc 6.000 



Total 18.000 



AGRICULTURE INDUSTRIE COMMERCE 



455 



Personnel : 



1^ Un chef de factorerie, traitement de 

12.000 fr 12.000 fr. 

(5 °/o sur les bénélices nets ) » » 

2^ Un employé de factorerie, traitement de 18.000 

( 1 °/o sur les bénéfices nets ) » » 

Nourriture des Européens : 400 fr. par mois. 4.800 



Total 18.600 



Frais g-énéraux : 



Personnel indigène : 400 fr. par mois 4.800 

Loyer pour un entrepôt à Kotonou 2.000 

Frais de passage, d'hôpital, de congé 

( dépenses diverses ) 5 . 000 

Frais d'administration à Paris 10.000 



Total 21.800 



Dépenses. 
Marchandises et espèces 192.000 fr. 



Résumé des dépenses : 

Frais de 1" établissement 18.000 fr 

Frais généraux 40 . 400 

Marchandises et espèces 192.000 



Total 251.400 



Il faut remarquer qu'au bout de six mois au maximum, les 
premiers envois de produits auront lieu et que les marchandises 
pourront être vendues sur les marchés d'Europe. Il est donc logi- 
que de ne compter que sur la moitié de la somme prévue pour le 
mouvement des marchandises et des espèces. 

Le capital engagé sera donc réellement de : 



456 



LE DAHOMEY 



t*''^ établissement et frais g-énéraux 58.400 fr 

Marchandises et espèces : 1/-2 192.000 iV... 96.000 



Total 154.400 



Observations. 



MARCHANDISES ET ESPECES I MOIVEMENT PENDANT LN MOIS 





»* 


Prix 

d'achat 


Droits 


Trans- 
port 
à la 

Colonie 


Trans- 
port 
à 

AUada 


Total 


Nombre 


Prix 






Tissus . . . 


4 50 
1 » 

162 .. 

3 00;) » 


1 60 
» 50 

364 » 

» » 


» 50 
.. 17 

25 .. 
00 » 


» 25 
.. 20 

15 .. 

20 .. 


6 85 
1 87 

566 » 


300 P 
2000 k. 

5 p 

» » 


2.055 IV. 
3.740 

2.830 

4.000 
3.110 






Tabac . 






Alcool à 90° (Pon- 
dions de 450 litres). 

Articles divers (sui- 
vant les besoins) . . 

Espèces 














soit un mom 
et un mouvei 


ement 
lient an 


mensu 
nuel ( 


el de 
le... 


: 


Tôt 

16 
192 


VL 15.735 

.000 fr. 
.000 





Trafic probable : 

Amandes. . . 

Huile 

Caoutchouc. 



Recettes. 



400 tonnes. 
300 — 
6 — 



Amandes de palme, 400 tonnes à 270 fr. . . . 108.000 fr 

Huile de palme, 300 tonnes à 520 fr 156.000 

Caoutchouc, 6 tonnes à 8,000 fr 48.000 



Total 



312.000 



Observations. 



Des extraits faits sur les livres de commerce d'une factorerie située 
sur le littoral à Grand-Popo, marchant au capital de 150.000 francs, 



AGRICULTURE INDUSTRIE COMMERCE 457 

gênée par la concurrence de huit maisons importantes et d'une 
liquidation provoquée par la disparition du gérant, il résulte que 
le mouvement commercial a été de : 

Amandes 360 tonnes. 

Huile 240 — 

Caoutchouc 2 — 1/2 

A AUada, en plein centre de production et sans concurrence 
probable, nous pouvons admettre le mouvement annuel de : 

Amandes 400 tonnes. 

Huile 300 — 

Caoutchouc 6 — 



Prix de revient. 



Amandes : 



Prix d'achat 140 fr. 

Transport jusqu'à la mer 15 

Passage sur le Wharf 9 

Fret 27 50 

Faux frais et pertes 10 

Total 

Cours du 27 octobre 1899 

Bénéfice par tonne .... 

Huile de palme : 

Prix d'achat 240 fr. 

Transport à la mer 15 

Passage sur le Wharf 9 

Fret 32 50 

Rullage et faux frais 4 50 



201 


50 


270 


68 


50 



Total 301 

Cours du 27 octobre 1899, 570 francs la tonne. 



4o8 LE DAHOMEY 

(Le cours le plus bas constaté depuis deux ans a été de 170 iVancs 
la tonne.) 

En prenant la moyenne, nous aurons : 520 francs la tonne. 
D'où un bénéfice par tonne de '219 francs. 

Caoutchouc : 

Prix d'achat d'une tonne 3. 750 fr. 

Transport à la mer 40 

Passage sur le Wharf 9 

Fret 40 

ToTAi 3.8:i9 



soit 4.000 

cours moyen 8 . 000 

d'où bénéfice par tonne 4.000 

Balance. 

Dépenses *25l . 000 fr. 

Recettes 312.000 

Bénéfice net 61.000 



à déduire 6 ^U sur les bénéfices nets 3.660 



définitivement ). Bénéfice net 57 .340 



Soit un rendement de 37 *^/o sur un capital engagé de 155,000 
francs, les frais de premier établissement étant amortis dès la 
première année. 



Mouvement commercial. 

Statistiques. 

Au point de vue commercial, le mouvement des importa- 
tions et des exportations n'a cessé de croître dans de très 
remarquables proportions. 



AGRICULTURE 



INDUSTRIE 



C()3fMERCE 



459 



Les années 1897 et 1898 seules ont été défavorables et 
l'affaissement momentané qu'a subi le commerce provient de 
la sécheresse qui a sévi sur la colonie et qui a apporté de 
fortes entraves au mouvement ordinaire des transactions 
commerciales. 

Les chiffres suivants donnent le relevé des transactions du 
Dahomey pour la période des dix dernières années. 



ANNÉES 


IMPORTATIONS 


EXPORTATIONS 


ENSEMBLE 


1890 


3.489.894^12 


5.916.494^46 


9.406.388^58 


1891 


5.789.213 76 


7.679.076 20 


13.468.289 96 


1892 


6.432.700 97 


9.259.910 05 


13.692.611 02 


1893 


10.456.857 54 


8.681.463 94 


19.138.321 48 


1894 


10.771.989 79 


9.973.703 57 


20.745.493 56 


189o 


10.542.220 70 


10.521.868 15 


21.064.088 85 


1896 


9.729.248 00 


9.224.489 00 


18.953.737 00 


1897 


8.242.957 04 


5.778.858 16 


14.021.815 20 


1898 


9.994.567 53 


7.538.758 82 


17.533.326 35 


1899 


12.348.970 74 


12.719.189 72 


25.068.160 46 



Pour Tannée 1899 la statistique du mouvement commercial 
dressée par le chef du service des douanes de la colonie est 
la suivante : 

Le mouvement commercial de la colonie s'est élevé pendant 

l'année 1899 à 25.068.160.46 

Contre en 1898 17.533.326.35 

Soit en faveur de 1899 une différence de 7.534.834. 1 1 



460 



LE DAHOMEY 



Ces chiffres se sont ainsi répartis : 



Importations .... 
Exportations 

Totaux 


Année 1x99 


Année 1x98 


DitTéi-ence 


12.348.970.74 
12.719.189.72 


9.994.567.53 

7.538.758.82 


2.35i.403.2l 
5.180.430.90 


25.008.160.46 


17.533.326.35 


7.534.834.11 



Recettes. 

Les recettes réalisées pendant Tannée 1899 se sont élevées 

à 2.317.970^70 

Elles avaient été pendant Tannée 1898 de 1 .565.234 43 

Soit en faveur de 1899 une différence de 752.736 27 



Les droits perçus par chacun des ])ureaux de hi colonie sont 
les suivants : 



Porto-Novo.. . . 

Kotonou 

Whydah 

Grand-Popo. . . 

Ag-oué 

Athiémé 

Savé 

Totaux .... 



Année 1X9!: 


( 


Année 189S 


en 


plus 


Différence 


296.210 


09 


222.681 


54 


73.528 55 


1.418.897 


10 


839.896 


86 




— 


579.000 24 


277.093 


11 


201.935 


09 




— 


75.158 02 


311.711 


65 


287.300 


68 




— 


24.410 97 


13.802 


18 


13.305 


12 




— 


497 06 


244 


92 


)) 






— 


2i4 92 


11 


65 


115 


14 


en 
en 


moins 
plus 


103 49 


2.317.970 


70 


1.565.23't 


1^3 


752.736 27 



AGRICULTURE LNDUSTRIE C03U\JERCE 401 

Importations. 

Les augmentations à l'importation portent principalement 
sur les : 

Poudre 142.313 kil. en 1899 au lieu de 71.036 kilogen 1898. 

Monnaies 1. 711. 193 f 23 — G38.340f43 — 

Boissons 4.333.980 77 — 4.116.508 32 — 

Verres et cristaux. 192.330 13 — 89.737 18 — 

Ouvrages en bois. 263.240 66 — 84.874 73 — 

Les tabacs et tissus sont légèrement en diminution : 

Tabacs 411.922 kil. en 1899 contre 418.340 kil. en 1898. 

Tissus 1.933.396^15 en J 899 contre 2. 077. 326 f 38 en 1898. 

Ces chilfres n'ont rien d'alarmant; ils sont dus à l'écoule- 
ment des gros approvisionnements faits par les négociants 
l'année précédente, et qu'ils n'ont pu vendre que petit à petit 
dans le courant de l'année i(S99. C'est donc une diminution 
plus apparente que réelle. 

Exportations. 

Tous les produits du crû sont en augmentation : 

Amandes de palme exportées en lcS99 21 .850.982 kil. 

— — 1898... 

Soit en plus pour 1899 , 



Huiles de palme exportées en 1899. 

— — 1898, 

Soit en plus pour 1899 



Caoutchouc exporté en 1899 

— ■ — 1898 

Soit en plus pour 1899 



18 


.091. 


312 


3, 


,759. 


670 kil. 


9. 


650 . 
. 059 , 


081 kil. 
.539 


3. 


. 590 . 


542 kil. 




14. 
13 


,455 kil. 
.719 






736 kil. 



462 



LE DAIIOMEV 



Noix de cocos et coprah exportés en 1899 60.608^49 

_ _ 1898 17.343 54 



En plus pour 1899 43^6495 



Kolas exportés en 1899, 

— 1898. 

En plus pour 1899 



43.348 kil. 
29.695 



13.653 



Les destinations de ces divers produits se sont réparties de 
la façon suivante : 



DESTINATIOX 


AMANDES 
DE P A L ÎM E 


HUILES 
DE PALME 


CAOUTCHOUC 


KOLAS 


LafîTos 


kilo.^ 

13.433.544 
3.295.181 

» 

5.122.257 


kilog. 

3.974.851 
4.551.529 

» 
15.633 

1.108.068 


kilo-. 

10.701 

2.148 

» 

)) 

1.606 


kilou. 

42.637 
336 
375 


France . ... 


Colonies françaises. . 
Ano'leterre . . . . 


Allemagne 


Totaux 


21.850.982 


9.650.081 


14. 455 


43.348 



Les quantités embarquées par chacun des bureaux de la 
Colonie sont les suivantes : 



BUREAUX 



Porto-Novo . . . 

Kotonou 

Wliydah 

Grand-Popo. . . 

Totaux. . . 



KOLAS 


kilOiJ. 

42.637 
711 

)) 


43.348 



AMANDES 


DE l'ALMF, 




kiloj; 




13 


433 


544 


1 


481 


231 


3 


.451 


012 


3 


.485 


195 


21 


.850 


.982 



HUILES 


CAOUT- 


DE PALMK 


CHOUC 


kiloï. 


kilo-. 


3.974.851 


10.701 


2.716.325 


1.702 


1.719.727 


1.762 


1.239.178 


290 


9.650.081 


14.455 



TOTAUX 



kiloii. 

17.461.733 
4.199.969 
5.172.501 
4.724.663 



31.558.866 



AGRICULTURE INDUSTRIE — COMMERCE 4()3 

Ce mouvement ascensionnel dans le commerce ne peut que 
s'accroître, étant donnés les efforts que l'administration fait 
pour développer et étendre le plus possible les relations entre 
les populations de l'intérieur, ainsi que la g-rande liberté dont 
jouissent les commerçants. 



Importations. 

Les principaux produits de provenance européenne consom- 
més au Dahomey sont : 

Alcool à 90'\ — Importé en fûts de 450 litres environ, et 
appelés coYnm.nném.eni pu ne ho ns, terme portugais. Ce liquide 
provient du nord de la Russie en transit à Hambourg d'où il 
arrive directement sur la côte du Dahomey. 

Il provient également de Hongrie, en transit par un des ports 
de l'Adriatique et Marseille d'où il est expédié directement au 
Dahomey. 

(]et alcool est aussi importé en caisses de deux estagnons 
de 17 litres chacun, ce qui constitue la charge d'un homme. 
Ce mode d'emballage est spécial à Hambourg et convient pour 
les contrées où les transports ne peuvent être faits qu'à dos 
d'homme. 

Le prix de vente en gros pour une futaille de 450 litres 
varie entre 550 et 600 francs au maximum. L'estagnon de 
17 litres vaut entre 24 et 25 francs. 

Les taxes de consommation sont de 90 francs par hectolitre 
d'alcool à 100°, soit environ 365 francs par futaille d'alcool à 
QO*', et 13 fr. 50 par estagnon de 17 litres. 

Alcool à 6(h. — Pour faciliter les transactions commerciales, 
il est importé plus d'alcool à OO*' que d'alcool à 90°, les cou- 
pages étant toujours mieux faits en Europe. Il ne vient qu'en 



464 LE DAHOMEY 

punchons, les estagnons étant seulement utilisés pour l'alcool 
à 90o. 

Les prix de vente varient entre 350 et 400 francs la futaille 
de 450 litres. 

Ainsi que pour Talcool à 90**, les futailles ne sont pas com- 
prises dans le prix de vente ; elles sont réutilisées par les néf^o- 
ciants pour l'expédition en Europe de l'huile de palme. 

La taxe de consommation pour 1 alcool à 00^ est de 243 francs 
environ par futaille. 

Anisado. — Alcool réduit à 33^ et parfumé avec de 
Textrait d'anis russe. Il est contenu en des caisses renfermant 
12 bouteilles rondes en verre blanc d'une capacité d'environ 
50 centilitres ; chacjue bouteille est étiquetée et garnie d'une 
capsule en étain. 

Ce liquide est spécialement fabriqué à Marseille. 

Le prix de vente en gros est de 6 fr. 50 à 7 francs la caisse 
de 12 bouteilles. 

La taxe de consommation est de 1 fr. 65 par caisse. 

Rosolio^ Moscatel et liqueurs assorties. — Alcools parfu- 
més, qui sont importés à 18" alcooliques en caisses de 
12 bouteilles rondes en verre blanc contenant 50 centilitres 
environ, munies d'une étiquette et fermées par une capsule en 
étain. 

Ces alcools sont spécialement fabriqués à Marseille. 

Le prix de vente en gros est de 6 'r. 50 à 7 francs par 
caisse. 

La taxe de consommation est de 90 centimes par caisse. 

Genièvre. — Importé en caisses de 12 ])outeilles carrées en 
verre vert, d'une contenance de 70 centilitres environ ; il est 
fabriqué spécialement à IIand:>ourg à 50" alcoolit[ues. 

Le prix de vente est de 9 fr. 50 à 10 francs la caisse et la 
taxe de consonunation de 6 francs environ par caisse. 



AGRICULTL'RE INDUSTRIE COMMERCE 465 

Tahac en feuilles. — Importé d'Amérique soit en caisses de 
180 kilos environ ou en boucauts de 300 à 500 kiloo^rammes, 
en transbordement à Marseille, Liverpool ou Hambourg-. 

Le prix de vente est de 1 fr. 50 à 2 francs le kilog-ramme? 
suivant qualité. 

La taxe de consommation est de 50 centimes le kilogramme. 

Fusils rouges. — Fusils à pierre dont le bois est peint en 
roug-e et importés de Liège (Belgique) ou de Liverpool (Angle- 
terre) par caisses de 20 fusils. 

Le prix de vente est de 20 francs par arme et la taxe de con- 
sommation de 2 francs par fusil. 

Ils servent à la chasse des gros animaux. 

Fusils noirs. — Fusils à pierre au bois noir, de plus mau- 
vaise qualité encore que les précédents. Ils sont importés des 
mêmes lieux d'origine par caisses de 20 fusils; ils servent à la 
chasse du gibier à poils et à plumes et surtout pour tirer des 
coups de feu dans les réjouissances populaires. 

Leur prix de vente est de 17 à 18 francs par fusil, et la taxe 
de consommation de 2 francs par arme. 

Poudre de traite. — Elle est importée en barils de France 
ou d'Allemagne. Celle de France est de beaucoup préférée par 
les indigènes aux poudres étrangères. Elle provient de la pou- 
drerie de Saint-Chamas (Bouches-du-Rhône) ou de Hambourg. 

Elle est couramment en vente en barils de : 

7 kil. 500 à fr. 12 50. 
3 kil. 000 à fr. 6 25. 
1 kil. 500 à fr. 3 75. 

La taxe de consommation est de 50 centimes net par kilo- 
gramme. 

Le Dahomey. 30 



466 LE DAHOMEY 

Sel gemme. — Importé de *Haml)our^ par sacs de 20 ou de 
40 kilogrammes, il est de vente courante dans le royaume de 
Porto-Novo seulement. 

Les prix de vente sont de : 

1 fr. 85 par sac de 20 kil. 
3 fr. 70 — iO kil. 

La taxe de consommation est de 1 4 francs par tonne de 
iOOO kilogrammes. 

Sel marin. — Importé de Port-de-Bouc (Bouches-du-Rhône) 
en transit à Marseille, ou de Gagliari (Sardaigne). 

Il est de vente courante aux Popos et dans le Dahomey 
jDroprement dit. 

Son prix est de 2 fr. oO par sac de 2o kilogrammes et la 
taxe de consommation de 6 francs les 1000 kilogrammes. 

Le commerce des tissus. 

Au Dahomey, les tissus occupent par leur importance le 
second rang après les spiritueux ; alcools et tissus entrent pour 
60 ^/o dans le chiffre total des importations. 

D'après les statistiques de la colonie, le trafic s'élevait en : 



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et en 

Dans cette énorme quantité d'étolfes importées, la majeure 
partie est de fabrication anglaise et provient de Manchester ; 
les tissus français entrent seulement pour (pieUpies milliers 
de francs dans ces chiffres. Il est regrettable de constater la 
prédominance des produits étrangers sur les ])ro(luits 
français. 



AGIUCULTUHE INDUSTRIE COMMERCE 4G7 

Notre colonie est donc tributaire de l'Angleterre pour les 
tissus ; cependant nous possédons aussi des centres manufac- 
turiers importants produisant de belles étoffes capables de 
rivaliser avec les meilleures de nos voisins. On a remarqué, à 
la suite d'un essai tenté il y a quelques années par une maison 
de Fiers (Orne), que si nos tissus n'ont aucun succès sur les 
marchés dahoméens, cela tient d'abord à la cherté des pièces 
importées, puis à leur mode de pliage, à leur longueur et 
enfin à la façon de les présenter aux indigènes. 

Actuellement, la fabrication française est trop belle et trop 
bonne pour les pays noirs, où les tissus très ordinaires et sur- 
tout peu coûteux ont toujours la préférence ; l'industriel fran- 
çais fabrique des produits supérieurs, mais il vend cher ; 
l'allemand, au contraire, sacrifie la qualité au bon marché, et 
il se trouve d'accord sur ce point avec l'indigène. 

C'est donc à nos manufacturiers à étudier et à fabriquer des 
étoffes présentant les qualités et conditions exigées par le 
public indigène. 

Gomme en teignant le tissu écru l'indigène le brûle, il faut 
lui livrer des tissus qui, au lavage, gardent fraîches leurs 
couleurs. 

Il faut de l'étoffe empesée, sans valeur, de bas prix, de durée 
et de couleur éphémères, mais de bonne apparence ; tel est le 
problème à résoudre pour la A'ente des tissus. 

Il y a lieu de remarquer aussi qu'avec les noirs il faut sans 
cesse des tissus nouveaux, qui attirent l'œil ; un modèle trop 
connu, et par suite démodé, devient invendable. Les dessins 
comme les nuances doivent être renouvelés constamment 
et être très variés ; une balle de cent pièces, par exemple, doit 
contenir au moins dix dessins différents et autant de nuances 
diverses par dessin. 

Le pliage et la longueur des pièces ont aussi une grande 



468 LE DAII03IEY 

importance pour la vente des tissus. Il ne faut pas vouloir 
imposer nos f^oûts aux noirs, il faut au contraire rechercher les 
leurs; depuis plus d'un siècle ils sont habitués à recevoir des 
tissus plies de telle ou telle façon, en telle ou telle lonjj-ueur, et 
nous n'avons qu'à nous conformer à leurs habitudes. 

La lontj^ueur des pièces est variable suivant la catégorie des 
tissus. 

Dans les Béffentias la lon<^ueurest g-énéralementde 26 mètres ; 
les coi////5 aussi ont 12 ou 15 mètres, mais ces g-randes longueurs 
tendent à disparaître, parce que plus les pièces sont courtes, 
plus elles sont à la portée des petites bourses. 

Dans V indienne qui est le tissu le plus courant, on ne 
donne plus aujourd'hui que 7 m. 20 de longueur avec pliage en 
huit plis. 

En général, pour le pliage des pièces, la mesure observée 
est le yard qui équivaut à m. 90. 

Les indigènes ignorent le mètre, ils n'ont pas de mesure de 
longueur et dans la vente des tissus au détail on vend quel- 
quefois une longueur de bras. 

L'emballage des tissus est aussi une question capitale dont 
il faut tenir compte, à cause des difficultés de débarquement à 
la cote d'Afrique où les marchandises sont susceptibles de pas- 
ser par la barre si elles ne doivent franchir le wharf. 

Il faut donc un emballage spécial, très soigné et imper- 
méal)le, afin qu'en cas d'accident une balle puisse être retirée 
de l'eau sans qu'il y ait une seule pièce moniHée. 

L'eml)allage anglais est bien supérieur à l'emballage fran- 
V lis. Il se compose de plusieurs enveloppes superposées et 
comportant successivement ])apier glacé, papier ordinaire, toile 
gommée, toile goudronnée ou autre ingi'édient assurant l'im- 
perméabilité, puis finalement, toile d'emballage. 

Les balles sont pressées à la machine et entourées ensuite 



AGRICULTURE INDUSTRIE COMMERCE 469 

de trois cercles de fer. On peut ainsi rouler une balle comme 
une barrique sans qu'elle se déforme, ce qui n'est pas le cas 
avec l'emballage français où les balles sont le plus souvent 
entourées de paille et de toile pressées seulement à la main. 
L'usag'e ang-lais est aussi de faire suivre chaque balle expédiée 
de son échantillon de référence, ce qui permet aux réception- 
naires de montrer les dessins aux acheteurs sans être obligés 
d'ouvrir les balles. 

Si jusqu'ici les tissus français ont été peu appréciés ou peu 
connus dans la colonie, la faute incombe en grande partie à 
nos industriels qui paraissent se désintéresser de la lutte com- 
merciale avec nos concurrents. A un certain moment, ils avaient 
bien envoyé des échantillons de leur fabrication, les droits 
avaient été relevés pour favoriser l'importation des produits 
français, mais il n'ont pas persévéré dans leurs tentatives et 
aujourd'hui, comme autrefois, les tissus français sont rares au 
Dahomey. 

Il ne faut pas attendre les commandes à domicile, mais au 
contraire les rechercher et les solliciter ; il faut envoyer des 
échantillons partout, faire connaître notre marchandise, se 
remuer et agir. 

Les fabricants anglais ont des commis-voyageurs dans toutes 
les contrées du globe, mais c'est surtout aux sièges des 
grandes maisons de commerce d'Europe, possédant des comp- 
toirs dans les colonies, qu'ils s'adressent et qu'ils viennent pré- 
senter leurs échantillons. 

Il importe donc que nous les imitions si nous voulons riva- 
liser avec succès. 

En plus des tissus courants, il existe une catégorie plus 
riche, dont la vente en est aussi très importante au Dahomey : 
c'est celle des soieries et velours. 

Ces pièces sont généralement présentées dans d'élégants 



470 LE DAIIOMEY 

cartons blancs g-lacés, avec filets dorés et ornés de belles 
vig:nettes ; elles mesurent ordinairement 6 vards de lon"-uem\ 
soit o m. 40. 

Les velours, principalement, ont un g-rand écoulement dans 
la colonie et sont l'objet de toute l'attention des fabricants qui 
s'étudient pour en varier de plus en plus les dessins et les 
nuances. 

Les soieries et les velours importés au Dahomey sont plus 
particulièrement fabriqués en Allemag-ne. 

En résumé, tous les tissus avant cours sur les marchés 
dahoméens peuvent se classer en neuf catégories : 

Cotonnades écrues ou Régentias, Drill ; 

Satinettes, madapolam, croydons, damas brillantes (tissus 
blancs) ; 

Coutils de tous genres ; 

Cretonnes à dessins variés ; 

Indienne, grandes ou petites largeurs ; 

Mouchoirs carrés avec dessins, par pièces de huit ; 

Tissus divers, guinées, flanelles, etc. ; 

Velours ; 

Soieries. 

Un point à observer aussi j^our les fabricants, c'est que les droits 
sur les tissus sont perçus au Dahomey à raison de fr. 50 par 
kilogramme d'étoile. Il faut done éviter de mettre des apprêts 
trop lourds sur les pièces, afin de ne pas leur donner trop de 
poids, autrement les droits renchériraient tellement la mar- 
chandise qu'elle ne pourrait supporter la concurrence 
étrangère. 

Les autres articles européens importés dans la colonie con- 
sistent en articles de bazars, bimbeloterie, cotonnades 
anglaises, faïences, quincaillerie, mercerie, chaussures, verro- 



AGRICULTURE INDUSTRIE COMMERCE 471 

teries, comestibles, riz, briques, charbon de terre, potasse, 
allumettes, bière, fils, tissus divers, cordages, monnaies d'or 
et d'arg-ent, ouvrages en fer et acier, futailles vides, effets 
confectionnés, savons, papiers, matériaux de construction, 
farine, vins et sirops, sucre, chapeaux, parapluies, cannes, bon- 
neterie, articles de Paris, etc. etc. 

Les statistiques publiées par le Journal officiel de la colonie 
donnent pour 1899 les chiffres suivants : 



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474 LE DAHOMEY 



Exportations. 

Les principaux articles exportés de la colonie sont les huiles 
et amandes de palme, dents d'éléphants, noix de kolas et de 
coco, coprah (ou pulpe sèche de la noix de coco), poissons 
secs ou fumés, maïs, arachides, les étoffes enfîl d'ananas, etc. 

Les tableaux suivants donnent le relevé des exportations 
de la colonie pour l'année 1899. 



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AGRICULTURE INDUSTRIE 



COMMERCE 



477 



ANNEE 1899 



Alouvement de la Navigation dans les différents points 
de la colonie. 

Les vapeurs se succèdent sur rade comme l'indique le relevé 
suivant : 



DÉSIGNATION DES PORTS 


ENTRÉES 


SORTIES 


OBSERVATIONS 


Porto-Novo 

Kotonou. . ... 


140 
i31 

70 

94 

6 


139 
131 

70 
94 
6 ^ 


Ce port situé sur la lagune est 
en relations avec Kotonou et 
Lagos sur la cote. 


Whydah . . . 


Grand-Popo 


Ao'oué 


Totaux 


441 


440 



Dans ce mouvement est compris le cabotag-e, c'est-à-dire le 
voyag-e effectué par un même navire depuis son entrée jusqu'à 
sa sortie de la colonie. 

Le mouvement maritime s'établit comme suit par pavillons : 



478 



LE DAIIOMKY 



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AGRICULTURE INDUSTRIE COMMERCE 479 

On voit par les chiffres qui précèdent que le développe- 
ment économique du Dahomey se dessine d'une façon accen- 
tuée. 

Malheureusement, le fret allemand et le fret anglais béné- 
ficient beaucoup plus de ce mouvement commercial que le fret 
français. 

Si le trafic des importations et des exportations est plus 
considérable par Lag-os que par Kotonou, cela provient du bas 
prix du fret demandé par les Compagnies de navigation an- 
glaises et allemandes. 

En effet, les prix moyens de fret sont les suivants : 

Via Lagos — de Porto-Novo à bord des navires en rade 

de Lagos 1 2 . 50 

Fret de Lagos en Europe 15 . » 

La tonne '27 . 50 

Via Kotonou — de Porto-Novo à bord des navires en 

rade de Kotonou 13 . » 

Fret de Kotonou en Europe •2'2.50 

La tonne 35 . 50 

soit une différence de 8 fr. par tonne, au profit de Lagos. 

Il est donc à souhaiter que notre marine marchande sorte 
bientôt de la période de décadence qu'elle traverse depuis 
quelques années, que désormais elle occupe la première place 
dans toutes nos transactions avec nos colonies et qu'elle se 
mette rapidement en mesure de vaincre la concurrence étran- 
gère. 



48,0 LE DAHOMEY 

Tarifs divers. 

TAXES ET DROITS 

Le budg'et de la colonie, sans imposer des charf^es exagérées 
au commerce local, suffît à faire face à toutes les dépenses 
d'administration, y compris les dépenses de souveraineté. 

Les recettes réalisées pendant les dix dernières années sont 
les suivantes : 

1890 3-25. 219^-^89 

1891 460.523 45 

1892 639.004 89 

1893 1. 046.057 96 

1894 2.021.082 05 

1895 1.695.207 09 

1896 1.673.474 61 

1897 1.914.515 47 

1898 2.409.915 50 

1899 2.790.010 08 

La colonie n'a k sa charge aucune dette exigible, malgré les 
dépenses considérables nécessitées par l'occupation effective 
des territoires situés dans la boucle du Niger, dépenses qui 
étaient hors de proportion avec les ressources de la colonie. 

Les taxes et droits sont indiqués ci-après : 

TAXES DE CONSOMMATION 

Un arrêté du 22 juin 1899 a fixé les taxes de consomma- 
tion suivantes, perçues dans la colonie du Dahomey et dépen- 
dances, sur les marchandises dénommées ci-après, fabriquées 
dans la colonie ou provenant de l'extérieur : 



AGRLCULïURE INDUSTRIE COMMERCE 481 

1^ Genièvre : 

De 0° il '20« inclus, le litre 0.50 

De 21° à 50^ inclus, le litre 0.750 

Au-dessus de 50", augmentation proportionnelle de 0. 0150 par 
litre et par degré. 

2^ Alcoools^ rhums, tafias et spiritueux de toute nature, 
en fûts ou tout autre emballage : 

(Les dames-jeannes et les estagnons sont l'objet de dispositions 

spéciales). 

Par hectolitre et par deg^ré l'r. 90 

3^ Alcools, rhums, tafias et spiritueux de toute nature, 
en dames-jeannes ou en estagnons : 

Les alcools, rhums, tafias et spiritueux de toute nature 
contenus dans des dames-jeannes et estag-nons, seront soumis 
aux taxes des alcools, rhums, tafias et spiritueux en fûts, plus 
une surtaxe de fr. 05 par litre. 

Ceux contenus dans des bouteilles quadrangulaires imitant 
les bouteilles de genièvre subiront une surtaxe de Ofr. 15 par 
bouteille. 

i'' Vins artificiels : 

Le régime de l'alcool est applicable à tous les vins artifi- 
ciels, c'est-k-dire ne résultant pas de la fermentation du raisin 
frais, de quelque façon qu'ils aient été obtenus. 

5^ Tabac : 



Par kilogramme 


... l'r 


. 50 




6" Poudre : 








Par kilogramme 


fr 


. 50 




Dahomey. 




31 



482 LE DAHOMEY 

7^ Fusils de traite : 
Par pièce 2 fr. 00 

Les armes de précision ne pourront être introduites dans la 
colonie qu'en vertu d'une autorisation spéciale et nominative 
du secrétaire g'énéral. Elles acquitteront le droit de 4 ^/o 
ad valorem. 

8^ Sel marin : 
Par tonne de 1.000 kilogrammes,... 6 fr. » 

9^ Sel (je m me : 
Par tonne de 1.000 kilogrammes... 14 IV. » 

10^ Tissus de toutes provenances fahrir/ués dans la colonie 
ou provenant de V extérieur : 

Par kilogramme fr. ÔO 

Les marchandises et denrées de toute nature, autres que 
celles dénommées ci-dessus, provenant de la colonie ou impor- 
tées de l'extérieur, acquitteront une taxe k la consommation 
de 4 ^/o ad valorem. 

Ad valorem^ pour cent i fr. » 

La valeur sera déterminée d'après les prix portés sur les 
factures (frais de transport ou de fret compris s'il y a lieu), 
augmentés de 25 ^j^. 

Sont exemptées de la taxe de consommation, les marchan- 
dises et denrées énumérées ci-après : 

Amandes de palme, animaux vivants, approvisionnements 



AGRICULTURE INDUSTRIE C0M3IERCE 483 

destinés «^ux services publics et aux l)âtiments de FEtat, 
armes et munitions de «guerre proprement dites, bois, fer, 
fontes et boulons pour constructions, charbon de terre, chaux, 
ciment, plâtre, pierres, sable, briques, ardoises et feutre pour 
couverture, verres à vitres, effets à rusa<j;-e des voyag'eurs, 
effets d'habillement, d'équipement pour les troupes et d'uni- 
formes pour les fonctionnaires, emballag-e servant à l'exporta- 
tion des marchandises, eml^arcations à vapeur ou autres, fruits 
frais et graines, fûts, futailles en bottes et en cercles, huile de 
palme, instruments aratoires, instruments de précision, de 
musique et de mathématiques, légumes frais, livres et 
registres imprimés, musique, étiquettes imprimées, machines 
à vapeur ou autres, chaudières à lapeur et pièces détachées 
de machines, maïs, manioc et ignames, matériel pour les ser- 
vices publics et de l'Etat, médicaments, monnaies ayant cours 
légal, noix de cocos et de kolas, o])jets mobiliers, ocres, tôles 
ondulées, clous à zinc et à feutre, ornements d'église et objets 
destinés au culte, outils, instruments d'art ou mécanique, pois- 
sons frais et viandes fraîches. 



Droits de sortie du Dahomey et régime douanier 
des produits d'origine importés en France. 

Il n'existe aucun droit de sortie au Dahomey sur les mar- 
chandises à l'exportation. 

Les produits naturels ou fabriqués, orig'-inaires de la colonie 
et importés directement en France, sont soumis au droit du 
tarif minimum, sauf exceptions réglées par décret rendu en 
Conseil d'Etat. 

Cette disposition est appliquée aux bois à construire ou 
d'ébénisterie et bois odorants, huile de palme qui sont admis 



484 LE DAHOMEY 

en franchise, et aux -cafés qlii bénéficient de la détaxe de 
moitié du tarif métropolitain. 

Les défenses d'éléphants, le caoutchouc et les amandes de 
palme sont exempts de droits à leur entrée en France. 

Voici quelques chitFres relatifs au prix de revient des expor- 
tations coloniales en Europe. 

Huiles de palme : 

Prix d'achat moyen au Dahomey. . . '240 fr. » la tonne. 

Fret du Dahomey en Europe 32. 50 — 

Cours du 27 octobre 1899 570. » — 

(^Principaux débouchés ; Marseille, Liyerpool et Hambourg). 

Amandes de palme : 

Prix d'achat moyen au Dahomey. . . 140 fr. » la tonne. 

Fret du Dahomey en Europe 27. 50 — 

Cours du 27 octobre 1899 270. » — 

(Principaux débouchés : Marseille, Liverpool et Hambourg). 

Caoutchouc : 

Prix d'achat sur le littoral, de 2 fr. 75 à 5 fr. le kilog., 
suivant la qualité. 

Fret du Dahomey en Europe 40 IV. la tonne. 

Cours de 8.000 fr. à 12.000 fr. la tonne. 
(Principal débouché : Anvers). 

Maïs : 

Prix moyen d'achat au Dahomey 25 IV. la tonne. 

Fret du Dahomey en Europe .'i5 » — 

Cours à Marseille, de 901V. à 1201V. la tonne. 





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486 LE DAHOMEY 

Droits d'ancrage des navires. 

Ces droits sont de : 

1 fr. 00 par tonneau pour les bâtiments étrangers, 
fr. 50 — — français. 

Ils ne sont perçus que dans les lagunes intérieures de la 
colonie, et ils sont dus pour chaque voyage par tous les na- 
vires de commerce français ou étrangers. 

Tarif du "Wharf de Kotonou. 

8 fr. par tonne à Timportation 
et 6 fr. — à l'exportation. 

Compagnies de navigation 

La j^rincipale des compagnies de navigation qui assurent 
les transports entre la métropole et notre colonie du Dahomey 
est la Compagnie des C hargeurs-Réunis, dont le siège social 
est à Paris, 11, boulevard des Italiens. 

Elle exécute depuis juillet 1889 un service maritime postal 
entre le Havre, Cherbourg, Bordeaux-Pauillac et nos différentes 
colonies de la côte occidentale d'Afrique. Ce service, qui 
n'était que de deux mois en deux mois, est devenu mensuel 
depuis le 11 août 1899, la compagnie des Chargeurs-Réunis 
ayant décidé de doubler son service postal par un service non 
subventionné. 

La colonie du Dahomey se trouve donc reliée mensuellement 
avec le Havre et Bordeaux-Pauillac par les navires de cette 
comj)agnie («Ville de Maranhao », «Ville de Maceio » et 
« Ville de Pernambuco ») qui, partant du Havre le 11 de chaque 



AGRICULTURE INDUSTRIE COMMERCE 487 

mois et de Bordeaux le 15, font escale successivement aux 
ports de Ténériffe, Dakar, Konakry, Grand-Bassam, Kotonou, 
Libreville, Gap Lopez, Loango et remontent la rivière Gongo 
jusqu'à Matadi, d'où part le chemin de fer belge allant à Léo- 
poldville. 

Les retours ont lieu tous les mois par les mêmes points ; 
les navires touchent le 3 à Kotonou en retour. 

Au point de vue du confortable et de Tinstallation, la com- 
pagnie des Ghargeurs-Réunis ne laisse rien à désirer. 

Prix des passages. — Les prix des passages sont les suivants : 

l-^ecl. 2« cl. 3« cl. 



Du Havre ou de Cherbourg' à Kotonou. 

De Bordeaux à Kotonou 

De Sainte-Croix de Ténérilfe à Kotonou. 

De Dakar à Kotonou 

De Konakry à Kotonou 

De Grand-Bassam à Kotonou 

Les enfants de passagers au-dessous de 1 an sont transpor- 
tés gratuitement, ceux de 1 à 4 ans paient quart de place, et 
ceux de 4 à 12 ans, demi-place. A 12 ans et au-dessus les 
enfants paient place entière. 

Pour les familles voyageant collectivement, il est accordé 
une réduction de 5 ^/^ sur le prix des billets. 

Chaque passager de l'"'^ ou de 2<^ classe a en outre droit sur 
ses bagages, à une franchise de poids de 200 kilog. ne dépas- 
sant pas 3/4 de mètre cube. Les passagers de 3^ classe n'ont 
droit qu'à 100 kilog. ne dépassant pas 300 décimètres cubes. 
Pour les enfants, la tolérance est calculée sur le prix payé selon 
leur âge. 



fr. 


fr. 


fr. 


945 


810 


360 


900 


765 


315 


855 


675 


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495 


360 


180 


405 


•290 


145 


160 


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55 



488 .LE DAHOMEY 

Taux de fret des marchandises et des produits entre 
le Dahomey et l'Europe. 

Les taux de fret pour les marchandises solides et liquides 
sont les suivants : 

Fret f/"a//e/' (par mètre cube ou tonne de 7U0 kilog). — Sels 
en sacs 2o francs. Fondions en bottes, fûts démontés, cercles, 
30 francs. Briques, carreaux, tuiles en caisses, charbons en sacs 
ou briquettes, 32 fr. 50 ; riz en sacs [\q riz aux 1.000 kilog"), 
chaux, ciments, fers bruts et matériaux de construction, 
32 fr. oO ; anisado en caisses, genièvres, alcools, tafias, savon, 
sel en barres ou en blocs, bois bruts et travaillés, 32 fr. oO; 
liqueurs, vins en caisses, bières, eaux minérales, vins en fûts, 
spiritueux, 35 francs ; biscuits, bougies, conserves, cordages, 
droguerie, épicerie, farine, peinture, 37 fr. 50 ; goudron et coaltar 
(sur le pont), 37 fr. 50; provisions, sucre et denrées coloniales, 
37 fr. 50 ; colliers en verre, faïence, machinerie, outils, 40 
francs; pipes, poteries, ferronnerie, tabac, verrerie, perles, cou- 
tellerie, armes, 40 francs ; effets, étoffes, literie, mercerie, 
meubles, parfumerie, bimbeloterie, quincaillerie, tissus, coton- 
nades, 45 francs; marmites (le mètre cube), 30 francs ; pétrole 
et acides (sur le pont), 55 francs ; poudre en barils, 60 francs ; 
bijoux, espèces^ orfèvrerie, pierres précieuses, horlogerie (^ sur la 
valeur) 1/2 ^o ; embarcations, bateaux démontables (sur le 
pont), tarif à débattre; dynamite, ex23losifs de toute nature, 
cartouches, amorces, douilles amorcées, tarifa débattre, et 
marchandises non dénommées k taxer par assimilation. 

Les échantillons sans valeur sont taxés au tarif suivant : 

Au-dessous de 5 kilojj;'. et jusqu'à 5 décimètres I5 fr. 

De 5 à 25 kilog^. ou de 5 à '25 décimètres '20 n 

De 25 à 5() kilo*,'', ou de 25 à 50 décimètres 25 » 

De 50 à 100 kilog. ou de 50 à 100 décimètres 30 » 



ACxRICULTURE INDUSTRIE C03IMERCK 489 

Fret de retour (par mètre cube ou tonne de 1.000 kilog.). — 
Amandes de palme, coprahs, 27 fr. oO ; huile de palme 
40 francs; bois d'ébène, 27 fr. 50; bois roug-e, 27 fr. 50 ; bois 
d'acajou (pour les billes ne dépassant pas 1.500 kilog.) et 
d'ébénisterie, 40 francs ; graines de coton, 48 francs ; arachides, 
35 francs ; fibres, cacao, café en grains, gingembre, poivre, 
55 francs ; caoutchouc, gomme, cire, 66 francs ; cuirs et peaux, 
68 francs; ivoire (par kilo brut), 25 centimes; marchandises 
non dénommées, 60 francs ; espèces et valeurs, or et argent, 
pierres précieuses (sur la valeur) 3/4 ^/o. 

Le minimum de fret est de 25 francs pour les colis mis à 
fond de cale et de 50 francs pour ceux lourds et encombrants 
allant sur le pont. 

Les autres compagnies de navigation qui font le service de 
la côte occidentale d'Afrique sont la compagnie Fraissinet, de 
Marseille, la compagnie de Navigation mixte ^ de Marseille, la 
compagnie allemande Wormann^ de Hambourg et les com- 
pagnies anglaises British and African steani navigation C^ et 
African steani ship navigation C^, de Liverpool. 

La plupart de ces compagnies sont très disposées à faire 
des rabais et à donner les plus grandes facilités aux voyageurs. 

Le taux du fret est variable aussi suivant la compagnie et 
selon l'imporiance des chargements effectués. 




CHAPITRE VIII 

HYGIÈNE A OBSERVER DANS LA COLONIE 



S0M3IA1RE 



Les maladies et leurs remèdes. — Habitations. — Nourriture. — 
Réj^-'ime. — Equipement. 

Les maladies et leurs remèdes. 

Par son humidité constante et sa chaleur accablante, le 
climat du golfe de Bénin débilite fortement l'organisme et 
amène en peu de temps un affaiblissement général de la santé 
de l'Européen. Son pouls bat alors plus vite, une moiteur 
continuelle couvre son corps, ses digestions, rapides et sans 
aucun profit, sont incomplètes, la production de sa bile est 
abondante, l'homme s'énerve peu à peu et devient irritable 
pour un rien. 

L'anémie et la fièvre guettent sans cesse le blanc et aucun 
n'en est exempt ; mais on arrive par une hygiène bien com- 
prise à mieux résister aux atteintes du climat. 

L'anémi'e est due surtout à la débilité de l'estomac; 
elle apparaît au bout de quelques mois de séjour à la côte, 
la peau devient jaune, les oreilles sont pâles et transpa- 
rentes, on citronne. 



492 LE DAH03IEY 

Pour combattre l'anémie et* en atténuer les effets^ il est bon 
de prendre périodiquement des fortifiants, des toniques, du 
quinquina, du fer, etc. 

Si Ton veut retarder l'apparition obligatoire de la fièvre due 
au paludisme du pays, il faut avant tout être très sobre car le 
moindre excès se paie tôt ou tard. 

Ses 2^remières atteintes se font généralement sentir au bout 
d'un mois, rarement plus tard que trois ou quatre. 

La fièvre débute d'abord par une courbature et une lassitude 
générales, des douleurs dans les articulations, un manque 
d'appétit, un dégoût de nourriture, un malaise qui va crois- 
sant. Ces symptômes sont accompagnés parfois de fortes 
migraines, de coliques et même de diarrhée très opiniâtre, 
mais l'indisposition ne se manifeste pas de la même façon chez 
les différents individus et tous les malades n'éprouvent pas les 
mêmes prodromes. 

La fièvre vient graduellement ; elle consiste d'abord en une 
sensation de froid, on grelotte puis l'on a chaud. Ton étouffe et 
finalement Ton rend de la bile. Les vomissements durent 
plusieurs heures, et plus ils sont abondants plus ils sou- 
lagent. 

La violence des accès de fièvre dépend des tempéraments; 
leur durée est parfois de quelques heures seulement, comme 
elle peut être de plusieurs jours. 

Pour atténuer les accès de fièvre il faut, dès que l'on éprouve 
un symptôme quelconque, prendre chaque jour, en deux fois, 
80 centigrammes ou un gramme de sulfate de quinine délayé 
dans vm demi-verre d'eau dans lequel on jette un cristal d'acide 
tartrique. De cette façon, le médicament agit presque instan- 
tanément ; mais il faut l'absorber deux heures au moins avant 
le repas ou trois heures après, autrement il passe dans la 
digestion et reste sans effet. 



HYGIÈNE A OBSERVER DANS LA COLONIE 493 

Lorsque les indices de fièvre diminuent, on doit réduire la 
dose de quinine de 15 centig-rammes par jour pendant plu 
sieurs jours encore. Si, au contraire, les symptômes continuent, 
on portera la dose jusqu'à un gramme et demi, en deux fois, 
et on ]3rendra au réveil un bon purgatif de sulfate de soude 
(50 grammes délayés dans deleau). 

Il est inutile de prendre la quinine pendant l'attaque de fièvre ; 
elle ne doit être prise que comme remède préventif ou bien 
après l'accès, pour en prévenir le retour. Il est prudent de 
continuer à en absorber pendant plusieurs jours encore, mais en 
diminuant chaque fois la dose. 

Pour mesurer la dose de quinine, les habitués savent que le 
contenu d'une feuille de papier à cigarette repliée à ses extré- 
mités équivaut à un gramme. 

Si la fièvre n'est pas trop fréquente, il est préférable de la 
laisser suivre son cours, car elle préserve d'autres maladies. 
Les vomissements et la transpiration qui en résultent soulagent 
toujours ; il est vrai qu'on reste un peu affaibli, mais l'appé- 
tit revient ainsi que le sommeil et l'on est tranquille pour 
quelque temps. 

Plus l'anémie augmente, et moins l'on a de force pour résis- 
ter aux atteintes de la fièvre, mais à la longue, la maladie 
n'apparait plus que rarement; c'est le cas des vieux cotiers 
C{ui, complètement anémiés, n'ont même plus la force d'être 
fiévreux. 

Bien souvent aussi, il est bon de ne pas dédaigner les 
remèdes indigènes qui donnent parfois d'excellents résultats, 
au contraire des drogues d'Europe souvent avariées par l'humi- 
dité et la chaleur. 

Les insomnies persistantes se combattent avec un peu de 
chloral. 

Les infusions d'herbes du pays sont très curatives dans les 



494 LE DAHOMEY 

cas d'éruptions cutanées très fréquentes, résultant de l'exces- 
sive chaleur des tropiques. 

Pour éviter les insolations, il est indispensable de porter en 
toutes circonstances le casque en liège. Une insolation est 
très mauvaise, et souvent elle est accompagnée d'un accès 
pernicieux de fièvre. 

Dans ce cas, outre la quinine que l'on fait absorber au 
malade, il faut encore lui envelopper la tête de compresses 
froides constamment renouvelées pour arriver à faire diminuer 
la fièvre. 

Les accès bilieux hématuriques sont combattus par de Tan- 
tipvrine absorbée à très haute dose ; les cas en sont assez 
fréquents au Dahomey ainsi qu'à Lagos, c'est le mal du pays. 
L'alcoolisme prédispose à cette maladie, généralement mortelle. 

Dans tous les postes français, les Européens sont assurés de 
trouver une boîte de médicaments périodiquement renouvelés, 
et les instructions nécessaires pour soigner les maladies ordi- 
naires du pays. 

Habitations. 

Les habitations européennes doivent être isolées des cases 
indigènes et comporter un étage ou un rez-de-chaussée suré- 
levé, autant pour éviter les rhumatismes et les douleurs prove- 
nant de l'humidité, que les rats, les serpents et les insectes 
qui pullulent dans le pays. 

Quoique les voleurs ne soient pas à craindre, la maison doit 
être entourée d'une forte palissade ou d'un mur; néanmoins il 
est bon de ne jamais rien laisser traîner. 

Comme il est très malsain de coucher dans une chambre 
close, il faut dormir avec fenêtres et portes ouvertes la nuit ; 
les courants d'air auxquels l'on peut être exposé sont bien 




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406 LE DAHOMEY 

atténués 23a r la moustiquaire dont Tusag-e est indispensable aux 
colonies. 

Il faut surtout éviter de faire de la lumière dans la chambre 
où Ton repose à cause des moustiques et autres insectes qui 
y seraient vite attirés et dont le bourdonnement seul est déjà 
désagréable. 

Nourriture. 

Dans les pays chauds, une nourriture substantielle est la 
base de la santé. Il faut surtout varier son ordinaire et prendre 
des aliments frais. Mais la sobriété est indispensable, aussi 
bien sous le rapport des aliments que de la boisson. L'on doit 
boire le moins possible et mang-er modérément. Se lever de 
table avec une pointe d'appétit est une excellente recomman- 
dation, car en ne surcharg-eant pas son estomac les diges- 
tions sont plus régulières, et, par suite, plus profitables. 

Comme viande, l'Européen au Dahomey peut facilement se 
j^rocurer du bœuf, du mouton, du chevreau et même du gibier 
s'il le commande aux indigènes. 

Gomme volailles, il trouve des poules, des canards, et, par 
suite, des œufs. 

Quant au laitage, on consomme du lait concentré en boite, 
dans les postes où Ton n'en trouve pas d'autre. 

Les légumes européens sont communs sur la côte ; dans 
toutes les localités, on trouve des plantes comestibles 
indigènes. 

En outre, le pays oifre à l'étranger une diversité de plats 
dont plusieurs ne sont pas dédaignés des gourmets. 

On mange le cochon de lait, l'agouti, le jeune singe rôti, la 
queue du crocodile à la daube aux carottes, l'iguane qui a le 
goût du lapin, l'écureuil ou rat-palmiste, le rat d'amandes de 



HYGIÈNE A OBSERVER DANS LA COLONIE 497 

palme, les roussettes, énormes chauve-souris fructivores, des 
grosses sauterelles rôties, des escargots du pays, etc., etc. 
Le python est un manger délicieux, fort prisé des maho- 
métans. 

Les conserves alimentaires importées dans la colonie 
s'achètent partout, mais il faut se méfier des boîtes avariées 
qui sont facilement reconnaissables à leur fond déformé, qui 
est convexe au lieu d'être plat, et dont le bombement provient 
des gaz qui se sont accumulés à l'intérieur. 

Régime. 

Malgré la chaleur qui règne aux colonies et l'anémie 
qui vous mine, il faut éviter de dormir après le repas du 
matin. 

La sieste est une mauvaise habitude, contraire à la santé, et 
l'exercice à Tombre est indispensable après manger pour obtenir 
une bonne digestion. On doit absolument réagir contre la som- 
nolence qui vous gagne, car, autrement, on risque de n'avoir 
plus d'appétit pour le soir, et cependant il faut se nourrir si 
l'on veut résister au climat. Du reste, dès que la digestion est 
commencée, l'envie de dormir disparaît. 

Celui qui se laisse aller au sommeil se réveille avec la 
bouche pâteuse, la tète lourde, des aigreurs d'estomac, et il 
reste indisposé pour toute la soirée. 

11 est toujours très dangereux de sortir sans casque et sur- 
tout de séjourner au soleil pendant les heures les plus chaudes 
de la journée. Dès que l'on éprouve le moindre malaise après 
une sortie, avoir bien soin d'avaler un peu de quinine à titre 
de préventif contre la fièvre. 

Quand on le*peut, il est bon de se doucher au réveil, avant 
de prendre le café noir ou le thé chauds du déjeuner. 

Le Dahomey. 32 



498 LE DAHOMEY 

Six OU sept heures de sommeil doivent être suffisantes ; Ton 
doit se coucher une ou deux heures après le repas du soir et se 
lever avec le jour ; c'est le moment le plus agréable, car l'air 
est alors d'une fraîcheur délicieuse. 

En observant un pareil régime et les précautions sanitaires 
indispensables, on a beaucoup de chance de bien se porter au 
Dahomey, surtout si l'on conserve sa gaîté et que l'on sait se 
procurer quelques distractions. Mais il ne faut jamais avoir la 
nostalgie du pays, autrement l'on est perdu. 

Après chaque séjour de deux ou trois années dans la colo- 
nie, il est prudent de venir se refaire la santé quelques mois 
en Europe. Une fois l'anémie disparue, on peut y retourner 
pour une nouvelle période de même durée. 

Équipement. 

L'essentiel, au Dahomey, est d'avoir de fortes chaussures, 
un peu de linge, des gilets de flanelle, des chaussettes. 

Les tailleurs indigènes confectionnent à bon compte des 
habits avec les étoffes du pays. 

Gomme arme, un simple revolver suffît. 

Un bon conseil à ceux qui seraient tentés de chercher la 
fortune au Dahomey, c'est de s'assurer au préalable d'une 
position quelconque, sinon ils s'exposeraient à la misère et à la 
maladie dès leur arrivée. 

En se conformant à ce qui précède, ils reviendront un jour 
dans la mère patrie, satisfaits d'eux-mêmes et de l'emploi de 
leur temps. 




BOULEVARD 



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Plan général de rExi)osilion du Dahomey. 



CHAPITRE IX 

LE DAHOMEY ET DÉPENDANCES A L'EXPOSITION 

DE 1900 



SOMMAIRE 



Inauguration de TExposition du Dahomey. — Description 
générale. — Indigènes. — Récompenses. 

Inauguration de l'Exposition du Dahomey. 

Le soin de préparer et d'organiser l'exposition du Dahomey 
et dépendances a été confié à MM. M. Béraud, ancien négo- 
ciant au Dahomey, commissaire, et L. Brunet, secrétaire 
général du Comité du Dahomey et secrétaire du Syndicat de 
la Presse Coloniale, commissaire-adjoint, sous la haute 
direction de M. J. -Charles-Roux, délégué des Ministères des 
Affaires Etrangères et des Colonies à l'Exposition Universelle. 

La tâche présentait quelque difficulté, le Dahomey, en rai- 
son de sa récente conquête, n'ayant jamais participé à une 
Exposition. 

Pendant près de deux ans, M. L. Brunet s'est entièrement 
consacré à la mission qui lui avait été dévolue et il a su s'en 
acquitter k la satisfaction de tous. 

C'est grâce au zèle et à l'initiative qu'il a déployés dans la 
partie active, dont il a toujours tenu à assumer seul toute 



502 LE DAHOMEY 

la C'hai-i>e, que l'exposition du Dahomey et dépendances a pu 
être complètement achevée en temps voulu. 

La confiance qui avait été lémoig-née à M. L. Brûnet s'est 
trouvée ainsi pleinement justifiée. 

Le 30 mars, au cours d'un f^^rand banquet offert à tous ses 
collaborateurs de l'Exposition des Colonies et présidé par 
M. A. Picard, commissaire général de l'Exposition Univer- 
selle, M. J. Charles-Roux a pu dire, en parlant dans son 
discours de l'exposition du Dahomey : « Et ici je suis heureux 
de rendre hommage aux efTorts persévérants du Commissariat 
du Dahomey qui est arrivé, je dois le dire, bon premier. » 

Et l'exposition du Dahomey n'est pas parmi les moins 
importantes, ainsi qu'on en jugera par la description géné- 
rale que l'on en trouvera plus loin. 

Le 7 avril 1900, la section dahoméenne ouArait officieu- 
sement ses portes à un certain nombre d'invités. 

MM. J. Charles-Roux, Victor Ballot, M. Béraud, L. Bru- 
net et L. SitFert, architecte, ont fait à leurs invités les hon- 
neurs de la section. 

Parmi les personnalités j^résentes, MM. Etienne, le général 
Dodds, Saint-Germain, Haussmann, J.-L. Deloncle, Camille 
Guy, le général Chariot, président du Comité du Dahomey, 
etc., ainsi que la plupart des fonctionnaires du Commissariat 
Général de l'Exposition des Colonies, des Commissaires des 
autres Colonies, des collaborateurs de M. Brunet et des expo- 
sants. 

Après la visite de l'exposition, M. Béraud a j)rononcé le 
toast suivant : 

« Je vous remercie, Messieurs, au nom de mes collal)ora- 
« leurs et au mien, d'avoir bien voulu assister à cette réunion. 

« Nous sommes très flattés de nous voir entourés des plus 
« fermes défenseurs de la cause coloniale : au premier rang, 



LE DAn03IEY ET DÉPENDANCES A LEXPOSITION DE 1900 503 

« M. Etienne, qui a joué un rôle si importantdans la création 
(( et le développement de nos établissements africains et dont 
« la grande et lég itime influence se fait sentir dans toutes les 
« questions qui intéressent l'expansion de notre pays au dehors. 
« Je suis heureux de retrouver à ses côtés, aujourd'hui, deux 
(( de ses plus anciens et plus actifs collaborateurs, M. Ilauss- 
« mann et M. J.-L. Deloncle. Les situations enviées que le 
« gouvernement de la République leur a confiées en dehors 
(( de Tadministration cc^oniale n'ont pas fait oublier les ser- 
« vices qu'ils y ont rendus. 

« J'adresse à M. Charles-Roux, notre commissaire général, 
« à M. Saint-Germain, notre directeur, au personnel du Com- 
« missariat, l'expression de notre gratitude pour la bienveil- 
« lance et l'appui qu'ils nous ont toujours prêtés en facilitant 
(( notre tâche et en aplanissant bien des ditlicultés adminis- 
« tratives. 

(( Je remercie M. Jean Decrais, secrétaire général du minis- 
« tère des Colonies, d'avoir bien voulu se joindre à nous, et je 
« le prie de transmettre au ministre l'assurance de notre 
« entier dévouement. 

« Je suis véritablement heureux de saluer le général Dodds 
« qui, lui aussi, nous a fait l'honneur d'assister à cette inau- 
« guration. 

« Je n'ai pas besoin. Messieurs, de rappeler les hauts faits 
(( du général auquel nous devons la conquête du pays de 
« Béhanzin. 

« Vous venez. Messieurs, de parcourir notre Exposition. Si 
(( nous avons pu réunir ici de si intéressants objets du Dahomey, 
« nous le devons à son sympathique et distingué gouverneur 
(( M. Ballot. 

« Le Dahomey a eu la bonne fortune, depuis que le Dahomey 
« existe en tant que colonie française, d'avoir conservé le 



504 LE DAHOMEY 

« même chef qui Ta vivifié, transformé par son initiative tou- 
(( jours en éveil, par son esprit de réforme, par son habileté 
« comme administrateur. » 

(( Les bienfaits de cette stabilité se font sentir par la prospé- 
« rite du commerce, par le développement des ressources 
(( locales qui ont présenté, Tannée dernière, un excédent de 
« plus de 800.000 fr. » 

« Ici nous en avons, sous une autre forme, un témoignage 
(( manifeste et bien fait pour étonner tîeux qui connaissent les 
(( préjugés de F ancien Dahomey. » 

« A l'appel de M. Ballot, les fétiches dn Dahomey, ces 
(( fétiches qui présidaient naguère aux sanglantes coutumes 
(( d'Abomey, ont traversé l'Océan pour venir assister à ces 
« fêtes de la paix que la France célèbre cette année. » 

(c Vous les avez vus, alignés en grand nombre, ces fétiches 
« qui ne devaient pas s'éloigner de la capitale de l'ancien 
« Royaume. C'est à l'influence personnelle du gouverneur, 
« à la confiance qu'il inspire qu'est dû ce résultat. M. Ballot 
« a promis que les fétiches reviendraient intacts au pays natal : 
« ils seront rendus fidèlement à ceux qui les attendent — non 
(( sans quelque anxiété peut-être — et ils apporteront aux 
« populations primitives qui croient encore à leur pouvoir un 
« redoublement d'attachement pour la France qui les a affran- 
« chies en leur faisant aimer la liberté. » 

(( Je dois, Messieurs, remercier mes principaux collabora- 
« teurs qui ont le plus contribué à la réussite de notre Exposi- 
« tion : M. L. Brunet, commissaire-adjoint, pour son activité 
« infatigable, son labeur et son dévouement de tous les ins- 
(c tants ; M. L. Siffert, architecte, qui a su si artistement dresser 
« un plan d'ensemble représentant bien le style des construc- 
« tions du Dahomey : la tour et la galerie des sacrifices, les 
« demeures des anciens rois, et cela malgré les difficultés du 
« terrain. » 




Le Dahomey à rExposition Universelle de 1900. 
L'entrée principale et la tour. 



o06 LE DAHOMEY 

« Je leur adresse, Messieurs, mes plus vifs remerciements 
« et je les recommande spécialement à la bienveillance de 
« riionorable M. Charles-Roux, notre distingué commissaire 
« o'énéral. » 

(( Je lève mon verre k la prospérité de notre chère colonie 
« du Dahomey, et à vous tous, Messieurs. » 

M. Etienne, en quelques mots, félicite les commissaires 
de l'Exposition du Dahomey et rappelle l'œuvre féconde du 
g-ouverneur Ballot. Il adresse un salut au général Dodds 
et évoque le souvenir de sa brillante campagne. 

M. le général Dodds remercie en excellents termes M. Etienne 
et tient à constater que les grands résultats déjà obtenus dans 
l'Afrique occidentale sont dus surtout et plus qu'à tout autre 
à M. Etienne lui-même, au grand colonial qui est le chef 
incontesté du parti de la plus grande France. 

Avant de commencer la description de l'exposition du 
Dahomey, il est juste de rendre hommage à M. L. Giethlen, 
secrétaire, ainsi qu'à tous ceux qui ont été des collaborateurs 
dévoués et qui ont eu à cœur de s'associer à l'œuvre de vulga- 
risation et de propagande que la Colonie a voulu poursuivre 
par sa participation brillante à l'Exposition Universelle. 

Description générale. 

L'Exposition du Dahomey est située dans les jardins du 
Trocadéro, côté de Passy, près la rue Le Nôtre, en l)()rdure 
du boulevard Delessert. Elle a pour voisinage immédiat les 
pavillons de la Côte d'Ivoire, de l'Inde et du Syndicat de la 
Presse coloniale. 

La section forme un ilôt de 2.115 mètres dont laspect est 
celui d'un village dahoméen, avec ses constructions imitant 
la (( terre de barre » et recouvertes de chaume. 



LE DAHOMEY ET DÉPENDANCES A l'eXPOSITION DE 1900 507 

Un mur rustique, peu élevé et comme démoli tout exprès, 
l'entoure complètement d'une ceinture pittoresque. 

L'architecte de la section, M. Louis Siffert, a su tirer un 




Le Dahomey à rExposilion universelle de 1900. 
Pavillon principal et paillolte lacustre. 



merveilleux parti du terrain, fortement incliné vers la Seine, 
et il a rendu la « couleur locale » avec une scrupuleuse 
exactitude. 

Les deux principales constructions édifiées au centre ne 



S08 LE DAH03IEY 

sont pas des reproductions fidèles de bâtiments dahoméens. 
Le souci artistique réclamait une « silhouette » se détachant 
franchement de l'ensemble des pavillons qui entourent le 
Dahomey. D'autre part, les exigences de la circulation néces- 
sitaient des dispositions spéciales. 

Le pu])lic a eu vite fait de baptiser la tour de 20 mètres 
qui surmonte l'entrée de « Tour des Sacrifices », se rappelant 
sans doute les pratiques barbares de Béhanzin, et la p^alerie 
qui abrite une table de sacrifices a été nécessairement appelée 
« Salle des Sacrifices ». 

Si le public français connaît généralement peu la géogra- 
phie, les histoires fantastiques et cruelles se fixent dans sa 
mémoire avec une extrême facilité. Il peut avoir oublié la 
situation géographique du Dahomey, mais il a gardé le sou- 
A^enir de Béhanzin, qui goûte aujourd'hui à la Martinique les 
douceurs de lexil. 

Il est vrai de dire que la dernière campagne du Dahomey 
et la victoire du général Dodds ont laissé dans notre esprit 
une impression très vive, bien faite pour flatter notre orgueil 
national. 

Si Texposition du Dahomey a eu, dès le début, un immense 
succès de curiosité, c'est un peu à ces causes que nous le 
devons et le public s'est porté en masse au Trocadéro, attiré 
par le souvenir de Béhanzin, des fameuses amazones et du 
populaire général Dodds. 

Ceux qui savent, ont voulu voir de près la figure que ferait 
le Dahomey à l'Exposition ; ceux-là connaissent la situation 
brillante de la colonie au point de vue agricole et économique, 
ils connaissent sa richesse et ils savent que c'est aux efforts 
du gouverneur Victor Ballot que l'on doit cette brillante 
situation. 

En somme, le visiteur venu à l'Exposition du Dahomey, 



LE DAHOMEY ET DÉPENDANCES A l'eXPOSITION DE 1900 509 

qu'il soit simple curieux ou initié, n\i pas été déçu et il a 
reconnu que la colonie avait fait ce qu'on était en droit d'at- 
tendre d'elle, et son exposition occupe au Trocadéro, après 
celle de l'Indo-Ghine, de Madagascar et de la Tunisie, la 
place la plus importante. 

Le pavillon central, sorte de tata flanqué d'une tour très 
élevée, est composé de deux grandes salles principales. 

Dans la petite pièce qui sert d'entrée, quelques sièges de 
cabécères et un comptoir où sont débités les ouvrages sur la 
colonie, des photographies et des cartes postales reproduisant 
des vues et des types du Dahomey, ainsi que des clichés pris 
à l'Exposition même. 

La première salle est la plus grande. Parmi les collections 
ethnographiques dont elle est abondamment garnie, deux 
choses frappent immédiatement la vue. C'est d'abord, 
à droite, une carte du Dahomey de 3 m. 50 sur 2 mètres, 
occupant le milieu d'un panneau. Cette carte, d'une lecture 
facile, a été mise à jour d'après les documents les plus récents. 
Le tracé du chemin de fer, sur le point d'être construit, et 
qui doit aller de Kotonou au Niger français, y est indiqué. 
M. le Président de la République lors de sa visite au Pavillon 
s'est longuement arrêté devant cette carte sur laquelle il a 
suivi le tracé de la ligne. 

A droite et à gauche, divers documents sont disposés. 
D'abord, la carte du chemin de fer, établie par la mission 
d'études dirigée par le commandant Guyon. La première 
carte gravée du royaume de Dahomé, dressée par Robert 
Norris, en 1790, puis une série réduite de toutes les cartes 
anciennes du Dahomey, depuis la première carte hollan- 
daise de 1595 jusqu'à une carte anglaise du xix^- siècle. 

Ces deux derniers documents sont dus aux recherches 
de M. A. Pavvlowski. 



510 LE DAHOMEY 

Puis, sur un immense panneau, des renseignements et des 
statistiques dont les chillVes étonnent le visiteur qui verra 
avec quelle rapidité les atlaires du Dahomey ont progressé, 
sous l'administration du gouverneur Ballot. 

Nous reproduisons ci-contre, pour l'édification de nos lec- 
teurs, cet important document. 

Enfin, pour les philatélistes, un tableau des différentes 
émissions de timbres-poste. 

La seconde chose qui sollicite immédiatement Tattention, 
c'est, couronnant plusieurs meubles, de grandes olives de 
verre contenant de l'huile de palme. 

Les visiteurs, en voyant la large place réservée à ce produit, 
seront obligés de retenir que l'huile de palme, tirée du fruit 
du palmier cà huile, constitue la principale richesse agricole 
de la colonie. 

Les murs de cette salle sont recouverts d'armes de toutes 
sortes et d'objets anciens et modernes, vêtements, récades, coif- 
fures, masques, etc., provenant des différentes régions du 
Dahomey. 

Des étiquettes générales et des étiquettes spéciales pour les 
pièces les plus remarquables, renseignent le visiteur. 

Une grande partie des envois de la colonie, réunis à Porto- 
Novo par les soins de M. Fonssagrives, administrateur des 
colonies, président du Comité local de l'Exposition, se trouve 
mélangée à la collection du général Dodds, riche en souvenirs 
de Béhanzin, et à celle du gouverneur du Dahomey, de l'ad- 
ministrateur Beurdeley, de AOL Paul Daumont, L. Brunet, 
de Tovalou Quenum, un no taille indigène, etc. 

A droite et à gauche, installés sur des estrades, les sièges 
et les fétiches royaux, appartenant au roi Ago-li-Agl30, récem- 
ment destitué. 

Pour quicon(|ue connaît le fanatisme' des indigènes du 



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ol2 LE DAH03IEY 

Daliomev, cette exhibition de fétiches est surprenante, et leur 
présence à Paris est une preuve de la confiance dont jouit le 
Gouverneur auprès des noirs. M. Ballot a promis que tous ces 
objets A'énérés par les féticheurs retourneraient intacts au 
Dahomey et cela a suffi. 

Aussitôt l'Exposition fermée, ces animaux bizarres, cuiras- 
sés de fer blanc et de cuivre, retourneront à Abomey, où ils 
seront rendus à la vénération des féticheurs. 

La série des sièg-es des rois qui se sont succédé sur le trône 
d' Abomey est complète, depuis celui de Dako-Donou, premier 
roi, jusqu'au siège de Ago-li-Agbo, successeur de Béhanzin. 

Les plus intéressants sont ceux de Agonglo, septième roi, 
recouvert de feuilles d'argent, et de Guézo, huitième roi, qui 
repose sur quatre crânes humains. 

A signaler parmi tant de choses, dont la plupart ont une 
histoire, et qui méritent toutes Tattention du visiteur, une 
superbe défense d'éléphant, appartenant au gouverneur Ballot 
et dont le poids dépasse 90 kilos. 

Egalement deux tams-tams monstres, le mâle et la femelle, 
faisant partie de la jolie collection d'instruments de musique 
de M. le comte Louis d'Osmoy, administrateur des colonies. 

Dans des vitrines plates, l'on peut admirer une importante 
collection de bijoux d'or, d'argent, de bronze et de verroteries, 
fabriqués au Dahomey. 

Un certain nombre de ces bijoux est l'œuvre de O'Bassa, 
un bijoutier indigène qui fait partie du détachement envoyé 
à l'Exposition universelle. 

Dans les autres vitrines, des armes et des petits objets 
divers sont exposés. Sur un plateau de velours l)lanc, les 
insignes des différents grades de l'ordre de l'Etoile noire sont 
présentés à côté de la médaille commémorative de la campagne 
du Dahomev et de la médaille coloniale. 



LE DAHOMEY ET DÉPENDANCES A l'eXPOSITION DE 1900 513 

Plusieurs panneaux de cette salle sont recouverts de nattes 
«t de tissus du pays, pagnes de coton et de paille et de coton 
et paille mélang-és, finement tissés, hamacs de Whydali, etc. 

De l'examen attentif des documents et objets exposés dans 
cette première salle, ressort la démonstration géographique et 




Le Dahomey à l'Exposition universelle de 1900. 
Galerie des fétiches. 



économique. Les spécimens ethnographiques y sont très abon- 
dants et les industries des indigènes du Dahomey largement 
représentées. 

Avant de quitter c-ette salle, saluons les bustes en bronze 
du général Dodds et du gouverneur Ballot placés à droite 
et à gauche de la porte, et admirons celui du roi Tolfa. Ces 

Le Dahomey. 33 



514 LE DAHOMEY 

trois remarquables morceaux de sculpture sont dus au talent 
du statuaire Charles Perron, qui a obtenu une deuxième mé- 
daille au Salon de 1899. 

Les murs de la seconde pièce, moins grande que la précé- 
dente, sont g-arnis de vitrines hautes. 

L'intérieur du bâtiment répond à l'extérieur. Les meubles 
ont des formes bizarres, ils sont bariolés de peintures gros- 
sières et ornés de récades, de coupe-coupe et de masques 
dahoméens. 

Dans les deux salles, courant tout autour, une curieuse frise 
peinte par Georges Garnier, à la manière naïve des indigènes 
du Dahomey, représente des scènes de la vie indigène. 

Dans la première salle, nous avons vu la chasse, la pèche, 
le palabre, etc. ; dans celle-ci, nous remarquons la cueillette 
des noix de palme, la fabrication de l'huile de palme, les po- 
tiers, les tisserands et les ouvriers d'art. 

Les produits du Dahomey occupent une place importante 
dans cette seconde salle. 

La vitrine de gauche contient, dans de grands bocaux, des 
régimes du palmier à huile, dans un autre, des noix détachées 
de ces régimes, puis encore les amandes extraites de ces noix, 
et enfin, dans plusieurs récipients semblables à ceux qui sont 
disposés dans la salle, de l'huile de palme provenant, soit de 
la pulpe des noix de palme, soit des amandes de ces noix. 

De l'oléine, de la glycérine, des bougies et des savons de 
toilette démontrent quelles sont les principales applications 
industrielles que l'huile de palme est susceptible de recevoir. 

Les deux tableaux ci-contre, placés dans la vitrine, indi- 
quent les quantités d'amandes et d'huile de palme exportées 
par la Colonie de 1891 à 1899. 



LE DAHOMEY ET DÉPENDANCES A l'eXPOSITION DE 1900 515 
AMANDES DE PALME 

Exportations de la Colonie. 

En 1891 16. •253.912 kilog. 

1892 14.398.262 — 

1893 20.322.755 — 

1894 24.062.489 — 

1895 21.177.719 — 

1896 25.251.650 — 

1897 12.875.442 — 

1898 18.091.312 — 

1899 24.850.982 — 

HUILES DE PALME 

Exportations de la Colonie. 

En 1891 6.616.259 kilog. 

1892 4.751.675 — 

1893 7.499.726 — 

1894 8.318.117 — 

1895 12.438.975 — 

1896 5.524.698 — 

1897 4.077.022 — 

1898 6.052.137 — 

1899 9.650.542 — 

L'importance de ces produits est encore soulignée par des 
pancartes ainsi rédigées : 

Les Grands Produits du Dahomey. 

AmA^sDES de PALME. HuiLES DE PALME. 

Les autres produits exposés sont les arachides, le coprah, la 
kola, les noix de karité et le beurre que Ton en tire, le caout- 
chouc, le café, le cacao, l'indigo, le manioc, les piments, le 
poivre du pays (iVtakou), le gingembre, plusieurs espèces de 
coton, un lot important d'ivoire, etc. 



516 LI-: DAHOMEY 

Le docteur Gouzien, réniinetit médecin en chef du Daho- 
mey, à qui Ton doit k\ découverte si précieuse d'un remède 
efficace contre les accès bilieux hématuriques, a réuni dans 
une vingtaine de bocaux une collection très complète de 
plantes médicinales employées par les indigènes. 

Des prélèvements ont été faits sur chaque échantillon par 
M. G. Linas, pharmacien-chimiste expert, dans le but d'étu- 
dier ces plantes dont la plupart semblent présenter un intérêt 
tout spécial. 

Les principaux produits sont répétés dans une petite vitrine 
placée au centre de la salle, avec des échantillons de riz, de 
maïs blanc et jaune, de haricots, de mil blanc et rouge, de 
farine de manioc, etc., et d'antimoine de provenance du Haut- 
Dahomey. 

Une autre vitrine, faisant pendant à la première, contient 
des instruments de précision à l'usage des explorateurs, expo- 
sés par la maison Guyard, Canary et O^. 

La vitrine de droite comprend, entre autres vêtements 
royaux, un costume complet d'apparat, en velours brodé or, 
tiré de la garde-robe du roi Tolfa ; sur les bottes, les armes de 
Porto-Novo. Une couronne surmontée d'un lion et une tiare 
accompagnent le costume. 

Dans cette même vitrine, de riches fétiches en or et en 
argent, appartenant au roi Ago-li-Agbo, la tunique de la géné- 
ralissime des Amazones, et des bonnets de perles ayant coiffé 
Béhanzin, rapportés par le général Dodds. 

La vitrine de Tangle de gauche contient des poteries, des 
armes et des objets de cuir travaillés à la manière arabe. 

Dans celle qui lui fait face, sont exposés les travaux de 
vannerie, les bois sculptés, les objets de cuivre, etc. 

Plusieurs centaines de photographies sont disséminées dans 







o 

'C5 rV] 



518 LE DAHOMEY 

les deux salles sur quatre pieds à pivots supportant chacun 
des cadres mobiles à double face. 

Les collections de photographies rapportées par M. le gou- 
verneur Ballot de ses explorations dans le Haut-Dahomey et 
au Niger, celles du commandant James Plé et de l'administra- 
teur Beurdeley se font remarquer par leur intérêt. 

Accrochées aux murs quelques jolies aquarelles, originaux 
de dessins parus dans Y Illustration au moment de la campagne. 

Avant de quitter le pavillon central, le visiteur peut circu- 
ler sur les galeries qui l'entourent. Là, des spécimens des bois 
du pays : rocco, coker (ronier) et bois de fer. Des panneaux 
de marquetterie où ces trois essences combinées sont appli- 
quées sur les murs extérieurs pour montrer le merveilleux 
parti que les industries du meuble et du parquet pourraient 
tirer des bois du Dahomey, à peu près inconnus en Europe. 

Un escalier relie le pavillon central à un second bâtiment 
composé d'une salle de rez-de chaussée a galerie circulaire. 

Si, pour la construction de ce pavillon, l'imagination de 
l'architecte a suppléé au manque d'éléments, le pittoresque 
n'y a rien 2:)erdu. Les galeries sont supportées par quatre 
gigantesques requins — le requin étant l'animal symbolique 
cher à Béhanzin. — Des serpents, évoquant le souvenir du 
temple de Zagnanado élevé au culte du serpent, en honneur 
au Dahomey, s'enroulent gracieusement autour des poutrelles 
qui soutiennent les galeries. 

Ornant les quatre angles, d'immenses parasols de guerre de 
grands chefs ou cabécères aux étoffes multicolores jettent une 
note gaie sur cette salle où le public contemple, non sans effroi, 
une table de sacrifices! Un des parasols, en soie celui-là, appar- 
tenait à Béhanzin. 

La table des sacrifices, placée au centre de la salle, est sur- 
montée d'attril>uts symboliques ; elle est entourée d'une série 



LE DAHOMEY ET DÉPEND A^•CES A l'eXPOSITION DE 1900 ol9 

de grands coupe-coupe de difTérentes formes, fichés en terre 
par le manche et de deux billots de bois de fer en Y. 

Une multitude de fétiches en fer et en bois finissent de gar- 
nir cette salle. 

Aux murs, des panneaux à parquet en bois du pays, des 
nattes tressées à Whvdah et une superbe toile due au pinceau de 
M. Druard, élève de Bonnat, représentant notre protégé Toffa, 
roi actuel de Porto-Novo, dans son costume de gala, la poi- 
trine barrée par le grand cordon bleu clair de Tordre de T Etoile- 
Noire. 

Avant de procéder à la visite des nombreuses annexes, l'on 
entre dans une pièce formée par le sous-sol du pavillon central. 
Elle est occupée par l'exposition de la Compagnie Ouémé- 
Dahomey. C'est un peu la répétition des salles déjà visitées, 
armes, objets divers, ivoires, tissus et produits. 

Une carte du Dahomey montre remplacement occupé par 
les territoires dont cette Compagnie est concessionnaire. 

A signaler une profusion de tableaux, agrandissements 
photographiques très réussis de types et paysages dahoméens 
par M. Leroi. 

Supporté par deux colonnes, un immense tableau occupe 
le milieu de la salle, il représente les plans du wharf de Koto- 
nou, cette « porte » du Dahomey, construit par MM. Daydé 
et Pillé. 

A gauche des bâtiments principaux une petite pièce d'eau 
sur laquelle est construite une habitation lacustre comme on 
en rencontre sur le lac Xokoué. Des filets de pêche sont accro- 
chés à la paillotte. 

L'eau de cette vasque s'écoule par des rochers dans un lac 
minuscule qu'elle alimente. La profondeur de celui-ci est, au 
milieu, d'environ quatre mètres, afin que les indigènes puissent 
y plonger au moment des grandes chaleurs. 



520 LE DAHOMEY 

Trois pirog-ues creusées dans des troncs d'arbres, munies de 
leurs pagaies se balancent doucement à la moindre brise sur 
ce petit lac où elles se trouvent un peu à l'étroit, l'emplacement 
n'ayant pas permis de faire plus grand. 

Chaque pirogue mesure de 7 à 8 mètres et pèse environ 
250 kilos. Ce sont ces embarcations qui sillonnent les lagunes 
et les fleuves de la colonie. 

Une plage en miniature où s'ébattent, au soleil, les femmes- 
indigènes, puis une paillote, flanquée d'un mirador, alfectée- 
au poste des gardes du Dahomey, terminent ce côté de la sec- 
tion du Dahomey dont la pointe se dirige vers l'exposition du 
Sénégal. 

Dans l'angle opposé, près du pavillon de l'Inde, s'élève une 
grande paillote où un industriel de Roubaix, M. Victor Vaissier, 
livre au public des pains de savon dans la composition desquels 
l'huile de palme du Dahomey entre pour une grande part. 

Les savonnettes i^ont frappées et préparées sous les yeux du 
public. 

Elles sont présentées dans des boîtes portant une vignette 
représentant l'Exposition du Dahomey et le titre : Transfor- 
mation de V huile de palme en savonnerie. 

Une notice sur l'huile de palme — récolte, fabrication et 
application — accompagne chaque boîte. 

Cette démonstration industrielle est très intéressante. 

Les murs du pavillon occupé par M. Victor Vaissier sont 
ornés d'armes, de fétiches et de photographies du Dahomey. 

Une vitrine élégante, en forme de kiosque, est placée au 
milieu, elle contient des spécimens de tous les produits fabri- 
qués par cette imj^ortante maison et plus particulièrement des 
essences dont quelques-unes portent des étiquettes d'extraits 
du Dahomey. 

¥a\ face, et placée devant le pavillon du Syndicat de la 



LE DAHOMEY ET DÉPENDANCES A l'eXPOSITION DE 1900 521 

Presse coloniale, une grande paillote est réservée aux ouvriers 
indigènes. 

Les bijoutiers occupent une pièce carrée où ils confectionnent 
des bijoux d'or et d'argent et des objets de cuivre. 

A l'extérieur, les tisserands exercent leur petite industrie à 
l'abri du chaume et confectionnent, à l'aide de leur métiers 
primitifs, des tissus où les fils de coton se mélangent à l'alfa. 

A côté, une serre où se retrouve encore l'originalité dont 
tous les bâtiments de M. Siffert sont empreints. 

Deux immenses serpents en gardent la porte, enroulant 
gracieusement leurs volutes autour d'un vase qui en garnit le 
faîte. 

Dans cette serre, dont la charpente a été construite par 
M. Ozanne, exposant, et le chauffage installé par M. Lebœuf, 
la maison Vilmorin, Andrieux et C'^ y essaie l'acclimatation 
des spécimens de la flore du Dahomey ainsi que des plantes 
susceptibles d'y réussir, telles certaines variétés de caoutchouc, 
de café et de cacao. 

En remontant la pente, l'on revient au point de départ, 
c'est-k-dire vers l'entrée principale du boulevard Delessert. 

Au niveau de cette entrée, une autre paillote a été édifiée 
en façade, près d'un bouquet de beaux arbres, au milieu d'un 
massif d'arbustes. 

Cette petite construction, reproduction exacte d'une case 
dahoméenne, est surmontée du pavillon tricolore. Sur un pan- 
neau rustique se lit : « Dahomey et dépendances : Direction », 
c'est ici le bureau. 

Un petit mur protège le bureau contre la foule des curieux. 
C'est aussi par là que l'on accède à la paillote où travaillent les 
ouvriers indigènes. 

La paillote où est installé le bureau se compose de deux 
petites pièces. Le bureau proprement dit est à droite. La pièce 
de gauche est alTectée aux échantillons. 



522 LE DAHOMEY 

Les échantillons sont de deux sortes. D'abord les produits 
de la colonie dont des spécimens sont exposés dans les vitrines 
et que certains visiteurs pourront examiner là de plus près sur 
leur demande. 

La seconde catégorie comprend les articles de provenance 
européenne d'un usage courant au Dahomey et dont on n'a vu 
que quelques types dans la grande vitrine des produits, 
notamment une al)ondante collection de tissus, depuis le simple 
calicot jusqu'au velours broché. 

Des pièces entières dans chaque genre indiquent la manière 
de plier et de présenter la marchandise au goût des indigènes. 

Les prix de vente dans les pays d'origine et les droits aux- 
quels sont soumis ces tissus à l'entrée dans la colonie sont 
portés sur chaque échantillon. 

Il en est de même pour les alcools, les liqueurs, les armes 
de traite, etc. 

Tissus et alcools sont presque tous de provenance anglaise 
et allemande. 

Nos industriels, nos négociants, sont invités à prendre con- 
naissance de ces références, et nous espérons qu'ils en proli- 
teront, car il faut que l'indigène du Dahomey s'habitue à 
connaître les produits français auxquels il aura vite donné la 
préférence sur ceux de Manchester ou de Hambourg. 

Des publications très complètes contenant d'abondants 
renseignements sur la colonie sont débités au public à des prix 
insignifiants. 

Voilà, fixée dans ces quelques notes, la visite rapide de 
Texposition du Dahomey, exposition complète et l)ien comprise 
d'où le visiteur, quel qu'il soit, conservera le souvenir et dont 
il pourra tirer, s'il le désire, des renseignements profitables. 




^^ 



524 LE DAHO.MEY 

Indigènes. 

L'intérêt offert par Texposition du Dahomey est encore 
rehaussé par la présence d'un détachement de 26 indigènes qui 
achèvent de donner à la section son caractère local, déjà si 
orig-inal par ses constructions. 

Cette exhibition ethnographique a le charme d'être absolu- 
ment neuve. 

On a vu en France de soi-disant Dahoméens, provenant en 
réalité du Togo allemand ou du Lagos anglais, mais on ne 
connaissait pas encore le type véritable du Dahoméen. 

Ces indigènes, soldats et artisans, envoyés à l'Exposition 
par le gouvernement local du Dahomey, n'ont donc absolument 
rien de la banalité des troupes de noirs que des barnums pro- 
mènent à travers l'Europe et qui pratiquent la mendicité. Le 
Dahoméen n'est pas mendiant et l'on pourra s'en convaincre 
à l'Exposition où jamais l'on ne verra un noir demander. 

Ceux-ci sont principalement de races Nago et Djedji, c'est-à- 
dire du Bas-Dahomey. 

La petite troupe est composée de dix hommes de la garde 
civile indigène du Dahomey, dont la plupart, anciens tirailleurs 
haoussas, ont fait partie de nos dernières expéditions colo- 
niales et notamment de celle de Madagascar ; sept artisans, 
bijoutiers, tisserands et vannier, et de cinq femmes et quatre 
boys. 

A titre de curiosité nous en donnons les noms : 

Garde civile : 

Bakary, brigadier; Emilio, sous-brigadier et sa femme 
Syé ; Abougou, Adéribibé, Alabi, Amoussou, Atéko et sa 
femme Alimatou; Fachénya, Oyeindé, Oyétoundé et sa femme 
xVmabou. 



LE DAHOMEY ET DÉPENDANCES A l'eXPOSITION DE 1900 523 

Artisans : 

Aoussou, bijoutier, et son boy Samuel; O'Bassa, bijoutier, 
sa femme Efryèque et son boy Gomoran; François Martin, 
bijoutier, et son boy Adébéla; Bakary, tisserand, Mania, tisse- 
rand et son fils Alla; Osseni, tisserand et sa femme Fatoma, 
et Doté, vannier. 

Quelques-uns de ces indigènes ont fréquenté les missions 
catholiques et comprennent le français, très peu le parlent ; 
seul, le sous-brigadier Emilio parle et lit assez couramment. 
Les trois tisserands, marabouts musulmans, n'en connaissent 
pas un mot. 

Un boy, Samuel, parle et écrit convenablement l'anglais. 

Pendant leur séjour à Paris les Dahoméens suivent les cours 
de r Alliance française et de la Méthode Berlitz. 

Rien n'est d'ailleurs négligé pour les instruire et les amuser 
afin qu'ils emportent dans leur pays un bon souvenir de la 
patrie adoptive et qu'ils propagent leurs impressions qui ne 
peuvent manquer d'être excellentes. 

Chaque semaine un jour est consacré aux visites à l'Expo- 
sition et aux promenades dans Paris ; M. Brunet, qui s'occupe 
spécialement du détachement avec une grande sollicitude, les 
accompagne toujours. 

La petite troupe excite naturellement sur son passage un 
vif succès de curiosité, et les badauds s'amusent de l'étonne- 
ment de ces grands enfants qui manifestent leur joie et leur 
surprise avec force gestes et exclamations bruyantes. 

Au Trocadéro, le succès des Dahoméens est considérable ; 
les gardes civils, de très bonne tenue, le partagent avec les 
ouvriers qui confectionnent sous les yeux du public des bijoux 
bizarres finement travaillés et des pagnes patiemment tissés. 

Les femmes rient et s'amusent au bord de la pièce d'eau et 



o2B LE DAHOMEY 

dansent quelquefois au son "des tams-tams sur lesquels les 
g-ardes au repos tambourinent consciencieusement en cadence. 

Les danseuses ne s'arrêtent que pour fuir devant l'objectif 
qui les guette. — C'est une manie que les amateurs photo- 
graphes ne trouvent pas toujours à leur goût. 

Les bijoutiers, au besoin forgerons, sont habiles et fabriquent 
des bijoux d'or et d'argent et des objets en cuivre assez curieux 
qu'ils ont la faculté de vendre au public. Tous les ouvriers tra- 
vaillent pour leur compte. 

Les gardes sont chargés de la police de la section daho- 
méenne et ils observent très sérieusement la consigne ; ils 
reçoivent ici leur solde ordinaire, c'est-à-dire 1 fr. 25 par jour. 

Le soir, à la fermeture du pavillon, tous les noirs sont con- 
duits chez eux, dans le logement que M. Brunet leur a fait ins- 
taller d'une manière aussi confortable que possible, à proximité 
du Trocadéro. 

Le Bastion 57, dont ils occupent le quatrième étage de l'aile 
droite, est situé boulevard Lannes ; une zone boisée très éten- 
due l'environne et lui amène un air pur. 

Les indig-ènes de Madagascar envoyés à l'Exposition habitent 
le même bâtiment. 

L'aménagement ne laisse rien à désirer : cuisines spacieuses, 
lavabos, salles de douches, infirmerie, etc., rien n'y manque. 

La nourriture est saine et abondante. 

Le détachement dahoméen est placé au Bastion sous la sur- 
veillance de M. Cabarroques, brigadier des douanes du Daho- 
mey, qui a été chargé de l'amener à Paris. 

Tous les matins les gardes civils sont exercés par M. Paul 
Langlois, garde principal de L*' classe du Dahomey, également 
attaché à la section. 

Trois fois par semaine, le Docteur E. Binet, l'éminent méde- 
cin-adjoint de l'Hospice National des Quinze-Vingts, qui a 




^ s 

o 



528 LE DAHOMEY 

spécialement étudié les maladies des races noires, visite les 
Dahoméens. 

Arrivés à Paris le 20 avril, il y a eu au début quelques 
rhumes sans gravité et les malades sont devenus de plus en 
plus rares en même temps qu'apparaissait la chaleur. 

Les Dahoméens sont tous de santé robuste, ils sont résis- 
tants, et le bonheur de se trouver à Paris suffirait à leur faire 
oublier les maux dont ils seraient atteints. 

Récompenses. 

Des différents Jurys qui ont examiné son exposition parti- 
culière le Dahomey a obtenu 49 récompenses. 

Ce résultat est merveilleux si Ton considère le nombre insi- 
gnifiant d'exposants. C'est le Comité loc.il de Porto-Novo qui 
a fait tous les frais, aussi a-t-il obtenu 32 récompenses à lui 
seul. Les principaux produits de la Colonie ont reçu un grand 
prix, et plusieurs médailles d'or et d'argent. 

M. Pascal, le distingué gouverneur par intérim quia dirigé, 
à Porto-Novo, la préparation de l'Exposition, a obtenu une 
médaille d'or de collaborateur, et M. Jean Fonssagrives deux 
médailles d'argent. 

Le succès obtenu auprès des Jurys compétents qui ont exa- 
miné les produits dahoméens est la consécration de la partici- 
pation brillante du Dahomey à l'Exposition Universelle de 
1900. M. le gouverneur Ballot et son principal collaborateur 
M. Pascal peuvent être fiers de ce résultat. 

Nous nous sommes étendus peut-être un peu longuement 
dans cette description, nous arrêtant à une foule de petits 
détails. Il nous a cependant paru intéressant de faire une 
monographie complète qui pourra servir de document pour 
l'avenir. 



L'AVENIR DU DAHOMEY 

CONCLUSIONS 



Par les statistiques rassurantes et pleines cUespoir qui sont 
exposées dans les chapitres ([ui précèdent, on a pu se rendre 
compte que la situation générale de notre jeune colonie est des 
plus satisfaisantes, et que le Dahomey est assurément une 
acquisition heureuse pour la mère-patrie. 

Ces brillants résultats sont dus à l'héroïque général Dodds, 
le vainqueur de Béhanzin, et au gouverneur Victor Ballot, 
l'habile organisateur du pays. 

Par la conquête, accomplie par une poignée de l^raves savam- 
ment dirigés, nous avons délivré des peuplades douces et intel- 
ligentes de leur monarque sanguinaire ; des cruels sillons ouverts 
par la guerre jaillit maintenant une admirable floraison de civili- 
sation, de progrès et de paix. Ce ne sont pas là les seuls effets 
de notre généreuse intervention. L'occupation du pays nous 
ouvrait en même temps les routes du Niger que M. Ballot et 
ses hardis collaborateurs ont su si habilement couper à nos 
voisins, Anglais et Allemands. 

Mais il ne suffisait pas d'avoir opéré la conquête de la colo- 
nie, il fallait aussi en tirer parti et savoir la rendre féconde par 
sa mise en valeur. Cette organisation est l'œuvre personnelle 
de M. Victor Ballot et il a le droit d'en être fier. 

Sous son intelligente et sage administration, le pays s'est 
modifié peu. à peu; les chemins se sont améliorés, des routes 
se sont ouvertes vers l'intérieur, un wharf a été construit 
à Kotonou, un réseau de plus de deux mille kilomètres de 

Le Dahomey. 'Si 



330 LE DAHOMEY 

lignes télégraphiques sillomie la colonie, reliant entre eux 
tous les postes et assurant les communications avec le Niger 
et le Soudan français, enfin une voie ferrée destinée à relier 
rOcéan au Niger, est en cours d'exécution. Tout en procédant 
k ces importants travaux d'utilité publique, la colonie acqué- 
rait une brillante situation financière. Les hordes pillardes 
du Dahomey se sont transformées, comme par enchantement, 
en un peuple paisible, facilement dirigeable, porté au travail 
et au négoce, et aujourd'hui les plus farouches des guerriers 
de Béhanzin sont nos plus dévoués auxiliaires pour la garde 
et le maintien de l'ordre dans la colonie. 

Par ses productions variées et abondantes décrites plus 
haut, le Dahomey est de nature à rémunérer convenablement 
les capitaux employés à les exploiter. 

L'avenir économique de la colonie paraît donc magnifique 
et il fait naître de grands espoirs ; ils se réaliseront certaine- 
ment le jour où, grâce à l'ouverture du trafic du chemin de fer 
de pénétration, les riches produits du mystérieux continent 
noir viendront affluer sur nos marchés et dans nos ports. A 
l'huile de palme viendront s'ajouter la gomme, le caoutchouc, 
le beurre végétal, l'ivoire, les fourrures et bien d'autres 
richesses encore ignorées. Les transactions deviendront alors 
de plus en plus importantes entre l'hinterland et la côte, et la 
prospérité du pays sera assurée pour toujours. 

Ce n'est donc pas seulement une œuvre de conquête et de 
pacification qui a été accomplie au Dahomey, c'est aussi, et 
ce sera surtout désormais, une œuvre de colonisation et d'ex- 
ploitation. 

Les années qui viennent seront capitales pour notre colonie. 
Si les principes qui y ont été appliqués ont déjà porté de bons 
fruits, c'est à la longue seulement qu'ils donneront des résul- 
tats décisifs. Ces résultats ne sont d'ailleurs ni lointains ni 



L AVENIR DU DA1I03IEY 



CONCLUSIONS 



131 



problématiques. Ils sont, dès maintenant, prévus et escomptés. 
Il appartient au Gouvernement par sa fermeté, à T esprit public 
par son initiative, d'en presser la réalisation et d'en étendre 
la portée. 

Le Dahomey sera alors la plus florissante de nos colonies 
africaines, et la France aura prouvé, une fois de plus, que son 
génie colonisateur est aussi fécond que celui de ses concur- 
rents. 

Mais pour atteindre ces résultats merveilleux, il faut, 
dans les vastes pays récemment soumis à notre influence, 
des colons et des nég^ociants pour amener au travail les 
indigènes et pour utiliser le colossal capital humain 
qu'offrent les races noires. 

Nous n'avons eu d'autre but en publiant cet ouvrag-e, et nous 
nous croirons amplement dédommagés de nos peines si^ par 
nos efforts, nous parvenions à décider quelques-uns de nos 
compatriotes à aller tenter la fortune au Dahomey. 




Composition du Conseil d'administration 

de la colonie du Dahomey et dépendances 

à la date du 1^^ janvier 1900 



MM. Victor Ballot, g-ouverneur, Président \ 
P. Pascal, secrétaire général, membre \ 
J. Sacoman, trésorier-paveur, memJjre \ 
Fonssagrives, administrateur colonial, membre: 
Le docteur Gouzien, chef du service de Santé, membre 
Rol>aglia, chef du service des douanes, membre \ 
Montaignac, négociant, membre titulaire ; 
A. Olivier, négociant, membre titulaire; 
Paraïso, propriétaire, membre titulaire ; 
Baudry, négociant, membre suppléant \ 
J. Armandon, négociant, membre suppléant ; 
Badou, négociant, membre suppléant ; 
Molex, chef du secrétariat du Gouvernement, seei^é- 
taire-areJiiviste. 




Liste des notables commerçants français, étrangers 
et indigènes de la colonie. 



A poRTO->ovo : 

Boucher. — To^Yalou-Quenllm. 

Boulangers. — Armandon, Gampos (Ag*.), Towalou. 

Négociants français. — Armandon père et fils, Fabre 
(Gvprien) et G'^ (Montaignac, agent général), Lambotin, 
Layet de Gastaud et G'<^, Mante frères et Borelli de Régis 
aîné (Baudry, agent g"énéral), Maurice Olivier, Armand et G'^' 
(Deleuze, agent). 

Négociants étrangers. — Gottschalk et G'^, Holt et Welsh, 
Konigsdorfer, Ungebauer (G.), Viétor, Walkden (John), Witt 
etBusch. 

Négociants indigènes. — Angelo, Badou (V.), Gampos 
(A. G. de), Paraïso, Tertuliano Monteiro, Pombo. 

A ABOMEY-CALAVI '. 

Négociants français. — Fabre (Gyprien et G'""), Mante frères 
et Borelli de Régis aîné. 

Négociants étrangers. — Goedelt(G.), Holt et Welsh. 

A AGOUÉ : 

Négociant français. — Macaulay. 

Négociants créoles. — D'Almeida, Garcia, Diogo, Medeiros 
(J.), Missi, Pinto (J.\ Régo Santos (F.), Thomas, Ventura, 
Hayé(J.) 



534 LE DAHOMEY 



A AVKEKETE 



Xcgoc'iants français. — Fabre (Gyprien)et G'^, Mante frères 
et Borelli de Régis aîné. 



A GODOMEY 



Négociants français. — - Fabre (Cvprien) et G''', Mante frères 
et Borelli de Régis aîné. 

A GRAND-POPO I 

Négociants français. — Bernard (A. V.) et G'^, Fabre (G.) 
et G'®, Mante frères et Borelli de Régis aîné, Gomez. 

Négociants étrangers. — Goedelt (G.), Viétor (J.-K.), 
Rustico (E.), Trangott, Sôlhier et G'% Wolber et Zimmer- 
mann, J. Akernburn, Althof, Medeiros et O"". 

Négociant indigène. — Tévi Agbomé. 

A KOTONOU : 

Négociants français. — Armandon père et lils, Fabre (G.) 
et G^®, Mante frères et Borelli de Régis aîné, P. Layet 
de Gastaud et G'^. 

Négociants étrangers. — Goedelt (G.), Walkden et G''', 
Konigsdorfer. 

Négociant indigène. — Badou (V.). 

A WHYDAH : 

Négociants français. — Fabre (G.) et G'^, Mante frères et 
Borelli de Régis aîné, H. Layet et G'*', Witt. 

Négociants étrangers. — Goedelt (G.), Viétor et G'*^. 

Négociants indigènes. — Julio de Medeiros et 0^\ Nicolas 
Rego, Gonsalvez, Germano da Souza, d'Oliveira frères, d'Al- 
meida frères, Taglia. 



LISTE DES NOTABLES COMMERÇANTS 



535 



A sAYi : 

Négociants français. — G. -F. Fabre et C'^. 
Négociant indigène. — César de Médeiros. 

A ALLADA I 

MM. Saudemont et Thierry, planteurs. 

A SAGON-ZAGNANADO '. 

Négociants français. — Armandon père et lîls, Saudemont 
et G'^ 

Négociant étranger. — Ungebauer. 

A DOGBA, KÉTOU et daus les territoires 
de ouÉRÉ et des adjaas : 

Compagnie française de FOuémé-Dahomey. 




BIBLIOGRAPHIE 



Albéca (Alexandre Librecht d"). La France au Dahomey. Paris, 

1895. 
V. Ballot. Le chemin de fer du Dahomey. Paris, 1900. 
Bouche (abbé Pierre i. La Côte des Esclaves et le Dahomey. Paris, 

1885. 
L. Brasier et L. Brunet. Les ordres coloniaux français. Paris, 1898 
Ghaudoin [K.]. Trois mois de cajDtivité au Dahomey. Paris, 1891. 
CoL'RDioux (abbé 1. Les missions catholiques. Lyon, 1875. 
La Dépèche coloniale. Paris, 

Féris (docteur). Archives de médecine navale, 1879. 
Foà (Edouard). Le Dahomey. Paris, 1895. 
Fonssagrives (capitaine). Au Dahomey. Souvenir des campag^nes 

de 189-2-1893. Paris, Ï894. 
Fonssagrives Jean). Notice sur le Dahomey. Paris, 1900. 
Henriqle (Louisi. Les colonies françaises (La Guinée). Paris, 1890. 
Journal officiel de la Colonie du Dahomey et dépendances. 
Migeon (J.). Nouvel atlas illustré des Colonies françaises et des pays 

de protectorat. Paris, 1900. 
Nicolas (Capitaine Victor). L'expédition du Dahomey en 1890. 

Paris, 1893. 
Nouveau Larousse illustré. Paris, 1899. 

Paimblant du Bouil (capitaine). Valeur des Haoussas. Paris, l89i. 
La politique coloniale illustrée. Paris, octobre 1895. 
Pawlowski (A.). Bibliographie raisonnée des ouvrages concernant 

le Dahomey. 
Revue coloniale du ministère des colonies. Paris, 1899. 
Revue de géographie. Octobre 1895. 
Notes, manuscrits et journaux divers. 



1^" 



DAHOMEY 

ÇT DÉPEN DANCES 

Par J. Migeoii 



^p^ 



^1 



TABLE DES GRAVURES 

CONTENUES DANS L'OUVRAGE 



Paj,'es. 

1 M. Victor Liotard, Gouverneur du Dahomey et dépendances. 

2 Passage de la barre 9 

3 La barre et le wharf de Kotonou 13 

4 Les bords de TOuémé 17 

5 Paysage de la banlieue de Porto-Novo 25 

6 Types Krowmen 35 

7 Quartier des factoreries à Porto-Novo 48 

8 Le prince Ymavô, ancien ministre de Béhanzin, entouré 

d'une partie de ses femmes et de ses enfants 5"2 

9 Le prince Koudokoué, ancien ministre des finances de 

Béhanzin 57 

10 Agoli-Agbo, roi d'Abomey; Tolï'a, roi de Porto-Novo; 

Gi-(ila, roi dWllada 73 

1 1 Gi-Gla, roi d'Allada 82 

12 Chef de village de la banlieue de Porto-Novo 89 

13 Femmes allant à la corvée d'eau 95 

14 Princesse Bodjia, fille du roi d'Abomey 97 

15 M. le général A. Dodds \ 105 

16 Officiers de la colonne expéditionnaire 113 

17 En hamac 121 

18 Tam-tam devant le fort français à \\'hydah 1 31 

19 Poste de douanes dAdjara, près la frontière anglaise de 

Lagos 1 39 

20 Béhanzin à la Martinique 147 

21 M. le gouverneur Victor Ballot 173 



538 TABLE DES GHAVLRES 

22 Le gouvernement à Porto-Novo 183 

23 Le secrétariat général à Porto-No vo 191 

24 La douane à Porto-Novo 19.') 

25 Baribas travaillant au tracé d'une route entre Parakou et 

Carnotville 207 

26 Kayoma — La case du résident. . 218 

27 Un peuhl des environs de Parakou 225 

28 La place du marché à Kayoma (Borg'ou) 230 

29 Sur le Nig^er, entre l'île de Roufia et Boussa 234 

30 Elèves de la Mission catholique de Zagnanado 244 

31 Médaille commémorative de l'expédition du Dahomey 

(face et revers) 247 

32 Etoile noire du Bénin. Croix de chevalier et otïicier. . . . 248 

33 — Croix de commandeur 250 

34 — Plaque 252 

35 Jeune femme Mina 25 i 

36 FemmeMina 268 

37 La belle h]fryéqué 275 

38 Famille indigène dans la brousse 285 

39 Jeune femme dWbomey 295 

40 Fatouma, haoussa originaire de Cano 309 

41 Indigènes du Yorouba 321 

42 Mulâtresse de Whydah 337 

43 Musulmans Nagots 349 

44 Musulman Yorouba 361 

45 Fabrication de l'huile de palme 369 

46 Un coin du grand-marché de Porto-Xovo 374 

47 Le marché de la poterie à Ad j ara 385 

48 Femmes Minas (vêtues) 400 

49 Femmes Minas ( dévêtues) 401 

50 Beybé 409 

51 Strophantus et son contre-poison 415 

52 Commerçant indigène de Porto Xovo 437 

53 lùjuipe de Kroumen dans une factorerie de Porto-Novo 453 

54 Traitant Djedje et sa famille 473 

55 Servantes d'un négociant indigène de Porto-Novo 495 

56 Plan général de l'exposition du Dahomey 500 

57 Le Dahomey à l'Exposition Universelle de 1900. — 

L'entrée principale et la tour 505 



58 
59 

fil 
6-2 



TABLE DES GRAVL'RES 539 

Le Dahomey à rExposition Universelle de 1900. — Pavil- 
lon princijDal et paillotte lacustre 507 

Le Dahomey à l'I^^xposition Universelle de 1900. — 
Galerie des fétiches 513 

Le Dahomey à TlOxposition Universelle de 1900. — Serre 
d'acclimatation 517 

Groupe de Dahoméens à l'Exposition Universelle de 1900 5*23 

Détachement de la <;arde civile indigène du Dahomey à 

l'Exposition Universelle de 1900 527 




TABLE DES MATIERES 



Pages. 

Avant-propos. 

M. Victor LioTARD, Gouverneur du Dahomey et dépendances. 

Chapitre premier. — Géoj^raphie du Dahomey 1 

La Côte des Esclaves et le Dahomey. — Situation géogra- 
phique du Dahomey et limites. — Aspect de la côte. — La barre. 

— Passajie de la barre. — Le wharf de Kotonou. — Physionomie 
générale du pays. — Les lagunes et leur foi'mation. — Hydrogra- 
phie. — Orographie. — Géologie. — Routés et voies de commu- 
nication. — Chemins de fer. — Lignes télégraphiques. — Clima- 
tologie. — Saisons. — Température. — Pluies. — ^'ents. — 
L'harmattan. — Tornades. — Maladies du pays. — Le ver de 
(luinée. — La puce chique. — Population. — ^'illes principales 
du Dahomey. — Postes militaires. 

Chapitre II. — Histoire du Dahomey 53 

Les origines du Dahomey. — Les rois de Dahomey. — Leur 
règne. — Histoire de Porto-Novo. — LIistoriques des autres 
Etats composant le Dahomey. — Relations du Dahomey avec la 
France et les puissances européennes. — Traité du 1" juillet 
1851. — Traité du 19 mai 18(58. — Traité du 19 avril 1878. — Les 
événements de 1890 et les origines de la guerre. 

Chapitre III. — La conquête du Dahomey 107 

L'armée dahoméenne. — !■■« expédition du Dahomey (1890). — 
Arrangement du 3 octobre 1890. — 2" expédition du Dahomey 
(1892). — Prise d'Abomey. — S^ expédition du Dahomey (1893- 
1894). — Capture de Réhanzin. 

Chapitre IV. — Organisation du Dahomey. — Missions 
d'exploration. — Missions religieuses. — Médaille commé- 
morative. ~ L'ordre de l'IOtoile noire du Bénin 175 

Organisation du Dahomey et divisions administratives du pays. 

— Gouvernement et administration. — Finances. — Impôts indi- 



542 TAULE DES MATIÈKES 

gènes. — Serxice du Trésor. — 1/ouanes. — Postes et téh'graphes. 

— Travaux jinhlics. — Flottille. — Ports et rades. — Service de 
santé. — Justice. — Instruction publique. — Ti-oupes. — Garde 
indigène. — Police. — Imprimerie du gouvernement. — Missions 
d'exploration et prise de possession de l'hinterland du Dahomey : 
1"= Mission du gouverneur Ballot. — Missions du commandant 
Decœur et du lieutenant Baud. — 2« Mission du gouverneur Ballot. 

— Mission de Tadministrateur principal Alby. — Mission des lieu- 
tenants Baud et Vermeersch. — Mission du commandant Toutée. 

— Missions Bretonnet et Baud. • — Soulèvement des Baribas et 
annexion du royaume de Nikki au Dahomey. — Missions de déli- 
mitation du Dahomey : Mission Plé. — Mission Grave. — Mis- 
sion Toutée. — Historique des missions religieuses : catholiques, 
protestantes, musulmanes. — Médaille commémorât ive de l'expé- 
dition du Dahomey. — Médaille coloniale. — L'ordre de l'Étoile 
Noire du Bénin. 

Chapitre V. — Elhnog^raphie des peuples du Dahomey. 
Mceurs et coutumes. — Religion 255 

Les nègres de la Gôte des Esclaves. — Garactères physiques et 
moraux, — Tatouages. — Vêtements et parures. — Le costume. 
La coifï'ure. — Le chapeau. — Ornements et bijoux indigènes. — 
Propreté des noirs. — Habitations. — Mobilier et ustensiles de 
ménage. — Nourriture des indigènes et préparation des aliments. 

— Industries locales et cultures. — F'oires et marchés. — Mon- 
naies. — Numération des noirs. — Division du temps. — Rôle du 
bâton au Dahomey. — Attributs et marques de dignité du roi et 
des cabécères. — Langues et idiomes. — La monarchie au Daho- 
mey et l'administration indigène. — Obligations imposées aux Euro- 
péens par les autorités dahoméennes. — Etat social des noirs. — 
Le noir en famille. — Naissance. — Mariage. — Deuil et funé- 
railles. — Relations sociales. — Jeux. — Musique. — Ghants et 
danses. — La traite des noirs. — Les esclaves au Dahomey, — 
Religion. — Le fétichisme. — Gulte des serpents. — Féticheurs ^t 
féticheuses. — Sacrifices humains et autres. — Fêtes des coutumes. 

Chapitre VI. — Productions du Dahomey, Flore et fau<ne. . . 8(')5 

Les productions du DnJwiueif. — Le palmier à huile. — Huile et 
amande de palme. — L'huile de palme dans l'industrie. — Le kola- 
tieret sa noix. — Le cocotier. — Bois de construction. — Le ronier 
ou palmier à éventail et autres. — Le caoutchouc. — Huile coprah. 

— Indigo. — Ma'i's. — Manioc. —Arachides. — Le karité ou arbre à 
beurre. — Mil, — Riz. — Haricots. — Goton. — Tabac. — Igname. 

— Ricin. — Gacao et vanille. — Gafé. — A'igne et blé. — La canne 
à sucre. — Le bambou. — Fourrage. — Ghaux et potasse. — 
Antimoine. — Sel marin. 



TAHLE DES MATIÈRES 543 

Flore. — Plantes alimentaires, tinctoriales, médicinales, tex- 
tiles, industrielles et cultures comestibles. 

Faune. — Mammifères. — Animaux domestiques. — Oiseaux. 

— Reptiles. — Insectes. — Poissons. — Mollusques. — Crustacés. 

— Arachnides. 

Matière médicale du Dahomey. 

(^ii.\i'iTRE VII. — Af^riculture, Industrie, Commerce 419 

Agriculture. — Mode de culture indigène. — Mise en valeur 
de la colonie. — Jardin d'essai et ferme du service local. — Consi- 
dérations générales : La terre. — La propriété. — Concessions ter- 
l'itoriales. — La main-d'œuvre. — L'outillage. — Les capitaux. — 
Voies de transport. — L'élevage du bétail. — Cultures euro- 
péennes. — Situation agricole de la colonie. 

Industrie. — L'avenir industriel. — Coût de la main-d'œuvre 
indigène. — Prix moyen de revient des matériaux sur le littoral. 

Commerce. — La troque des noirs. — Factoreries. — Mouve- 
ment commercial. — Importations. — Le commerce des tissus. 

— Exportations. — Statistiques diverses. — Mouvement de la 
navigation dans les différents ports de la colonie. — Tarifs divers. 

— Taxes. — Taxes de consommation. — Droits de sortie du Daho- 
mey et régime douanier de France. — Droits d'ancrage et tarif 
du wharf de Kotonou. — Compagnies de navigation. — Prix des 
passages. — Taux de fret. 



Chapitre Mil. — Hygiène à observer clans la colonie 491 

Les maladies et leurs remèdes. — Habitations. — Nourriture. 
— Régime. — Équipement. 



Chapitre IX. — Le Dahomey et dépendances à TExposition 
Universelle de 1900 501 

Inauguration de l'Exposition du Dahomey. — Desci'iption géné- 
rale. — Indigènes. — Les récompenses. 

L'avenir du Dahomey et conclusions 529 

Composition du (Conseil d'administration de la colonie au 

l*^"- janvier 1900 532 

Liste des notables commervants français, étrangers et indi- 
gènes de la colonie 533 



55 ?) 

'^ii TABLE DES 3IAT1ÈRES 

Bibliographie *. 535 

Table des gravures contenues clans Touvrag^e 537 

Carte générale du Dahomey et dépendances 537 




MACU.N, IMIOTAT IIU.IUIS, IMl'lU M lilllS. 



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